Psalm. V
Mais je vous estime trop pour vous croire capables d'un acte ridicule. Passons là-dessas, et considérons l'universalité de la contrition sous un autre point de vue, en tant qu'elle embrasse tous les temps : le passé, le présent et l'avenir.
Au passé et au présent se rapporte ce que nous avons dit jusqu'ici; mais à l'avenir l'Église applique une condition qui semble être une partie distincte de sa définition, et qui n'est, au demeurant, qu'une note explicative de ces paroles fondamentales : — La contrition est la douleur et la détestation du péché. En effet, peut-on concevoir cette douleur et cette détestation, telles que je les ai décrites avec la théologie, sans une disposition qui prévienne le retour du mal et assure l'avenir? Aura-t-il le cœur véritablement meurtri et brisé ? Serat-il poussé par l'Esprit de Dieu et déterminé par des motifs purs et d'un ordre supérieur? Préférera-t-il sincèrement Dieu à tous les biens et tous les maux au péché, celui qui laisse libres les avenues de son âme pour de faciles retours, et est prêt à affronter encore les périls où sa vertu a fait naufrage? Non, Messieurs, c'est
impossible. La pénitence, clans son acte fondamental, se termine logiquement par un appela la prudence, vertu modératrice de notre vie; et la prudence, dans l'acte du repentir, ne peut être représentée que par une énergique résolution qui s'empare, en quelque sorte, de tout l'avenir, et en chasse impitoyablement l'iniquité. L'Église, en demandant le ferme propos, n'ajoute rien au droit de Dieu; elle ne fait qu'insister sur une indispensable condition, trop facilement oubliée par notre légèreté.
Vous ne l'oublierez pas, Messieurs. Après avoir saisi le passé dans un douloureux et amer souvenir, vous saisirez l'avenir par le ferme propos. Dites à Dieu, dites-vous à vous-mêmes, non pas ces timides et incertaines paroles : J'ai péché, hélas ! puis-je savoir si je ne pécherai plus ? Pourrai-je éviter les pièges tendus à ma vertu et à la grâce de Dieu? Je voudrais bien... je tâcherai. Non, Messieurs, ne dites pas cela, je vous en conjure, mais bien : J'ai péché, et maintenant, c'est fini, je ne veux plus pécher, j'en donne à Dieu ma parole la plus sainte et la plus sacrée... N'est-ce pas cette parole d'honneur qui vous émeut et vous
incline vous-mêmes à la miséricorde, plus que les humiliations et les larmes, chaque fois que vous pardonnez à un coupable, et, sans elle, ne vous défieriez- vous pas du misérable qui implore votre pitié, comme d'un félon toujours prêt à trahir? Donnez-la donc à Dieu, cette parole. Dites-lui : « Seigneur, je veux fermement ne plus vous offenser. Et parce que c'est vous qui me faites ainsi vouloir, « confirmez par votre grâce ce que vous opérez en moi : Confirma hoc, Deus, quod opemtus es innobis1. » Je n'insiste pas, Messieurs, car je me propose de revenir plus longuement sur ce sujet, lorsque je le traiterai au point de vue exclusivement pratique. Il suffit, pour aujourd'hui, que vous en saisissiez bien l'importance dogmatique. Quelques-uns d'entre vous, plus amis des spéculations qui font voyager l'âme au dehors que des vérités qui la ramènent sur ellemême, trouveront peut-être que je me suis attardé à des matières de prône et de catéchisme : j'en suis fâché pour eux. S' imaginaient-ils que j'allais réfuter et gourmander