‹ Conférences de Notre-Dame de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 9 sur 11 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT

== Le LS

verse sur la loi de Moïse, que le zèle outré des Pharisiens convertis voulait imposer à tous les nouveaux fidèles,

Vingt-quatre ans s'étaient écoulés depuis la fondation du SIÉGE APOSTOLIQUE, et trente-six ans depuis la mort du sauveur. Un monstre sous forme humaine, Néron, est assis sur le trône des Césars ; la première grande PERSÉCUTION va inonder la terre de sang chétien. Le Vieillard du Vatican sent que sa fin n’est plus éloignée ; il adresse, “ urbi et orbi,” aux fidèles en tous lieux.…..….Pierre, serviteur et apôtre de Jésus-Christ, (c'est ainsi qu'il commence) adresse une seconde épître catholique, qui a tous les traits d’un testament spirituel. Il y parle de sa mort prochaine. “ Le mur de boue va tomber.” Je vais bientôt plier ma tente, la tente du pêcheur !

Saint Paul était venu se joindre à ses travaux. Les deux apôtres réunis confondent par un miracle l’imposteur Simon, qui prétendait imit :r l’Ascension du Sauveur : leurs prières le précipitent du haut des airs, et “celui,” disait un grand pape, “ qui avait pris des ailes pour voler, n’eut plus de ‘ jambes pour marcher.” La colère de Néron, à qui ce magicien était cher, s'allume contre les auteurs de sa disgrâce ; les fidèles engagent leur pontife bien-aimé à conjurer l'orage par la fuite. Il s’éloignait déjà des murs, nous apprend une pieuse tradition, lorsqu'il rencontra Jésus-Christ qui s’avançait d'un pas empressé.—Où allez-vous, Seigneur ?—Je vais à Rome pour être crucifié.

Pierre a compris ; il revient, est arrêté, passe avec Paul huit mois dans la prison Mamertine, et meurt EN CROIX, l’an 65 de l’ère chrétienne.

Mais la tempête gronde, furieuse et terrible: — Exterminons, exterminons cette race exécrable, “ en haine aux dieux et aux hommes; effaçons le “ nom chrétien de dessous le soleil ! ” L'Église de Rome, chassée du sol, descend au séjour des morts, aux Catacombes, inter mortuos liter. Là, on prie, on immole sur un autel de bois la victime sans tache, on communie ; on écoute la voix du SUCCESSEUR de PIERRE ; on se raconte ses périls, ses combats ; on s'encourage au martyre ; on se donne le baiser de paix ; on se dit en partant: Adieu jusqu’au ciel !

Mais comment, du fond des Catacombes, le

berger veillera-t-il sur son troupeau ? Il sortira de terre ; il apparaîtra aux tyrans comme une ombre vengeresse ; il regardera d’un œil de triomphe le monde qui se convertit à mesure que coule le sang des disciples de l’Agneau; ses ordres parviendront jusqu’en Orient, en Afrique, en Grèce, dans les Gaules, jusqu'aux extrémités de la Grande-Bretagne.—C'est la “voix de Pierre, ” on le sait, on écoute : qui refuse d’obéir n’est plus enfant de l'Eglise, n’est plus catholique. Il ordonners des prêtres, des évêques ; il assemblera des Concices, à la lueur des bûchers, aux rugissemezts des lions de l’Amphithéâtre ; il règlera la discipline, foudroiera les nouvelles erreurs : ces devoirs remplis,

il inclinera sa tête sous la hache des bourreaux ; un autre Pierre sort des Catacombes.

Pendant trois cents ans, deux papes seuls meurent dans leur lit,et encore, c'était l’âge qui se montrait plus prompt que les tyrans. Dites, après cela, si le “ nautonnier galiléen ” doit s’effrayer parce que les vents se déchaînent, que les vagues s’amoncèlent, que la barque agitée s'élève vers les cieux et descend vers l'abime ? Modice fidei, quare dubitasti ?

Voilà qu’à force d’être arrosée, la terre partout se couvre de moissons. Le christianisme, qui depuis longtemps avait pénétré dans le palais des Césars, dans les armées, dans toutes les conditions de la société romaine, va s'asseoir sur le trône avec le grand Constantin. La croix, jusqu’alors objet de honte et d'opprobre, devient le plus bel ornement de la couronne des princes, l’étendard du soldat, le signe extérieur auquel on reçonnaît la maison de Dieu. On cherche maintenant le pontife suc- ‘césseur de Pierre, mais c’est pour lui prodiguer les témoignages de respect et de vénération. La PA- PAUTÉ sort définitivement des Catacombes, et la mort y reprénd son paisible empire. De tous côtés dans Rome, se construisent de superbes hasiliques, enrichies, celle surtout qui récouvre ‘ombeau des saints apôtres Pierre et Paul, Î:s à65 des empereurs et de la chrétienté entière. Le Pape aura son palais et de vastes domaines ; le pauvre, l’étranger, la veuve et l’orphelin, les malheureux et les persécutés de tous pays partageront ses re-

venus: “ Saint-Pierre du Vatican ” sera sa demeure habituelle.

Mais il est écrit qu’ici-bas l'Eglise sera toujours MILITANTE : Depuis ma jeunesse, dit-elle, ox m'u fait la guerre: les impies m'ont frappé sur le dos, comme on frappe sur une enclume ; ils n'ont pu réussir ; leurs forces se sont usées, les marteaux se sont brisés, l'enclume est encore là, prête à en briser d’autres.

Ah! oui, mes frères, l'Eglise est “ militante. ” Si les ennemis du dehors se lassent, ses enfants lui susciteront des guerres encore plus cruelles, encore plus acharnées. L’infâme hérésie d’Arius la conduit à deux doigts de sa ruine: pour venger et dé. finir la foi, pour remédier à un déluge de maux que l'erreur occasionne, un concile général de trois cent huit évêques s'assemble, sous la présidence des légats du pontife romain. Un des décrets du concile assigne à l’église de Rome, à son évêque, la primauté sur toutes les églises.

Alors, mes frères. surgit un événement qui décèle de la manière la plus visible les desseins de Dieu sur la papauté. Rome, fondée depuis déjà plus de mille ans, était la capitale du monde civilisé ; les monuments dont elle était ornée, étonnent encore, à l'heure qu'il est, œil et la pensée du voyageur ; elle semblait ne pouvoir cesser d’être le séjour obligé des maîtres de l'univers. Eh bien, il en fut autrement : un bon jour de l’an 330, Constantin saisit son trône, l’emnorte au Bosphore, à Bysance, qu’il nomme Constantinople ; et jamais, jamais

depuis, Rome n’a eu de vrais souverains, fixes et résidentse, que ses pontifes, ses Pares. L'empire se pertage à la mort de Théodose ; c’est Milan qui est la capitale d’Honorius. Les Barbares Ostrogoths viennent ensuite ; ils établissent à Ravenne le centre de leur faible domination. Les Lombards s'emparent, à leur tour, de la péninsule italienne ; ils font choix de la ville de Pavie: nous verrons bientôt qui doit leur succéder.

Nous passons, sans pouvoir nous y arrêter, l'ère des grands hommes de la nouvelle loi ; l’ère des SAINTS PÈRES, qui par leurs talents sublimes, leur science et leurs vertus brilleront comme des étoiles dans le firmament de l'Eglise, jusqu'à la fin de: siècles: Athanase, Basile, Grégoire de Nazianze, Cyprien, les deux Cyrilles, Hilaire, Chrysostôme, Jérôme, Ambroise, Augustin, Lactance et une foule d’autres, sans parler de Turtullien, d’Origène, et des brillants apologistes qui suivirent de près les apôtres mêmes. Ce fut aussi une ère de saints et savants pontifes romains : on n’en compte pas moins de trente qui sont honorés d’un culte public, précédés de’ trente autres de l’ère des martyrs. Saint Silvestre, qui baptisa Constantin, ouvre la liste des premiers ; vers le milieu est Saint Léonle-Grand, la terreur d’Attila; vers la fin est Saint Grégoire-le-Grand, à qui l'Angleterre doit sa conversion. C’est encore l’ère des premiers oRDRES RELIG:EUX : de ces milliers de solitaires de la Thébaïde et de l'Orient; de ces moines de St. Augustin et de St. Bénoiît, qui travaillerent si puissamment,

sous la direction des papes, à la civilisation des Gaules, des Deux-Bretagnes et de l'Irlande, Laissons s’écouler quatre cents ans, à partir de la translation de l'empire à Byzance. Toute l'Europe est inondée de Barbares: les Francs ont passé le Rhin ; les Saxons se sont emparés de la “ terre d’Albion ;” les musulmans se préparent à envahir les extrémités méridionales. Les empereurs d'Orient, au lieu de protéger l'Italie, contre les Barbares, y envoient une armée pour faire la guerre, à quoi ?—aux images, qu'ils arrachent, brülent, détruisent ‘partout dans les temples catholiques. Les Romains exaspérés, sans défense contre les Lombards, qui pillent et ravagent de leur côté, se resserrent autour du pape, et commencent à dire tout haut qu'ils ne veulent plus reconnaître d'autre chef que celui qui les a déjà tant de fois sauvés, et qui seul depuis long-temps, peut-être pourrait-on dire depuis le départ des empereurs, exerçait parmi eux les plus hautes fouctions de la magistrature. Encore un demi-siècle de troubles, et la papauté revêtira les formes providentielles qu’elle à conservées depuis onze cents ans. Un roi français passe les Alpes, arrive en Italie, défait en bataille rangée Astolphe, le dernier prince lombard ; reçoit la couronne des mains du pontife Etienne IT, le reconnait comme souverain de Rome, et lui fait présent ‘l’un territoire assez vaste pour lui assurer cette modeste indépendance que l’état de l’Europe rendait désormais nécessaire: ce roi, ce vainqueur, ce donateur, est Pepin-le-Bref, qui dépose sur le tombeau de N

St. Pierre les clefs des villes comprises dans le territoire. “ C’est une OFFRANDE, UN DON IRRÉVO- CABLE, dit-il, que nous faisons à DIEU, et que nous mettons sous la garde de St. Pierre ” : de là le nom de PATRIMOINE de PIERRE, sous lequel l’illustre et malheureux Pie IX vient de réclamer ses possessions, sa souveraineté, c’est-à-dire, comme un bien inaliénable de L'EGLISE CATHOLIQUE. Charlemagne, l'an 800, reçoit du pape Léon III la couronne impériale ; il confirme et agrandit la donation de son père.

Avant un autre siècle, Constantinople et ies perfides grecs qui l’habitent se séparent par le schisme de l'arbre apostolique, et n’ont cessé depuis d'offrir au monde le plus triste spectacle de décadence religieuse, morale et civile; tandis que l'Occident, uni de plus en plus étroitement à la papauté, soutenu, conservé par la papauté, devint le centre des affaires, du progrès, de la civilisation, autant qu’on pouvait l’espérer sous les coups de massue de ces guerriers du Nord, qui s’entre-choquaient, se battaient, se supplantaient parmi les débris de l’empire romain.

Ici, mes frères, se présentent deux graves questions, que les maîtres passagers de la ville éternelle voudraient bien être seuls à décider : la première est la nécessité de ce pouvoir temporel du chef de l'Église ; la seconde est ln validité de ses droits au patrimoine de Pierre. Je croirais insulter à votre foi, comme à votre intelligence, si je m’arrêtais beaucoup, soit à l’une, soit à l’autre, Quant à la

première, des voix bien éloquentes ont tout dit, et l'Europe, comme l'Amérique, fait écho à la parole de nos défenseurs. Tous les peuples civilisés comprennent la situation : nous sommes là, deux cents millions de catholiques, pour demander, tant éner. giquement qu’on voudra, que le pasteur universel’ soit libre ; que ni roi, ni reine, ni empereur, ni président, ni qui que ce soit en-deçà de Dieu, ait à lui dicter une ligne de conduite, ou soit même soupçonné d’avoir part à ses décisions. Heureusement, en sus du bon droit, les intérêts des gouvernements et les rivalités nationales sufliront pour garantir au pape sa parfaite indépendance : il restera chez lui.

Quant à la seconde question, la réponse est encore plus facile. Si une suite de donationslibrement faites et librement acceptées; si les conquêtes d’une guerre juste, possédées pendant huit cents, onze cents, quinze cents ans, ne constituent point le: droit, la propriété—1ous les rois et reines de l'Europe peuvent bien dire adieu au trône et sembarquer pour la Nouvelle-Hollande ; et nous, peuples blancs d'Amérique, nous n’avons qu’à regagner en toute hâte les forêts de la Germanie, laissant à “ l’homme rouge,” au sauvage, la tranquille jouissance du sol qui nous a vus naître, et que l’homme rouge occupait tout entier, il n’y a pas quatre cents ans.

Ne cessons de le répéter, ces Etats de l'Eglise (car c’est le nom sous lequel l’Europe entière les reconnaît) n’appartiennent pas, comme souveraineté,

comme puissance, au seul petit peuple qui les habite, moins encore aux brigands étrangers qui les exploitent en ce moment. Ils sont à Nous ; à nous qui les avons donnés, embellis, protégés ; à nous, sans qui leurs occupants ne feraient qu’une très-pauvre, très-mince figure dans l’univers. Qu'ils soient bien gouvernés, oui, sans doute ; que leurs intérêts matériels, leur bonheur social, soient l’objet d’une constante sollicitude. Mais qu’à leurs destinées préside le père commun de la chrétienté. C'est notre droit inaliénable : le patrimoine de Pierre est notre DISTRICT FÉDÉRAL.

L'histoire va nous montrer bientôt les terribles inconvénients pour la paix et l'honneur de l’Église, qu’entraîne la dépendance de son chef, vis-à-vis des puissances temporelles.

Nous voici donc arrivés au cœur du MOYEN-AGE. Les états modernes sortent par degrés de la barbarie ; leur conversion à l'Eglise s’avance avec rapidité. Partout le pape est à la tête de cette grande œuvre: envoyant de tous côtés évêques et missionnaires apostoliques; travaillant de concert avec eux à l'instruction des princes et des peuples ; réclamant pour tous la paix, l’ordre, la liberté, les droits de la conscience: protégeant les faibles, luttant généreusement et vaillamment contre la tyrannie.

On a beaucoup écrit, beaucoup parlé de ce moyen-âge, et du rôle immense que les papes eurent à fournir pendant près de mille ans. Le dernier siècle surtout a fait pleuvoir sur eux les ac-

cusations les plus haineuses, les calomnies Îles plus absurdes : sans les papes et leurs dociles esclaves, les moines, à en croire nos libres-penseurs, ces torrents de Barbares que versaient sur l’Occident la Scythie et la Germanie—ces torrents de Barbares sans frein, sans pitié, buvant dans le crâne de leurs ennemis, brûlant ou détruisant jusqu'aux moindres traces des lettreset desarts—sans les papes et les moines, auraient ramené en Europe, si non l’âge d’or, au moinslesiècleimmortel de Louis XIV !

Pourtant on veut être libéral : on avoue que les papes et les moines sauvèrent quelques restes d'histoire et de littérature ancienne ; mais on se hâte d'ajouter que ces papes au génie étroit et ces ‘ très-pauvres ” moines tenaient tout cela renfermé sous d'épaisses murailles, scellées du sceau de l'ignorance et de la superstition : gardiens aveugles de trésors enfouis !

Ignorance, superstition, siècle de fer, “ nuit des temps modernes !” c’est bientôt dit. Et voilà que le XIXe siècle s’avise d'y aller chercher et trouver, chez des papes et des moines, une profondeur de recherches, une soif de connaissances, une fureur d'étude à peine crôyables ; que dis-je, d’aller chercher et trouver chez des papes et des moines, le germe de nos plus brillants progrès philosophiques et matériels.

C'est un moine français, Gerbert, depuis pape sous le nom de Silvestre IT, l’égal d’Archimède, qui introduit en Europe l’arithmétique arabe ; construit un orgue (vous comprenez que ce n’est pas celui

de Luther !) un orgue mu, assure-t-on, par la vapeur, des horloges à roues, et je ne sais combien d’autres merveilles de mécanique C'est un Gui d’Arezzo, à qui nous devons les notes de la musique, qu'il désigna et que nous désignons encore par les premières syllabes de la première strophe de l'hymne de St. Jean-Baptiste. C’est un St. Anselme, docteur de l'Église, et l'un des “ pères ” de la philosophie intellectuelle. C’est le franciscain Roger Bacon, qui fait la cloche des plongeurs, divers miroirs d'optique, des télescopes, reconnaît la direction de l’aiguille magnétique, 1N- VENTE LA POUDRE, la poudre à canon. (C’est un Raymond Lulle, écrivain prodigieux, à qui des antiquaires ont attribué jusqu'à mille ouvrages différents; preuve au moins d’un travail qui dépasse toute imagination. C’est un Vincent de Beauvais, surnommé “ l’Encyclopédiste du XIIIe siècle. ” C'est un Albert-le-Grand, maître de St. Thomas d'Aquin ; Albert-le-Grand, dont on disait qu’on aurait pu brûler son corps avec ses seuls écrits. C’est un Linna, moine d'Oxford, qui à l’aide de la boussole fait le voyage d'Islande, c’est-à-dire, de P'AMÉRIQUE ! la Providence ne voulait point encore Et combien d’autres, papes, moines et leurs élèves, se sont illustrés dans tous les genres, depuis Alcuin, le précepteur de Charlemagne, Alcuin, surnommé le “ sanctuaire des arts libéraux, ” jusqu’au Dante, à Pétrarque, au Pic de la Mirandole ?

On va jusqu’à dire qu'avant le XIfe siècle les

moines allemands se servaient de caractères pour IMPRIMER des livres entiers en lettres d’or : ne laissant, que l'invention de la “ presse ” au fameux Guttenberg.

Tout cela est fort bien, me répondra-t on peutêtre ; mais le “ hasard” est le vrai père des inventions que vous citez à la gloire des moines: ils n’y ont pas grand mérite.

Le “hasard” est un mot vide de sens. L'homme n'’invente guères dans le monde physique ; il #rouve, il découvre, quand Dieu le veut, pas plus tôt, ni plus tard. En voulez-vous, mes frères, une preuve à jamais mémorable ; voyez ces quatre léviers qui remuent et changent aujourd’hui la face de la terre:

Depuis la création d'Adam, ne connaissait-on pas le Feu ET L'EAU? N’étaient-ils pas partout en présence l’un de l’autre ? L'homme pouvait-il ouvrir les yeux, regarder le ciel ou même son foyer domestique, sans voir la force expansive de la va- PruR? Ne s’en serväit-il pas à tout instant, pour les arts de premier besoin ?—Et au bout de six mille ans, il s’avise enfin d'employer cet élément qu’il voyait fendre les rochers et briser les vases d'airain, de l’employer, dis-je, à faire TOURNER UNE ROUE !

De tout temps ne possédait-on pas les cachets, les médailles, la monnaie, les inscriptions métalliques? N’imprimait-on pas sur la cire, le bois, et cent autres substances ? Le saint homme Job, il y a plus de trois mille ans, ne disait-il pas : Qui me donnera de graver sur une lame de plomb avec un

style de fer mon attente du rédempteur ; ow bien de l'écrire sur le roc à l'aide du ciseau ? Que nous manquait-il ?—De rassembler des cachets mobiles ; d’en former des lignes, des pages, des volumes. On imprimait en lettres d’or; on avait l'encre, on s’en servait pour écrire: qui fera le dernier pas? Guttenberg, serviteur et protégé d’un évêque de Mayence !

Le charbon, le soufre, le salpêtre, existaient depuis que le monde est monde ; ils avaient des milliers de fois produit de vastes explosions dans la nature; on les avait peut-être souvent mêlés dans un mortier : on n’avait pas encore donné le coup de pilon de dépit. Qui le fera ?—Un moine anglais—il recommence—voilà tout. Grand Dieu ! qu’aurait-il pensé, qu’aurait-il fait, s’il eût prévu le reste !

Les plus anciens peuples parlaient de la vertu attractive de l’aimant et des barreaux magnétiques ; ils leur connurent des pôles, et plus tard, une direction. A qui viendra l’idée de poser un de ces barreaux en équilibre sur un pivot ?—Encore au moine anglais ; d’autres ajoutent, en même temps à l'Italien Gioja.—Sans cela, point de Nouveau-Monde.— Québec serait, si l’on veut, la capitale du CANNATA ; mais ce Cannata serait le séjour d’une horde d’anthropophages !

Je vous nommerai un autre de ces prétendus hasards, et l’un des plus récents.

On savait filer; on connaissait les étofles : les premiers hommes ne furent pas longtemps à ne

s'habiller que de peaux de bêtes, d’écorces et de feuilles.—Qu’arrivera-t-il à une fileuse du dernier demi-siècle ? Un jour, son rouet se renverse, et s'éloigne de plusieurs pieds en filant toujours—laccident n'était pas nouveau, mais un ouvrier ingénieux est là: “Je ferai mieux,” ditil: “ dix, vingt, cinquante broches iront et reviendront au vol, et feront voler l'ouvrage ”—le branle est donné ; les améliorations se succèdent rapidement : dans quelques années l'Europe se couvrira de manufactures, où des millions d’hommes, de femmes et d’enfants iront chercher leur vie, et souvent trouver leur mort.

Je m'écaïte, direz vous, fort loin de mon sujet.— Eh bien, achevons. 4 : Presque toutes les universités célèbres datent du moyen-âge, et furent établies par des papes, ou avec leur concours. Les conciles et les évêques d'alors insistaient sur la nécessité d'ouvrir des écoles, même gratuites, jusque dans les plus petits villages: de ces humbles écoles sortaient à leur tour, prètrés, abbés, évêques, et souverains pontifes. ‘Le pape Andrien IV était fils d'un mendiant anglais; il fut écolier, serviteur des chanoines, religieux, supérieur d'un monastère, cardinal, légat en Danemark, et enfin successeur de Pierre: il se montre digne de son élévation. |

Les moines tenaient si peu à cacher sous le bois. scau cette lumière dont la garde leur était confiée, qu’ils joignaient universellement à leurs couvents de vastes colléges. L'abbaye de Fulde avait cinq

mille étudiants, qu’on obligeait de transcrirechacun deux volumes par année ; c'était le prix de leut éducation; Voilà en douge mois, dix mille volumes sortant. d’une seule école pour nourrir l'ignorance contemporaine !. Partout les moines élevaient des chaires. publiques de philosophie, d'histoire, de droit, de médecine : ils avaient des auditeurs ; les villes accouraient pour les entendte; on les suivait jusqu’en pays étranger pour recueillir leurs doctes leçons : et tel savant professeur de nos jours; qui ne sait que ridiculiser les moines, a des élèves qui l'écoutent quand on lui envoie un piquet de soldats pour commander le silence !

Ils ont conservé les livres—grand merci de votre reconnaissance, Dites aussi par quels soins, quels travaux, quels sacrifices ? Les guerres incessantes, les incendies faisaient chaque jour disparaître les archives de l'antiquité. Il ne fallait rien moins que le dévouement et les mille bras des ordres religieux, pour les renouveler et les multiplier autant que les églises ; cay chacune voulait avoir sa bibliothèque : “ Une église sans un trésor de livres,” disait le chanoine Geoffroi, compagnon de voyage de saint Louis, “est une citadelle sans munitions. ”

On ne se bornait pas à l'immense travail destranscriptions; on allait chercher jusque chez les musulmans, jusqu’en Perse, jusqu'aux Indes, les manuscrits rares et précieux ; on les achetait au poids de l'or; onen traitait avec des rois, comme pour la possession d’une nouvelle province ; on comparait les éditions, on les étudiait, on les traduisait, on les

connaissait mier:, cent fois mieux.que nous: et cela parmi des . .:vulsions politiques affreuses, au sein de la guerre, de la peste et de la famine.

Où en serait notre crgueil scientifique et littéraire, si les papes et les moines eussent fait place à ces Califes qui brülèrent les sept cent mille volumes des Ptolémées ? si les barbares du Nord, les Huns, les Alains, les Vandales, eussent ouvert entre nous et l'antiquité l’abîime de l'oubli ?

Disciples ingrats d'hommes qui vous ont appris à lire; d'hommes dont la gloire grandit à mesure que vous, avec la vôtre, vous descendez sous une nuit autrement sombre que celle du moyen-âge : vos fades plaisanteries, vos pitoyables sarcasmes rappellent ces petits envieux de l’orateur d'Athènes, qui disaient que “ses discours sentaient l'huile ! ” ou les détracteurs de CoLoMB, qui “ne voyaient rien que de fort aisé dans la découverte ‘de l’'Amérique ; il ne fallait qu'y penser !” Eh oui, et c’est ce que vous ne faites guères !

Un pape français aurait inventé nos horloges, le mouvement “par la vapeur” ?—Il serait bien juste qu’une dixaine de steamers français, montés de quelques milliers de braves, allassent briser la junte misérable qui tient Rome dans la terreur, et faire vibrer encore à l’oreille de Pie IX le timbre majestueux de l'horloge du Vatican !

À dimanche,

Page 1