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pouvons le voir, comme nous voyons tons les faits passés, et il suiBt qu'il soit certain, pour qu'on puisse en tirer, jusqu'à la fin des siècles, le même argument victorieux.
Maintenant, ai -je tout à fait répondu aux deux questions que j*ai posées en commençant : Que démontrent les miracles ? Comment les miracles démontrent-ils? Il me le semble , Messieurs : cependant , lorsque, des considérations générales, je passe à l'examen particulier de ces faits merveilleux, que nous avons, plus d'une fois, appelés nos miraclei, puisque rhistoire nous donne le droit de parler ainsi , je crois découvrir en eux une nouvelle puissance, et comme une manière de démontrer que je n'ai pas encore définie. Chacun des prodiges que la Providence divine a semés, à diverses époques, sur les pas de l'humanité, peut s'approprier ce que nous avons dit de la force démonstrative en général ; mais tous les prodiges formeot un ensemble admirable, grandiose, sublime, qu'il est impossible de laisser dans Tombre, sans vous priver d'une des plus hautes preuves que vous puissiez invoquer à l'appui de votre foi. C'est tout un système de lumières groupées autour d'une idée centrale , et la faisant resplendir, à tel point qu'il faut s'aveugler soi-même pour ne pas la voir ; c'est tout un tourbillon de merveilles, disposé, avec une sagesse infinie, autour de Taxe même de Tordre surnaturel et nous entraînant vers lui, jusqu'à ce que nous y soyons fixés par la foi.
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Jésus- Christ préparé, Jésus -Christ, présent, Jésus- Christ continué dans sa doctrine et ses vertus, Jésus- Christ hier, aujourd'hui et dans tous les siècles, — Christus heri, hodie et in sœcula : voilà le but unique et suprême de tous les miracles réunis.
C*était pour le promettre , cet adorable Sauveur de rhumanité déchue, que Dieu apparaissait à notre premier père, dans les solitudes déshonorées de TÉden. C'était pour sauver cette promesse des envahissements de la corruption générale, que les cataractes du ciel engloutissaient la terre , n'épargnant que le juste, et que le langage de Thomme, deveon trop superbe, était confondu. Aux champs de laChaldée, Dieu appeUe un vieillard : c'est Abraham , son ami et son hôte; il le réjouit par des familiarités augustes, et fixe sous sa tente les espérances du genre humain. 11 visite le sommeil de Jacob ; il grandit , par des vi* sions sublimes, ce père des tribus, afin que sorte, plus remarquée et plus respectée , de sa bouche vénérable , la fameuse prophétie qui commence à mieux rendre les desseins de Dieu et à mieux déterminer l'attente des siècles. Autour de cette prophétie , ce n'est pas ,assez d'une famille : il faut tout un peuple pour la garder. Sors de l'esclavage , 6 Israël I il est temps , Moïse t'appelle; il a entendu, dans une mystérieuse flamme , Celui qui est : Celui qui est, l'envoie vers son peuple. Voici des cris lamentables : c'est l'Egypte qui demande grâce sous les verges de Dieu. Voici des
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chants de triomphe : c'est Israël qui célèbre le passage de la mer Rouge et les funérailles immenses de ses enneoiis. Conduit miraculeusement, nourri miraculeusement, châtié miraculeusement, constitué miraculeusement, il s'établit enfin dans la terre promise : mais c'est le grand Promis qui en prend possession en sa personne; là sera son berceau, là sera sa demeure, là sera son gibet, là sera sa tombe. Des hommes arrivent, de distance en distance, qui racontent ces choses de Tayenir, comme s'ils les voyaient déjà, et qui en donnent pour preuve, avec.la sainteté de leur vie , les prodiges qu'ils opèrent. Jours tristes de la captivité, jours bénis de la délivrance, vous serez encore féconds et en oracles et en merveilles, les merveilles escortant toujours les oracles et leur faisant la conduite, jusqu'au jour où les temps sont remplis , jusqu'au jour où la rosée céleste tombe des cieux, jusqu'au jour où les nuées pieu vent le juste, jusqu'au jour où les anges chantent ce sacré cantique, que nous répéterons bientôt avec eux : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté I
Voici une bonne nouvelle : un petit enfant nous est ^ né. Est -ce bien lui, mon Dieu, que les patriarches attendaient, l'espoir des nations^ le Promis de Dieu? Lui! ce pauvre petit qui va mourir de froid sur la paille, si sa mère ne le réchauffe contre son sein. Laissez-le grandir : les miracles attesteront sa pré-
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sence, comme ils annonçaient son arrivée. Une vertu merveilleuse sort de sa personne , et guérit tous les maux qu'il louche; sa parole commande aux éléments et à la mort même ; son supplice attriste la nature . son dernier soupir l'ébranlé jusqu'en ses fondements La haine qui veiUe autour de son tombeau , la pierre immense qui pèse sur sa dépouille inanimée, n'ont pas la force de le retenir dans l'ignominie qu'on lui avait préparée : il se lève, c'est bien lui ! le Gbrist estressus" cité, Surrexit ChristtAs. Le Christ ressuscité ne meurt plus, la mort n'a plus sur lui d'empire; mais ce qui vit. vit à Dieu : Christus resurgens jam non moritur, mors un tUtra non dominabitur; qtwd enim vivit, vivit Deo{i).
Il vit à Dieu, Messieurs ; mais il se perpétue ici-bas, jusqu'à la fin des siècles, par sa doctrine, ses vertus, ses institutions. Où est-il? à quoi le monde pourra-t-il le reconnaître? toujours aux mêmes signes. Les apôtres et les saints ont hérité de son pouvoir sur la nature, uniquement pour nous faire voir la vertu de son nom et conquérir le drj»it de nous parler de lui. Je ne vous arrêterai pas par une énumération fastidieuse de prodiges, qui ne sont que la répétition de ce qui s'est accompli depuis le commencement du monde; je me contente de rappeler ce fait qu'on rencontre h chaque page de l'histoire : c'est que les miracles, partout, ont
(1) Rom., cap. vi, ▼. 9.
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accompagné la croix. Une croix et des miracles^ c*était la prédication des apôtres. Une croix et des miracles, la prédication de ceux qu'ils ont envoyés dans notre patrie. Une croix et des miracles, la prédication d'Augustin, de Boniface, d'Hyacinthe, de Louis Bertrand, de François Xavier. La croix, le crucifié, Jésus-Christ vrai Fils de Dieu : voilà donc, Messieurs, Taxe du monde surnaturel. Autour de lui se pressent tous les oracles, ainsi que nous l'avons vu; mais, en même temps, pour achever la plus vaste et la plus imposante des démonstrations autour de lui, s'agitent toutes les merveilles qui se sont opérées depuis l'origine des siècles. Est-ce que vous ne vous laisserez pas emporter par ce tourbillon providentiel, qui doit vous amener auprès du Christ? Est-ce que vous ne vous jetterez pas dans ses bras? Est-ce que vous ne lui direz pas : Mon Maitre! mon Dieu!
J 'avais raison de dire qu'en considérant l'ensemble de nos miracles , on y découvrait une nouvelle puissance et une manière de démontrer d'un genre propre, sui generis, comme dit rÉcole, et qu'il est difficile de définir autrement qu'en empruntant à l'Écriture des expressions qu'elle applique à d'autres sujets : Ul coêtrorum acies ordinata; nos miracles prouvent comme une armée rangée en bataille. Il est impossible, en les voyant groupés, dans un si bel ordre, autour de l'axe même d'une religion, autour de Jésus-Christ préparé, présent et continué, d'échapper h ces conclusions dé-
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finitives : donc, Jésus-Christ est Dieu, donc, le christianisme est divin^donc, la foi en Jésus-Christ et en sa doctrine est un hommage raisonnabLa de notre âme ; donc, quiconque est instruit des prodiges que Dieu a opérés, et n'a pas la foi, bien loin de sauver Thonnenr de sa raison, lui fait une mortelle injnre.
Quelles conclusions» Messieurs I comment ne serions-nous pas heureux de les avoir obtenues, après les avoir si laborieusement cherchées! Je voudrais vous laisser sous leur impression salutaire; mais il faut faire face à Tennemi qui nous les dispute : aidezmoi quelque temps encore , je vous prie , de votre bienveillante attention.
-^ Toutes les religions ont des miracles; donc, de deux choses l'une : ou bien toutes les religions sont vraies et bonnes , ou le miracle est une force inerte , quant à la démonstration de la vérité.
Telle est, Messieurs, la première objection des ennemis du merveilleux, contre sa puissance démonstrative. Si vous admettes que j'aie prouvé sulUsamroent la possibilité et Texistence des miracles divins, je puis nier d'emblée cette proposition : ^ Toutes les religions ont des miracles ; — car elle devient absurde au premier chef, pour peu que Ton examine de près
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et que Ton compare entre elles les diverses croyances et institutions qui reyendiquent Thonneur d*une attestation divine. Si les religions n'étaient que des procédés conduisant au vrai absolu, caché dans les ombres de la mort, des cercles cancentriques se rapprochant plus ou moins du point central où se tient riuQni, nous pourrions considérer les miracles comme des encouragements donnés par Dieu à nos efforts et à nos labeurs. Mais il ne peut pas être que la vérité absolue nous soit cachée, jusqu'à, ce que nous ayons passé par les ombres de la mort. Il ne peut pas être que Dieu prive notre intelligence ici-bas de son objet connaturel, qui est le vrai : ce serait une injure faite à notre première et plus légitime tendance ; ce serait une mutilation atroce , dont ne peut se rendre coupable Celui qui ne nous a créés que pour nous remplir de ses bienfaits. Que Thomme se mutile lui-même, cela se conçoit : il est libre d'abuser des dons de Dieu ; mais que Dieu nous mutile , jamais I
Donc, les religions ne peuvent pas être considérées comme de purs et simples procédés conduisant au vrai : cette fiction est contre nature. Aussi, Messieurs, toute religion affirme-t-ellc une doctrine, et la poset-elle, au nom de Dieu, comme la vérité. En considérant l'ensemble des diverses religions, il n*est pas difficile de se convaincre qu'il y a, entre les doctrines affirmées, des contradictions flagrantes : par conséquent l'être et le non-être, par conséquent labsurde. D'où
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il résulterait que , si toutes les religions avaient des miracles, Dieu serait le patron de Tabsurde...; c'est impossible. Je disais donc bien tout à l'beure : si j'ai suffisamment prouvé la possibilité et l'existence des miracles divins, je puis nier d'emblée cette proposition : — Toutes les religions ont des miracles, ^ et lui substituer celle-ci : — Une seule religion a des miracles; les autres n'ont que des prestiges, facilement réduits à leur juste valeur, si nous leur appliquons les principes que nous avons établis, à propos de la constatation et du discernement des faits merveilleux. Que dis-je, Messieurs ? Il n'est pas même nécessaire , à la rigueur, de recourir à ces principes. Les vrais miracles ayant prouvé la vérité d'une doctrine ^ la justice d'une loi, la divinité d'une religion, toute doctrine, toute loi, toute religion opposante, reçoit immédiatement sa sentence; et, y eût- il des miracles par milliers, il faudrait les repousser comme des séductions dune puissance ennemie du vrai, du juste et du divin. C'est ici le lieu d'appliquer ces paroles de Moïse : « S'il s'élève parmi vous un faux prophète, s'il fait quelque miracle ou prodige, et puis qu'il vous dise : Allons et suivons la loi des dieux étrangers ; n'écoutez pas ce songeur (i). » Et ces autres paroles de saint
(1) Si SQireierit în medio tui Prophètes : et praedixerit signum atque portentum et dixerit tibi : Eamus et sequamnr deos alienos quos ignoras, et serviamus eis : non aadies verba illius prophetae aut somniatoris. (Dent., cap. xni, v. 1, 2, 3.)
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Paul : a Si un aoge du Ciel tous prêchait un autre Évangile que le mien, qu'il soit anathème : lAeet... Angélus de cœlo evangelizet vobii prœlerqtuim quod etangelixaverimus vobie, anaihema sU (1). » Direz-Toos que nous jugeons la doctrine par les miracles , et les miracles par la doctrine, et qu'ainsi nous tournons dans un cercle vicieux? Aucunement, Messieurs. Il y aurait cercle vicieux, si nous disions que la vérité de nos miracles prouve la fausseté des religions qui sont opposées à la nôtre, et la fausseté des religions opposées à la nôtre , la vérité des miracles chrétiens. Mais il n*en est pas ainsi ; nous disons : L'authenticité , la certitude, la divinité manifeste des miracles chrétiens, prouvent la vérité de notre religion ; donc , la vérité
ne pouvant pas se combattre , toute religion opposée à la nôtre est une religion fausse, et toute merveille produite à Tappui de cette religion, est d'une nature et d'une origine suspectes. C'est ainsi que la force démonstrative des miracles concourt, en dernière analyse , à leur discernement.
«•— Hais si la fonction des miracles est de démimtrer la vérité, pourquoi des miracles futiles? Pourquoi des faits étranges et d'origine divine, qui éveillent l'attention saus produire aucun résultat sérieux? C'est de la puissance perdue ; ce jeu bizarre est indigne de Dieu , et compromet les conclusions qu'on veut obtenir de merveilles plus éclatantes.
(1) Galat., cap. i, t. 8.
Messieurs , cette objection tient à un renversement d'optique : elle suppose qu'au lieu de regarder les miracles par le haut, on les regarde par le bas, ce qui est une faute grossière Comme les lignes d'un tableau doivent être vues dans leur jour, leur ordre et de leur point de perspective, ainsi en est-il des mirades. Ce n*est pas des plus petites merveilles qu'il faut aller aux plus grandes , c'est des plus grandes qu'il faut aller aux plus petites. Après avoir constaté la nature, l'origine, le but des plus éclatants prodiges, on se convainc aisément de ce fait : que tous les vrais miracles ont leur utilité, et que, si nous ne la voyons pas du premier coup d'œil de Fesprit, c'est que nous manquons de pénétration. De là, cette conclusion bien simple : qu'il faut suspendre son jugement. Mais telle n'est pas la conduite des adversaires du merveilleux, parce qu'ils manquent de modestie, et que, toujours avides de trouver en défaut la démonstration des vérités qui les gênent, ils se laissent aller à une précipitation indiscrète. Encore n'aboutissent-ils à aucune difficulté sérieuse : car quels sont les miracles futiles qu'ils reprochent à Dieu? Des tableaux qui remuent
les yeux, des scènes plus que naïves, où les animaux jouent des rôles impossibles : Joaas avalé par une ba* leine et vomi sur le rivage au bout de trois jours; Tànesse de Balaam parlant h son maitre, et une foule d'autres choses qu'il est inutile de citer, et plus inutile encore de discuter. Or, Messieurs, que Dieu puisse
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se servir d'un miracle afin de réveiller la foi d'un peuple et même d*un homme, ou de confondre leur incrédulité, cela est incontestable, et tel est le but des miracles qoe Ton accuse de futilité. Pour ne parler que de Tânesse de Balaam , cette pauvre bète me parait avoir donné à son maître la plus rude leçon qu'un homme ait jamais reçue. Elle lui a appris, entre autres choses, que celui qui résiste à la voix de sa conscience, à la volonté divine, et s'abandonne à ses passions, quelles qu'elles soient, arrive à un tel degré d'abaissement que les bétes elles-mêmes sont plus dignes que lui de voir les choses de Dieu. Elle m'apprend, à moi, que si, à l'heure qu'il est, les bétes parlaient, bien des philosophes qui croient Toir clair, et que la passion aveugle, seraient confondus , ce qui ne serait pas si futile. Ne calomnions donc point. Messieurs, les miracles dont le but nous échappe ; mais à la vue des grands prodiges dont la. fonction est évidente, adorons les desseins cachés de Dieu, dans les naïves merveilles qui offensent notre fausse délicatesse.
— Dieu démontre donc par le miracle, voilà qui est clair. Hais, disent nos adversaires, ne vous exagérezvous pas la force de cette démonstration ? Vous avez dit qu'elle était rigoureuse et universelle : voyez quel démenti vous donne l'histoire ! Sans parler des tergiyersations des Israélites, gens ignorants et grossiers, combien d'hommes graves ont rt^sisté à la force démonstrative des miracles ! Les scribes, les pharisiens,
DES MI&AGLKS. 189
les princes des prêtres se sont laissé si peu ooayaincre par les prodiges du Christ, qu'ils Tout accusé et mis à mort; le peuple lui-même a trempé dans ce forfait. Où donc est la rigueur et Tuniversalité de cette démonstration dont vous parlez?
Messieurs Y il 7 a ici un malentendu. Quand nous disons que la force démonstrative du miracle est rigoureuse, nous ne disons pas qu'elle obtient toujours son effet; quand nous disons qu'elle est universelle, nous ne disons pas que tout le monde l'accepte. Le miracle est une démonstration rigoureuse et universelle, mais ce n'est pas une démonstration nécessitante. Dieu nous éclaire, mais il ne mfÊ»s brutalise pas: en demandant notre foi, il respectenotre liberté. L'homme demeure donc tout entier en face des prodiges , avec ses préjugés, ses faiblesses, ses dépendances, ses frayeurs et surtout ses passions. S'il n'est pas convaincu, n'en accusez que lui et non les preuves qu'on lui donne. Les païens ont résisté : mais leur vie facile et toute à la volupté les retenait captifs. Les Juifs ont résisté : mais ils étaient aveuglés par le préjugé d'un Messie conquérant et maitre de la terre ; ils subissaient la domination jalouse du sacerdoce , dont le pouvoir et la haine leur causaient de mortelles frayeurs. Les scribes , les pharisiens , les princes des prêtres ont résisté : mais leur orgueil , plus fort que l'évidence , leur faisait craindre la perte du prestige et de l'influence dont ils abusaient. Le plus grand nombre a
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résisté : mais le plas grand nombre a obéi à la voix de la passion. Mettez ce plus grand nombre, qui n'est pas convaincu, en face du petit nombre qui s'est laissé convaincre; que s'ensuit -il? Plus que jamais^ que la démonstration du miracle est rigoureuse, puisqu'elle donne au petit nombre la force d'affronter le grand nombre, malgré la triple persécution du mépris, de la haine et du glaive.
Ah! Messieurs, où en serions-nous, si nous jugions la valeur des preuves à l'effet qu'elles produisent? Ne savez- vous pas que, chaque jour, des millions de lecteurs se laissent prendre aux niaiseries des feuilles publiques, et des iu-octavo que met au monde Fintempérante paternité de nos sophistes? Il n'est pire sourd que qui ne veut pas entendre, et jamais je n'ai été mieux convaincu de la justesse de ce proverbe, que lorsqu'il s'est agi de démontrer les vérités religieuses. Un jour, un esprit-fort conversait avec moi. Comme il avait admis certains principes, je l'amenai à reconnaître une contradiction dans sa conduite , et lui dis le plus poliment du monde : — Mon ami , vous n'êtes pas logique. — Eh ! répliqua-t-il, je me moque bien de votre logique! — Je l'avoue, tous les arguments que j'avais pris tant de peine à entasser sur sa tête croulèrent devant celui-là, et ce beau raisonneur put se flatter, h mon silence , de m'a voir vaincu, et ma cause avec moi.
Je conclus, Messieurs : La force d'une preuve ne
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dépend pas de son effet. Lors même que , par impossible j les miracles n'auraient obtenu aucun résultat , ils n*en resteraient pas moins une des plus grandes preuves dont Dieu puisse se servir, pour convaincre rhumanité.
— Eh bien! s'il en est ainsi, pourquoi Dieu s'arrêtet-il? pourquoi plus de miracles? N'ayons-nous pas besoin d'être convaincus , comme les générations qai nous ont précédés? Voilà , Messieurs, notre dernière diflBculté.
Qu'il n'y ait plus de miracles, c'est ce que je me permets de nier, car chaque jour l'Église en constate. 11 n'y a pas longtemps, un homme humble et caché au monde par sa position , un simple curé de campagne , attirait dans sa paroisse toute la France catholique , et renvoyait un grand nombre de ceux qui avaient pu entendre sa parole , recevoir sa bénédiction , toucher le bord de son vêtement, participer à ses prières, guéris de longues et douloureuses infirmités (1). Une vertu sortait de lui, comme de la personne du Sauveur, et, aujourd'hui encore, une vertu sort de son tombeau. Et ce n'est pas le seul thaumaturge de notre siècle : grâce à Dieu , la race des saints n'est pas éteinte ; mais, la race des impies et des incrédules ne s'occupe guère de la chercher.
Toutefois, quand il serait vrai que la source des prodiges fût épuisée, en avons*nous encoiPe besoin?
(1) Voyei Vie du curé cTArs,
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Non, Messieurs. A chaque siècle, Dieu réserve la démonstration qui lui convient. La période de notre formation religieuse est achevée depuis longtemps, et, pour cette période seulement, les miracles étaient nécessaires; car, selon la gracieuse comparaison de saint Augustin : a G*est lorsqu'on plante de jeunes arbres qu'il faut les arroser, jusqu'à ce que leurs vigoureuses racines se soient étendues en terre et les aient affermis. » Le christianisme était jeune ; Dieu le plantait sur un sol desséché, depuis longtemps, par les ardeurs maudites des passions : voilà pourquoi cette pluie de merveilles, qui rendirent illustres les premiers âges de la foi. maintenant les racines sont prises; le tronc inébranlable étend , sur le monde entier, sa forte ramure. La lumière suffit, afin qu'on puisse voir, dans la majesté de ses proportions, cet arbre gigantesque. Regardez -le bien, Messieurs, et voyez écrit sur son tronc, sur ses branches, sur ses feuilles : unité, perpétuité, universalité 1
Unité, perpétuité, universalité... : le christianisme promettait tout cela, en entrant dans le monde, mais il n'avait encore aucun de ces caractères merveilleux : ne fallait-il pas que Dieu j suppléât par des prodiges ? Le but de ces prodiges est atteint, n'en demandez plus, a Les choses elles-mêmes crient et montrent le Seigneur, dit saint Jean Chrysostome : Res ipsœ clamant et ostendunt Dwninum (1). v> La religion établie, le
(1) Expos, in psaL GXLii , n« 5.
monde converti ^ Jésus-Christ debout depuis dix- huit siècles, toutes les prophéties accomplies en sa personne et en son œuvre, et autour de lui, rangés comme une armée, tous les miracles du passé, n*efit-ce pas une assez beUe démonstration? Que voulez-vous de plus?
Vous demandez des miracles. Ce n'est pas la dé-* monstration qui convient à notre siècle. Le christianisme étant formé et plus fortement établi qu'aucune société, il suiBt qu'il agisse, c'est-à-dire qu'il mette en évidence, par ses œuvres, les vertus dont il a reçu le germe. Gis vertus sont assez étonnantes, par ellesmêmes, pour faire impression sur nos âmes, mieux cultivées et plus sensibles aux manifestations de l'infini, dans la beauté morale ; et si Ton considère l'ordre de la Providence et le naturel développement des choses, il semble que Dieu les ait destinées à remplacer, auprès de nous, les prodiges des premiers temps. Il en est une, surtout, qui remplit le monde de son éclat et plus encore de ses bienfaits, une qui ressort chaque jour, plus vive et plus pure, du sein de l'égoïsmc qui déshonore notre société : vous l'avez nommée, c'est la charité. Quelle force! quelle puissance! quelle vertu créatrice ! Qui racontera ce qu'elle a . fait sous nos jeux, depuis vingt ans seulement? Philosophes, incrédules, faux savants, voilà le miracle que vous demandez.
Eh bien ! cette divine charité, qui devrait vous ser-
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Tir de démonstration, vous tooclie-t-^lle? vous ton^ vainc-t-elle ? Ah I laissez-moi dire votre crime. Autrefois, les scribes, les pharisiens, les docteurs, les princes des prêtres, voyant que Lazare ressuscité devenait une preuve Irop forte de la divinité du Sauveur, résolurent entre eux de le faire mourir. Ainsi avez-vous résolu à regard de la charité. Elle allait, tranquille, visiter la misère du pauvre, s^asseoir au chevet du malade, porter partout des secours, des consolatiotis, avec les paroles de l'éternité; et vous Tavez lâchement calomniée^ lâchement dénoncée et lâchement livrée à des rigueurs que je ne qualifie pas. Elle «vait formé un bataillon sacré de jeunes hommes. Ces pauvres enfanta) sans y être forcés par une loi impérieuse et sévère, sans y tire entraînés par les perspectives éê la gloire* ils ont couru à la mort, parce qu'ils croyaient sauver un roi malheureux, un pontife persécuté; et vous avez ri sur leur sang répandu^ vous avei sifflé leurs funérailles, vous avez voulu salir et déshoniorer leur mémoire I Et c^est vous qui demandez à Dieu des miracles? Mais ne dites donc pas cela : vous trouveriez moyen d'en rire, de les siffler, de les salir, de les déshonorer aussi.
Philosophes, incrédules, faux savants, écoutez un de vos pères. <i Je ne voudrais pour rieu au monde, dit Jean -Jacques, être témoin d'un miracle; car que sais -je ce qui en pourrait arriver? Au lieu de ne rendre crédule , j'aurais grand 'peur qull me rendit
fon (1). D Je ne sais pas si un miracle vous rendrait foQâ; mais, au moins, je suis sûr qu'il tous rendrait plus haineux. C*est pourquoi je demande à Dieu qu'il retienne la force de son bras. Ses manifestations vous nuiraient; et eiles n'ajouteraient rien à cette profonde conviction qui nous fait dire, lorsque nous considérons le résultat final de tous les prodiges : Le doigt de Dieu est là , Digitus Dei est hic.
(1) Lettre de la Montagne,
DE LA NiCESSITÉ HISTORIQUE DES MHUCLES PODR EZPUQUKII