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242 VlffGT-HDITIEME GORFERBNGE.
du respeot , et . à cause de ses infirmités présentes , rédat trop vif de la majesté 7 tarit les souroes sacrées de Tamoar; car « Tamonri sdon une vieille sentence, vent trouver des égaux ; quand il n'en trouve pas, il en fait : Àmar aut pares invtwU aui faeii. » Admiré jusqu*à Tadoration, Jésus-- Christ ne sera donc pas aimé. C'est ce qui vous trompe : il est aimé, ccmmie jamais homme ne le fut ni ne le sera. Ce n'est pas une émotion passagère, un sentiment bénin qu'il produit par la manifestation de ses vertus : c'est une passion constante et cruelle, qu'il fixe au cœur de ces hommes durs et grossiers, dont il n'est ni le père, ni le frère, ni Tenfent; une passion qui devient poar eui un sublime tourment, un feu qui les dévore et leur fait pousser des cris à donner le frisson. Jamais l'amour . maternel , le plus grand de tous les amours , ne s'est exprimé avee une telle vigueur ni une telle élévation. Amour! amour? c'est toi qui torturais ces Apres natures, et c'est toi qu'dles préféraient à tous les dons et à toutes les grandeurs. Écoutes saint Paul, traduit par un de nos plus grands poètes.
Sa vain je parlerais le langage 4es anges , En vain , mon Dieu , de tes louanges Je remplirais tout Tunivers.
Sans amour, ma gloire n*égale Que la gloire de la cymbale Qui d'un vain son frappe les airs.
Que sert à mon esprit de percer les abtmes
DBS MIRACLES. ikS
Des mystères les plus sublimes Et de lire dans l'avenir?
Sans amour, ma science est vaine , Gomme le songe dont à peine Il festé un léger souvenir.
Que me sert que ma foi transporte les montagnes ; Que, dans les arides campagnes, Lé6 torrents tiaîssent fious mes |:^s; O» quê y raaiaiant Itf poussière , fille rende aux morts la lumière , Si Tamour ne m'animo pas ?
Oui, men Dieil^ quand mes maint, de tout mou héritage, Aux pauvres feraient le partage; Quand même , pour le nom chrétien , Bravant les croix les plus infâmes.
Je hvi^eràis mon dorps aux flaniitie^ : Si |6 tt'aiHey je ne mis rien (i).
Hais qui donc aimez-vous ainsi? Est-ce votre père , votre mère^ votre épouse, votre enfant? Non. 0 grands insensés ! vous aimez un homme que le peuple a maudit, et que vous avez abandonné. — Eh bien! oui; mais aujourd'hui a malédiction à qui n'aime pas Jésus-Christ! 5t quii non amat Jesum Christum , anathema sU (2) ! » Oui, nous Tavons abandonné; mais voyez comme nous nous vengeons de nos lâchetés et de notre criAVe \ Aujourd'hui « e'est pour lui q^e vo^ passomà pour fous , infirmes et ignobles ; c'est pour lui que
(1) Jean Racine, Cantiques, l Gor., eap^ XHf , v. 1-8. (S) I Cor., cap. rvi , v. 2Î.
nous avons faim, que nous avons soif, que nous sommes nus, que nous sommes souffletés, que nous n'avons pas de demeure. C'est pour lui que nous sommes maudits, mais nous bénissons en son nom; pour lui que nous sommes persécutés, mais nous souffrons en son honneur ; pour lui qu'on nous charge de blasphèmes , mais nous le prions ; pour lui qu'on nous regarde comme la balayure du monde et le comble de l'abjection. Mais qui nous séparera de l'amour du Christ? Quit nos separabit a charitaU Christi? La tribulation? l'angoisse? la faim? la nudité? la persécution? le glaive (1)? » Non, non, ô Jésus bien-aimél « Pour toi , nous voulons être mortifiés tout le jour, et considérés comme des brebis qu'il faut tuer. Prapter te mortifkamur Iota die et œstimati tumus tanquam oves occisionis (2). » Tu nous Tas dit : «t Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'il aime : Majorem charitatem nemo habet , ut animam suam ponat quis pro atniciê suis (3). » Eb bieni reçois donc , dans le sacrifice de notre vie , le dernier et parfait témoignage de la passion ardente que tu as fait éclore en nos cœurs!
(1) Nos stulU propter Christum... infirmi... ignobiles. Usque in hanc horam et esurimus, et sitimus, et colaphis caedirour et instabiles somus ; maledicimur^ et benedicimus ; persecutionem patimur, et sustinemus ; blasphemamur, et obsecramus ; tanquam purgamenta hv^ns mundi focti sumus, omnium peripsema usque adhuc. (I Cor., cap. IV, V. 11-13. Rom., cap. vui , v. 35.)
(2) Ps. XLii,22. — Rom., cap. vra, v. 36.
(3) S. Joan., cap. xv, v. 13.
I>BS MIRACLES. 245
Et les apôtres meurent pour Jésus , et ils s'efforcent de rimiter dans leor douloureux trépas. Ils pardonnent comme lui à leurs bourreaux , ils les bénissent , ils les remercient ; ils chantent des actions de grâces, jusqu'à leur dernier sou£Be : ad exiremum usque spiriium. Plus leur supplice se rapproche de celui du Mattre, plus ils sont heureux. Pierre baise sa croix, et André , son frère , s*écrie en voyant approcher la sienne : a O bana crux 1 6 bonne croix ! si longtemps désirée et enfin préparée selon Fespéranoe de mon ccrar, va , je suis sans crainte et je viens à toi plein de joie. Sois heureuse aussi et reçois-moi , car je suis le disciple de Celui qui est mort entre tes bras (1) ! »
Ah ! Messieurs , qui donc fut jamais aimé comme Jésus-Christ? Quel sentiment égala jamais Tamour que ses apôtres ont eu pour lui? Aucun , si ce n*est peutêtre la haine dont il a été Tobjet.
Les apôtres n'étaient pas seuls auprès de Jésus-Chnst , quand il pariait. Des foules venues de la Judée , de la Galilée , du pays de Tyr et de Sidon , suivaient ses pas, écoutaient avec avidité ses prédications, et, au milieu de ces foules , des hommes orgueilleux de leur savmr, de leur apparente vertu , de leur crédit et de leur influence, épiaient jusqu'au moindre mot qui
(1) 0 hojOL crux, dia desiderata, et jam concupiscanti animo pr»paratal securus et gaudens venio ad te, ita et ta ezultans suscipias me discipulum ejus, qui pependit in te.(/n festo S. Aruir, Antiph. Magnif. U Vesp.)
246 VIKGT-HUITIKMS GOlFÉREnCE.
sortait de 6a bouche, et eberchaient h le Biiipreiidre dans ses discours. Souvent ils furent démasqués et confondus ; quelquefois ils furent maudits , et la honte qu'ils éprouvèrent devint au fond de leur cœur une incurable blessure , où fermenta une de ces haines implacables qui ne s'apaisent que par le crime. Jésus- Christ fut haï des princes des prêtres, des scribes et des pharisiens, mais avec une fureur sans exemple dans les fastes du cœur humain. Non-seulement ils le calomnièrent auprès du peuple, non seulement ils tramèrent sa mort, avec une entente qui ne fut jamais troublée, bien qu'ils fussent divisés dans leurs opinions; nouHseulement ils achetèrent la trahison d'un des disciples auxquels il avait donné sa confiance ; mais quand ils le tinrent , ce fut une inexplicable ivresse , un prodige de lâcheté et d'infamie. Je cherche, dans l'histoire , des procès , des avanies , des souffrances s^nblables, et je n'en trouve pas. Mon ooM^r épouvanté recule diiorrenr, devant ce drame scandaleux et lugubre que les peuples chréticms ont appdé la Passion.
Je ne sais. Messieurs, quel respect soudain s'allache aux criminels , lorsqu'ils viennent d'être frappés par la sentence de la justice. Le cœur, à leur vue, s'émeut d'une dernière pitié , et n'était le droit outragé qu*il faut faire triompher, rodrdre qu'il faut protéger, on leur épargnerait le supplice qui les attend. Mais les ennemis de Jésus -Christ n'ont point connu cet
DSS MIRA0US8. 147
atteudristeskent sacré. Il fallait vioter k loi qui dé* fend de eondai&iier sans témoins : ils la iriolent» II* fallait forcer le consentement d*un proconsul timide^ qui ne trouTait aucune cause de condamnation dans raccuié : ils le forcent* Il fallait épouvanter le peuple : ils l'épouTantent; acheter son Tote : ils rachètent; obtenir la déliTranoe d'un voleur et d*un meurtrier, de préféroice à celui dont les mains étaient pores et dont on n'incriminait que les discours : ils Tobtieimeat. Et puis, sûrs de leur proie, ils la saisissent, ils la mal- * traitent, ils Tinjurient, ils se soûlent de ses opprobres. — La mort! la mort! donnez- lui la mort, 4 misé* râbles ! •-*- Non ! qu'il soit moqfué et souffleté ! qu'on lui crache au visage! — Mais cola ne s'est jamais fait, qu'aux scélérats qui blasphèment la justice et injurient les spectateurs de leurs tourments. Ne voyez^vons pas qu'il se tait, qu'il se rémgne, et que son âme regarde déjà dans un autre monde? Tuez <« le; mais pourquoi Fabreuvez^tous de honte? La mort ! la mort t je demande la mort. — Non ! qu'il soit cou« ronné d'épines et vêtu d'une pourpre dérisoire. Qu'on lui mette un roseau dans la main , qu'on lui en frappe la tète, qu'on le promène à travers les rues, comme tm fou. ^^ Ah! mon DienI mais c'est infâme î Et tout n'est pas Uni. On l'a battu de verges et couvert de mille plaies. Il a pris sa croix sur ses épaules sanglantes; il est arrivé au sommet du Golgotha ; le gibet se dresse, il est cloué dessus ! Messieurs, je vous prends k témoins :
248 VINGT- HUITIEME CORFEEBUGE.
il ne dit rien , le doux Agneau , ou plutôt il ne laisse tomber de sa bouche que des paroles de pardon , d*aimables promesses et de tendres gémissements. Ses yeux se ferment, sa pauvre tête, appesantie par un trop long supplice, s*indine sur sa poitrine: il va mourir. Eh bienl en ce. moment solennel où la vie du dernier des misérables devient digne de respect , où les cœurs
se recueillent dans une silencieuse compassion, les ennemis de Jésus ont Tatroce làdieté de Tinsulter encore : « Va , toi qui détruis le temple de Dieu et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même! Si tu es le Fils de Dieu , descends de la croix. II a sauvé les autres, et il ne peut pas se sauver lui-même... S'il est roi d* Israël, qu'il descende de la croix, et nous croirons en lui. Il se fie en Dieu; mais que Dieu le délivre donc, puisqu'il a dit : Je suis le Fils de Dieu (t). » Et les lâches passent et repassent au pied de la croii, vomissant Tinjure et le blasphème, jusqu'à la dernière heure. O toi qui meurs là-haut, tant de fois assassiné, si tu fus le plus aimé, tu fus aussi le plus hai des hommes !
La haine a achevé son œuvre, Messieurs; mais nous , nous ne sommes qu'à la moitié de notre tâche. Jésus- Christ s'est fait croire jusqu'au plus violent et constant enthousiasme, admirer jusqu'à l'adoration, aimer jusqu'au sacrifice , haïr jusqu'à la fureur : voilà
(1) s. Matth., XXVII. ~ S. Luc,xxni.
son influence. Voyons maintenant si son attitude , en ne la considérant que de son côté naturel, répond à un pareil résultat.
Il est certain , Messieurs , que l'attitude de Jésus- Christ , dans son caractère général , semble en parfait accord avec Tinfluence qu'il a obtenue : il parait, en toute circonstance, sûr de lui-même et de son avenir, et rien ne le trouble dans la fermeté de cette conviction. Mais si nous descendons aux détails , la contradiction se dessine avec tant de vigueur, qu'il faut se résoudre ou à accepter la plus grande bizarrerie historique qui se puisse concevoir, ou à recourir à des faits supérieurs qui expliquent tout, et rétablissent Tordre des traits, dans la physionomie du Sauveur.
Jésus -Christ s*est fait croire : mais pour se faire croire, il faut une autorité; pour se faire croire souverainement , il faut une autorité souveraine. Or, Jésus manquait d'autorité. Je n'examine pas, avec un évangéUste contemporain, s'il savait le grec, s'il avait reçu une culture hellénique, s'il parlait le syriaque ou l'hébreu, s'il avait passé sa jeunesse dans rélucubration laborieuse des livres sacrés. Une seule
250 VINGT- HUITIÈME CX>liFÉR£NGB.
chose m*occupe : c*e6t qu'il n^avait ni le droit m le pouvoir naturels d'enseigner, et que, eût il eu l'un et l'autre, il les rendait vains par sa doctrine et le choix de ceux h qui il la confiait
Examinez , je vous prie , sa position dans le milieu où il parle. Non-seulement il lutte contre l'individualisme intellectuel, que le monde oppose, aussi bien que les savants , h tout enseignement ; non-seulement il doit vaincre les résistances de Tesprit propre et l'anéantir, puisqu'il veut y substituer son esprit: mais il se heurte à la plus grande force doctrinale qui ait existé dans les temps anciens. Le peuple juif ne ressemble pas à ces nations agitées qui courent la place publique et demandent h tout venant : — Quid nwi ? Quoi de nouveau ? — Raisonner de loi comme des Athéniens, par exemple, et penser que Jésus-Christ ait pu se présenter sans autre autorité que son audace et son ambition de doctrinaire , «'est tomber dans une méprise grossière. H est vrai que des sectes se sont formées dans le dernier siècle du royaume judaïque , mais elles ne recrutent que des savants et se bornent à des interprétations : le fond de la religion reste le même , et le peuple s'en tient encore aux idées et h la loi qu'il regarde comme divines ; il s'appuie sur une autorité sacrée, qui représente, pour lui, l'autorité même de Dieu. Eh bien! Messieurs, c'est contre cette autorité qu'un homme sans naissance , sans consécration, sans crédit, et. réputé sans savoir, construit,
PEB MIRACLES. 251
non pof un système d'interprétation nouTelle , comme on voudrait bien nous le faire entendre, mais une religion qui doit supplanter les institutions mosaïques. Son respect pour la loi sainte que deux mille ans d'une immuable existence semblent devoir éterniser, n*est que provisoire ; il ne s*en cacbe pas : la loi durera jusqu'à ce qu*il ait réussi, donee omnia fiant. U pose en avant les principes qui doivent la dissoudre; il aflBrme contre les affirmations de la Synagogue ^ il s'attire les contradictions et la haine de cette grande et forte autorité, qui est tout pour le peuple joif. Et vous voulez qull puisse convaincre? Mais regardez-y donc de près , et vous verrez que c'est Dieu lui-même qu'il prend pour but de ses agressions doctrinales, I puisque c'est de Dieu que le peuple juif croit te-
l nir et ses idées et sa loi. Aux yeux de tous ceux
à qui U s'adresse , il n'a donc ni le droit ni le pouvoir d'enseigner. Son audace et son ambition sont des crimes , à moins plutôt que ce ne soient des folies. Maintenant, Messieurs, examinez son enseignerment : tout y combat ses étranges prétentions. U veut se feire croire^ et il clH»qoe l'esprit judaïque, dans ses convictions les plus obères et les plus porofondément ottraeinées. Une conviction de l'esprit judaïque c'est que le temple de Jébovah doit devenir le centre d'un culte universel, et il en annonce la prochaine destruc^ tion : de tous ces somptueux édifices que les étrangers admirent^ de cette masse gigantesque réputée^
252 VINGT -HUITIÈME GOAFÉREIIGE.
au loin, la plas grande meryeille de Tart hnmain, il ne restera pas pierre sur pierre ; qu'une seule génération passe, et tout sera consommé. Une conviction de Tesprit judaïque , c'est que Jérusalem , la ville sainte , sera la capitale du royaume de Dieu qui approche : et il la regarde avec des larmes dans les yeux ; il pleure les horreurs de sa future destinée et la dispersion étemelle de ses enfants. Une conviction de Tesprit judaïque, c'est que les fils d'Abraham vont être bientôt les maîtres des nations : et il appelle tpus les peuples de l'Orient, de l'Occident, du Nord et du Midi ; et il les invite à s'asseoir dans le royaume de Dieu , près d'Israël , sur le pied de la plus parfaite égalité, protégés et sanctifiés désormais par une même bénédiction. Une conviction de Tesprit judaïque, c'est que Dieu récompensera par des prospérités inouïes, des richesses incommensurables, la fidélité de ceux qu*il a appelés son peuple : et il veut qu'on méprise les biens de ce monde, qu'on n'amasse pas de trésors ici-bas, mais qu'on s'assure je ne sais quelle propriété insaisissable, dans un monde invisible. Ajoutez à cela des invraisemblances plus choquantes encore, dont un grand nombre offensent le plus simple bon sens : qu'il est un avec le Dieu unique que les Juifs adorent; qu'un homme est Dieu; qu'il peut remettre les péchés ; qu'il répond pour le genre humain et paie sa dette à la justice divine ; que du pain se change en son corps, du vin en son sang; qu'il faut manger sa
chair et boire son sang, pour Tiyre éternellement; qae Ton renaît de Tean ; qae Ton doit rechercher toujours la dernière place; que bienheureux sont ceux qui pleurent, bienheureux ceux qui souffrent persécution, bienheureux ceux qui sont maudits ; qu*il ne faut pas rendre pied pour pied , dent pour dent , ainsi que le permet la loi, mais qu'il faut tendre la joue gauche à ceux qui frappent la joue droite ; que Ton doit aimer ses ennemis ; — et le reste.
Nous sommes habitués à cet enseignement , Messieurs; c'est pourquoi nous n'en voyons pas le côté repoussant, aussi bien que le peuple juif, surpris tout à coup par une pareiUe nouveauté. Mais si nous nous mettons à sa place, et si nous étudions impartialement et les dispositions générales de Tesprit humain et les dispositions particulières de Tesprit judaïque , il est impossible que nous croyions à Tinfluence doctrinale de Jésus- Christ.
n manque d'autorité : je vais plus loin et je lui demande pardon , car il doit sortir plus grand de rabaissement que je lui fais subir malgré moi. Je dis donc, Messieurs, qu'au manque d'autorité , il joint le manque d'intelligence.
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable ,
u dit un de nos poètes ; mais en admettant que l'enseignement de Jésus-Christ soit vrai, encore doit-il le faire passer par un milieu où il soit compris ; et ,
254 VIKGT- HUITIEME CONFÉRENGB.
puisque son dessein est de former uae troupe sacrée de docteurs qui instruisent Tunivers, il importe qu'il choisisse des âmes capables de se passionner pour des idées. Eh bien ! il semble ignorer ce principe de la plus vulgaire prudence : son sénat intellectuel, ce sont douze hommes de labeur, dont les maios rudes peutent manier adroitement un aviron et ramener vigoureusement un filet, mais dont Tesprit obtus hé^ site devant les propositions les plus élémentaires. Voilà les futurs conquérants du monde des esprits. Ah ! Messieurs, vous le savez bien, ce ne sont pas de tels hommes que les idées passionnent. On peut les agiter, j*en conviens, les pousser h d'eitécrables brutalités et à un oubli aveugle de leur vie, en faire des risquons-tout- : mais pour cela, il faut remuer les fibres de leurs basses convoitises. Des doctrines, ils n'en veulent pas, surtout de celles qui répriment l'ambition et prêchent la dignité dans le malheur, la résignation dans la misère, la patience et la longanimité dans Toppression Amenez-leur un Spartacus en sarrau, un de ces audacieux qui spéculent sur les lâchetés de ceux qui possèdent, et les avidités de ceux qui n'ont rien. Qu*il monte sur une borne; qu*il montre de loin la curée de la richesse publique et qu'il dise : — Frères et amis , il y a des hommes qui ont tout , et nous sommes dans la misère. Ils ne veulent pas être )a providence qui aide, soulage et console : eh bien t nous serons la providence qui jug«, pille et détruit. Us ne
yeulent pas être la source qui féconde notre pauvreté laborieuse : eh bien ! nous serons la mer qui engloutit. Ils ne Teulent pas être la rosée qui rafraîchit notre misère : eh bien ! nous serons le torrent qui déTaste. Us ne veulent pas être la main qui caresse nos maux : eh bien! nous serons le glaive qui tue. Place h la mer f place au torrent I place au glaive ! place à la justice de Dieu ! — C'est alors , Messieurs , que vous aurez de la passion, et beaucoup plus que vous ne voudrez. Mais qu'on passionne, pour des id<^es, des hommes ignorants et inintelligents comme étaient les apôtres, jamais.
Il est vrai pourtant que Jésus- Christ était « un Rabbi, le phis charmant de tous les Babbis (ce n'est pas moi qui parle]. Un sentiment exquis de la nature lui fournissait à chaque instant des images expressives. Quelquefois une finesse remarquable, ce que nous appelons de l'esprit, relevait ses aphorismes. . . D'autres fois, leur forme vive tenait à Theureui emploi des proverbes populaires. » Et puis, il maniait si bien la parabole ! Qui ne comprend qv'avec ces ressources, il ait dû réussir auprès de a jeunes gem avides de l'entendre et cherchant rincownu (1)? » 8'il ne faut que cela. Messieurs, pour expliquer rin&uenee souveraine de Jésus-Christ sur l'esprit de ses apôtres, je demande qu'on renouveRe Pexpérience. Que le j^os
(1) E. Renan, Vie de Jésus,
charmant de nos Babbis se rende à TrouTille ou an Havre; qa*il choisisse, parmi les bateliers, douze jeunes gens , dont la moitié de quarante à cinquante ans, avides de Tentendre et cherchant Tinconnu ; qu'il leur prodigue, pendant deux ans et demi, les paraboles , les proverbes , les aphorismes assaisonnés d'esprit , les images expressives , et qu'après cela il les lance sur le monde : nous irons les entendre , et je vous promets l'un des plus divertissants spectacles que vous ayez jamais vus.
Messieurs, plus je considère le choix de Jésus-Christ, plus je le rapproche de ses desseins ; plus je considère son enseignement, plus je le rapproche des dispositions de l'esprit humain et de l'esprit judaïque ; plus je considère sa position , plus je la rapproche de celle de la Synagogue , et plus je me convaincs que , pour se faire croire, Jésus-Christ a mal pris et son temps, et sa doctrine et ses hommes.
S'est-il mieux préparé h cette suprême admiration^ qui devait aboutir au culte de sa personne ? Non, Messieurs. Son grand esprit, en s'adressant h des gens incapables de le comprendre, en leur proposant des doctrines choquantes et invraisemblables, en luttant contre l'autorité doctrinale , sur laquelle s'appuyaient les conviction*^ du peuple juif, perdait ce prestige qui attire les intelligences médiocres autour du génie. Sa vertu trop austère et souvent accusée par des gens en crédit , son commerce facile avec les pécheurs , ne lui
laissaient , pour se faire admirer par les hommes de basse condition qu*il avait choisis comme ses disciples de prédilection, que les qualités extérieures qui frappent Tesprit trivial et puéril du peuple : la naissance, la richesse, le pouvoir. Mais voyez comme tout lui manque à la fois. On connaît sa famille, et, à Toccasion, on lui rappelle qu*il n*est que le fils d*un ouvrier : Nonne Me est fabri filius (1)? On sait qu*au jour de sa naissance il n'y a pas eu de place pour lui dans les hôtelleries, et qu'une étable fut sa première demeure, une crèche son berceau. 11 ne s*en cache pas, du reste. La pauvreté qu'il a appelée bienheureuse, il Ta prise pour compagne de sa vie ; il ne veut des riches qui recherchent son amitié, rien que le nécessaire ; et encore s*en pas8e«t-il souvent. (( Les renards ont des tanières , les oiseaux des nids; mais le Fils de Thomme n'a pas une pierre où reposer sa tète (2). » Il n'ignore pas qu'on veut le faire mourir ; il se soustrait plus d'une fois aux inquiètes recherches de ses ennemis; mais enfin il tombe entre leurs mains, et la force semble lui manquer pour s'en arracher. Qu'y a-t-il donc de si admirable dans ce plébéien obscur, pauvre, impuissant, qu'on doive un jour l'adorer?
Mais eût -il tous les prestiges humains de la naissance, de la richesse, du pouvoir, de la vertu, de l'esprit , n'oubliez pas , Messieurs , qu'il est déplacé , s'il
(1) s. Matth., cap. xin, ▼. 55.
(2) S. Luc, cap. ix, V. 58.
258 VîlfGT- HUITIÈME CONFÉRENCE.
veut obtenir un culte. Jérusalem est la ville sainte, où se conservent tous les souvenirs du Dieu unique dont la majesté jalouse réprouve les adorations sacrilèges. Les jours néfastes de Tidolàtrie sont passés, et le cœur purifié du peuple n*éprottve plus qu'une souveraine horreur pour les dieux qui ne sont pas le sien. Il est vrai que Jésus-Christ pousse Taudace jusqu'à affirmer qu'il est le Fils de Dieu ^ qu'il vit dans la familiarité de son Père céleste, que lui et son Père ne sont qu'une même chose. Il approuve qu'on dise de lui : a Tu es le Christ, Fils du Dieu vivant : Tu es Chrisius, Filim Dei vivi , » et il prétend qu'il faut être inspiré pour être capable d'une si haute confession. Hais , je vous le demande, par quoi se justifie cet abus de paroles, quand tous les prestiges font défaut? Que si, dominés par l'affirmation opiniâtre de leur Maître et l'engouement dont il est l'objet, les apôtres se laissent aller à l'admirer plus que de raison, leur peut-il rester au cœur d'autre sentiment qu'une vive indignation et un profond mépris, quand ils le voient finir ignominieusement, et qu'ils s'aperçoivent qu'ils ont été dupes ? 11 se vantait de n'avoir point de péché , et il meurt noyé dans l'opprobre , entre deux scélérats , maudit par les prêtres, maudit par le peuple. U disait : Cl Mon Père et moi nous ne sommes qu'un ; mon Père est toujours avec moi , » et il se plaint à la face du monde de l'abandon de Dieu : Deus, Deus meus, ut quid dereliquisti me? On le met au défi de prouver
qu'il est le Fils de Dieu, quand il en est plus que jamais temps, et il demeure immobile sur son gibet. Tenez , Messieurs , je consens à supprimer le mépris et Tindignation, je yeux qu'on ait pour lui de la pitié. . ^ Mais rad(N*er! qu'a-t-il fait pour cela 7
Semblablement , qu'a - 1 - il fait pour mériter cet amour passionné, qui ne se contente que par les plus douloureux sacrifices? Il laisse tomber de sa bouche des paroles aimables ; il appelle ses apôtres ses petits eùfants, ses amis. Mais, en même temps, il pèse, avec une insistance maladroite , sur l'endroit le plus sensible du cœur humain ; il le froisse et le meurtrit daos ses plus légitimes et ses plus déUiates exigences. Le cœur humain veut être libre de se donner. On mérite ses affections, on ne les commande pas ; lui dire : Aime-moi, je veux que tu m'aimes , — c'est retarder son choix, au lieu de le hâter. Les mendiants ou les tyrans d*amour ont pour destinée de n'être jamais aimés. Eh bien , Messieurs , Jésus - Christ mendie Tamour de ses apôtres; il fait plus, il le commande. Il le commande y non pas avec cet empressement passionné qui mêle aux ordres de la volonté les prières et les larmes du cœur, mais avec cet aplomb hautain qui tiendrait à récart l'amour le plus facile : « Si vous m'aimez , dit- il y gardez mes commandements : Si dUigUis me, motidato mea urvate (1). » Il ftut m'aimer, entendez-
(i) s. Joan., cap. xiv, ▼. 15.
260 YI.nGr- HUITIÈME CONFÉAEHCE.
Toos? Pressez-TGOS de faire votre chmx. « Qui aime soD père et sa mère plas que moi, n*est pas digne de moi : Qui amat patrem ei maîrem jphts qmam me, ihni esi me digfnuM, Qui aime son fils et sa fiUe ao-dessos de moi , n*est pas digne de moi : Qui ornai fiUum ei fUiam super me, non e$î me âignus (1). » Ainsi , il faot qu'on Faime d*one affection qoi surpasse les premières et les pins sacrées affections de la natnre, et ce n*est qne par cet étrange renversement dn ccenr qn*on est digne de Ini. L*amour dont il est Tobjet prime toutes les vertus ; ce n'est pas un acte gracieux dont il puisse être reconnaissant, c'est le plus grand devoir. Comprenez-vous, Messieurs, qu'on aime un homme qui tient un pareil langage? Par quoi rachëte-t-il tant d'impatience et de hauteur ?
Ah ! il est une chose dont vous ne vous étiez pas doutés , avant la révélation qui vient de nous en être faite. La Galilée était si belle ! n C'était un pays trèsvert, très -ombragé, très-souriant, le vrai pays du Cantique des cantiques et des chansons du bien-aimé. Pendant les deui mois de mars et d'avril, la campagne est un épais massif de fleurs, d*une franchise de couleur incomparable. Les animaux y sont petits , mais d une douceur extrême. Des tourterelles sveltes et vives, des merles bleus si légers qu ils posent sur une herbe sans la faire plier, des alouettes huppées qui
(i>S. Matth.,cap. X, V.37.
viennent presque se mettre sous les pieds da voyageur, de petites tortues de ruisseaux dont Toeil est vif et doux, des cigognes à Tair pudique et grave, dépouillant toute timidité, se laissent approcher par Thomme et semblent l'appeler... Et puis..., le vin était excellent... et on en buvait beaucoup... Toute Fhistoire du christianisme naissant est devenue une délicieuse pastorale. . Un Messie au repas de noces, la courtisane et le bon Zachée appelés à ses festins, les fondateurs du royaume du ciel comme un cortège de paranymphes : voilà ce que la Galilée a osé , ce qu'elle a fait accepter (l). »
Vous comprenez bien, Messieurs, que, du moment que la Galilée ose de pareilles choses, on ne peut pas s'empêcher d'aimer un homme qui vous promène dans un pays si ravissant. Il n'y a qu'un malheur à cela : c'est que la noce passe et que le vin ne dure pas toujours ; quand il est bu , il faut tremper ses lèvres dans un autre calice, plein d'opprobres, d'ignominies et de souffrances. J'ignore quelle impression ont pu faire sur les apôtres les délicieuses pastorales de la Galilée , les tourterelles sveltes et vives , les merles bleus, les alouettes huppées, les petites tortues à l'œil vif eU doux , les cigognes à l'air pudique et grave, l'excellent vin qu'ils ont bu, la compagnie des pécheurs et des courtisanes ; mais il est une chose
(1) E. Renan, Vie de Jésus,
262 yi»GT- HUITIÈME GOmFÉRElIGE.
que je nlgnore pas, c'est que Jésus-Christ a plus d'uue fois rudoyé son cortège de paranymphes : il les appelle gens de peu de foi, génération perverse et incrédule, Satan. Encore n*est-ce qu'une ombre légère au riant tableau que vous venez de voir se dérouler sous vos yeux. En voici la contre-partie : ces hommes si à l'aise dans le plus beau pays du monde, on les laisse souffrir de la faim, à. tel point qu'ils sont obligés d'arracher des épis dans les champs , pour se nourrir ; ils ne doivent posséder ni or, ni argent, ni bourse, ni deux tuniques, ni chaussure, ni bâton; ils voient s'ouvrir devant eux la plus terrible des perspectives : une vie de tribulations, de hontes et de douleurs. Leur mattre n'est pas venu apporter la paix sur la terre, mais le glaive : Allez, dit-il, « je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. On vous traînera devaut les tribunaux, et on vous flagellera; les proconsuls et les rois vous appelleront à leur barre à cause de moi. » Horreur! « le frère livrera son frère, le père son fils, les enfants leurs parents, et ils les feront mourir. Vous serez en haine à tous, à cause de mon nom, et celui-là seul qui persévérera au milieu de tant de maux sera sauvé : Qui perseveraverit tuque in finenif hic $alvus erii (1). Celui qui veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix et qu'il me suive : Si quis tnift po9t me venire, abneget
(1) s. Matth., cap. x, v. 22.
iemeiipsum, toUai erueem suam quotidie, et sequaiur me (f). 9 Et, comme par une amëre dérision, il ose dire : « Mon joug est snave et mon hrdeau est léger : Jugum meum suave e$t et onia meum levé (2). » Messieurs, il n^7 a pas de Galilée, pas de pays délicieux et enchanteur, qui puisse empêcher Tattitude de Jésus-Christ d'être souyerainement repoussante pour la nature.
Hais s*il ne pouvait pas être aimé, méritait -il d*être haï avec fureur? Pas davantage, surtout si Ton considère que la haine ne monte pas de la populace , mais descend des sommets de la société judaïque. Il n*y a pas de témoins pour prouver qu'il soit criminel , le proconsul romain ne voit rien en lui qui soit digne de mort, Hérode l'innocente : pourquoi le haïr? Est-ce parce qu'il a pris fantaisie de quitter son atelier, de parcourir la Judée pendant trois ans, de prêcher le peuple assemblé autour de lui? Est-ce parce que la nouveauté de sa parde a pu séduire quelques idiots? Est-ce parce qu'il a appelé les scribes , les pharisiens, les docteurs de la loi, serpents, race de vipères , hypocrites , sépulcres blanchis , conducteurs aveugles, insensés? Est-ce parce qu'il a offensé, dans ses discours, le nom et la majesté du vrai Dieu? Enfin, est-ce un maniaque , un rêveur, un mal élevé ou un
(1) s. Matth., cap. xvi, y. 24.
(2) S. MatUi., cap. xi, v. 90.
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blasphémateur? Alors, qu*oii ait pitié de lui, qu'où le méprise., qu*ou sUudigne, qu'on renferme, qu'on le punisse... Hais qu'on le haïsse ! mais que la haine vienne des grands et des forts de la nation ! mais qu'elle soit sale et ignoble !.. . Pourquoi? pourquoi? on ne hait que ceux que l'on craint ; et quand Jésus-Christ eût été le jeune démocrate que Tincrédulité nous a dépeint en ces derniers temps , rien n'explique la haine furieuse qui lui a prodigué lâchement les outrages, jusqu'à la dernière heure de sa douloureuse passion.
Messieurs , j 'arrive au moment décisif : il s'agit de mettre en présence l'influence et l'attitude de Jésus- Christ. Regardez bien, je vous prie ; tout le succès de ma démonstration dépend de la manière dont vous allez saisir ce contraste.
Jésus-Christ s'est fait croire, jusqu'au plus violent et constant enthousiasme ; et cependant il manque, dans son attitude, d'autorité, d'intelligence et de prudence : première contradiction. Jésus- Christ s'est fait admirer jusqu'à Tadoration ; et cependant son attitude est obscure, humiliée, avilie, déshonorée : deuxième contradiction. Jésus-Christ s'est fait aimer jusqu'au sacrifice ; et cependant il semble s'être étudié à prendre, vis-à-vis de la nature, une attitude repoussante : troisième contradiction. Jésus-Christ s'est fait haïr jusqu'à la fureur; et cependant son attitude ne mérite que la pitié, le mépris et tout au plus l'indignation : quatrième contradiction .
Acceptez-vous ces contradictions, Messieurs? Si vous dites oui , je descends de chaire^ et je vous laisse vous expliquer avec le bon sens, que vous aurez mortellement outragé. Mais je vois dans vos yeux et sur vos yisages qu'une pareille monstruosité historique vous révolte; je vois que vous comprenez qu'il est du devoir de toute critique sensée de mettre un personnage comme Jésus-Christ d'accord avec lui-même, et que c*est le droit des faits extraordinaires d'entrer de plain-pied dans Thistoire , dès qu'eux seuls sont capables de nous l'expliquer.
A moi donc les miracles! Ici mon bataillon sacré! L'histoire vous appelle, l'histoire a besoin de vous. Debout entre l'attitude du Christ et son influence, faites disparaître les contradictions qui les divisent.
Jésus-Christ a été haï avec fureur : cela devait être , car, en présence de ses prodiges, ses accusations devenaient de formidables vérités. Ses merveilles parlaient plus éloquemment que ses discours, et ébranlaient l'autorité de la Synagogue jusqu'en ses fondements. Influence , crédit , puissance des anciens , tout allait être foulé aux pieds du nouvel envoyé de Dieu. Les grossières espérances que l'on fondait sur des interprétations chamelles, se trouvaient confondues par une doctrine austère. Deux passions atroces et implacables , la peur et la honte , rongeaient le cœur des ennemis de Jésus ; la haine seule , aveugle et insen-
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sée, pouvait espérer d'étouffer, par Tinjure^les hosanna et les .bénédictions du peuple ravi, et de suspendre, par les derniers eicès, la prochaine ruine des institutions antiques , dont les scribes , les docteurs et les prêtres recueillaient les honneurs et les bénéfices.
Jésus-Christ a été cru jusqu'à renthousiasme : cela devait être , car il appuyait, par des miracles, la nouveauté et l'étrangeté de ses discours. Pendant que sa parole offensait Fesprit judaïque, les faits merveilleux qui se multipliaient sur son passage, attiraient l'attention et le respect d'un peuple avide de pareilles démonstrations. H s'agissait moins de voir clair à ses discours qu'à ses œuvres ; il le disait lui-même : « Si vous ne croyez pas à ma doctrine qui est celle de mon Père , croyez à mes œuvres qui sont ses œuvres. »
Jésus-Christ a été admiré jusqu'à l'adoration : cela devait être ; car le ciel, la terre, toute la nature agitée par son action souveraine, chantait, avec les hommes simples et naïfs qui entouraient le Hattre, ces paroles^que la chair et le sang ne peuvent révéler à Tesprit humain : « Tu es k Christ, Fils du Dieu vivant : Tu ei Chriêtus, FUim Dei tivi, »
Jésus -Christ a été aimé jusqu'au sacrifice : eela devait Mre; car en se penchant vers les misères infinie» de l'humanité , ea les caressant et guérissant de ses mains bénies, en ouvrant les sépulcres des morts, en triomphant du pouvoir de Satan ^ en touchant les
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cœurs malades pour les soulager, les Ames déshonorées pour les réhabiliter par la verta ^ les pécheurs pour les sauver, il acquérait le droit de dire : — Aimezmoi, je veux que vous m^aimies; quiomque aime son père plus que moi n'est pas d^;ne de moi, car Toycz mes œuvres : ne suis- je pas le père et la mère de rhumanité ?
Cependant, Messieurs, il reste une dernière contradiction, la plus grande de toutes: Jésus -Christ est mort déshonoré, et son influence a ce sîngidier caractère, que c'est une influence posthume. Qu'on l'ait cru, admiré et aimé pendant qu'il vivait, cela se eoaçoit , d'après ce que vous venez d'entendre : mais la mœrt infâme qu'il a 8«bie ne neutralise-t-elle pas la puissance merveilleuse de sa vie? Il descend au tombeau : sa doctrine , ses vertus , ses miracles n'y descendent-ils pas avec lui? S'il avait fini par un trépas vulgaire , son souvenir aurait eu le sort de tous les sour venirs illustres : il se fût amoindri, maïs il fût demeuré pur. Au Heu de cela , c'est un gibet qui se dresse dans la mémoire épouvantée des apôtres ; aussi , Messieurs, je comprends leur abattement et leur désespoir; je comprends qu'ils se considèrent comme des dupes; je comprends qu'ils retournent à leurs filets, et qu'ils cherchent à étouffer, par la fatigue du corps, les souvenirs malsains et funestes qui tourmentent leur mémoire. Voilà l'effet qu'a dû produire la mort ignominieuse du Christ sur l'esprit des apètares. Hais au Ifteu
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de cela, pourquoi cette foi enthousiaste , cette admiration suprême, cet amour passionné, dans des hommes qui s'étaient montrés timides jusqu*à la lâcheté, quand leur maître avait besoin de leur secours ? Pourquoi , Messieurs? Approchez du sépulcre de Jésus-Christ : il n'y est plus. Sa dépouille inanimée, surprise par une vertu divine, a fait éclater la pierre qui Tétouffait. Le voilà! il se montre à ses amis, il se fait toucher, il mange , il converse avec eux ; il leur donne ses derniers enseignements, ses dernières promesses, sa dernière bénédiction, et, à leurs yeux ravis, il monte aux cieux. C'est bien lui , ils s'en sont assurés maintes fois. Le Maître est ressuscité. Il est ressuscité comme il Fa dit, donc il est Dieu, comme il Ta dit. 11 est Dieu, donc il est souverainement croyable, souverainement adorable, souverainement aimable. Il est Dieu! ô mystères d'amour, c'est maintenant que vous serez compris ! 11 est Dieu ! et, pour nous, il s'est fait petit enfant et homme mortel. Il est Dieu ! et, pour nous, il s'est condamné aux fotigues du travail et aux humiliations de la pauvreté. II est Dieu I et il a daigné venir nous instruire lui-même, et nous demander notre cœur, n est Dieu ! et, pour apaiser la colère de son Père, pour nous réconcilier avec la justice outragée , pour nous assurer ses mérites infinis, il a voulu mourir dans Topprobre , trahi par la terre et abandonné par le ciel. Il est Dieu I et, sous de fragiles apparences , il se fait l'éternel compagnon de notre pèlerinage, l'ineffable
consolation de notre cœur attristé par ses déshonneurs, la nourriture quotidienne de notre âme fatiguée par ses passions et ses luttes. 0 amour! amour I qui ne vous aimerait pas? Paul, ta as raison : anathème à qui n'aime pas le Seigneur Jésus ! Apôtres de mon Sauveur, vous avez bien fait de mourir pour lui. Jésus I Jésus I Jésus ! je n'envie pas le sort de ceux qui ont pu voir vos miracles , et toucher les plaies glorifiées de vos mains, de vos pieds, de votre côté sacré; mais que je voudrais bien avoir comme eux le bonheur de mourir pour vous, ô mon Seigneur et mon Dieu (1)1
.(1) Après cette conférencei un auditeur me communiqua un article de journal, que je crois devoir mettre sous les yeux des lecteurs. U leur prouvera que les philosophes ont leurs bons moments, et qu'il est des preuves de la divinité du christianisme teUement convaincantes, qu'on ne peut se soustraire à leur autorité, quand on prend la peine de les examiner.
« On a souvent avancé , à Tappui de la résurrection , Texistence môme de TÉglise. Si Jésus ne fût sorti du tombeau..., la foi des disciples était frappée de confusion; leurs espérances, de vanité. Il faut donc nécessairement admettre que Jésus leur a été rendu par un miracle.
c Qu'on se représente, si Ton peut, Fétat d'esprit dans lequel dut être jetée la petite troupe de croyants , au soir du supplice de leur maître, au lendemain de la crucifixion. Quel coup I quel naufrage des illusions I... Jésus s'était donné pour le Messie, et ils avaient naïvement cru à ses déclarations. Ils s'étaient persuadé que leur maître ferait reconnaître tôt ou tard son caractère , et qu'il serait porté avec acclamation sur le trône. Ils voyaient en lui un monarque caché, l'héritier des magnifiques promesses de Dieu. Encore quelques semaines, un peu de patience, et ils assisteront aux merveilles des derniers temps. Eux-mêmes participeront aux honneurs. Ils seront assis sur douze trônes, jugeant les douze tribus d'Israël. Ces pêcheurs d'hier seront les conseillers naturels du Prince , les grands de la cour
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du Messie. Eh bien 1 non; tout cela n*était qu*un rével Le moment critique est venu, et Jésus a succombé... Au lieu d*un trône, il a trouvé le supplice, n est mort, vous Tentendez, mort, celui qui devait vivre éternellement. Il a péri sur une croix , comme le dernier des criminels , celui qui devait régner dans une gloire plus qu*humaine. Mais c^est peu quMl soit mort; ses promesses ont péri comme lui. Pauvres disciples , il vous avait trompés I Ce n^est pas assez d'avoir perdu le chef de la famille, Tami, le maître vénéré , vous n'avez pas même la consolation de le poursuivre de votre admiration, vous êtes réduits à douter de lui; vous êtes condamnés à le regarder comme un insensé, qui sait? comme un imposteur 1
c Trois jours se passent, jours d*un trouble, d'une honte dont rien ne donnera jamais l'idée; trois jours se passent, et tout est changé t Ces mêmes hommes, hier encore confondus et désespérés, doutant du Christ, de Dieu, d'eux-mêmes, ces mêmes hommes ont tout retrouvé. Ils croient de nouveau , et plus que jamais. Ils triomphent. Rien désormais ne pourra les ébranler. Et cette conviction qu'ils portent en eux, ils sauront la faire partager. Écoute, ô monde ! tu vas entendre l'accent d'une perstasion si indomptable, qu'il faudra bien que tu finisses par y céder et par te soumettre I
c Tel avait été le lendemain de la cruciflxiou , et tel fût le surlendemain. Que 8*êtait-il donc passé entre ces deux moments? La résurrection. »
(Le Temps, numéro du 12 août 1863.)
Ne dirait-on pas qu'un chrétien a écrit ces lignes? Cependant elles sont d'un auteur panthéiste, M. Scherer.
DE LA NÉCESSITÉ HISTORIQUE DES MIRACLES POUR EXPLIQUER L'ŒUYRB DBS APÔTRES.
Messuurs,
Un intérêt immense s*attaohe toujours à ces tragiques événements, qui se dénouent par la ruine d'une grande nation. Nous en suivons avec avidité les péripéties ; notre imagination anxieuse nous transporte sur tous les lieux, nous jette dans toutes les aventures, nous mêle à tous les mouvements; et, quand nous avons assisté à Fagonie des vaincus i au triomphe des vainqueurs, quand nous avons vu flotter, sur les villes conquises, le drapeau qu*ils portaient si fièrement dans les combats, nous nous recueillons en nous-mêmes, et cherchons à nous rendre compte des défaites et des
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succès. Hais combien les luttes des peuples, se disputant quelques lieues de territoire et s'efforçant de s^exterminer, sont d*une mince importance et d*un ▼il attrait pour Tesprit, en comparaison de cette guerre à outrance, déclarée, il y a dix-huit cents ans, au genre humain, par ces douze hommes sans gloire, que nous ayons vus sortir des embrassements du Christ ressuscité, pleins de foi, d'admiration et d*amour! Fidèles au programme de leur Maître, après avoir affronté les coupables résistances de la Synagogue et fait dans les champs d'Israël une rapide moisson d'élus, ils s'élancent sur le monde , le parcourent dans tous les sens , le travaillent avec une indomptable énergie, l'ébranlent sous les coups d'une parole sans culture, se pressent , se hâtent de le dépouiller, lui jettent à la face leur sang généreux, et parviennent à planter, sur les ruines qu'ils ont faites d'un passé honteux, le drapeau que chacun d'eux portait dans la mêlée, un signe méprisé jadis et maintenant adoré , la croix abreuvée du sang d'un Juif... et c'est fait! Factum e»t! Le monde est conquis.
Devant une telle victoire , qui ne se sent le besoin de se recueillir, et de demander aux événements par quelle voie ils ont été conduits à cette admirable issue? L^œuvre des apôtres est -elle de cette nature, qu*on puisse Texpliquer sans l'intervention d'une force supérieure, ou bien doit^elle nous mettre encore en présence de cette force, et courber une troisième
fois nos fronts sous le bras de Dieu ? C'est ce que nous allons voir. Je poursuis toujours le merveilleux , mais n*en soyez point étonnés, Messieurs : c'est pour vous être utile, et en même temps pour marquer le souverain mépris que me font éprouver ces hommes légers et superficiels, qui se contentent d*exécuter, en quatre pages , des faits qui demandent une iri laborieuse démonstration.
Commençons.
Que la conquête des apôtres ait été rapide et immense, c'est un fait, Messieurs, qu'il est impossible de contester, sans se mettre en contradiction avec les monuments les plus dignes de foi. Les écrivains sacrés et profanes , bien que divisés de croyances et d'intérêts, s'accordent sur ce point, les uns pour triompher, les autres pour se plaindre, et leurs témoignages, en se prêtant un mutuel appui , forment la plus éclatante de toutes les preuves historiques.
A la sortie du cénacle , la prédication évangélique convertit trois mille hommes d'un seul coup. Quelques jours après , Pierre se jette au milieu de la ioule et lui demande raison de la mort de son Maitre : cinq mille voix lui répondent par une profession de foi solennelle ; toute la Judée est en émoi. Dix ans s'écoulent , et le chef des apôtres envoie sa première épitre aux fidèles dispersés du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de l'Asie, de la Bithynie. Antioche, Athènes , Damas , Césarée , Milet reçoivent la bonne