‹ Conférences du Couvent de Saint-Thomas-D'Aquin de ParisChapitre 9 sur 42 · DE LA FORCE DÉMONSTRATIVE DES MIRACLES · texte numérisé non relu

DE LA FORCE DÉMONSTRATIVE DES MIRACLES

11 s'agit d^obtenir aujourd'hui uae conclusion générale, fruit nécessaire et légitime des démonstrations qui ont rempli les précédentes conférences. Cette conclusion s'est introduite, plusieurs foie déjà, dans la trame du discours ; mais elle ne s'est pas encore revêtue de cette souveraine autorité qui s'impose à la raison , et commande son assentiment à la vérité ; ce n'est qu'en la rapprochant des principes dont elle découle directement, que nous obtiendrons ce résultat. Les miracles sont constatés. Les signes qui distinguent les vrais des faux prodiges, sont clairement définis. Nous savons, à n en plus douter, que Dieu

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s'est mis en scène , par un exercice exceptionnel de sa puissance. Partons de cette connaissance si laborieusement acquise, et demandons aux miracles non plus quelle est leur cause , mais quel est leur résultat définitif, et comment ils obtiennent ce résultat. Bien qu'à leur nature, on devine qu*ils ne peuvent pas être des faits inertes, mais qu'ils possèdent une force démonstrative. Quelle est cette force? En deux mots: Que démontrent les miracles, et comment démontrent-ils?

Démontrer une vérité, c'est rendre compte de sa filiation ; c'est faire voir qu'elle découle de certains axiomes, dont la clarté est telle que l'esprit humain ne peut pas les répudier sans outrager ses irrésistibles instincts; enfin, c'est tirer directement les conséquences de l'indémontrable. A ce point de vue, le miracle, par lui-même, ne démontre directement aucune vérité, si ce n'est la perfection de sa cause , car toute cause se manifeste en ses effets. Élevé par sa nature au-dessus des forces créées, le prodige, quand il est vrai, nous révèle la force incréée. Ordonné par ses caractères à la bienfaisance ou au châtiment, il nous révèle l'infinie bonté ou l'infinie justice de Celui qui, pour gouverner le monde moral , peut appeler à son aide tous les êtres , toutes les forces , tous les mou-

yements da monde physique. Le miracle , enfin , démontre^ par extraordinaire et parsarabondanoe, ce qae démontre, par ordinaire et par sufBsancc, l*œuyre primordiale de la création. Non pas que Tceuvre de la création soit inférieure au miracle dans Tordre démonstratif : au contraire. Le merveilleux , selon la pensée de saint Augustin, j est plus universel et plus constant. Tous les fruits bénis de la parole de Dieu , tous les êtres qu'elle a fait jaillir du néant , parlent avec une admirable éloquence. Puissance! bonté! sagesse infinies! c'est le refrain de ce concert immense, que chantent perpétuellement les créatures de Dieu.

Groupés près des rois étincelants qui les gouvernent et les abreuvent de lumière , emportés, par une force mystérieuse et réglée, sur les cordes de leur écliptique , rois et sujets , soleils et planètes , bercés par une main amie autour d*un centre qui échappe h nos regards, toute Tannée céleste répète en chœur : Puissance ! bonté ! sagesse infinies !

Et les feux souterrains qui travaillent le globe, et les laves brûlantes qui s'ouvrent un passage jusqu'aux lieux voisins du ciel, et la mer toujours ordonnée jusque dans ses fureurs, et les fleuves qui descendent et versent dans son sein immense leurs eanx fatiguées , et la pluie et la rosée , et les frimas , et les neiges éternelles qui couvrent le sommet tranquille des montagnes : Puissance ! bonté ! sagesse infinies !

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Et cettç première vie qui emprunte à la terre ses sucs nourriciers , et le cèdre qui ennoblit les croupes du Liban, et Thysope qui rampe à ses pieds, et toutes ces plantes de tant de formes, de tant de couleurs, de tant de cbarmes, de tant de vertus, qui embellissent le lieu de notre exil : Puissance ! bonté I sagesse infinies!

Et Tinsecte qui se noie dans une goutte de rosée, et le monstre qui s'agite dans les eaux profondes de rOcéan , et Toiscau qui laisse tomber, à travers I*espace et le silence, les notes perlées de sa petite voix, etTaigle qui plane dans les nues, et les bètes fauves qui peuplent les déserts, et les animaux dociles qui se plient à notre fière domination : Puissance ! bonté ! sagesse infinies!

Et le sang qui se précipite dans mes veines tremblantes , et les palpitations de mon cœur, et les ondulations de ma poitrine, et les ébranlements sublimes de mon cerveau, et ma parole, fille de ma peilsée, et ma pensée, fille de mon âme, et mon àme, fille de Dieu : Puissance I bonté! sagesse infinies !

0 Dieul 6 Seigneur I les deux racontent votre gloire , le firmament publie qu*il est Tceuvre de vos mains; mais aussi < que votre nom est donc admirable par toute la terre! Domine, Dominus noster, quam admirabUe est nomen tuum, in universa terra (1) ! »

(1) Ps. VIII.

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Que de merveilles tous avez concentrées dans ma fragile viel Puis- je ne pas dire comme le prophète, ivre d*admiration et d'enthousiasme : « Mon âme, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est en moi chante son nom sacré : Benedk, anima nua, DominOf et omnia quœ ifUra me $unU nomini sancto gu$ (1)1»

Cependant, Messieurs, cette magnifique démonstration de la nature n'est pas tellement victorieuse, qu'elle ait toujours suiB à la faiblesse et à Tinconstance de Tesprit humain. La grandeur des merveilles de la création et leur assiduité ont produit un double aveuglement, qui s*est traduit par une adoration grossière et par un oubli plein d'ingratitude. L'homme s'est arrêté et prosterné devant les images de la perfection divine , comme devant cette perfection même , ou bien il s'est accoutumé à entendre la voix de la nature, sans s'appliquer à comprendre le sens du cantique qu'elle répète éternellement ; de telle sorte que tant d'admirables choses se sont avilies à force de constance : Assiduitate tiluerunt. C'est l'expression énergique dont se sert saint Augustin , et il ajoute : a L'homme ne daigne pas faire attention aux œuvres merveilleuses de IHeu, il ne daigne pas remarquer les prodiges que Dieu a renfermés dans la plus petite semence. y> Dieu va-t-il, pour le punir, l'abandonner aux ténèbres qu'il a lui-même amassées autour de

(1) P». en.

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son àme? Non : « sa miséricorde, dit le grand docteur, tient en réserve des signes qu'elle doit produire en temps opportun, contre le cours ordinaire des choses et Tordre de la nature, afin que ceux pour qui les miracles quotidiens ne sont plus que des manifestations vulgaires, s'étonnent en voyant, non pas de plus grands prodiges, mais des choses inaccoutumées (1). » Gomme les merveilles de la nature, le miracle a donc, pour objet immédiat, la démonstration de la perfection divine, et nous pouvons concevoir qu'il devienne nécessaire et qu'il se produise , sans que, pour cela, l'homme soit obligé de croire et de faire autre chose que ce que dicte sa raison et commande sa conscience.

Toutefois, Messieurs, la force démonstrative du miracle peut s'étendre et s'étend , en effet , à^ un autre objet. Dieu voulant nous faire entendre des vérités et nous prescrire des devoirs , sur lesquels la raison et la conscience se taisent; Dieu voulant que, des obscurités de la nature, nous soyons élevés jusqu'aux

(1) Miracula... quibiis(Deus) totum mundum régit, universamque creataram administrai, assidaitate viluerunt, ita ut pêne nemo dignetur aUendere opéra Dei mira, et stupenda in quolibet seminis gitino : secundum ipsam suam misericordiam servavit sibi quaedam , quœ faceret opportune tempore prœter usitatum cursum, ordinemque nature : ut non majora sed insolita videndo stuperent quibus quotidiana viluerant. Majus enim miraculum est gubernatio totius mundi quam satnratio quinque millium hominum de quinque panibus. Et tamen hoc nemo miratur. Ulud mirantur homines non quia m^gus est, sed quia rarum est. (S. Aug., Tt^cl. XXIV m Joannem,)

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splendeurs de la surnature , Dieu emploie les miracles , aGn d*ouvrir, à ses réyélations et à ses commandements, la porte de nos âmes. Il pourrait, par des inspirations particulières, nous faire connaître sa Yérité, et, par des impressions secrètes, nous intimer ses ordres. II pourrait déchirer les yoiles qui le cachent à nos yeux , se montrer lui-même dans tout Téclat de sa gloire, et, de sa propre bouche, dire aux peuples humiliés, tremblants, couchés devant lui : — Peuples , écoutez ! croyez ce que je dis , et faites ce que j'ordonne. — Mais il veut, autant que possible , s*en tenir aux lois, même lorsqu'il agit par exceptions. Or, c'est une loi de la vie intellectuelle, que Thomme , fait pour la société , reçoive par une

bouche humaine tout enseignement. Dieu s'en tient h cette loi : voilà pourquoi il intervient , par des représentants , auprès de l'humanité , afin de lui communiquer ses lumières et de lui intimer ses volontés. Qui ne comprend , Messieurs , que ces représentants ont besoin d'une force, contre laquelle personne ne puisse invoquer légitimement son inviolabilité? Un homme se présente à moi : il m'enseigne une doctrine qui surpasse ma raison, il me prêche une loi sur laquelle ma conscience garde le silence ; enfin, il veut m'imposer une religion, car toute religion se compose essentiellement d'une doctrine et d'une loi. Qui m'oblige à le croire et à lui obéir? Et pourquoi surchargerais-je ma vie d'un nouveau fardeau? Arrière

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cette religion qui n'a d'écho ni dans ma raison, ni dans ma conscience. Dieu est mon unique Maître, je ne crois qu'à lui, je n'obéis qu'à lui; pour tout autre que lui , je suis inviolable !

Tout ya bien, si je n'ai affaire qu'à un homme. Hais si cet homme vient de la part de Dieu , s'il me parle en son nom , s'il me montre les lettres de créance qui me font voir mon unique Haitre, en sa personne, c'est-à-dire s'il multiplie les prodiges sous mes yeux, s'il démontre, par l'éclat de ses œuvres, la perfection divine , enfin si je vois la perfection de Dieu , à l'appui de son affirmation , puis-je ne pas voir Dieu dans son affirmation même? Dieu est là : que faire? Mon inviolabilité cesse, devant une si grande autorité; quoi qu'il enseigne, quoi qu'il commande, je crois et j'obéis. Et je suis sûr que ma foi répond à la vérité, mon obéissance à la justice.

Vérité d'une doctrine, justice d*une loi, divinité d'une religion : voilà, Messieurs, sur quoi porte définitivement la force démonstrative du miracle. Remarquez cependant que cette force n'agit pas d'une manière directe. Une proposition est incompréhensible, le miracle ne nous la fait pas comprendre ; un précepte est mystérieux jusqu'à paraître étrange , le miracle ne nous en donne pas l'explication ; mais en démontrant la perfection de Dieu et surtout sa souveraine autorité , il en fait jaillir les rayons sur l'incompréhensible et le mystérieux , et nous les fait accepter au nom de l'unique

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Maître qui paisse nous les imposer. EufiB , le miracle démontre directement la perfection de sa cause, indîreciement et par reflet la divinité de la religion. Saint Augustin rend cette pensée en ces termes : a Dieu , par les miracles, marie son autorité à une doctrine; et par son autorité, il mérite notre foi : Miraculis cùndliavit aticioritatemf amtaritate meruit fidem (i). »

Ne TOUS défiez pas, Messieurs, de cette démonstration que j'appelle indirecte ou par reflet : car elle est d'une rigueur invincible , pour quiconque possède une connaissance élémentaire de la nature de Dieu , pour quiconque sait combien il est jaloux de ses perfections infinies. Dès qu'il se déclare, par une manifestation claire et évidente de sa toute- puissance, en faveur d*une doctrine et d'une loi, il engage à la fois sa véracité , sa bonté , sa sainteté.

Il est la vérité même, la vérité sans mélange d'ombre ni de faiblesse : il ne peut donc donner son témoignage qn*à la vérité. Honorer un homme des communications de sa puissance , et lui permettre de faillir ou de tromper , ce serait épouser Terreur, faire k sa nature infinie un/e violence infinie, et travailler de toute sa force à sa propre destruction.

Il est bon, et sa bonté lui commande de n'intervenir auprès de nous que pour nous faire du bien. Tonte erreur d'esprit et de conduite est un mal qu'il peut

(1) De Vera Beiigione, cap. xxxiV.

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permettre, mais non pas un mal qu'il peut commettre à notre égard. Il le commettrait cependant, 8*il permettait à une doctrine fausse et à une loi injuste, de réfléchir sa toute-puissance manifestée par le miracle , et de prendre ainsi possession de notre yie ; après nous avoir comblés de ses bienfaits, il ne s* appliquerait 'qu*à deyenir, à cause de sa force, le plus dangereux, à cause de sa gloire, le plus abominable des malfaiteurs.

Il est saint, et sa sainteté est le type suprême auquel toute vie humaine doit être finalement configurée. S*il se montre, i('il parle, s*il ébranle notre &me par des signes victorieux , ce ne peut être que pour nous rapprocher de sa perfection , jusqu'à ce que , par un dernier acte de sa puissance inOnie , il nous saisisse et nous unisse à lui, dans un étemel embrassement. Permettre àTiniquité d'employer, auprès des hommes, son nom et son autorité pour les corrompre , ce serait se condamner à un rôle infâme , et faire du cantique qui retentit autour de son trône, depuis les jours étemels : — Saint , saint , saint I — le plus scandaleux et le plus effroyable des mensonges.

11 est donc impossible « Messieurs , de comparer Terreur au miracle, sans rencontrer partout Tabsurde; impossible , par conséquent , d'échapper à la force démonstrative du miracle : elle nous presse , elle nous ëtreint, jusqu'à ce qu'elle ait obtenu le double assentiment de notre raison et de notre conscience. Aussi, selon la remarque de Pascal , est-il dit : — Croyez à

l'Églûse y — mais non pas : — > Croyez aux miracle , car ce dernier est une chose naturelle. Tous ceux qui se sont présentés à Thumanité^ sous le titre de mandataires de Dieu, ont constamment invoqué cette force maîtresse, comme un argument définitif. Moïse renvoie le peuple aux prodiges qu'il opère. Jésus -Christ dit aux pharisiens : a Si vous ne voulez pas croire à ma parole , croyez à mes œuvres , et sachez ainsi que mon Père est en moi et que je suis en mon Père (1). » Saint Paul écrit à ses fidèles : « Notre Évangile ne s'est pas établi au milieu de vous par la parole seulement, mais par la force des prodiges , par la grAce de TEsprit- Saint^ par une plénitude admirable de preuves* — Mes discours et ma prédication ne se sont pas contentés des vaines paroles dont se sert la science humaine pour convaincre , mais ils ont appelé à leur aide les manifestations de Tesprit et de la toute*puissance de Dieu. — Les preuves de mon apostolat , je les ai produites, en public : c est la patience , ce sont les signes extraordinaires, les prodiges, les miracles de toutes sortes (2). » Les thaumatuif^es ont raison, Messieurs, de faire

(1) Si mihi non vultis credere, operibas crédite, ut cognoscatis et credatis quia Pater in me est^ et ego in Pâtre. (S.Joan., cap. x , v. 38.)

(3)Evangelium nostrum non fait ad vos in sermone, sed in virtate, et in Spiritu sancto, et in plenitudine multa. (I Thess.,cap. i, ▼. 5.) — Sermo meus et praedicâtio roea non in persuasibilibus humanse scientia verbis, sed in ostensione spiritus et virtutis; ut lides vestra non sit in sapientia hominum, sed in virtute Dei. (I Cor., cap. ii, v. 4, 5.) -> Signa tamen apostolatus mei facta sunt super vos , in omni patientia, in signis, et prodigiis et virtutibus. (II Cor., cap. xii, v. 13.)

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appel à leurs œuvres ; car le miracle est non-seulement une preuve rigoureuse , c'est encore une preuve universelle de la vérité , une preuve à la portée de tous les esprits. Je vous Tai dit, à propos de la constatation du miracle : rien de plus facile que d'en déterminer la nature, rien de plus facile que d'en découvrir la cause ; il suflSt pour cela d'avoir les sens en bon état, et de posséder la somme d'expérience et de bon sens qui convient au plus humble des mortels. J'ajoute : rien de plus facile que de comprendre le but du miracle, rien de plus facile que d'en tirer une conclusion suprême. Pas de difQcultés, pas d'hésitations, pas de longs efforts ; tout se réduit à ce raisonnement court et précis : Quiconque parle au nom de Dieu et fait les œuvres de Dieu , ne peut annoncer que la vérité et la loi de Dieu ; quiconque annonce la vérité et la loi de Dieu, doit être cru et obéi : donc, croyons et obéissons.

0 sagesse de mon Dieu I je vous reconnais, à cette parfaite économie de la force démonstrative qui doit convaincre l'humanité. Toutes les intelligences ne sont pas à la hauteur d'une doctrine ; tous les esprits ne sont pas capables de suivre la voie discursive qui, d'un premier principe, conduit à ses conséquences; tous les hommes n'ont pas le temps de procéder à Texamen des propositions dont se compose un enseignement. Examiner, discuter, réfléchir et comprendre, c'est le partage d'un petit nombre d'âmes privilégiées, qui

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\ivent dans la familiarité du monde intellectuel, et peuvent lui consacrer de longues heures ; mais à côté de ces âmes , quelle foule immense , condamnée , par ses faiblesses et ses grossiers labeurs, à de vulgaires pensées! Quelle foule immense, destinée à être prise d'assaut par la vérité , ou à ne la jamais posséder I Le peuple, c'est-à-dire les neuf dixièmes du genre iiumain , le peuple n'a ni le temps , ni le courage , ni la force de s'appliquer à une doctrine , d*en étudier les différentes parties, d'en sonder les profondeurs,* d*en admirer les sublimités , d'en subir les attraits, d'en goûter tous les charmes. On lui parle, et il croit. C'est tout ce qu'il peut faire , d'entendre un enseignement et de l'accepter; mais doit-il l'accepter sans preuve?

Il 7 a, Messieurs, des professeurs d'impiété et d'immoralité, qui méprisent assez le peuple pour vouloir qu'il abdique sa pauvre petite raison, devant les oracles qu'ils prononcent. Le peuple , ce n'est pas l'humanité : c'est ce qui reste après qu'on a prélevé « les quelques individus exceptionnels, préservés des tentations et des malentendus où tombe la foule (1). » Pas de preuves pour le peuple , mais des affirmations insolentes et des doctrines empoisonnées, qu'il avale à la hâte entre ses heures de travail. Pas de preuves pour le peuple : il est incapable de les comprendre ; c'est profaner le vrai que de le soumettre à son jugement. Ainsi pensent les

(1) E. Renan.

hommes superbes qui se croient les pères de la lumière , et font profession de dédain pour les parties simples de Thumanité. Hais, par bonheur, Messieurs, Dieu tient à prévenir ou réparer cette monstrueuse iniquité. Lui si grand et si puissant, est plein d'un respect admirable pour ce qui est petit et faible ; il semble même que les profondeurs l'attirent, et qu'il réserve, aux plus humbles de ses créatures, ses meilleurs dons. Voulant enseigner le peuple et régler sa vie , il lui a préparé une doctrine profonde et des lois sublimes. Ya-t-il les lui imposer brutalement et les lui faire accepter sans preuves? Oh! non; car il respecte trop le peuple pour lui demander autre chose qu'une obéissance raisonnable. Et, parce que le peuple n'a ni le temps ni la capacité d'entendre une longue démonstration, qui gagne sa raison et la prépare à la foi , Dieu se résume, pour lui, dans la démonstration vigoureuse et concise du miracle, telle que je l'exposais tout à l'heure. Le miracle est donc,parexcellence, la preuve populaire de la vérité. En parcourant , par le souvenir, tous les phénomènes merveiUeux qui se sont produits dans le cours des siècles, je ne puis m'empécher de me retourner vers Dieu et de lui dire : Merci pour le peuple!

Messieurs, cette popularité de la démonstration du miracle ne nuit aucunement à sa dignité. En s'abaissant vers le peuple et en se mettant à sa portée, Dieu reste debout en face des âmes supérieures, toujours maître , toujours commandant h la raison par le reflet

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de son autorité souveraine. Les doctes et les éclairés de ce monde n*ont plus rien à désirer, dès qu'il est manifestement prouvé que Dieu a parlé; le miracle satisfait les plus légitimes exigences. Mais ce n'est pas tout : le miracle, en prouvant, par autorité, la divinité d'une religion, rend aux savants plus d'un service, qui leur épai^ne bien des hontes et bien des misères intellectuelles. N*on^ils pas sali et défiguré jadis, par de monstrueuses erreurs, les vérités élémentaires que protège l'autorité du bon sens et de la conscience? Aujourd'hui ,• tous ceux qui invoquent la liberté du mouvement intellectuel et des excursions sans règle dans le monde des idées, ne se déshonorent-Us pas par de lamentables contradictions ? Le miracle prévient tous ces accidents funestes de l'esprit humain, n condamne à l'avance toutes les investigations téméraires. Il rappelle à lui tous ceux qui s'égarent dans les profondeurs de la doctrine, par des recherches trop avides. Il tranche les difficultés , il termine les discussions, il nous assure la tranquille et sereine possession de la vérité. Sa force universelle nous réunit dans une même foi , et une même soumission à la même puissance.

J'ajoute un mot, pour clore ces considérations générales. Rigoureuse et universelle, la force démonstrative du miracle est encore perpétuelle : car le miracle persévère traditionnellement , ainsi que je vous l'ai

fait comprendre dans une précédente conférence. Nous

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