CE POUCES TO
MoONSEIGNEUR,
MEs FRÈRES :
DrEu EST ÉTERNEL ; en Dieu, rien ne finit, rien ne commence ; en Dieu, point de passé, point d'avenir: 77 ës{, voilà son attribut suprême, son adorable nom, Æo0 sum qui sum.
Nulle de ses œuvres extérieures ne possède cette immuable existence, la créature serait égale au Créateur; et cependant tous les êtres, visibles ou invisibles, que sa toute-puissante volonté a fait éclore, ont pour caractère une durée à laquelle nous n’entrevoyons ni terme
ni limites, Les astres continuent de suivre
la roi te assignée à chacun d'eux au moment de sa formation. La terre, affermie sur ses bases, comme parle l'Écriture, offre une même constante succession de jours et de nuits, de saisons et d'années. À sa surface, il est vrai, tout change, tout se renouvelle : animaux et plantes, races humaines avec leurs individus, leurs familles, leurs peuples, leurs générations, disparaissent et s'en vont avec une effrayante rapidité ; mais au milieu de ces vicissitudes, rien de matériel ne se perd, rien, pas un brin d'herbe, pas un cheveu de notre léle, pas un seul atome: vérité qui a déjà donné de profonds soucis à plus d’un incrédule. ‘‘ L'impie,” dit Bossuet, ‘aspire au ‘ néant, et ce misérable partage (il le voit) ne lui est pas assuré.”
Combien plus dans le monde des intelligences, ne sont-elles pas lumineuses ces traces d'une main qui travaille pour l’éternité ! Créges à l'image de Dieu, nos âmes portent gravés en elles le sentiment, le désir, le besoin, et par conséquent la certitude de leur immortalité : sentiment, désir, besoin, démontrés invinciblement par le témoignage du genre humain ; par notre penchant inné vers tout ce qui est grand, sublime, parfait ;
LA‘ 2 L su par ces lumières prophétiques des mourants er de tous les pays, ce chant du cygne qui leur HA échappe des lèvres : Fe pars, je vais rejoindre de mes pres, Je vous attendrai, Jene mourrat pas rai tout entier, Non omnis morior— Ÿe verrai mon Le ? . re es Dieu et mon sauveur, Videbo Deum sulvatoivi- vem mem, par cette conscience, qui n'est aa que la voix de Dieu évoquant, ajournant Ponte | toutes les causes au tribunal d’une rétribu- ti es tion complète et dernière ; par cette faim et [ nes cette soif immense de la vérité, viande des ’ . , / FA s 4 e AU esprits, comme l'appelle Mallebranche, fruit | déjà de l'arbre d2 vie, nourriture éternelle, que LM , . . F* À \ je l | cré- S assimilent Has ceux qui la mangent ; par ph QE ce vide infini que ressent notre cœur à la vue nil oit) des biens d'ici-bas. Et d’ailleurs, qui pour- dll rait la détruire, cette âme, ce 7702 tout spiri- cie 1 tuel, cette substance incorruptible ? Serait-ce Ait elli- . / A elle-même ? Sa destruction par elle-même Dr ces NE per | :) F serait un double acte de vie. Serait-ce Dieu ? ni stors Il 7 Re k DE l: h nous aurait trompes. mit mes ; ra , ss EL écie Le métaphysicien dit, et c'est d'une évi- mil ; Are 4 of = ‘ ® ae) de. ‘ £ e à | TA dence péremptoire : Je nomme I immortalité ; h oin, je conçois l immortalité ; Je suis fait pour l'im- : Rubi age mortalité : je suis donc immortel. DL.
inné Si le moindre grain de poussière se re-
fat ; trouve, après toutes les combinaisons maté-
rielles ; si la plus faible intelligence porte en soile germe et la preuve d'une vie sans bornes: fanudra-t-il s'étonner que l'œuvre de Dieu par excellence, cause finale de toutes ses autres œuvres ; que la grande chaîne des rapports qui lient au Créateur toutes les créatures, tout l'univers ; que l’œuvre de la religion, le christianisme, l'ÉGLISE soit éternelle ? qu'on puisse dire de l'Église: Ze était hier, elle est aujourd'hui, elle sera dans tous ies siècles ! Faudra-t-il s'étonner que cette Créé de Dieu, dont l'architecture xaguit avant l'étoile du matin, dont les premières pierres furent posées il y a six mille ans, dont les murailles s'étendent pour embrasser les quatre coins du monde, se polissent sous le marteau des persécutions, se couvrent d'emblêmes victorieuses, s'élèvent pour atteindre les voûtes immnortelles—faudra-t-il s'étonner, je le répète encore, que cette Cz/é de Dieu n'ait à craindre de périr ni par les ravages de la vétusté, ni par les assauts de ses ennemis, ni par les luttes séditieuses de ses enfan' : ?
Je viens, mes frères, poser et résoudre ceite grande question : je viens étudier, admirer, adorer avec vous cette œuvre de Dieu, cette religion, cette Église, dépositaire du secret
de notre existence passée, présente et future ; me soumettre avec vous à ses oracles, chercher avec vous les moyens de réaliser ses brillantes promesses ; suivre avec vous sa marche triomphante à travers les siècles ; reconnaître avec vous que ses destinées sont les destinées du monde.
Voulez-vous savoir quel motif a pu m'engager dans une entreprise tellement au-dessus de mes forces ? Je vais vous le dire en peu de mots.
Au moment où la civilisation européenne s'agite, se trouble, s'élance dans la terrible carrière des révolutions civiles ; où tant de peuples atteints de ce /rémissement dont parle le roi-prophète, Quare fremuerunt gen- Les, s'efforcent de briser tous les liens du passé—s'irritant contre les obstacles—mélant quelquefois aux cris d'une fiévreuse liberté des menaces contre cette religion, seule capable de reconstruire leurs sociétés en ruines —ordonnant à Di :u, à son Cris{ de se taire : tandis que lui, assis au haut du ciel, se moque de leurs vains complots, Quz habitat in Cœlis irridebit cos, fait gronder autour d'eux la foudre, Z'unc loguetur ad eos in iré sué, et les menace, lui, du sz/ence de la mort ; au mo- .
ment où l'enfer, profitant de la confusion universelle, redouble ses attaques contre l'Église, le christianisme, toutes les vérités, tous les devoirs ; au moment où, dans notre pays, dans notre Canada, l’un des plus anciens séjours en Amérique de cette heureuse civilisation que donne et qu'entretient la foi, tous les esprits sages s'inquiètent et se demandent quelles seront pour nous et pour notre avenir les suites de tant de phénomènes lugubres— il m'a paru non seulement utile, opportun, mais nécessaire, d'essayer à ranimer votre foi, à l'éclairer, à vous rappeler ce qu’elle fut dans tous les temps, ce qu'elle a été, et ce qu'elle est pour vous en particulier et pour votre commune patrie—sans vous cacher, Dieu m'en garde, l’'abime qui s’ouvrirait devant vous, si cette foi venait à s'éloigner de vous, pour aller faire le bonheur d'un peuple plus docile à ses inspirations.
Maintenant, mes frères, si vous me demandez quel sera le plan de ces conférences, je vous répondrai qu'il se trouvé tout entier dans le texte dont j'ai fait choix, Yesus Christus hert, et hodiè, et in secula, et dans le rapide commentaire que vous venez d'entendre.
Le grand fait de la création sera notre point
de départ. Des milliers de siècles ne suffraient pas pour contempler endétail ce qu’un Verbe, une parole toute-puissante y fit éclore de merveilles. : Nous nous y arrêterons seulement pour reconnaître la place que nous occupons, nous, dans l'immense échelle des êtres visibles et invisibles : nous, si petits, si voisins du néant ; nous, si grands toutefois, si voisins de la divinité.
Nous entrerons dans ce mémorable ;ardin, berceau de l'humanité : nous n'en sortirons qu'après avoir lu d'avance des volumes sans nombre connus sous le nom d’#Æsséoire ; nous n’en sortirons qu'après avoir entrevu la porte d'un autre 7ardin, théâtre d'une autre créaion, où l'homme 7enaîtra du sang, du sang d'un Dieu! Instruits déjà de bien des mystères, nous errerons assez longtemps autour de ces lieux où retentit, hélas ! la sentence d'un irrévocable exil. Puis nous nous embarquerons sur le feuve des temps ; nous parcourrons les six âges du monde, guidés dans notre course par la révélation, éclairés de distance en distance par des phares de plus en plus brillants, jusqu'à celui qui s'élèvera devant nous avec cette auréole : Ÿe suis la lumière du monde. Nous voguerons alors au
grand jour du christianisme, non sans écuejs, non sans tempêtes, non sans pertes désastreuses, mais toujours sans crainte de naufrage. Parvenus enfin aux rives contemporaines, nous jetterons l’ancre, pour fixer nos regards sur l'avenir: bien endurcis, bien aveugles serons-noûs, si un pareil vovage et de pareilles scènes n’ont pour effet, comme ils auront pour but, le renouvellement de notre foi et la réforme de nos mœurs !
Du reste, mes frères, je n’entends point vous asservir à des formes rigoureuses, à un simple enchaînement de preuves et de conséquences. Le fond sera puisé dans lhistoire ; mais je veux être libre de rapprocher le présent et même l'avenir, des événements les plus antiques. Je veux surtout, et partout, et à tout propos, saisir les applications morales et sociales. Je m'appuierai au besoin sur la science et les savants ; j'interrogerai la nature, les monuments des arts, les langues et les coutumes des peuples, et plus souvent encore, peut-être, votre raison et votre cœur.
Tous les grands faits, j'espère, et toutes les grandes vérités de la religion avec les erreurs actuelles les’ plus séduisantes, auront
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leur place et leur tour ; au moins assez de ces vérités et de ces erreurs pour donner à vos convictions une nouvelle énergie, assez pour vous mettre en défiance contre cette inondation de systèmes et de théories qui distinguent l'époque ou nous vivons.
Me serait-il accordé de remplir un si vaste cadre, dans une seule ou dans plusieurs années ? Votre zèle et votre assiduité m'y accompagneront-ils jusqu’à la fin ? Dieu le sait ; il peut tout par les plus faibles moyens ; sa grâce ne nous sera point refusée : comptons sur elle, mais implorons-la avec ferveur, avec persévérance.
Une question fort naturelle, qui déjà, j'en suis sûr, s'est présentée à votre esprit, est de savoir à gui je me propose d'adresser principalement ces conférences ?
Je vous dirai que je m'attends à un auditoire composé de personnes dont les degrés d'instruction et les besoins religieux sont extrêmement variés. Quelques-uns ont eu le malheur de rencontrer des occasions périlleuses, d'entendre des discours, de feuilleter des livres propres à développer le germe d’un doute funeste. C’est cependant leur cœur plus que leur intelligence qui souffre, qui est
malade—au cœur donc, par l'intelligence, il faut appliquer le remède.
D'autres, entraînés par le torrent des passions, ou perdus dans le tourbillon des affaires, sont à l’état d'indifférence ou d’oubli des vérités éternelles : il s’agit de les réveiller d’un sommeil infiniment dangereux.
D'autres, en beaucoup plus grand nombre, loin de'laisser obscurcir leur foi, se plaisent à l’étudier, à la pratiquer, et n'ont point de plus douce consolation que d'entendre toute espèce d'instruction religieuse : ils feront notre 7026, mais espérons qu'ils ne feront pas seuls notre couronne. Des uns et des autres, il y en a qui possèdent les avantages d’une éducation supérieure, et pourraient s'accommoder d’un style plus soutenu, de recherches plus profondes, de raisornements plus métanhysiques ; mais la plupart de mes auditeurs ont droit à un langage clair et facile, à des preuves telles que le commun des hommes comprennent du premier coup, à des conclusions qui n'exigent plus d'être commentées.
Heureusement, la religion, par cela même qu'elle est nécessaire à tous, s'adapte à tous les caractères d'esprit. Elle a donc pour base des faits que tous peuvent saisir et apprécier,
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les ignorants aussi solidement que les savants. La vérité chrétienne, c’est le Soez/ ; dissipez les ages, et tous les yeux le peuvent également contempler. Peu importe qu’un observateur curieux y découvre, au bout de son télescope, aujourd'hui deux taches, demain trois, après-demain point du tout.
L’astre est /, on le voit, on jouit de sa lumière—que faut-il de plus ?
Ce qu’un fidèle qui n’a que son école et son catéchisme aura compris et goûté, l’homme de lettres ne manquera pas de se l’approprier sans effort. C’est donc à celui-là que je dois ordinairement m'adresser, ce qui ne m'empêchera pas d'offrir à celui-ci bien des considérations plus en harmonie avec ses études habituelles.
Je n'aime point ce qu’on appelle proprement la controverse Religieuse. Né au sein de l'erreur, nourri dans tous les préjugés imaginables contre cette Eglise dont je viens
aujourd'hui vous exposer les éternelles grandeurs et l'infaillible doctrine, je n'ai mis bas les armes qu'après un opiniâtre examen de ses dogmes et de sa morale. Je sais ce qu'il en coûte pour s'arracher à l'esclavage intellectuel, le pire des esclavages. Par là, j'ai
appris à plaindre le malheur des autres ; je n'y puis insulter, et dans tout ce que ejec dirai ici, mes frères, je veux fuir de mon mieux la guerre offensive—ce que je dois aimer et préférer, c'est la méditation calme et paisible d'un chrétien qui se rend, à lui-même et devant Dieu, raison de sa foi.
Il est quelques vérités tellement évidentes que nous ne devons point y consacrer les moments courts et précieux de ces conférences. Telle est, par exemple, l'existence de ce Dieu Suprême, que tout proclame, audedans comme au-dehors de nous ; existence qui seule peut expliquer la nôtre ; existence que jamais impie ne contestera, si ce n'est dans son cœur, Dixit insipiens in corde suo : Won est Deus. Vous n'hésiterez pas à reconnaître qu'en Dieu tout est grand, infini, parfait : puissance, sagesse, providence, justice, amour—qu'il est l’auteur et la fin dernière de toutes choses—que sa créature intelligente ne saurait lui refuser un culte et des hommages. Quant à sa #r2ple-unité, base de la foi chrétienne—triple-unité dont notre âme est une si vive image—triple-unité que les peuples anciens ont plus que soupçonnée : témoins, l'Inde, la Chine, la Perse, l'Egypte
et jusqu'à notre Amérique—triple-unité si magnifiquement révêlée en cent endroits des saintes-écritures—triple-unité qui fut invoquée sur notre berceau et le sera sur notre tombe : vous n'aurez point, j'en ai le ferme espoir, ni l'orgueil absurde de vouloir en pénétrer le mystère, ni la folle témérité d'en nier la certitude. Trinité-Sainte, un seul Dieu, recevez nos adorations !
“ Notre ignorance métaphysique de la Trinité,” disait le Lord Erskine, l’une des premières célébrités du barreau d'Angleterre, “n'est point diminuée par la révélation ;
mais notre ignorance morale est dissipée
par ces paroles : Dieu à tant aimé le monde
qu'il a donné son fils unique, afin que qui-
conque croil en lut ne péril point ; et par ces
autres parolgs : Ze Consolateur qui est le Saint-Esprit, que le Père enverra en mon nom, vons enseionera toutes choses.”
‘ De toutes les chjections qu’un incrédule “ peut faire, aucune n’est plus misérable que “ celle puisée dans le défaut de pouvoir com- “prendre.” Ainsi s'exprimait Haller, l’un des plus vastes génies du XVITTe siècle, universellement connu par ses profondes recherches, surtout dans les sciences médicales,
Il faut croire ce qui est appuyé sur des preuves incontestables et a//endre, pour vorr anturitivement. Nous sommes remplis de mystères ; nous ne pouvons ouvrir les yeux, ni faire un pas sans rencontrer des mystères sans nombre. Je lève le doigt, c'est un fait bien certain ; cependant je défie tous Îles savants du monde de l'expliquer. En attendant, je le lève et l’abaisse à volonté.
Leïbnitz, le grand Leibnitz, dans un disconrs où il exprime sa croyance en la Sainte- Trinité, dit: “Il ne faut jamais oublier la “ distinction entre ce qui est au-dessus de la ‘ yaison et ce qui est contre la raison.”
“ Il est fort remarquable” écrivait Dagues- “ seau, que le mystère de la Trinité qu'on ‘“ regarde comme le plus incompréhensible ‘“ de tous, est néanmoins celui dont la plus ‘“ raisonable philosophie de l'antiquité, c’est- ‘ à-dire, celle de Platon, semble avoir le plus ‘approché. Il n’y a qu'un pas à faire pour ‘ arriver jusqu'au dogme que la religion nous ‘enseigne, et ce dogme paraissait aux pla- ‘ toniciens si peu contraire à la raison, que “vous savez combien Île commencement de “l'Evangile de St. Jean fut admiré par un “de ces philosophes, qui ne pouvait com-
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