TREATIEME CONFEREIVGE
plus graad phénomène qui ait traversé le monde ; il dira presque : C'est vrai ! Et pourtant il ne conclut pas; il se sent oppriessé de la vérité, comme on Test dans un songe où Ton voit sans voir. Hais un jour ce savant se met à genoux; il sent la misère de Thomme, il lève les mains au ciel, il dit : — Du fond de ma misère, d mon Dieu J'ai crié vers vous 1 — A ce moment, quelque chose se passe en lui , une écaille tombe de ses yeux, un mystère s'accomplit, le voilà changé! C'est un homme doux et humble de cœur; il peut mourir, il a conquis la vérité ; il est semblable à nous, et qu'est-ce qui l'a fait semblable à nous? Une force qui n'est pas la force rationnelle ; car il avait péri par la force rationnelle; il est ressuscité par une autre puissance. » £t ailleurs : a Regardez seulement un acte de conversion : voyez, je vous en conjure, un de ces hommes tout à coup devenus chrétiens; allez le trouver; demandez *lui ce qui s'est passé au fond de son Ame. Il vous dira : J'ai lu, j'ai raisonné, j'ai voulu, je ne suis pas arrivé ; et, un jour, sans que je puisse dire comment, au coin d'une rue, près de mon feu, je ne sais, mais je n'ai plus été le même, j'ai cru; puis j'ai lu de nouveau, j'ai médité, j'ai conCrmé ma foi par la raison; mais ce qui s'est passé en moi au moment de la conviction finale, est d'une nature tota* lement dinérente de ce qui a précédé et de ce qui a suivi (1). »
(4) Conférences de Notre-Dame, xvu« et xvui« conf.
- Ces paroles , Messieurs, ne pourraient-elles pas s'appliquer à plusieurs d'entre vous? Ne seriez-yous pas en droit de me reprocher d'avoir interrogé l'histoire des âmes, pendant que j'avais tant d'âmes sous la main ? Il est impossible que , dans une assemblée chrétienne , il ne se trouve pas quelqu'un qui puisse dire , en entendant parler du miracle spirituel : — Moi , je connais ce miracle-là ! — En effet, tous les jours Dieu le renouvelle. Il n'attend pour cela qu'un signal invisible à tous les yeux profanes , mais visible et sacré à son infinie miséricorde. C'est la prière plaintive d'une mère, c'est le tendre gémissement d'une femme aimée, c'est la larme pieuse d'une sœur, c'est le sourire et la joie naïve d'un enfant, c'est le regard éploré d'un ami... Moins que cela peut-être : la tristesse d'un jour sombre , la chute d'une fleur mourante , un de ces riens qui font rêver une âme, et la rendent plus sensible au toucher de l'infini. Mon expérience n'est pas longue, Messieurs; j'ai vu pourtant plus d'une fois de ces étranges revirements d'esprit, qui m'ont arraché ce cri dont l'admiration se sert en saluant les miracles : -- Digitus Dei est hic : Le doigt de Dieu est là ! — Et si je vous interrogeais, chrétiens, vous qui êtes les fils d'un siècle incrédule; si je vous demandais par quelle voie les convictions qui vous honorent et vous consolent, sont entrées dans vos âmes, ah I beaucoup d'entre vous prononceraient, sans doute, le nom d'une femme bénie; mais un grand nombre, peut-être,
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en portant la main à leurs cœurs, s'écrieraient : — Digiius Dei Mt hic : Le doigt de Dieu est là ! --* Je ne signale que les faits éclatants: mais combien de faits secondaires qui sont dus à Faction de Dieu, dans Tàme humaine 1 Les derniers coups qui acbèyent une conversion préparée y les impulsions sublimes qui nous poussent de Tertu en vertu, jusqu'au plus haut point de la perfection et aux habitudes de Thérolsme, autant de miracles dont notre Ame a conscience, et qui lui révèlent la force de son Maître.
Le miracle spirituel existe donc , Messieurs ; c'est un fait qui, bien que caché à des profondeurs inaccessibles, peut entrer dans le domaine public, au moyen de certains signes extérieurs qui témoignent de sa présence. Mais pouvons-nous nous servir de ce fait, comme nous nous sommes servis des prodiges de Tordre physique? pouvons-nous y puiser les éléments d'une démonstration rigoureuse et universelle? Je vous avoue que, pour moi , l'impression que j'en ress^is est aussi vive, aussi profonde que celle produite par les plus étonnantes merveilles. Dans la nature , je ne vois que des puissances indifférentes, toujours prêtes à s'abandonner aux influences d'un agent supérieur; dans l'âme humaine, j'aperçois une force originale dont le propre est de pouvoir résister à l'impulsion de Dieu. Sur la nature je vois écrit : passivité ; sur T&me humaine : liberté. C'est grAce à cette liberté que l'Ame humaine devient plus superbe et plus fière que les sommets qui
bravent la fondre y plus endurcie que les blocs séculaires contre lesquels se rebutent les forces du temps et de la nature , plus farouche que les animaux du désert, plus agitée que les flots sous les étreintes de la tempête, plus tumultueuse que les orages, plus ténébreuse que la nuit, plus corrompue que les cadavres. Renverser, briser, dompter^ apaiser, faire entendre, éclairer, ressusciter Fâme humaine , me parait donc un plus grand acte que soustraire un corps à l'empire d'une loi dont le principe est dans la volonté même de celui qui prétend y déroger. En outre , Messieurs , le miracle spirituel est la propriété tellement exclusive du christianisme , que nulle part vous n'en verrez la contrefaçon. Les prodiges du dehors ont tenté Tarnbition des fausses religions et des sectes : d*où ces imitations que nous avons justement flétries ; mais le prodige du dedans, le passage instantané de Tincroyance à la foi , de l'orgueil à Thumble soumission , du vice à la vertu , surpasse tous les efforts de la dissimulation , du charlatanisme et des ténébreux artifices de Satan. 11 semble donc que le miracle spirituel peut occuper une place honorable, parmi les preuves qui établissent la vérité de la foi.
Hais en supposant, Messieurs, qu'il ne vous fasse aucune impression et que vous ne veuilliez pas le considérer comme une preuve extérieure et universelle , comparable à celle des grands mouvements et des glorieuses transformations de la nature physique,
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au moins lui accorderez- vous une valeur démonstrative, à l'usage de ceux qu*il a transâgurés. En supposant <iu*il ne s*élève pas, dans votre estime, à la hauteur d'une démonstration générale et publique , au moins ne Fempécherez-vous pas d*étre une démonstration individuelle et mystique, qui, dans certains sujets, justifie les croyances et affermit le» convictions.
Un homme vient d'être transformé. Certes , il sait bien ce qui s'est passé en lui , quand même il ne peut pas vous en rendre compte. Les deux états de son âme se touchent d'assez près pour qu'il en voie la différence; tout à l'heure, les ténèbres, l'indécision, le doute, la révolte, la lâcheté, le blasphème, l'esdavage des passions ; maintenant, la lumière , la fermeté , la foi', la soumission, le courage, la prière, l'affranchissement , la sainte liberté des enfants de Dieu : voilà les deux états dont sa conscience rend témoignage. Or, ces deux états étant disparates et se succédant tout à coup, comment l'un aurait -il pu produire l'autre? N'y a-t-il pas entre eux , comme entre les deux extrémités du mirade physique, une disproportion qui suppose l'intervention d'une cause supérieure? Évidemment, Messieurs, la toute -puissance de Dieu est là. Vous ne la voyez pas, vous ne vous expliquez pas le prodige : mais l'âme touchée le sent, elle en a conscience; ce prodige devient pour elle une preuve de la vérité , tout aussi rigoureuse que celle des faits extra-
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ordinaires et publics, sar lesquels s'appuient vos cou- Y|ctions religieuses.
Que dis-je? le miracle spirituel a ceci de particulier, que la vérité elle-même eu est un élément , puisqu'elle est intimée par l'opération secrète de Dieu, tandis que vous n'obtenez, du miracle phj sique, qu'un reflet extérieur de l'autorité divine, sur une vérité extérieure; de telle sorte que , si nous disons du roirade physiqi^^e qu'il prouve par reflet, nous pouvons presque dire du miracle spirituel qu'il prouve par émission. Et considérez, je vous prie, le fini de la merveille. Le changement qui s'est fait dans une Ame malgré sa volonté, n'a pas pu se faire sans sa volonté. L'homme transfiguré voit en lui ces deux mouvements contradictoires : de sa volonté repoussant l'action de Dieu, et de sa volonté concourant à l'action de Dieu. 11 ne sait comment accorder ces deux choses ; mais plus grand est son embarras, plus vive est son admiration ; il triomphe de son impuissance , il s'écrie comme lePsalmiste : — « Vos œuvres sont merveilleuses , ô mon Dieu , et mon âme les connaît bien : Jf trabilia opéra tuaf et anima mea cognoscit nimis (1). »
A la rigueur de la démonstration mystique, joignez, Messieurs, sa souveraineté. Le miracle spirituel peut remplacer tous les autres miracles, parce que rien n'affaiblit son énergie démonstrative, la force d'où partent les oppositions étant elle-même le sujet sur lequel s'eierce la toute-puissance de Dieu. En vertu
(i> Ps. Gxxxvm.
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de sa perfection, qne Ton peut considérer comme typique, par rapport anx natures inférieures , Tâme transfigurée devient, en quelque sorte, T^dirégé de tous les prodiges du dehors , si bien que tous pouvez les supprimer sans qu'elle en souffre : car, par un simple regard de la consdence , elle les retrouve en elle-même. 0 Sinaï ! tu as tremblé jusqu'en tes fondements, lorsque s'est approchée de ton sommet la gloire de Jéhovah ! mais petite merveille , quand je pense aux secousses terribles qui ont jeté à terre les montagnes de mon orgneiL 0 rocher I tu t'es fendu sous les coups d'un bois vil , et tu as répandu des torrents d'nne eau pure, qui ont abreuvé le peuple de Dieu ! mais petite merveille , quand je sais que mon âme , plus dure que le plus dur granit , a éclaté sous les coups d'une parole sans bruit, et que des fleuves de grAce ont rafraîchi et fécondé ma vie stérile. Les aveugles voient : mais plus aveugle était mon esprit y aujourd'hui inondé de la lumière divine. Les sourds entendent : mais plus sourd était mon cœur, aujourd'hui consolé, réjoui et fortifié par ta sainte parole , 6 mon Dieu ! Les lépreux sont guéris : mais plus horrible et plus repoussante était ma conscience , aujourd'hui purifiée par tes caresses et tes baisers , 6 Miséricorde infinie 1 Les morts ressuscitent : ah I je le sais bien! si vous m'aviez vu dans le tombeau de mes iniquités , impuissant à la vertu et tout pr6t à devenir la proie d'une incurable corruption I mais
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le souffle de Dieu a passé là où gisait mon oœur : je i^ois, je crois, je Tis! Ne me dites pas: -^ Le Christ est ici, le Christ est là, allez le voir. -^ Pour* quoi irais -je chercher ailleurs celui que je sens au centre de mou être? Seigneur, vos œuvres sont admirables, et mon âme les connaît bien : Mirabilia opéra tua, et anima mea eognascit nimis!
J^ajoute, Messieurs, que la démonstration mystique est inviolable. On peut, par des négations, des mensonges, de fallacieuses interprétations, écarter rautorité d*un fait extérieur et impersonnel , et affaiblir ainsi la démonstration publique de la vérité de la foi. Ceux qui n'ontpas vu les miracles inaugurateurs delà loi nouvelle, ni parcouru les monuments historiques qui en attestent Tauthenticité , se laissent ébranler par les affirmations impudentes de prétendus érudits qui leur disent que ce sont des légendes. En face d*un prodige, ils hésiteraient peut-être, si Ton savait parler h leurs passions, et surprendre leur bonne foi par des explications scientifiques auxquelles ils n'entendraient rien. Mais quand les passions se taisent dans une âme, comme se taisent les forêts et les bêtes féroces à la voix du tonnerre , quand cette ftme a été elle-même le théâtre, le spectateur et le sujet des opérations divines , elle n'écoute plus qu£ ses propres transformations, qui lui parlent un langage de vérité plus fort que toutes les négations, tous les mensonges, toutes les fallacieuses interprétations de l'incrédolifeé.
S83 TREITTIÈHE GOHFÉRENGE.
Messienrs , si jamais tous avez accasé de faiblesse d'esprit, d'enthousiasme irréfléchi, d'abdication imprudente de la raison, ceux qui s'attachaient k la vérité de la foi, plus par la force de la démonstration mystique que par la force des déiaoQstpations publiques, vous vous êtes trompés. Un homme transformé miraculeusement a toute espèce de droit de s'en tenir à la démonstration mystique, puisqu'elle est rigoureuse ) souveraine, inviolable; il a toute espèce de droit de négliger les démonstrations publiques , puisque l'événement auquel elles sont ordonnées devient pour lui la base d'une nouvelle démonstration. Nous n'aiipns donc rien à lui reprocher. Bien plus, nous devons souhaiter le miracle qui sert de point d'appui à ses convictions religieuses, à tous ceux que les démonstrations publiques n'ont pas pu toucher encore.
0 mon Dieu! le miracle spirituel est la dernière ressource de votre infatigable Providence, courant à la poursuite des ftmes. Quand tout a échoué, vous demeurez encore , — vous seul , et c'est assez ! Eh bien , ne retenez pas votre Esprit captif, je vous en conjure; mais répandez -le, et sur ceux qui n'attendent plus, pour se rendre, qu'un rayon vainqueur de sa lumière, et sur ceux que vous n'aurez jamais, si vous ne leur faites violence. Il est peut-ètre, en cette assemblée, un homme qui vous repousse depuis longtemps; une bonne fois , frappez-le , et que , reconnaissant la main
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de son Maître dans la blessure que vous aurez faite h son cœur, il s'écrie : Seigneur! Seigneur mon Dieu!
Encore une grftce ! Je rejette loin de mon ftme toute haine, toute ioS^nation trop naturelle et trop passionnée , tout ce qui pourrait ressembler au mépris , vis-à-vis de ceux que j'ai été obligé de combattre; et comme gage de ma charité , afin de réparer les paroles trop vives qui pourraient m*étre échappées , je vous prie, ô mon Dieu, de réserver à ces infortunés ennemis de votre gloire et de vos œuvres les coups les plus forts et les plus sûremeut victorieux de votre toute- puissance.