‹ Conférences du Couvent de Saint-Thomas-D'Aquin de ParisChapitre 18 sur 42 · DU TÉMOIGNAGE EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DU TÉMOIGNAGE EN GÉNÉRAL

Messieurs ,

Les prophéties et les miracles sont des faits illustres qui étonnent Tesprit humain, et fixent son attention sur les vérités qu'il plaît à Dieu de nous révéler. Sans faire injure à la raison, sans outrager la loi de dépendance qui soumet toute intelligence finie à Tintelligence infinie , nous ne pouvons nous soustraire à Tautorité des manifestations qui nous invitent, ni repousser la vérité qu'elles nous intiment. Dieu a parlé ; courbons nos fronts superbes sous le joug de sa parole : telle est la conclusion générale qui ressort évidemment des considérations que nous^ avons faites, k l'endroit des prophéties et des miracles.

Cependant il manque à ces considérations un der-

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nier éclaircissemeDt et un dernier appui. Les preuves particulières dont nous nous sommes servis, pour établir Tauthenticité des actes merveilleux qui préviennent l'avenir et surpassent la nature, ces preuves, sans lesquelles tous nos raisonnements fussent tombés dans le vide, peuvent satisfaire les plus pressantes exigences de Tesprit humain ; mais elles a* ont point encore acquis cet éclat et cette vigueur suprêmes, d*où dépend la parfaite réussite de nos démonstrations. Préparée et assouplie , la raison ne sera entièrement subjuguée par les motifs de crédibilité, que lorsque les faits dont nous avons tiré nos conclusions, en faveur de la révélation, seront comme baignés dans la lumière des témoignages, et fermement assis sur leur autorité. Nous allons donc transformer les questions particulières et restreintes qull était nécessaire de traiter, à propos des miracles et des prophéties, pour prouver leur existence, en une question générale, plus vaste, plus imposante, plus décisive : la question des témoignages. Alors, je Tespère, toutes les portes par où Tesprit humain s'efforce d'échapper h la poursuite du merveilleux , seront closes : et, emprisonnés par une force logique à laquelle il est toujour:} honorable de céder, nous posséderons en paix ce principe, par lequel s'exprime le premier office de la raison en rapport avec la foi : « La raison s'approche de la foi, la raison se dispose à la foi, par Texamen des preuves qui en établissent la vérité. »

Avant d'entrer dans la voie traditionnelle qui doit nous rapproeher des faits merv^leux et nous mettre en lenr présence, il est important, Messieurs, d'étudier la nature, les lois et la force du témoignage, afin de voir clairement et de tenir solidement les principes généraux, que nous serons obligés d'appliquer h chaque instant.

Les idées, les sentiments, les passions s*exprimettt, mais ne sont pas, à proprement parler, Tobjet du témoignage. Témoigner, c'est alBrmer un fait, et, par œtte affirmation, en transmettre la connaissance. D'où il suit que le témoignage est , dans l'ordre des faits ,

ce qu'est le raisonnement dans l'ordre des idées. Tons deux étendent notre vision vers les choses distantes : le raisonnement, vers les conclusions les plus éloignées d'un principe ,* le témoignage , vers les faits les plus éloigoés du point de l'espace et du temps où s'écoule notre vie. La sphère de notre vision intellectuelle et la sphère de nos perceptions immédiates sont si étroites, que tous les germes sacrés confiés à notre àme j seraient misérablement étouffés , s'il ne nous était pas permis de sortir de l'une, par des opérations mystérieuses qui unissent les propositions , et déduisent la vérité des principes où elle est contenue ;

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de Tautre, par les affirmations de dos semblables, qui nous conduisent promptement et sûrement jusqu'aux confins du monde et des siècles. Mais , de Tune et de l'autre, il faut sortir en même temps : ces deox mou* vements sont conjoints dans notre nature ; l'un sans l'autre serait inutile. Le raisonnement est la machine souveraine où s'élaborent les rudiments des sciences, des arts, de l'industrie, des législations domestiques et sociales : mais sciences, arts, industrie, législations domestiques et sociales n'auraient pas même de nom, si le témoignage ne venait en aide au raisonnement ; si, par le témoignage, toute vie individuelle ne se fondait, en quelque sorte, dans la vie universelle de riiumanité; si, constamment amenée des rivages lointains du passé, l'expérience des générations disparues ne servait de point de départ aux générations présentes. Les plus puissants esprits épuiseraient leur fécondité en avortements illustres, et Dieu, condamné au spectacle de notre vie, n'y verrait de toutes paris que des ébauches grossières, indignes des facultés éminemment progressives dont il nous a doués. Que dis-je?sans l'autorité du témoignage, l'humanité ne serait pas. L'homme, mêlé sans honneur aux espèces animales dont son corps le rapproche , se condamnerait lui-même aux opprobres et aux impuissances de l'isolement ; ou plutôt , sous l'empire d'instincts plus raffinés, il rechercherait son semblable, mais uniquement afin d'en jouir à l'heure présente , sans avoir

conscience de la vie sociale, et sans en profiter autrement que pour la satisfaction des plus vulgaires besoins de la nature.

Pourquoi cela , Messieurs? Parce que riiumanité ne se conçoit et n'existe qu'autant qu'elle a conscience de son identité. Unissant, par le souvenir des âges écoulés, les deux extrémités de sa vie, elle les voit se rattacher l'une à l'autre par d'imperceptibles transitions, et, bien que mille fois changée dans le mouvement successif des générations, elle se retrouve la même, et possède, autant qu'il est en elle, tout son être, en faisant la somme de ses traditions. Ce phénomène universel n'est que le retentissement, ou, si vous l'aimez mieux , l'extension du phénomène particulier dont chaque individu reçoit à tout moment le bénéfice. Interrogez votre existence, et vous verrez qu'elle se compose de phases mobiles, que la mémoire saisit, rapproche et unifie. Les joies naïves de votre enfance se fondent avec les orages dont fut éprouvée votre adolescence; et les derniers coups du tonnerre qui épouvantait votre vertu retentissent encore à vos oreilles, pendant que vous vous reposez dans la paix de l'âge mûr. Vous êtes bien l'être charmant qui souriait et priait sur les genoux de sa mère, le jeune homme dont la fougue passionnée n'était arrêtée que par la pensée du devoir, l'infortuné qui gémissait de ses faiblesses et répandait comme un baume , sur les blessures de son cœur, les pleurs de son repentir;

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aujourd*bai, rhomme grave et tranquille qui porte sans plier le faix de mille sollicitudes, et offre au baiser de ses enfants son front couronné de la double majesté du père et du maître. Oui, vous êtes bien tout cela; mais pourquoi et comment le savez -vous? N 'est-ce pas que votre vie , au lieu de se diviser en fractions intermittentes , subit le mouvement traditionnel de votre mémoire, et que des affirmations constantes témoignent en faveur de votre identité?

Il eu est ainsi, Messieurs^ et, pour le mieux comprendre, vous n*avez qu'à examiner ceux dont la mémoire amoindrie ne sait plus unir qu'avec peine le présent au passé. Les visages amis qu'ils saluaient naguère, leur semblent de nouvelles apparitions; Tinconnu surgit de toutes parts et les force à se replier sur eux-mêmes ; plongée dans un long et triste isolement, leur pensée ne marcbe que par secousses et heurts terribles, quand elle ne s égare pas en des rêves sans suite. Que serait-ce donc, si vous supprimiez tout à fait la tradition du souvenir? La pensée elle-même deviendrait impossible , parce que vous ne sauriez pas unir son commencement à sa fin, et, à supposer que votre âme vit clair encore, sa morne et sombre vision ne pourrait être que celle du plus affreux idiotisme. Vous existeriez^ sans rien connaître de votre existence, que l'instant fugitif saisi à la bâte par la conscience. Les opérations désarticulées de cette

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faculté vous réduiraient, si je puis parler ainsi, h la plus simple expression de Tétre.

Or, Messieurs, un désastre analogue se produirait dans rbumanité, si vous supprimiez la transmission des faits distants par le témoignage. Je ne dis pas assez : cette transmission supprimée , Thumanité ne serait plus, parce qu'elle aurait perdu la conscience de son identité. Mais que Dieu soit béni ! En créant l'homme à son image, et en prenant près de son cœur le corps de celle qu'il lui donnait pour compagne, il les fit deux dans une seule chair, et leur ouvrit son sein comme dernier rendez- vous. De cette origine sublime, de cette union sacrée, de cette communauté de destinée, procéda Tirrésifitible instinct qui porte rhomme à rechercher son semblable, à appuyer son existence sur d'autres existences , à fondre sa vie en d'autres vies. Nous ne sommes pas seulement une es* pèce permanente : nous sommes une société éternelle, appelée à croître jusqu'aux jours sans fin de la plé* nitude. « Beaucoup que nous sommes, nous sommes un seul corps , dit TApôtre : MuUi unutn corpus sumuê, » Ainsi, nous nous devons, les uns aux autres, la trans* misaion de tout ce qui nous ennoblit et nous perfectionne. La génération qui s'en va est destinée à instruire la génération qui va suivre ; et celle-ci ne doit pas laisser disparaître son aînée, sans lui demander compte de sa vie, ni recueillir le fruit de son expérience. « Interroge la race des anciens, et fouille avec

34b Ta£NTE-JST-*UKlÈME GONPÉREHGE.

soin la mémoire de tes pères , disait le Tieax Job : Inîerroga generationem prisHnam , et diligmter investiga patrum memûriatn (1). d Et Moïse : « Demande à tes aïeux, et ils te parleront : Inîerroga. . . majorée tMO$^ et dicent tibi (â). » Oui, Messieurs, ils parleront, Dieu le veut. Pour unir ensemble les espaces et les temps, et assurer Tunité perpétuelle du genre humain , il a donné, à chacun de nous, le pouYoir de manifester, d'affirmer et de transmettre ce qu'il sait. Quelle richesse de signes t Quel luxe d'expressions !

La pensée , fille de l'âme , en quittant les cryptes mystérieuses qui l'ont yue naitre, se revêt d'une tunique transparente, qui laisser voir ses formes et ses contours. C'est un flot sorti de la poitrine, et comme moulé par la gorge, la langue, le palais, les dents et les lèvres; c'est un son qui frappe l'air et va retentir jusqu'aux portes d'une autre Ame ; c'est un mot qui s'unit à un autre mot ; c'est une troupe vivante de chastes sœurs, qui se meuvent en ordre dans l'étroit espace d*une période : c'est la parole ; — la parole, premier instrument traditionnel , trop fragile pour n'être pas brisé, et ne pas perdre, en passant de bouche en bouche, ses formes primitives. Aussi , Messieurs , l'homme , pour perpétuer les connaissances qu'il transmet, est -il loin de se contenter de la parole. Doué du pouvoir de saisir les analogies et de représenter les figures de ce

(1) Job., cap. Yiii, T. 8.

(2) Deutéron., cap. xxxii, v. 7.

monde, il entasse, meurtrit, polit la pierre et le marbre, il pétrit Targile, il coule le bronze, il cisèle Tor et l'argent, il couvre de peinture une toile sans prix , et, de ces matières inertes et silencieuses, il fait un langage éternel : c'est le monument. Plus stable que la parole, le monument représente moins bien qu^elle, cependant, l'affirmation typique de l'âme ; mais soyez tranquilles : rinstinct social n'a pas dit son dernier mot. Devant des feuilles légères empruntées aux arbres du désert ou aux dépouilles des animaux domestiques, un homme laborieux et patient viendra s'asseoir de temps à autre, et, armé d'un bois inoffensif, il tracera des milliers de jambages, d'angles, de courbes, mêlés de points. Ces signes misérables et sans art seront plus éloquents que tous les monuments élevés à la mémoire des grandes choses, car ils ne laisseront dans l'ombre rien de ce que l'âme a voulu dire : c'est la parole fixée, c'est récriture; — l'écriture, ferme expression des souvenirs de l'antiquité , récriture aujourd'hui saisie par les puissantes machines qu'anime notre génie, et tant de fois multipliée qu'elle peut rendre immortels tou^ les souvenirs dignes d'entrer dans la vie du genre humain.

Tels sont, Messieurs, les instruments traditionnels au moyen desquels l'humanité témoigne. Les récits qui passent, comme par des vagues sonores, d'une génération à une autre génération, et viennent éveiller notre attention : c'est le témoignage. Les pyramides

£;4Ô TRBIiiT£-£T-Um£MB CONFBRENGE.

que FArabe iodolent frappe de sa lance et aux som* mets desquelles plane Tesprit des Pharaons, les co* lonnes que le savant trouve enfouies dans les sables du désert) les obélisques qull redresse, les temples k demi ruinés^ les statues enterrées comme des cadavres, les tableaux déchirés par les ongles du temps , toutes les représentations symboliques, toutes les analogies fixées , toutes les similitudes reproduites par Tart : c^est le témoignage. Les médailles que Tantiqnaire déchiffre avec peine, les parchemins entassés dans nos archives, tous-les livres alignés dans nos bibliothèques : c'est le témoignage. Grâce ù ces signes multiples, rhumauité relie ensemble toutes les phases de sa vie ; elle a conscience d'elle-même, elle se reconnaît, elle se po.'^sède, die est une, elle progresse, elle marche, instruite par son expérience et avide de sa perfection > jusqu'aux siècles des siècles.

Vous vo^ez. Messieurs, quelle est la nature du témoignage, et combien il est nécessaire au genre humain. Mais sur quels fondements repose son autorité? En vertu de quelle loi agit-il? G^est ce qu'il faut examiner.

Il est une loi universelle et radicale, qu'on ne peut méconnaître sans renverser Tordre de nos rapports

avec le inonde physique. Cette loi peut s'exprimer ainsi : La nature humaine étant toujours et partout la même, les faits sensibles sont régulièrement, au dehors, tels que les représente à notre àroe la perception des sens. Dieu n a pu donner à Tesprit qui nous anime un instrument qui le trompe, ni lui ouvrir, sur le monde, des portes par où Terreur peut entrer aussi bien que la vérité. Eussions -nous des doutes sur les existences et les modalités comprises dans la sphère de nos perceptions extérieures, ils seraient promptement dissipés, par ce victorieux instinct qui informe notre vie pratique 9 et nous oblige , en tout temps et en tout lieu , à compter sur la vérité des faits sensibles. Le plus vigoureux pjrrhonisme ne résiste pas à cette loi de nature. Les philosophes, qui ne Toient au dehors que des fantômes, sont forcés de se conduire à leur égard comme s*ils étaient des réalités ; constamment pris en défaut dans leurs actes, ils ne peuvent échapper à ropprobre d'une contradiction burlesque.

Nous pouvons a^oir, des faits extérieurs et sensibles , une connaissance certaine. Telle est , Messieurs, une des lois lEondamentales sur lesquelles repose Tautorité du témoignage. Deux nouvelles lois interviennent, quand il s'agit de faire passer à d'autres cette première connaissance : elles ont été justement appelées, par le philosophe écossais Thomas Reid, la loi de tincérilé et la loi de créduUilé. La loi de sincérité et la loi de crédulité ressortcnt de ce principe

348 Ta£»TE-ET-UNI£MB GOKFÉREflGE.

général , si connu des anciens et si souTcnt invoqué par eux : L'homme est fait pour le vrai. Comme il y a , pour chacun des corps qui peuplent le monde physique, un centre d'attraction d'où résultent l'ordre et l'harmonie de ses mouvements, il y a, pour chacun des esprits qui peuplent le monde immatériel et métaphysique, un centre d'attraction d'où résultent Tordre et l'harmonie de ses opérations. Le faux , étant une négation , ne peut pas avoir de force attractive. Le vrai seul nous appelle, le vrai seul ordonne les mouvements de notre esprit, le vrai seul est l'objet connaturel de notre intelligence : Verum est objectum connaturaïe intellectus. D'où je conclus, Messieurs, que la tendance naturelle de l'homme doit être de dire le vrai, quand il le sait, et de croire, d'après la connaissance de cette tendance, que tous sont disposés à le dire.

En effet, si vous rentrez en vous-mêmes et si vous étudiez les dispositions de votre conscience, vous sentirez qu'elle se révolte à la pensée du mensonge, et qu'elle ne peut le laisser échapper qu'en se faisant une exécrable violence, surtout si le mensonge peut devenir dans votre bouche un instrument funeste, bien que vous deviez en recueillir le bénéfice. Au contraire, la vérité vous réjouit le cœur, quand vos lèvres sincères l'ont exprimée telle qu'elle est. « La vérité, dit le philosophe que je viens de citer tout à l'heure, est toujours sur le bord de mes lèvres : elle s'en échappe

DBS TEMOIGITâOES. 349

naturellement, si je ne m'y oppose. Pour qu'elle en sorte, il n'est pas besoin que j'aie un but, des intentions bonnes ou mauvaises : c'est, au contraire, quand je n'ai aucun but, aucune intention, qu'elle sort le plus inévitablement (1). » L'Âge heureux de Tenfance est surtout l'âge de la sincérité. Les passions endormies n'ont pas encore appris à celui qui commence la vie, que le mensonge peut leur être utile. La nature parle en lui , selon ses lois. L'enfant dit, sans effort comme sans crainte, ce qui est ; voilà pourquoi nous fuyons avec soin le rayon de son regard naïf et limpide, lorsqu'il nous plaît de nous déshonorer par quelque action que nous voulons ensevelir dans le secret.

Pareillement, Messieurs, à moins que nous ne soyons des diplomates, ce dont Dieu nous garde, notre premier mouvement est de croire qu'on nous dit vrai, quand on nous parle. C'est la conclusion spontanée que nous tirons de la connaissance intime de nos propres dispositions. Nous voulons dire vrai : pourquoi les autres ne le voudraient*ils pas? Notre naturelle tendance n'est pas d'examiner d'abord ce pourquoi, mais de prêter à ce qu'on nous dit notre attention et notre confiance. Ce n'est que par un mouv^nent réflexe que nous nous mettons en garde contre l'erreur et le mensonge. L enfant que lexpérience n'a pas

(1) HechercJtes sur V entendement humain, cap. vi, tom. II, sect. 24.

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encore instmit, ne sait pas doater, et, comme il met toute son ingénuité à dire, il met tonte son ingénuité à écouter et à croire. Aussi n'y a-t-il que les lâches qui

osent menttr anx enfants.

De ces trois lois fondamentales : — la loi de certitude par rapport aux perceptions extérieures , la loi de sincérité et la loi de crédulité , — il est facile de composer une formule qui les résume toutes^ et qui sera ainsi conçue : — Toute affirmation sincère d*une connaissance certaine, doit être acceptée comme l'expression de la vérité. Cette formule, Messieurs, est au-dessus de toute critique, et peut être considérée comme la loi générale et suprême du témoignage.

Mais, si la loi est au-dessus de toute critique, en est-il de même de son application? Mon , Messieurs; car, nous devons Tavouer, la vie de Thomme est remplie de défaillances, qui le font trop souvent pencher du côté de Verreur et du mensonge. Sujet à des infirmités qui vicient les organes naturels de ses perceptions, abusé par les rêves de son imagination, emporté par la fougue de ses passions , il peut se tromper mi* sérablement, et donner au faux, dans son esprit, une fixité opiniâtre. C'est toujours le vrai qui Tattire, mais sous une raison générale et lointaine, qu'il n'aperçoit qu'à travers les vaines ressemblances sur lesquelles son esprit prévenu s'est trop hâté de prononcer. De plus, l'homme peut arriver à ce point que, voyant le

vrai, il ie dissimule etTecourt à des inveutions qui répugnent à sa conscience : c'est lorsque , pressé in* térieurement par «ne coupable ambition ou de lâches convoitises , il espère les contenter au détriment de ses dupes, et asseoir sur le mensonge les fondements de sa bonne fortune, qu'elle s'appelle honneur, richesse ou plaisir. L'amour du mensonge, pour le mensonge lui-même, ne se suppose pas ; ce n'est pas une faiblesse, c'est une monstruosité dont on ne doit tenir aucun compte, lorsqu'on étudie les habitudes dépravées de la nature humaine.

J'ai donc bien dit, Messieurs, que, si la loi était audessus de toute critique, il faUait en critiquer l'application. Étant donné ce principe : — Toute affirmation sincère d'une connaissance certaine, doit être acceptée comme l'expression de la vérité ; — il s'agit de savoir quand et comment la connaissance est certaine , et l'affirmation sincère dans celui qui témoigne,

II est facile de répondre à ces questions Gomme la transmission des faits intéresse au plus haut point l'humanité, Dieu a voulu que la critique du témoignage ressortit, non pas des facultés éminentes dont sont dou<^s quelques rares mortels, mais du simple bon sens, qui est chose vulgaire, et dont chacun des humains peut revendiquer sa petite part. Usons donc de notre bon sens, il est temps.

Et d'abord , d'où provient la connaissance certaine dont il s'agit ? de la perception réelle d'un fait obser-

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vable. (^mme on ne comprend que ce qui est intelligible , on ne voit que ce qui est . visible , on ne toucbe que ce qui est tangible... et le reste. Donc, tout fait dont on témoigne , doit ôtre contenu dans la sphère de nos perceptions immédiates. Mais y a-t-il proportion entre le fait et les facultés qui perçoivent? oui, si celles-ci ne sont viciées par aucune infirmité qui les rende incapables d*une juste perception ; tout homme dont les sens sont en bon état, est apte à percevoir. A-t-il réellement perçu? oui, s*il a apporté dans Tobservation du fait toute Tattention qu'il mérite. N'a -t- il pas été abusé par de vaines apparences ? non , si son imagination est calme , s'il jouit de son bon sens , et surtout s'il a vu, entendu, touché, perçu, en compagnie d'un certain nombre de témoins , dont les sensations s'accordent avec les siennes. — Observer attentivement , tranquillement et sainement un fait observable , telles sont. Messieurs, les conditions requises pour en acquérir une connaissance certaine. Vous voyez qu'il n'est pas besoin d'être savant. Un homme du peuple, un enfant, sont capables de ces cfaioses, tant eUes sont simples. Les prodiges eux-mêmes, ainsi que je vous le faisais remarquer l'année dernière, sont soumis à ces conditions élémentaires de critique; car, par leurs extrémités, ils tombent sous les sens et rentrent dans la catégorie des faits observables, dont ils s'échappent par leur milieu,

qui est un acte surhumain. Cependant, Messieurs , quelques esprits graves insistent particulièrement sur la nature et la qualité des foits, dans la critique du témoignage, contrairement à ceux qui prétendent qu'on doit passer par -dessus toutes les invraisemblances et impossibilités, et qu'on ne doit s'occuper que de l'autorité morale des témoins. Je ne bl&me pas cette délicatesse; mais je proteste contre Terreur grossière qui décrète Timpossibilité , à propos de tout fait accompli en dehors des habitudes et des règles de la nature. Je proteste, cela suffit; car j'ai surabondamment prouvé, dans la thèse des miraclçs , qu'il n'y a d impossible que l'absurde. Et quel homme serait assez niais, pardonnez-moi Texpression, pour affirmer l'absurde, dans Tordre des faits? pour dire, par exemple, qu'il a yu un cercle triangulaire ou un triangle carré? Gela ne se conçoit pas. L'absurde seul pouvant élider Tautorité du témoignage, en accusant Tintelligence du témoin, aucune invraisemblance ne doit nous empêcher d'examiner la sincérité d'une affirmation; sans doute, nous serons plus sévères dans nos investigations, mais nous ne rejetterons pas le témoignage : ce procédé est indigne d'un homme honnête et sérieux.

Examiner, dans le témoignage, la sincérité de l'affirmation, c'est, Messieurs, le second devoir que nous impose la faiblesse de Thomme , et cette juste

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