TRENTE *D£U]L1CM JE COKFERERGE
a Ego iutn qui swn : Je suis celui qui suis. Je suis MOI , moi seul je suis , moi le vivant de Féteniité. Le del est mon trône, la terre est mon marchepied. » Être des êtres, tu es donc partout? oui , partout t rien ne peut nous soustraire à la claire vision de son regard, ni an toucher de sa main toute -puissante. « Jéhovah 1 Jéhovah ! tu m'examines , tu me pénètres^ tu me connais I Que je reste assis ou que je me lève^ tu le sais, et tu as déjà vu ma pensée quand eUe est loin de moi. — Que je marche ou que je sois couché, Seigneur, tu m'entoures et m'agites sans cesse. Toutes les routes que je suis , tu les as prévues, et, si ma langue veat te cacher quelque chose , tu le sais déjà , car tu sais tout , ce qui est ancien et ce qui est nouveau. — Où pourrais -je aller, Seigneur, pour échapper à ton esprit? Oh pourrais-je fuir, pour me soustraire à ta vue? Si j*escaladais le ciel, tu es là; si je préparais ma couche au milieu des abimes, tu es là; si je m'élevais sur les ailes de l'aurore, si je me fixais sur les bords des mers lointaines , là aussi ta main me guiderait, là aussi ta droite me tiendrait. Dirai-je aux ténèbres : Montez la garde autour de moi? Dirai-je à la nait : 0 nuit , sois la lumière de mes plaisirs? AhJ les ténèbres ne me voileraient pas : la nuit pour toi brille comme le jour ; pour toi , les ténèbres sont la lumière. — Jéhovah I tu me possèdes dans toutes les profondeurs de mon être, et, dans le sein de ma mère, déjà tu m'entourais. Je te glorifie,
DES. TÉUOteZlAGES. 877
parce que je suis^. Mon existence est une menreille , tontes tes œuvres sont des merveilles y mon Ame le sent profondément. — Comme tes pensées y à mon Dieu , pèsent sur moi ! leur nombre me surcharge et m'accable; comment pourrais -je les compter? Elles sont pins nombreuses qae les sables de la mer. Quoique à peine éveillé d'un sommeil profond , je suis encore tout entier près de toi. »
Dieu est partout. 0 vous qui ne pouvez le fuir, admirez sa puissance. « Il dit , cela se fait ; il ordonne , c'est fait : Ip$e dùcU, et faeta $unt; ipse mandavU, el creata sunt, — C'est lui qui fait vivre et qui tue , c'est lui qui blesse et qui guérit. ~ Les vents sont ses messagers, les éclairs flamboyants ses esclaves. - L'armée des étoiles attend ses ordres ; il les appelle par leur nom, et elles répondent : Voici, nous sommes à notre poste : Ecce adsumus. — Il est la voix qui gronde et épouvante le pécheur; il est le secours de l'orphelin, le refuge du pauvre , l'appui du juste... — 0 Jéhovah! ô toi mon Dieul que tu es beau , que tu es magni* fique ! que ta parure est riche et brillante t Tu t'es enveloppé dans la lumière, ton vêtement de chaque jour; tu as étendu les cieux comme on dresse une tente... Elles t'ont vu, les montagnes, et elles ont frémi I les eaux se sont enfuies , les abîmes ont gémi , les hauteurs ont élevé leurs mains jointes , le soleil et la lune se sont arrêtés à l'entrée de leurs tentes ; et, quand ils ont vu briller comme des flèches et voler
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comme des javelots les rayons de ta gloire , ils se sont retirés avec précipitation, b
Jéhovah, ta es toujours! « Le ciel et la terre passent, s'usent , se déchirent : mais toi, tu restes le même. — Deyant toi , nous ne sommes que des yers rampants , des enfants de la terre. . . Nous sommes nés d*hier, et nous ne savons rien. Notre vie d'ici-bas est une ombre vaine... Les idoles sont des riens; toi seul es grand et au-dessus de toute louange. . . Les séraphins entourent ton trône et chantent à jamais : — Saint , saint, saint est le Seigneur, Dieu des armées ! »
0 toi qui habites une lumière inaccessible , ô toi qui m'appelles , Jéhovah ! « Jusqu'à quand prolongeras-tu mon exil? Gomme le cerf altéré soupire après les fontaines d'eaux vives , ainsi mon Ame après toi « ô mon Dieu! J'ai soif du Dieu vivant; quand donc m en irai -je et paraîtrai -je devant ta fbce? Qui me donnera des ailes comme à la colombe, et je volerai, et je me reposerai en toi : Qui$ dabit mihi pen^ nos ricîU columbœ , et volabo , et requieseam (1) I »
Messieurs , les accents divins que vous venez d'entendre m'émeuvent jusqu'au fond de l'Ame, et cependant je ne suis pas satisfait. Un nuage traverse mon admiration, une amertume se mêle à ma joie; car,
(1) Les textes qui précédent sont tirés da Pentateuque, de Job, des Psaumes, dlsa!e. Passim.
DES TÉMOiGnAGES. 379
VOUS l'avouerai -je? je suis honteux de moi -même; mille souvenirs me poursuivent, m^assiégent et me font comprendre que ce que j'ai dit n'est rien. Pardonnes à mon impuissance, et, pour mieux vous convaincre , cherchez vous-mêmes le sublime dans les Ecritures ; il ne saurait échapper ni a la délicatesse de votre bonne foi , ni à la sûreté de votre goût.
Après le sublime, vous rencontrerez dans la Bible un autre caractère : la sainteté.
La Bible est sainte , Messieurs , non pas parce qu'il nous a plu , sous l'impression d*un respect superstitieux, de l'appeler ainsi, mais parce qu*elle nous révèle le tjpe , nous donne les préceptes et nous propose les exemples de la sainteté. Cette honnêteté vulgaire qui se contente des plus minimes vertus, cette justice facile qui se mêle, sans dégoût et sans horreur, à de honteuses faiblesses , cette perfection superbe qui ne veut rien devoir qu'à elle-même, elle ne les connaît pas. L'homme, d'après ses enseignements, doit s'appliquer, par des efforts héroïques, à l'imitatiou du Dieu unique dont toutes les créatures chantent les perfections infinies. C'est lui-même qui s'approche de Thumanité par ses révélations , lui-même qui la réveille de l'assoupissement des sens et de l'ivresse des passions , luimême qui pose devant son peuple , afin de lui donner, dans le spectacle de sa sainteté, la norme de sa vie : (x Soyez saints, dit-il, parce que moi, votre Seigneur, je suis sainte parce que je vous
380 TBBNTE«DI£UXIEMB COTIFERENGB.
ai séparés de toules les nations, aOn que you< soyex k inoi(t). »
Soyez saints , c*est le bat. Mais quelle distance entre ce but et les trop nombreuses et trop misérables faiblesses, imperfections et inclinations de la nature humaine ! Sans doute , Messieurs ; aussi Téthique biblique ne se borne pas à nous montrer Texemplaire de la sainteté : elle nous ouTre la voie sacrée qui doit nous rapprocher de sa perfection Cette voie , c'est la loi sainte et immaculée qui illumine Tesprit et convertit les Ames ; loi sainte et immaculée qu'il faut écouter avec attention et vénération , méditer le jour et la nuit et embrasser avec ferveur. Adoration et amour de Dieu , zèle pour sa gloire , confiance dans sa protection , abandon à sa providence , attente de ses jugements, charité et miséricorde à l'égard du prochain , respect du droit public et privé , amour de la vérité et horreur du mensonge , recherche de la sagesse , honnêteté et pudeur, prudence dans les périls, patience dans la tribulation^ résignation dans l'épreuve , dévouement à la religion et à la patrie : aucun devoir qui ne soit prescrit , aucune vertu qui ne soit commandée ou conseillée.
Les plus illustres législateurs se sont déshonorés, par les concessions qu'ils ont faites aux passions des peuples dont ils réglaient la vie. lisse sont tus, quand
(i) Eritis mihi sancti, quia sanctus suni ego Dominus, et separavi vof a oBterifl populis, ut essetis mei. (Lev., cap. xx , v. 96.)
DES T£lfOIGHA&I8. 881
il fallait réprimer violennneDt lanature et lui proposer rhéroisme. La législation biblique n'accorde rien & la dépravation humaine. Ses fortes sent^iees , ses mAles encouragements s'enfoncent^ comme un éperon vigoureux, dans les flancs de Thomme qu'elle pousse à la sainteté ; il marciie , il court, il vole, sous l'œil du Dieu clairvoyant qui sonde ses reins» et voit à découvert les plus profonds replis de son cœur. L imposture d'une vie réglée au dehors et désordonnée au dedans, par des pensées et des désirs mauvais, ne trompera point rinflnie pénétration de son Juge. S'il méprise la loi, son impiété sera écrite sur des tables inexorables, qui transmettront son crime à la postérité , et Dieu , debout aux portés de la mort, laissera tomber sur Ini son bras de fer, pour Tétoufier dans l'opprobre et le tourmenter éternellement. A sa fidélité , au contraire , sont promises à jamais les bénédictions des races futures , ainsi que les torrents de délices et les enivre* ments sans fin de la maison de Dieu.
Telle est , Messieurs, Téthique biblique. Ce résumé, quoique imparfait, nous explique la noble et pieuse impartialité qui préside à tous les récit» de l'Écriture. Aucun des défauts ni des crimes du peuple juif n'est dissimulé ; les hommes célèbres eux-mêmes , les puissauts de ce monde n'échappent pas aux fouets vengeurs dont sont armés les écrivains sacrés , chaque fois qu'il s'agit de poursuivre et de châtier le vice. Au lieu que les profanes dissimulent avec soin les faiblesses de
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leurs héroe, afin que leurs figures saus ombre éblouis* sent la postérité, les saints auteurs de la Bible ce»fessent naïTement les imperfections et les fautes de ceux*là mêmes qu'ils proposent à notre admiration. La loi est sainte : tout ce qui n*est pas conforme à la loi doit être flétri.
Malgré cela , les exemples illustres ne nous manque^ ront pas. L'Ecclésiastique a réuni, comme en une ga« lerie, tous ceux qu*il a trouvés disséminés dans les différents âges de Thistoire judaïque. « Louons , dit-il , les hommes glorieux , nos pères selon la génération. Dès le commencement, le Seigneur a fait éclater en eux sa gloire et sa magnificence... Grands en vertu, ornés de prudence , aimant la véritable beauté , ils ont été environnés de louanges. Il est des hommes dont la mémoire n'est pas ; ils ont péri comme s*ils n'avaient jamais été ; ils sont nés comme s'ils n'étaient pas nés , eux et leurs enfants avec eux... Mais les hommes de miséricorde dont la piété n*a jamais défailli , que les peuples racontent leur sagesse et que l'assemblée public leur gloire (1). » C'est Hénoch, qui a plu à Dieu ; Noé , le juste et le parfait , récoudliateur du genre humain; Abraham le fidèle, Isaac son fils et Jacob père des tribus ; c'est Moïse ^ k chéri de Dieu et des hommes , saint par sa foi et sa douceur ; Aaron , son frère y qui l'égalait en piété; Phi nées, qui de-
(i) Ecclesiast., cap. xliv et seq.
DBS TEMOIOHAOBS. 883
meora deboat^dans la chute de son peuple. C*eftt Josiié, fils de Nun , vaillant dans La guerre et sauveur des élus de Dieu. Ce sont les Juges dont le cœur ne s^est point appesanti; Samuel, le prophète aimé du Seigneur* C'est David , choisi parmi les enfants d'Israël : il a loué le Seigneur, il a aimé celui qui Ta créé y et le Seigneur Ta purifié de ses péchés et a exalté sa puissance & jamais. G*est ÉUe , le prophète y qui s'éleva comme un feu et dmt la parole brilla comme une lumière ardente. Bienheureux ceux qui l'ont vu et qui ont été honorés de San amour ! Enlevé par un tourbillon , il a laissé tomber son esprit sur Elisée , — Elisée tant redouté des rois , car uni ne fut plus puissant que lui. C'est Ézéchias , qui marcha dans les voies de David son père ; Josias , dont le souvenir est doux comme un paxfumy doux, doux comme le miel et comme les chants au milieu d'un festin; Zorobabel, qui a été comme un signe à la droite du Seigneur ; Méhémias , qui a relevé nos murs abattus. C'est Isaie, qui vit la fin des temps et consola ceux qui pleuraient en Sion ; Jéré^ mie , le plus grand des citoyens et le pieux chantre des douleurs; Éiéchiel» qui a vu la vision de gloire; Daniel , qui resta pur au milieu des impies et vivant au milieu des lions. £t puis les douze prophètes , qui ont fortifié Jaoob et l'ont racheté par une foi pleine de courage. Et puis les forts et pieux Hachabées , morts pour la loi , le temi^e, la patrie et la liberté. Que de noms , Messieurs , nous pourrions ajouter u
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ces noms célèbres , et qui prodameraiènt avec eux rinfloence féconde du type divin et des préceptes saints de l'ancienne alliance! Évidemment, la Bible est sainte en même temps que sublime. A ces deux caractères de sublimité et de sainteté, j*en ajouterai un troisième , que j'appelle Tharmonie historique.
Sans rbarmonie historique, un livre, quelles que soient d'ailleurs la splendeur de son style , l'élévation de ses idées , la pureté de la doctrine qu'U contient , est un livre nul, au point de vue du témoignage. Il faut donc que nous trouvions dans la Bible ce caraotère , si nous voulons ajouter foi aux faits qu'elle rapporte. Eh bien I rendons grâces à Dieu , Messieurs : aucun livre mieux que TÉcriture n'est d'accord avec les données générales de Thistoire, ordonné aux époques, aux moeurs, aux institutions, aux monu* ments , uni dans ses éléments , lié dans ses parties.
Les plus antiques nations ont ignoré leur propre genèse , et n'ont conservé de l'origine des choses que des traditions défigurées. En réunissant leurs souvenirs , on a pu créer des hypothèses historiques plus ou moins vraisemblables ; mais il a été impossible d*établir rien de positif et de certain. Rapprochez ces souvenirs de l'Écriture : tout s'illumine. Le chaos , le travail des éléments , Yhge d'or, le crime, la misère, le déluge, le sauveur du genre humain maudit, les trois fils de Dieu qui se partagent Tempire du monde ^ Tentreprise audacieuse des Titans et mille autres don-
DES XÉMOIGHAOU, 385
nées traditiomielles, altérées par de longs âges de barbarie, prennent tout à coup Fallure d'événements précis, graves et ordonnés entre eux. Le chaos, c'est cette matière informe que Dieu fit au commencement ; le travail des éléments , c'est l'œuvre grandiose de la création , édose de la parole divine; l'âge d'or, c'est le paradis ; le crime , c'est la désobéissance de nos premiers parents ; la misère, c'est le dépouillement de l'innocence originelle, et l'écroulement subit de cette souveraine autorité que l'homme exerçait sur lui-même et sur la nature ; le déluge , c'est le baptême immense qui noya toute chair corrompue , afin de purifier, par un juste supplice, ceux qui encore étaient capables de repentir ; le sauveur du genre humain , c'est Noé ; les trois fils de Dieu qui partagent l'empire du monde , sont Sem , Cham et Japhet ; l'entreprise audacieuse des Titans , c'est la construction inachevée de la tour de Babel. Telle est , Messieurs , l'origine des choses et de rhunumité.
Après cela , lisez le chapitre dixième de la Genèse : vous y verres la vieille géographie décrite avec soin , les fils de Noé disperser leur postérité aux quatre vents du ciel , et l'origine des nations et des grands empires , qui doivent plus tard éprouver la patience du peuple de Dieu ou châtier ses crimes , indiquée par le nom de leurs fondateurs. Ce que ces peuples ne sauront pas dire à leur postérité , Moïse nous l'apprend , et , par la précision de son récit , il jette la lumière sur les plus
36^ TRBlITE-MCXlàME GMFiRENGB.
profonde tëoèbres de l^histoiTO. Le» moBwrs pnmtras de lÉgypte, de TArabie, de la Ghaldee, de la Phénîcie, de la Médie , de la Perse, ne seront jamais el mille part mieux oenaaes, que par TÉerîtiire et dans r Écriture. Nossièeles modernes eux-mêmes ?ieiroent k riq[>pui de cette affirmation. Nos archéologues, que leur infatigable ardeur pousse an désert, à la reoherebe des monuments enfouis , des squelettes du passé , s'étonnent de yoir que chaque pierre qv'Hs arrachent aux entrailles avares de la terre , leur parle un langage bihlûiae. Aussi Voltaire disait- il : a Le Pentateuqae, Joeué, les Juges sont mille Ims. plus iastrmtifs qu'Ba* mère et Hérodote. »
Harmonie de rÉoriture affee rhisteine générale de la plus haute antiquité : c'est la pnenéère , MesMenra Il en est une autre que les érudits ont constatée , et q«e des études trop^ vite abandonnées poar les néoeasités pressantes de Tapostolat , m*oat mis à même de soupçonner : c'est Tharmonie des récits et des époques auxquelles ils appartiennent. Tovte langue a ses périodes , comme la société dont elle est Texpressien , et c'est le cas d'appliquer ici cette sentence devenue proverbiale : Le style , c'est l'homme. L'enfance , la jeunesse , Tâge mûr, la vieillesse ne s'expriment pas de to même manière , et ce qui est vrai pour l'homme pris individuellement, est également vrai pour Thonme pris collectivement. On, Hessieurs, les critiques oonsoiencieux qui ont étudié le style biblique , — et il s'm
DIS TéUOIGNAQJKS. feST
tfoin^niéine pavmi les emnemiB de notre croyance , •*-' ont tous remarqué ses diverses tram^tHrmatknis. léla livre» sont i^eins de touranres et de mots sorannës , d'archaïsmes qu'on ne retrouve pit^ dans des livres postérieurs. Il y a dans ceux-ci une richesse, une splendeur, une surabondance de vitalité imagiMtive qui ifoéique la jeunesse en sa pleine vigueur; daM eeu]t-là , une sobriété, une mesure , une gravité, mie solennité , une force qui n'appartient qu'à Tàge mû?. Il en est qui parient comme ces vifeillards encore t^ bmtes , que reiipérienee rend seoflencieux et sév^ives. Enln la langue s'abaisse, se mélange, s'injeole de mots étrangers » et porte, dans toute sa structure, Tindâébile caractère des nombreuses et terribles infoi^ tunes du peuple juif. De c^ examen, Messieurs, il Bémille que les livres bibliques peuvent être classés- par éfeqnes déterminées, et qu'il est facile d'établtr la eontemporanéité des récits et des événements qu'ils transmettent.
Une troisième harmonie visiUe à Tœil nu , si je puis me servir de cette expression , c'est celle des livras ewtafe eux. Bien que différents d'origine , d'époque , de style et d'objet, ib se prêtent l'un à l'autre le mutuel appui du témoignage , en se citant , se complétant et se commentant. Les écrits de Moïse, pair ea^emple, se retrouvent dans toutes les parties de l'Écriture ; les livres lyriques, prophétiques etsapientiaux eux-mêmes semblent s'étudier à faire revivre , dans les souvenirs
S88 TRENTE- DEUXIEME OOnFÉRBNGB.
du peuple^ les récits d'où datent sa oonstitatioii et comme la préparation de ses destinées.
Une quatrième harmonie , c'est celle des époques, si parfaitement enchaînées qu'elles nous conduisent, par un mouvement rétrograde, jusqu'à l'immobile éternité de Dieu, «t Que dirai- je, s'écrie Bossuet, du témoignage admirable que tous les temps du peuj^e de Dieu se donnent les uns aux autres? Les temps du second temple supposent ceux du premier, et nous ramènent à Salomon. La paix n'est Tenue que par les combats , et les conquêtes du peuple de Dieu nous font remonter jusqu'aux Juges , jusqu'à Josué , jusqu'à la sortie d'Egypte. En regardant tout un peuple sortir d'un royaume où il était étranger, on se souvient comment il est entré. Les douze patriarches paraissent aussitôt , et un peuple qui ne s'était jamais regardé que comme une seule famille , nous conduit naturdkment à Abraham, qui en est la tige(l). i» A joutez qu'Abraham nous montre Sem , son aïeul, et tient, pour ainsi dire, en la personne de cet ancêtre , un pied dans l'arche de Noé. Noé nous fait remonter, à travers la lignée des patriarches primitifs, jusqu'à Adam, père du genre humain ; Adam jusqu'à Dieu , qui lui donna le souffle de vie. Ainsi se tiennent tous les temps, dans un ordre admirable qu'aucune autre histoire ne nous révèle.
Une cinquième harmonie, c'est celle des événe-
(1) Diêcours sur ^histoire universelle.
DES TÉMOIGIIAOISS. 389
ments naturels et sqrnatiirelB. La Bible est pleine de prodiges qni perdraient toute autorité, s'ils n*étaient que des accidents illustres , sans autre raison d*ètre que le caprice d*une puissance surhumaine. Mais loin que nous puissions les rabaisser ainsi , Tobseryation attentive de la place qulk occupent, nous oblige à confesser leur profonde influence sur la vie du peuple de Dieu. Ils sont mêlés à la trame des événements, comme ces fils d*or qui relèvent les couleurs et le prix d*un tissu. Toutes les grandes secousses et transformations qu'on remarque dans l'histoire judaïque , appellent et justifient ces manifestations solennelles de là puissance de Dieu. Abraham, si simple, si na'jf> si pacifique, ne quitte sa patrie pour courir le monde, que parce qu'il est séduit par les promesses de Dieu, qui converse familièrement avec lui. Joseph ne prend part à la puissance du Pharaon , que parce qu'il lui a expliqué prophétiquement ses songes. Si les Hébreux sortent d^Égypte, c'est grÀce aux calamités subites et effroyables que fait pleuvmr, sur leurs oppresseurs, la main de Jéhovah. Si Moïse conserve son autorité au milieu des séditions , c'est qu'il fait usage de la puissance divine dont il est l'instrument privilégié; s'il impose la loi et loi assure la respectueuse obéissance du peuple , c'est que Jéhovah Ta abreuvé de sa gloire. Les conversions multipliées des Israélites infidèles ne s'expliquent que par des cb&timents miraculeux. Les robustes espérances de Juda captif aux rivages de l'Eu-
396 TRENTE-DJEDUEIIJS COUFEREirGE.
phriite, ne se soutàennent que parœ qu'elles s'appuient sur des oracles entourés de merveilles. Enfin , les prodiges et les événements marchent de con^rt , à M point qu'il est impossible de les séparer sans défigwer rUstcHre.
Mais, Messieurs, j'ai dé^k traité cette question, a vee une certaine étendue^ Jk)r8que j'ai prouvé la aéeessilé des miracles, pour eipliquer l'existence du peuple jvîf. Qu'il me soit donc permis de m'en tenir à ee rapide exposéi et de vous signaler une siiiàme et dernière harmonie , celle des événements et de la destinée.
Le peuple juif est à peine formé , que TËcriture noms le montre portant dans ses flancs une promesse fd* conde , dont chaque période de sa vie nous révèle Tae^complissement. Bien qu'il soit humble et petit , en comparaison des vastes nations qui l'entourent, il marche vers de glorieuses destinées, et les événemente le poussent, à travers beurs et malheurs, jusqu'au ymax suprême de son universel et éternel triomphe. Ici vins m'arrêtez , Messieurs : j'en sois content ; aussi bien je ne pais plus marcher sans fiiire éclater le dessein principal de ce discours. Vous m'arrêtes donc , et vous me dites : — De quelle destinée et de quels événements s'agit- il? Juda ne se relève des abaissements de la captivité babylonienne, que pour tomber, plus tard, sous le joug de la nation sup^be à laquelle ses poètes ont prmnis un empire étemel. Devenu tribulnire des Romains , il est mort à la gloire. Bientôt sa capitale et
DBS TÈmOKmàlOMS. 3f 1
mn t«Mple «'éerouleront. Veos le cbcrdiem daas la dÂsperaioD^ toi ydm se ▼trrefc pliw qu'mie race opi* Qiàtre , eonrbée s^vs le faix des mépriB et dès malédietions du genre humam. EsC-ee lit m triomphe? £st^oe là one destinée? — A bob tom, MesBienn», je tous afrète el je vous demande ai toub m'ayez bien eompiû. 1^8 caratlères que je Tiens de dé<»îre , les ai-je appliqués à tonte la Bible ou seulement à «ne de sea parties? Maïs , ai je ne me trcMnpe , il ne s*est agi josqn'iei que de rÀnoièn Testament; or, rAneien Testanent, ce n'est pas tonte, la Bible : e*est un livre complexe , dont k valeur tradttionnelle et testiÉneniale n'est entière qn'antant qu'on le rapprocbe d'un antre litre, que j'appdle le point central de l'Écritare. C'est 4 ce point aeBtnd qne je voulais vans eondafre , t'est ce point oantval qu'il ImA ixer maintenant ; car c'est kri qui nens donne la neanre et noos révèle toute Téconomie 4te monument bibUqne.
La Bible est «nblime , la Bible eA sainte, la Bttdenet d'harmonies historiques ; mais oà le sublime se fise » où la sainteté atteint sa plénitude , où les faarmnniea hMtorîquas se oonsomment, c'est an point central. Ce peint œntral, voua Taves déjà ncinnié : e'est rÉvangile.
S92 TRETïTE-DBUXiraiB COHFÉRKNGE.
N'attendez pas, Messieurs, de longues considérations : elles seraient mal placées en cet endroit, et retarderaient le mouTement de vos esprits vers la condnsion que je veux leur faire accepter.
Vous avez yu , dans T Ancien Testament , l'Ame s'élever, comme par bonds impétueux , vers ces hauteurs admirables de la pensée , du sentiment et de l'image, que nous avons appelées le sublime. Dans l'Évangile , il n'y a plus d'efforts. L'âme est comme transportée au-dessus des régions vulgaires oè s'agitent les pensées et les sentiments humains ; l'âme est conmie fixée sur des sommets d'où elle voit mieux ce qui est grand et beau : c'est pourquoi elle l'exprime plus simidement. Le sublime de l'Évangile , ce n'est pas le torrent qui passe et remplit, de sa grande voix^ les échos des montagnes d'où il se précipite : c'est le fleuve tranqnille , toujours plein de ses eaux et toujours merveilleux en sa majesté. Le sublime de l'Évangile, ce n'est pas l'éclair subit qui trouble le demi-jour d'une tempête : c'est la lumière glorieuse et sereine , qui marche à son pas, jusqu'à ce qu'elle ait inondé la terre et les cieux. En un mot, Messieurs , le sublime est dans l'Évangile comme dans sa patrie. Vous ne l'attendez pas; mais partout vous en subissez , avec une indicible émotion , la constante présence. On vous raconte l'étemelle génération du Verbe de Dieu : c'est sublime ; la naissance de Jésus-Christ, son enfance, ses vertus, ses miracles : c'est sublime. Jésus parle aux foules rassemblées autour
DES TÉMOIGVAOBS. 393
de lui ; ses paraboles ^ ses préceptes , ses conseils , ses consolatioiis : c'est sablime. Ses gémissemeBts et ses pleurs sur la Tille ingrate qui le repousse : — « Jérusalem , Jérusalem 1 que de fois j'ai touIu rassembler tes enfants autour de moi , comme la poule ses poussins , et tu ne l'as pas touIu (1) ! » — c'est sublime. Ses réponses aux pharisiens , dans lesquelles se révèle une pénétration surhumaine : c'est sublime. La multitude en fureur se précipite sur lui , mais son heure n*est pas Tenue , et , « passant au milieu d'eux , il s'en allait : Et HPomieM per médium illorum ibat (2) : b — c'est sublime. La pauvre Madeleine , tremblante et méprisée , brise à ses pieds le vase de ses parfums et son coeur repentant; il la regarde d'un œil compatissant et s'écrie : « Beaucoup de péchés lui sont pardonnes, parce qu'elle a beaucoup aimé (3) » ! c'est sublime. Il commande à la nature ; il dit au lépreux : « Je le veux , sois guéri (4) ; i à l'aveugle : « Regarde , et vois ; » aux morts : « Lèvetoi , viens dehors : Surge , veni forai (5) : » c'est sublime. Tombé aux mains de ses ennemis , chargé dlmpréeations et d'anathèmes , il se tait : c'est sublime. En mourant, il s'oublie, et laisse tomber, de sa bouche adorable, son testament d'amour : <x Femme, voilà ton
(1) s. Matth., cap. xxm, v. 37.
(SO 8. Luc, c^». iv, T. 3.
(3) U., cap. VII, V. 47.
(4) S. Matth., cap. vin , v. 3.
(5) S. Joan., cap. xi, v. 43. S. Luc, cap. vu, v. 14.
394 TRENTE -BBUXfiMB GOHTÉRENGB.
fUs. Enfant , voilà ta mère (1) ! — c^est sublime. La nature éponvantée se voile et pleure antour de son gibet : ^ c'est sublime. Trois jours après , au matin , Tasge roule la pierre de son tombeau ; on le cherehe : il Vest levé ; tout simplement , il s'est levé comme un homme qui quitte sa couche..., il n'est plus là : SumxUyntfn etthic[%) : c'est le comble du sublime. Enfin, Sleneurs, j'ai bien dit : à la différence du vieux TesteneiA, qui n'est sublime que par intermittences , TÉvangile l'eat constamment.
Patrie du sublime, TÉvangile est encore la ^niliiie de la sainteté, il en rapproche le type de nos yeul, et nous le fait voir dans un jour tempéré, qui convient mieux à notre faiblesse. Par une combinaison qu'on déprécierait en rappelant seulement reiiarquable et ingénieuse , il nous présente , dans on même lieu et une même personne , le type et Tesemple de la sainteté ; c'estrà-^ire l'infinie perfection de Dieu et la pfais haute perfection que l'homme paisse atteindre, Dieu se montrant dans l'homme , et l'hoaime now rapprochant autant qu'il est possible de Dieu. À la loi lumineuse et immaculée, qui faisait les saints ût Tancienne alliance , il ajoute des conseils, qui eiriè^ vent la vertu jusqu'aux faites de l'héroïsme. 11 prêche Tadoration en esprit et en vérité , l'adoration dégagée des vieilles observances devenues à jamais stériles,
(1) s. Joan., cap. xix, v. 26,27.
(2) S. Marc, cap. xvi, v.6.
9Kg TÉMOIQIïAGfS. Vm
Tamour de Diau plutôt que la crainte y la pieuse fiimiliarité de Tenfant à Tégard de son père plutôt que le respect tremblant du serviteur à Tégard de son maître, la pauvreté d'esprit , le mépris et le dépouillement des biens qu'on pourrait posséder encore sans cesser d'être bon, l'abandon de ses richesses aux malheureux y la simplicité, la candeur, la virgimbé 4u cœur, Thumilité , l'amour des opprobres , la joie dans la souffirance, le pardon des injures, la charité à regard de ses ennemis , l'oubli de soi , le sacrifiée , Ia mort pour ceux qu'on aime, tout oe qu'il y a 4e pUis oQoitraire aux inclinations imparfaites de la nature^ tonit ce qu'il y a de plus semblable aux habitudes et aox perfections divines*
Enfin, Messieurs, dans l'Évangile se consomment les harmonies historiques que j'énumérais toMt à l'heure.
Une vaste et constante tradition domine Thistoire générale de l'humanité , et sert comme de foud aiu religions diverses qui se sont partagé le globe : c'est la tradition du révélateur et du rédempteur. Pleine de vigueur et de lumière chez le peuple juif, elle se traîne, ailleurs, languissante et défigurée; cepen^ dant, quiconque étudie l'attitude des nations, les voit pe^ebées vers l'avenir, attendant celui qui doit illuminer les ombres de mort qui pèsent sur l'esprit humain , et réparer cette affreuse misère dans laquelle nous a plongés le premier de tous les crimes. Or,
396 TRVNTE-DKDXIBME GOHFÉRBNGB.
Messieurs , ce révélateur universel que Platon invoquait dans un de ses plus beaux dialogues, oe rédempteur après lequel soupire l'humanité, ce n*est pas le Dieu des Juifs, Dieu initiateur, c'est vrai, mais par Texclusion et le privilège : c*est le Dieu de rÉvangile. Tout est prêt pour sa venue, on Fattend. «r En ce temps-là , dit Tacite , beaucoup étaient persuadés que rOrient l'emporterait , et que de la Judée devaient partir les nouveaux maîtres du monde : Plu-
tibus persuasio inerat eo ipso tempore, ut v(iU$eerêt
Oriens, profectique Juiœa rerum potirmtur (!).)> On entend sortir de toutes les bouches, en Israël, des questions anxieuses qui témoignent que les époques filées par les oracles sont arrivées à leur terme : <x Oà est né le nouveau roi des Juifs? — Êtes -vous le Christ ? — Êtes-vous Celui qui doit venir, ou devons^ nous en attendre un autre? » Un homme étrange se lève, qui se dit le Fils de Dieu, et qui. convoque les nations , avec Abraham ^ Isaac et Jacob , dans rassemblée de ses saints.
Pour préparer cet universel rendez -vous, la Providence a permis que les traditions écrites de l'Ancien Testament passassent dans une autre langue. Cette langue sera celle des livres nouveaux, parce qu'il s'agit de commencer une nouvelle époque. Non pas que l'Évangile slsole des livres qui Font précédé :
(1) Tacit., Hist., cap. v, v. 13.
au contraire, il revendique à chaque page leur autorité ; il affermit leur témoignage en s'y appuyant , a&n qu'on comprenne bien, cependant, que sans lai ils seraient yides de sens. Jésus -Christ reconnaît l'origine divine de la loi qu'il veut transfigurer; il invoque, à l'appui de ses affirmations, Moïse et les prophètes : — C'est de moi, dit- il, qu'ils ont parlé ^ les temps sont accomplis. — Ces temps si bien enchaînés, qui nous font remonter jusqu'à l'éternité divine y les voilà arrivés à leur plénitude. Une grande secousse va se produire, une immense transformation va s'opérer; voilà pourquoi les prodiges se multiplient et se consomment dans le plus admirable de tous ; la résurrection d'un mort par lui-même. Et puis, voyez le monde. La destinée de Juda est remplie, les événements ont eu raison. Tout à Tbeure, vous accusiez l'abaissement du peuple juif, soumis à la domi* nation romaine : mais il fallait qu'il en fût ainsi , afin que le peuple de Dieu comprit le vrai sens de sa destinée. Le chef sorti de son sang ne devait pas vaincre par le glaive qui tue, mais par la parole qui vivifie ; le Promis de Dieu ne devait pas s'approprier la terre grossière que les hommes se disputent , mais le monde immatériel des âmes. La conquête est faite , Messieurs, la vie est partout donnée. Pour l'amour de Dieu, ne regardez pas cette nation avilie, que la Providence épargne en souvenir de ses pères, et par respect pour le dernier monument qui lui reste : regardez - vous
3d8 TRENTE -DISIJXièlfË C05FÉRBNGB.
TOfis* mêmes. Qai voas a faits chrétiens? C'est uit Juif, ce sont des apôtres jnife. . . O Joda ! tu triompbes à jamais! L'Évangile a rempli ta glorieuse destitiée.
Au commencement de ce siède, MessieaM, vtti homme dont le front superbe fut découronné par ted fcrudres de cinq nations , s'entretenait , an fbnd de son exil , avec les compagnons de ses victoires et de ses malheurs. I/Évangile était devant lui ; il le toucha arec respect et s'écria : « Le voilà, ce livre par etcellence. Je ne me lasse pas de le lire, et tou9 les jourd avec le même plaisir... Nulle part on ne trouve cette série de belles idées , de belles maximes morales, qui dëfflent comme les bataillons de la milice céleste , et qui produisent, dans mon àme, la même impression que Ton éprouve à considérer l'étendue infinie dM ciel, resplendissant, par une belle nuit d*été, de l'éclat des astres.... Une fois smitre de notre esprit, rÉvangile captive notre cceur. Dieu est notre ami, notre père , et vraiment notre Dieu ; une mère n'a pa» plus de soin de Tenfant qu'eUe allaite. L'ènie séduite par la beauté de l'Évangile ne s'appartient phiB : Dieu s'en empare tout k fait ; il en dirige les pensées et les facultés, elle est à lui... Appuyée sur la Rible, la doctrine (évaagéMque) explique le miens les traditions du monde, elle les éelaîtdtt.... Aecep>* teft<*la, vous aves une admirable solutieQ-derbisMre donoode (1). »
(1) Mémoires de Sainte-Hélène»
OBS TEMOIGMAÔtS. 196
Ainsi parlait le captif de Sainte-Hélène. Ces paroles n'ont pafi besoin de commentaire. Elles coi^rment p«rfiâtement ce qae }'ai dit : qne rÉYangile est ki patrie du snblime , la plénitude de la sainteté , et la consommation des harmonies historiques de TÉeritwre.
Maift poorquoi Tai-je ai^lé le point central de Ift Bible , plntM que le fdte ou le sonimet? C'eat , Memeur», qu'il n'est pas le dernier livre : d'autree Tiennent après lui, qui le commentent, le confiraient ^ et dont l'autorité ressort de la sienne; ausai bien que l'Ancien Testament , ils seraient incomplète et dépareillés, si l'Évangile n'eiistait pas. Donc, teut bien considéré , le témoignage biblique , dans son aisemble, dépend de l'Évangile, comme la so^ lidité d'un édifice dépend de la poutre maltfease, qni retient sea murs captifs et appuie ses eomUes, comme l'bonneui: d'une plante d^nd de la fleur, dans la* quelle se concentre sa vitalité. Les tiges que nous (dantons dans nos parterres, se couvrent, au printemps, de bourgeons et de feuilles; c^est par ces organes délicats qu'elles boivent l'air, la lumière et la rosée , pour les faire descendre jusqu'aux racines que couvre la terre. Le soleil multiplie ses rayons, l'air a'aitûidit, la fleur parait, s'ouvre et nous envoie ses parfums. Messieurs, voilà la Bible. L' Ancien Testa* menft ne fait que préparer Técloaton de la fleur éfunfélifDe', et les parfums qu'elle nous envoie, ce sont
400 TREKTE- DEUXIÈME GOlIFâRRNGB.
les vertus de la primitive Église , racontées par les Actes des Apôtres , la forte théologie de Paul . les mâles enseignements de Pierre, les tendres encou* ragements de Jean, le bien- aimé du Seigneur, et les magnifiques promesses de l'Apocalypse.
Maintenant, Messieurs, il faut conclure, et, grâce à Dieu, ce ne sera ni long ni difficile. La Bible est sublime, sainte, pleine d'harmonies historiques : voilà notre prémisse ; or, cette prémisse a plusieurs issues.
Les uns, considérant que le sublime repousse l'i* neptie intellectuelle , que la sainteté ne laisse pas de place dans le cœur à la mauvaise foi , que les harmonies historiques s'opposent à toute espèce de fietion , appliquent à la Bible ce principe : — Toute affirmation sincère d'une connaissance certaine, est rexpression de la vérité. Partant de là, ils déclarent, avec Descartes , Bossuet , Pascal , Newton , Leibnitz, qu'il n'est aucun livre plus authentique ni plus vrai que la Bible. D'autres, s'élevant plus haut, et considérant que tant de sublimité dépasse les forces originales du génie humain , tant de sainteté, les puissances naturelles du bon , du juste et de l'honnête, que Dieu seul, qui a créé les harmonies du monde céleste, peut créer aussi les harmonies du monde historique , avouent, avec l'Église, que la Bible est un livre divin.
Tout dernièrement, un protestant illustre, dont j'ai toujours particulièrement admiré la haute intelligence
BIS TfiHOlBKMMS. 401
^t jqw je vdudriÔB poavmr appder sans testmlioii : mon frère, «-faisait cette profession de foi : « J*ai lu et rela les lifres saints. Je lés ailasdans des disp^ ^itàom 4'eq[>rit très-divei^ses, tantdt en les étuidia^t comme de grands monuments historiques, tantôt en les admirant comme de sublimes œuvres poétiques. J'ai toujours été saisi , en les lisant, d*mie impression tout autre que celle de la curiosité ou de Tadmiration ; je me suis senti sous Timpression d'un sou£Be venu d'ailleurs que de l'homme. Plus j'ai lu les livres saints, plus je suis demeuré surpris que les lecteurs sérieux n*en reçussent pas tous la même impression que moi» et que tous méconnussent ce caractère d'inspiration divine, si étranger à tout autre livre, si éclatant dans celui-là (t). »
Vous imposerai- je ces conclusions, si légitimes qu'elles soient? Non , Messieurs : je me contente de vous les proposer. Ma prétention est aujourd'hui plus modeste : je veux que vous 6xiez le point central des Écritures et que vous disiez avec moi : Puisque tout , dans la Bible , dépend de TÉvangile , quiconque prouvera victorieusement l'autorité testimoniale de rËvangile, prouvera victorieusement l'autorité testimoniale de la Bible. L'Évangile, cest notre livre, c'est à lui que nous nous attacherons. Si nous avons notre Évangile, nous avons TÉcriture tout entière.
(1) Goisot, Méditations religieuses
40i TBKRTft'MOXlàlll QDRtéuilCB.
MgOÊm ^ feitM-nous bien roir la véritë de rÉTanglle, tén que nous pwsaiais dire de Totre sainte Bible M qne Tapôtre saint Jean dit de Itti-méme : « Son tén^gnage est véritable : Virum eM mîimomwm $jm$ (1). »
{i) s. Jotn., cap. an, ¥• 3B»
DU PREMIER ÉLÉMENT DU TÉMOIGNAGE DANS L*ÉVANGILB : LA CONNAISSANCE CERTAINE.
■««■«•iWa*»**!
Me^ibùbs ,
Je me suis appliqué, dans ta précédente Conféréticè, ft tous faire comprendre l'importance de TÉTatigile , relativement à l'ensemble des saintes Letti^s. C^est la fleur mystérieuse dans laquelle se concentre la séye traditionnelle de la Bible; c'est le point central de notre histoire religieuse. Son nom même indique la place qu'il doit occuper, dans les sacrés récits que les générations nous ont transmis : il s* appé&e ÊtHingUê, c^est-à-dire bonne nouvelle, récit par excellence. Tbnte la valeur testimoniale de la Bible est comme suspendue à son autorité, de telle sorte que, si nous pouvons loi appliquer sûrement les règles du
404 TRENTE -TROISIEME GONFÉRENCfi.
témoignage, nous possédons en paix toute TÉcriture.
Or, Messieurs, il y a dans le témoignage, ainsi que nous rayons tu , deux éléments essentiels : la connaissance certaine , qui résulte de Tobservation saine et consciencieuse des faits compris dans la sphère de nos perceptions ; FaflBrmation sincère , qui n'est rien autre chose qu*une équation entre notre parole et notre connaissance. Ces deux éléments, les trouYonsnous dans l'Évangile? Voilà la question suprême à laquelle il est nécessaire de répondre maintenant. Nous le ferons avec ordre, et, puisqu'il s'agit d'examiner deux éléments, nous nous occuperons aujourd'hui du premier : la connaissance certaine.
Sans qu'il soit besoin de les considérer de prés, les faits évangéliques sont tels, qu'ils ne peuvent échapper au double contrôle des perceptions extérieures et du bon sen^. La difficulté à les accepter, s'il 7 en a une , ne vient donc pas de leur nature , mais l^ien de leur observation. Ont - ils été perçus , c'està dire y a-t*il eu des témoins oculaires de ces faits , et ces témoins ont-ils transmis la connaissance qu'ils en avaient , par une affirmation quelle qu'elle soit? Quatre. livres, que l'on peut fondre dans un même récit, se présentent pour répondre à ces questioua. Ces quatre livres portent des nonu de témoins : deux noms d'apôtres et deux noms de disciples contemporains d€;s apôtres : saint Matthieu et saint Jean , saiut Marc et saint Luc. S'ils sont authentiques, notre cause
1>«3 TBlf OIOlVAé^iES. 405
est gagnée, quant au premier élément dn téiftoignage : la connaissance certaine; car leur authenticité met en scène nne foule de témoins, dont on ne peut accuser ni les facultés , ni le bon sens, sans méprisa* la plus Tulgaire bonne foi et les lois mêmes de la nature. Tout notre labeur se concentre donc sur ce point : — les Évangiles sont des livres authentiques. Nous le prouverons , Messieurs , en écoutant la tra^ dition , en comparant les textes, et en étudiant le milien dans lequel les Évangiles naissent et se propagent.
« La filiatioB des enfanta légitimes se prouve par laur acte de naissance , inscrit sur les registres de Tétat civil. A défaut de ce titre, la possession con<slante de Télat d'eniant légitime suffit. — La possession d*état s^étaUit par une réunion suflBsante de faita, qui indiquent le rapport de fiUation et de parenté entre un individu et la famille à laquelle il prétend appartenir. — Les principaux de ces faits sont : que l'individu a toujours porté le nom du père auquel il prétend appartenir ; que le père Ta toujours traité comme mm enfant, et a pourvu, en cette qualité, h son éducation, à son entretien et à son établissement; qu'il a été reconnu constamment pour tel dans la société ; qu'il a été reconnu pour tel dans la famille. »
406 TABIITB«-TaOttIBIIB ccmiferbuge.
Ainsi «'exprime Qotre code civil , aux articles 319^', 3iO- et sai"*.
Or, Messieurs , ce que Ton peat dire des eofaots, on peut le dire des livres , qui sont les fils de Tesprit bumaiu. Sans doute, il n'y a pas pour eux d'iusçriptiou sur les registres de Tétat civil ; mais il peut y avoir posfsiessiou d'état, établie par un euaeml>le de faits d'^ résulte la notoriété de leur origine légitiiue. Ainsi en esl-il des Évangiles. Ils ont toujours porté le nom de leurs pères; ils ont toujours été' traités comme des enfants légitimes, par les apôtres qui ont pourvu à leur conservation et à leur établissement; ils ont été constamment reconnus pour tels dans la société, reconnus également par toute une famille d'écrits issus du même esprit. L'ensemble de ces ftdts est preuve par la tradition : voilà pourquoi j'ai dit qii*il fidkit d'abord écouter la tradition.
L'incrédulité contemporaine nous accorde au moins seise sièdes d'erreur tranquille, pendant lesquels les Évangiles ont été considérés universeltanent comme des livres apostoliques. C'est déjà quelque chose, Messieurs; j'oserais mteie dire que cette concession est considérable : car elle suppose, contrairement à tonte probabilité, que, pendant seize siècles, il ne s'est trouvé aucun homme assez avisé pour remonter à l'origine des plus importants écrits qui soient au monde, et en découvrir le vice; que Porphyre et Julien ont accepté sans examen une erreur qui eèt
un TnKMGiTAflK. MT
fût la forhiiie de leurs dissertaftiOBS attlMitétieBiiw; que saint Battle, saint Giégoire, saint JérAiit, saint Ambroise, saint Angustin, saint Chrjfsostome , ont tommeaÈéy à tout liaserd, les frandoleusas namtieM d'un ineonnu* Mais nés modernes ne se gênent paSs, quand il s*agit de mépriser Tantiquîté sacrée, an profit de leurs lumières. Acceptons de bon ccenr, si G*esft possible, l'honneur qu'ils font à nos pères dfeins la foi, et'transportons-nons aux siècles primitifs : e'eit là qn*est la difficulté.
Dans la seconde moitié du demième siècle, tes Évangiles sont en possession d'état : ils portent publiquement le nom de leurs aulews , et la sooîélé les reconnaît comme enfants légitimes des apètares. Païens, hérétiques, catholiques, tous supposent ou affirment Tindisoutable notoriété de leur filiation.
Geke a la {nrétention de broyer le ebristianÎBme sous le marteau de sa dialectique. Il abreuye de ses mépris les sectateurs du Galiléen, il accuse la doctrine du Christ , il suspecte sa moralité , il triomphe àe ses apparentes faiblesses, il plaisante en face de son suppliée, il insulte à sa mort, il relèye minutieua»ment tous les détails de sa résurrection. On Toit qu'il suit pas à pas une histoire derenue popuhnre. D affirme que, tout ce qu'il aTanee, il Ta pris dans nos Écritures mêmes (1) : et il s'écrie, en terminant sa
(1) E'x Tdv ^(impdv ayrty^c^^fjixiui^.
(M TREITTE • TBOISIÈMB COm^RnVGE.
Imigoe, ftistidienfle et déloyale discussion : « H esl donc vrai que tous vous égoiigez de vos propres taiaias! % Bien qu*il ne cite pas de noips propres, il est impossible de se méprendre sar les sources où il puise : car les textes qa*il allègue sont ceux mtees que nous lisons aujourd'hui, dans le canon dès Évan*
«iles (1).
Ébiott , sorti du judaïsme , s'approprie l'Évangile de saint matthieu; Marcion, ennemi du Dieu de T Ancien Testament, l'Évangile de saint Luc; Valentin, perdu dans les rêveries du gnostidsme, TÉvangUe de saint Jean ; Tatien . apostat de la vraie foi , crée une combinaison qu'il appelle lui-même la réunion des quatre.. Tous dépravent les récits apostoliques , au profit de leurs principes, mais aucun ne nie leur origine ; au contraire , en reprochant aux disciples de Jésus leuins erreurs de doctrine, ils revendiquent leur autorité testimoniale, quant aux événements. Qudles que soient leur audace et leur malice , ils ne peuvent tellement corrompre les livres originaux, qu'on n'y reconnaisse plus la trace des écrivains sacrés : « Harcion, tu as beau faire , s'écrie TertuUien : le Christ de ton Évangile est encore mon Jésus! Chri$iu$ mm Juui in Evàngelio tuo meus est (2). »
Origène, cet infatigable travailleur dont tous les ouvrages, si nous les possédions encore , formeraient
(1) Origen. contra Celsum, (S) Tert. contra Marcion,
DBS TEMOIGNAGES. . 400
une bibliothèque, Origène fera, vers le milieu du troifiièBie siècle y une table comparée de» manuscrits évangéliques ; il y ajoutera de longs commentaires, dans lesquels il serait facile de retrouver le texte primitif, s*il se perdait, et la conclusion de son immense entreprise, il Texprimera en ces quelques mots : « Il n*7 a que quatre Évangiles admis sans discussion par rÉglise qui est sous le ciel : Quœ sola in tmsverâa Eeclesia qum iub eœlo est eitra eonîroversiam aémUiuntur {\). »
Mais, avant lui, cette conclusion est déjà consacrée, par les solennels aveux de Clément d'Alexandrie, de Tertnllien et de saint Irénée.
« Voici Tordre des Évangiles , dit le premier : d*abord ceux qui contiennent la généalogie du Sauveur (c'est-à-dire saint Matthieu et saint Luc) ; puis rÉvangile de saint Marc, écrit sous la dictée de Pierre; enfin celui de saint Jean, écrit à la prière de ses amis {%).
Le docteur africain n*est pas moins exprès. Rompu sur l'argument de tradition^ dont il se sert avec une impitoyable et souveraine vigueur contre les hérétiques , il remonte sans cesse à Torigine des Églises : « Ce qui est vrai, dit-il à ses ennemis, c'est ce qui fut avant vous ; ce qui fut avant vous , c'est ce qui fut dès le commencement ; ce qui fut dès le commencement',
(i) Orig., Comment, in Maithœum.
(9) Eoseb., Hist, eecles., vi, U.
410 TREnTE-TBOlSièME CONFÉHETIGB.
<î*est ce qui fut des apôtfes : Id verius quod print^id prim quod nb tntito, id ah iniiio quod ofr ap&9ioH$, n Or, ce qui fut des apôtres , c'est, avec les lettres de saint Paul , rÉvangile de saint Matthieu , de saint Marc , de saint Luc et de saint Jean. En maint endroit, Tertnllien répète ces noms sacrés , comme un écho lointain des Églises dont il interroge la genèse (t).
Saint Irénée, ce doux et intrépide vieillard, qui vînt gouverner, dans notre Gaule, une de nos plus belles Églises, avait reçu , de la bouche de P<rijcarpe son mattre, les enseignements du disciple bien-aimé. Le mouvement traditionnel n*a pas fait de longs circuits, pour arriver jusqu'à lui. Aussi parie-tril des Évangiles dans les termes les plus clairs et les plus formels, indiquant Tordre et les circonstances de leur origine : « Matthieu , dit-il , a écrit son Évangile dans la langue des Hébreux , à l'époque où les apiMrcs Pierre et Paul fondaient TÉglise de Bome. Après leur mort, Marc, disciple et interprète de Pierre, no«s donna par écrit les enseignements de son mattre. Luc a consigné, dans un livre, l'Évangile que prêchait l'apôtre saint Paul, dont il fut le compagnon. Après cela, Jean, disciple du Seigneur, celui-là même qui reposait jadis sur son cœur, mit au jour son Évangile ^ pendant qu'il demeurait à Éphèse (2). --- Voilà y dit -il ailleurs, voilà les quatre climats du
(1) Tert. contra Marcion, lib. IV, cap. V.
(2) S. Iren., adv. Hœres., lib. III, cap. i.
BBS TEIIOIGITAJGES. fcll
nocide, les quatre points eardinani de la foi; les quatre têtes de chérubins qui soutiennent Tarche de Dieu, la sainte Église de Jésus-Christ (t). »
Un monument considérable, découvert de nos jours par un savant Italien, renommé pour sa vaste et solide érudition (3), confirme les témoignages que vous venez d'entendre. C'est un manuscrit dont le texte latin, mal copié par le* moyen âge , date , si Fou en croit les pins habiles cbartograpbes, de la seconde moitié du u* siècle. Le canon des livres du Nouveau Testament y est fixe , à pca près dans le même ordre et le même nombre que notre canon actuel, élaboré par le concile de Trente ; et, bien qne les textes relatifs à saint Matttaâen et à saint Marc aient disparu, on ne peut douter de leur existence antérieure , puisque le manuscrit assigne le troisième et le quatrième rang d'ordre à saint Lue et à saint Jean (3).
Vous le voyex, Messieurs, les païens et les hérétiques, loin de contester l'origine apostolique des Évangiles , la su[^)osent, l'admettent et s'en approprient Tantorilé testimoniale. Les orthodoxes l'afBrment, non comme une chose uniquement connue des savants, mais comme une chose reconnue par la société. Dans toutes les Églises que le soleil éclaire, les Évangiles portent
(i) s. Iren., adv, Hmres., lib. III , oap. xi , g 8. (2) Muraiori, bibliothécaire de la Bibliothèque ambrosieime de Milan.
(S) Voyez Uf^ M eignan , lef tvangiks, dix-haitième leçon.
ils TREHTE • TBOISIÂM È < COUTÉRBHGE .
ostensiblement, notoirement, indiscutablement, le nom de leurs auteurs , et jouissent des honneurs dus à une pareille filiation. Eh bien t je ne crains pas de le dire , voilà un fait capital qui nous dispense de tout témoignage rigoureusement contemporain de Torigine. En effet , d'un côté , cette reconnaissance universelle n*a pas pu s*accomplir en un instant, et, d*un autre c6té, nous touchons aux temps apostoliques par un seul intermédiaire. Où placereas-vons les longues ruses, les persévérants mensonges, les incompréhensibles oublis, qui seuls pouvaient faire décerner, à des écrits apocryphes, une paternité sacrée? Où? je vous le demande. Une moitié de siècle voas reste : est-ce assez pour cette gigantesque imposture et cette colossale ineptie? Mon^ Messieurs. 11 est impossible au sens commun de concevoir que les Évangiles aient pu passer, tout doucement et sans qu*on s'en aperçût, de la bâtardise à une possession d'état si éclatante, dans rétroit espace de temps qui s'écoule entre le témoignage d'i renée et celui de Jean , son grand-père dans la foi.
Voulez* vous que la supposition de TÉvangile se soit faite tout à coup? Dites-moi quand et comiqent. On agite des doutes, on met en avant des peut-'Href cela ne suffit pas : il faut des indications précises de temps , de lieux et de personnes. L'Évangile jouit d'une notoriété de iiliation qu'ion ne peut détruire que par des titres certains, et je défie bien qui
que ce soit d'en produire un seul. Et puis, les yeux de la critique moderne sont -ils donc si pénétrants^ qu'ils aient yu ce que n*a pas vu la société qui Tirait près des origines? U était si facile aux païens de mépriser des livres d'une naissance problématique 1 > si facile aux hârétiques de supposer des écrits, et de dire aux orthodoxes : nous faisons ce que vous avec ftdt vous -mêmes! si facile aux Églises apostoliques de se lever en masse et de s'écrier : Matthieu , Marc, Luc et Jean , nous avons entendu leur parole bénie ; • mais lemrs Évangiles, nous ne les connaissons pisf- Au lieu de cela, silence au paganisme, silence à l!hérésie, silence à Torthodoxie... Je me trompe: aveux. du paganisme, aveux de Vhérésie, aveux de l'ortfaodoxiîe. Jérusalem, Antioohe, Alexandrie, Borne , Corinthe , Éphèse , Philippes , Thessalonique , l'Asie, l'Afrique, l'Europe et jusqu'à notre vieille Gaule, proclament unanimement la filiation apostolique des Évangiles.
Tous Tenez d'entendre ces aveux de la seconde moitié du n* siècle, et j'ai dit qu'ils nous dispensaient de tout témoignage rigoureusement contemporain de l'origine. Cependant, Messieurs, ain de rendre plus évidente la possession d'état, écoutons encore.
Saint Justin, dans ses écrits, fait dix -huit fois mention des Évangiles , qu'il appelle aussi Écritures, Mémoire» et Commentaires des Apôtres. A ses dé-
4l4 TaBn TS - TEOISIÈMB QOJIFÉRBRGS.
monstrations et expositions , il mêle des temtes ma'nifeslement emjHrQQtés aox récits apostoliques. Les mêmes citations se rencontrent dans les épttres de saint Poiycarpe, de saint Ignace, de saint Clément, de saint Barnabe , et dans phisienrs ouvrages qoe la critique attribue universellement à des auteurs de la période apostolique. Enfin , dit un apologiste du siècle dernier, « les Évangiles sont rdijet d'un grand nombre d*écrits. Les Actes des apêtres, les Éfritres de saint Paul, celles de saint Viime et de saint Jean, répètent, confirment, supposent les mêmes laits que les Évangiles. Tous ces monuments forment nn^ chaîne de témoignages , où Thistoire se soutient et ne se dément jamais (1). » D'oè Ton conclnt, Mes» sieurs, que , dès les premières années de l'ère chrétienne, ks Évangiles sont considérés comme un fonds commun, où rApologétique et la ptédieation vont puiser les propositions d'un arguant in^istible, l'argument d'autorité.
A cela , l'on objecte que les citations des Pères apostoliques ne sont pas exactes , et qu'ils ne font connaître aucun nom d'auteur. Mais ces difficultés n'ont rien de sérienx , si on se rappeDe que les Pères citaient, la plupart du temps, de mémoire; qu'ils fondaient , comme cela se pratique encore , les textes ensemble et dans leurs propres discours ; que les fal-
(i) Bergier, Certitude des preuves du christianitme, ehap. i.
MS TEliOIGlIAGBS. il 5
de Terreiir ne les obligeaient pas à des rectificatioiis préeises et soigneusement notées; enfin, qae leor principale manière était Fallusion. L*allusion n'est possible que dans un milieu où Ton connaît gâtéralement les paroles et les faits qui en sont Tobjet : et telle était la primitive Église. Un homme iBeonmi apparaissait tout à coup dans une i^iUe. Sa tonique déchirée, ses pieds nus et poudreux , sa barbe inculte , son visage pâle et fatigué , mais pins encore les éclairs de ses yeux , les vibrations de sa voix émue et les étranges discours qu'il tenait, attiraient Tatlention de la multitude, toujours avide de choses nouvelles» n se tenait debout au milieu de la place publique, comme une statue pleine d'oracles , ou c<»uiie un demi -dieu tombé de TOlympe. Il ra^ contait, pendant des jours entiers et jusqu'au milieu de la nuit , Thistoire touchante , douloureuse , admirable , miraculeuse , d'un homme qu'il appelait son Maître ) son Sauveur et son Dieu. Il faisait pleuvoir liii*nième , de ses mains bénies , nulle prodiges bien* faisants. Les esprits s'inclinaient devant tant de puissance , les cœurs se fondaient au récit . d'un si grand amour, les âmes ouvraient leurs portes au fleuve de la Kédemption. Une société nouvelle naissait, dans les flancs mêmes de celle que l'erreur et le vice avaient corrompue. Et puis, l'apMre étendait les bras, baiaait le ^us vieux et le plus saint de ses nouiFeaux «Éhnts, et laissait tomber de ses yeux
416 TRENTE - TàOISlBHE GOUFÉRBITGB.
pleins de larmes , plutôt que de ses lèvres ^ l'adieu , le triste adieu qui sépare tous ceux qui s'aiment ici* bas. Mais alors, mille Toix suppliantes s'élevaient vers lui, et lui demandaient un souvenir permanent de la bonne nouvelle qu'il avait annoncée. De là, Messieurs, les Évangiles, qui se communiquaient d'une Église à l'autre , et qu'on lisait tons les dimanches dans les assemblées publiques, ainsi que nous l'apprend saint Justin. Avec quelle pieuse avidité ils étaient écoutés, et combien les maximes, les préceptes, les conseils et les récits entraient profonde* ment dans la mémoire des chrétiens ! Un texte raccourci, un mot en passant, une simple âllusîott, sufusaient pour réveiller tout un monde de touchants souvenirs. Les paroles de l'apAtre vibraient encore, et les lignes immortelles qu'il avait écrites, passaiént| vivantes et émues, devant l'esprit de ceux à qui s'adressait un nouveau prédicateur du salut. Alors.^ h quoi bon les citations moulées sur Toriginal, tes noms d'auteurs et toutes ces minutieuses précautions que nous prenons aujourd'hui, envers un public in* dolent ou préoccupé , qui n*a peut-être jamais appris par OŒur une page des* saintes Lettres? Les écrivains sacrés et les Pères apostoliques faisaient ce que vous faites vous-mêmes, lorsque vous relevez on trait d'esprit ou un grave enseignement, par les paroles d'un auteur ou d'un personnage connu. Lorsque. voU dites, par exemple, à celui qui opprime votre droit
DIS TÉMOIOICAGES. 417
et triomphe de son injustice : « La raison du plus fort est toujours la meilleure; » à celui que vous voulez convaincre des abus du despotisme : « L'État, c'est moi ; » à celui qui vous demande des nouvelles de la situation présente : « L*Empire, c*est la paix y » citez -vous des noms? Ce serait parfaitement inutile.
Maintenant y Messieurs, j'attends la conclusion de votre bon sens; car c'est la magistrature à laquelle j'adresse toute cette plaidoirie. L'Évangile est devant vous. Allez- vous le renvoyer, comme on renvoie du tribunal un usurpateur d'état civil , un enfant sans titres d'origine? C'est impossible. Les Évangiles ont toujours porté le nom des pères auxquels ils prétendent appartenir. Les Apôtres les ont toujours traités comme des enfants légitimes , et ont pourvu, en cette qualité, à leur établissement. Us ont été reconnus pour tels par la société, reconnus pour tels par toute une famille d'écrits issus du même esprit. Donc, à défaut d'actes paraphés, il y a pour eux possession constante de l'état d'enfants légitimes; donc, ils sont authentiques.
Je pourrais m'arrêter à cette conclusion; maia comme , dans une question de cette importance , l'abondance des preuves ne saurait être inutile , laissezmoi, je vous prie, confirmer tout ce que je viens de dire par la comparaison des textes.
tt. - 27
418 TEEirTE-TEOISlÈliE GOErâlBlfGB.
Ud critiqne contemporain , dont le nom honorable 8*est feit connaître par an des meillenrs ouvrages que nous possédions sur Tautorité des Évangiles, établit leur authenticité et leur ordre d'origine par un raisonnement qui me parait victorieux , et que je vous demande la permission de résumer.
« De tous les livres du Nouveau Testament , dit-iU les Épttres de saint Paul sont assurément ce qu'il y a de moins contesté (1). y> Rien de plus précis que les infinis détails qu'elles renferment. On y voit vivre les temps du grand Apdtre; on voit s'agiter, autour de lui, la société contemporaine, avec ses mœurs, ses coutumes, ses lumières, ses erreurs, ses vices. Saint Paul lui-même apparaît dans toute la splendeur de son esprit , l'indomptable fierté de son caractère, la force et la prudence de son zèle, la persévérance de ses desseins, les préoccupations de son apostolat , le mouvement de sa vie; avec des formes d'argumentation et de style qui trahissent son origine , et montrent le noble dédain dont il fait ouvertement profession, quand il s'agit des habiletés du discours humain. Rien de plus évidemment du temps
(1) Wallon, De la Croyance à V Évangile»
0S8 TÉMOIONAOES. 419
et de rhomme qoe ces lettres. Or, si yous les rap«* prochez des Actes des Apôtres, vous serez frappés à chaque instant de leur mutuel accord : Tépoque, les personnes, les mouvements et les faits, tout se ressemble. Si saint Paul est tout entier dans ses Épitres , il est tout entier dans les Actes. Un disciple, un ami, un compagnon, a seul pu composer ce dernier livre : si c'est un disciple , un ami , un compagnon , qui nous empêche de l'appeler saint Luc, avec toute la tradition ? Mais si saint Luc est l'auteur des Actes « qui ne voit tout de suite qu'il est l'auteur du troisième Évangile? Non-seulement ces deux pro* ductions sont exactement de la même manière , du même style , et accusent une même paternité; mais elles formant un ensemble dont F Évangile est la pre^ mière partie , le livre des Actes la seconde. L'auteur l'affirme lui-même, et commence son second récit juste à l'endroit où il a laissé le premier : « J'ai déjà écrit, dit-il à son lecteur, un premier récit de tout ce que Jésus commença à faire et à enseigner, jusqu^au jour où , commandant par l'Esprit-Saint aux Apôtres qu'il avait choisis, il s'enleva aux cîenx (1). » Absolument, Messieurs, comme je dis moi -même : — Mous avons étudié, dans la précédente Conférence, telle ou telle vérité. — Or, de même qu'un auditeur qui m'écouterait pour la première fois, ne manquerait
(1) Act. Âpost. , cap. I.
4S0 TREUTE-tROniÈMB GONF^RBNCB.
pas de dire : — Évidemment , la précédente Conférence est de rbomme qne j'entends aujourd'hui; — de même, nous ne pouvons pas manquer de dire , en lisant le prologue des Actes , qui sont de saint Luc : — Évidemment , TÉvangile qui est la première partie d'un ouvrage dont les Actes sont la seconde partie, est l'Évangile de saint Luc.
Tout va bien , Messieurs ; nous tenons un point de comparaison important. Comme nous avons lu le prologue des Actes , lisons le prologue de l'Évangile : « Plusieurs ayant entrepris de composer le récit des choses qui se sont passées parmi nous, selon que nous les ont transmises ceux qui, dès le commencement, les ont vues eux-mêmes , et qui ont été les ministres de la parole, j'ai eu moi-même aussi la pensée, après avoir suivi exactement toutes ces choses depuis leur origine , de vous les raconter par ordre, très-excellent Théophile, afin que yous reconnaissiez la vérité de ce qui vous a été enseigné (1). » Vous l'entendez : l'Évangéliste a pris soin de s'in- . struire. Lisez attentivement son récit, et mettez-le en présence des deux Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc : vous verrez indubitablement, dans ces deux derniers, les documents précieux auxquels saint Luc fait allusion dans son prologue. Saint Matthieu s'adresse à des Juifs, et s'applique
(1) S. Luc, cap. I.
DBS TÉMOI6!lAOES. 431
à prouver que Jésos- Christ est le Messie qa*ils attendaient , vrai Fils de David , né de la Vierge si sidennellement annoncée par Isaïe, but de toutes les prophéties , plus fort en prodiges que Moïse et Élie, transformateur de la loi et docteur universel. Tout tend à une démonstration propre au peuple de Dieu, c'est-à-dire à mettre en saillie l'homipe incomparable qui efface les plus puissantes personnalités de l'antiquité sacrée : aussi FÉvangile de saint Matthieu a-t-il été appelé par les Pères Évangile corporel. Aucun artifice de composition ne s'y révèle. Les détails minutieux et l'enchaiDement des actions y sont négligés, comme dans ces mémoires sans ordre où Ton s'applique h une doctrine plutôt qu'à des faits.
Saint Marc écrit pour un peuple étranger aux institutions judaïques , et passe rapidement sur tous les points qui ont rapport à ces institutions. Son Jésus n'a point d'enfance : il apparaît immédiatement dans l'exercice de son ministère extérieur et de sa souveraine puissance. Cependant, quand on a lu saint Matthieu , on sent que le disciple de Pierre travaille sur ce premier Évangile , qu'il condense en quelque sorte , mais en rétablissant la chronologie négligée , et en remettant en ordre les événements. Sous la dictée de Pierre , il ajoute des circonstances qui complètent, à plusieurs endroits, les mémoires de son prédécesseur. Toutes les particularités qui sont à la
432 TRENTE -TROKIÈME COKFÉREITGE.
louange de son maître , il les omet ; tout ce qui peut tourner à sa confusion , il le raconte , avec des détails oli Ton voit une humilité généreuse , qui expie les égarements de la présomption.
Saint Matthieu vous a donné la substance, saint Marc Tordonnance des faits: c'est alors, Messieurs, qu'il faut relire saint Luc. La reproduction des discours, Tabondance des détails, la fusion des nuances, la rectification définitive de Tordre chronologique les parties neuves soigneusement intercalées aux. endroits où on les avait oubliées , enfin la structure et rharmonie du livre, vous apprendront que le compagnon de saint Paul s'est instruit aux textes déjà répandus de ses deux aines.
Tel est Tordre rationnel, tel aussi Tordre tradi* tionnel. L'Allemagne s'est livrée aux phis violentes contorsions de la critique , pour trouver un Évangile primitif et typique , qui justifiât les nombreuses et remarquables rencontres des trois synoptiques dont je viens d'expliquer la genèse. Mais à quoi bon , je vous le demande , quand la raison et la tradition peuvent si facilement s'accorder ensemble? Avons-nous besoin d'un texte que trois hommes copient, quand rien ne les empêche de se copier Tun l'autre , tout en conservant le caractère personnel de leur travail? L*ordre étant établi , je vous prie d'en bien peser la conséquence : elle est pour nous de la plus haute gravité. Saint Luc, auteur des Actes, est évidem-
DES T£MOI6!IAGES. 428
ment Taatear da troiaîème Évangile; le troisiène Évangile, par sa structure et son harmonie, suppose nne élaboration des deux, textes de saint Hattfaien et de saint Marc : donc , ces denx textes sont aothentiqnes.
Mais il en est un quatrième , qui se distingue des autres par sa profonde originalité. Avons-nous, pour lui, les mêmes garanties de comparaison que pour les précédents? Cela n'est pas nécessaire. Messieurs: affirmé par la tradition, saint Jean s'affirme lui^mëme. Son àme virginale parle si éloquemment, son cœur de bien -aimé laisse échapper de tels accents, les allures de son récit sont tellement droites, le personnage de témoin se dessine avec tant de vigueur, que la plus défiante critique a rendu les armes, quand il s'est agi d'entrer en contestation avec lui. Jean avait reposé sur la poitrine du Sauveur, et senti pénétrer dans son âme le feu divin qui s'en échappait : et voilà que , sur ses vieux jours , il entendait les blasphèmes des hérétiques, qui niaient la divinité de Celui qu'il avait tant aimé. Combien fut grande son émotion I mais aussi combien fut puissant l'essor de son génie ! n part , il s'élève , il monte toujours , comme un aigle qui va boire là-haut les rayons du soleil. Il prend, dans le sein du Père, le Verbe qu'il engendre éternellement, et il l'amène au milieu de nous , humilié sous le manteau de notre chair : In principio erat Verbum, et Verbum erat apiiA Peum,
484 TRENTE -TROISIBMR GOUFÉRENCE.
ei Deui trat Vefbum..., Ei Verbum earo facêum é$t{i). Le voilà! Sons cette misérable apparence, demeurerat-il invisible? Non , sa gloire de Fils unique du Père transpire , et nous le voyons encore ce qu'il est aux cieux, plein de grâce et de vérité : Et vidimus gloriam ejus, gloriam quasi Vnigmiti a Paire, pfemim grQliœ et vêritaiii (2). 11 est Dieu , car Jean-Baptiste le proclame TAgneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Il est Dieu , car il appelle le temple la maison de son Père. Il est Dieu, car il a dit de lui-même qu'il est le premier -né de Dieu, la lumière du monde, le Fils égal au Père, une seule chose avec lui. 11 est Dieu , car il a soin de se prouver par les plus étonnants prodiges. Il est Dieu , car ses discours sont abreuvés d*une lumière qu'on ne puise que dans le soleil étemely qui éclaire les plus profonds mystères. 11 est Dieu ! tout l'Évangile de saint Jean se rattache à cette affirmation. Cependant, par des omissions volontaires, des allusions transparentes et des édair^ cissements partiels, on s'aperçoit aisément qu'il en réfère aux autres récits, et que son intention est de confirmer leur autorité, partout reconnue et partout établie.
Quoi de plus simple , Messieurs , et en même temps quoi de plus merveilleux que cet ordre des écrits évangéliques ? Ils se commandent, ils se suivent, ils
(1) s. Joan., cap. i, v. 4.
(2) Ibid., V. 14.
DES TÉMOIGNAGES. 4St5
se soutiennent, ils se complètent, ils se couronnent. Lenrs plans respectifs et leurs intimes rapports parlent aussi éloquemment en leur faveur, que les aveux de la tradition.
Toutefois , nos études comparatives ne doivent pas s*arréter à ce premier conp d œil, sur Tordre respectif et les rapports mutuels des Évangiles. L'histoire et la géographie se présentent à nous , et réclament lîne confrontation où nous devons puiser encore de pré^ cieux renseignements.
Partez de ce fait que les auteurs des £vangiles sont des illettrés , des hommes simples et ignorants , incapables, par l'état même de leur esprit, d*ancun artifice de composition. Les durs hébraïsmes dont leur style est rempli, leur négligence de forme, les continuelles naïvetés dont ils s'aCcusent eux-mêmes ingénument, nous sont un sûr garant que nous n*avous affaire ni à des savants ni à des habiles. Il est dcmc plus que probable que, s*ils entreprenneot de raconter l'histoire et de décrire les lieux , ils tomberont, plus d'une fois, dans des méprises ridicules et des erreurs grossières; surtout si Ton considère que rétat politique, civil, administratif, religieux et topographique de la Judée, a subi, dans le courant des deux premiers siècles , de nombreuses et continuelles modifications. Des auteurs qui n'étaient pas sans mérite, entre lesquels Tite-Live, ont payé, par des fautes énormes, leur éloignement des temps et des
4S6 TREnTE-TROISiÈMB CONFÉREIfCE.
lieux qu'ils ont voula décrire : combien pins les Étangélistesl
Cependant , Messieurs , au grand étonnement et à la grande admiration de la critique, rien n'est plus exact que ce qu'ils nous disent des personnes, des institutions , des mœurs , des objets , des contrées , des villes et des moindres bourgades de la Judée. Les rois et les tétrarques se montrent où il faut , et avec le caractère que leur attribuent les plus fidèles histoires. Le vieil Hérode est soupçonneux, perfide, menteur, haineux et vindicatif : Josèphe nous l'apprend, et rÉvangUe parle comme Josèphe, bien qu'il vienne avant lui; la distribution que ce roi d'emprunt fait, en mourant, de ses États , à ses trois fils Antipas, Archélaûs et Philippe, est soigneusement définie. Pilate vient en son temps. Les grands prêtres se succèdent et fonctionnent dans un ordre singulier, qui atteste la pression d'une puissance étrangère. Les garnisons romaines sont à leur poste. Les Césars exercent, par leur procurateur, les droits que leur donne la conquête , de prélever l'impôt et de prononcer les sentences de mort. Les Juifs sont impatients du joug des étrangers, comme cela doit être. Le mépris et l'horreur qu'ils professent pour les Samaritains et les Publicains , sont peints au naturel. Les sectes des Pharisiens et des Sadducéens parient le langage qui leur convient : les uns hypocrites autant qu'il faut , les autres railleurs à la manière des Épi*
DES TÉlfOlGIfAGES. 4S7
cmieiis. Aucune des pièces de monnaie et des mesures en nsage n'est oubliée ni confondue; le sicle, la drachme , le didrachme, le statère, la mine, le talent, Tobole , le denier, vont où les appelle la coutume : jamais les Évangélistes ne donneront nn sicle à des Bomains , ni un denier à des Juifs ; les évaluations de prix sont d'une exactitude étonnante; le petit aou de la veuve lui-même a son nom propre. Orientation des contrées , limites des territoires , noms antiques et iransfonnés des villes ; bourgades , châteaux , forteresses , déserts , collines , lacs , flenves , torrents , ruisseaux, puits, jardins, nature des terrains, tout est si parfait qu'un protestant s'écrie : « Ces documents sacrés sont , sans comparaison , le guide le plus instructif et le plus intéressant , celui que le voyageur en Orient peut consulter avec le plus de confiance. »
Quoi ! Messieurs , pas une erreur dans des descriptions minutieuses et des détails presque infinis , écrits la plupart du temps sans intention ! Pas une erreur, et les Évangélistes sont des illettrés, des ignorants, des hommes inhabiles au point de vue de la composition ! Comment expliquerez-vous ce phénomène , si vous n'admettez pas qu'ils ont tout vu, en compagnie de celui dont ils racontent la vie? Leur pré-* sence sur les lieux , au mQieu des populations qu'ils ont si bien dépeintes, dans les temps mêmes dont ils font l'histoire , devient tellement nécessaire , que , sans elle , leurs écrits nous offrent la bizarre et énig*
428 TRfillTE-TEOISIBME GONFÉRERCB.
matique contradiction de Tignoranee et de la grossièreté, unies à la science et à 1* habileté la plus raf«finée.
Quelle abondance , quel luxe de preuves ! Tout à l'heure nous constations la possession d'état , et voici que nous découvrons, dans la comparaison des textes ^ une physionomie qui nous révèle leur &ge respectif, et des signes particuliers qui ne se transmettent que par une génération authentique. La tradition nous fournit tous les titres d'une origine légitime, la science la confirme : que voulez- vous de plus? Un enfant qui se présenterait au tribunal avec une possession d'état aussi bien prouvée, et qui reproduirait, dans sa physionomie et dans les signes particuliers de sa personne, la physionomie et les signes particuliers de l'homme dont on lui conteste la filiation , ne serail-il pas unanim^nent déclaré légitime? Ëh bien ! ce que vous feriez pour cet enfant, au nom de la justice et du bon sens, faites-le pour les Évangiles, et dites une seconde fois avec moi : liOs Évangiles sont authentiques.
Cette conclusion est d'autant plus rigoureuse, Messieurs , que d'autres livres ont réclamé , avec les Évangiles , une filiation apostolique , et n'ont pu obtaûr la reconnaissance de la société. L'Église des premiers siècles , après quelques hésitations , a méprisé et oublié les Évangiles apocryphes, comme, de nos jours, nous avons oublié et méprisé les faux Louis XVII. Cependant ces livres n'étaient pas tous mauvais : plusieurs,
BE8 TÉMOIGITAGBS. 499
écrits diaprés les instructions des premiers . prédicateurs , se rapprochaient , par des airs de famille , des récits apostoliques : mais ils n*ayaient pas de posses* sion établie. Nos quatre Évangiles seuls sont restés , d*autant plus authentiques qn*ils ont été consciencieusement dégagés d'un plus grand nombre d*écrits.
Cette authenticité est - elle complète et continue? c'est-à-dire, Messieurs, possédons -nous le texte des Apôtres dans son intégrité ? C'est le dernier point qu'il faut édaircir.
L'originalité du texte évangélique, les imperfections et les incorrections de style , les combinaisons et les emplois de mots inconnus aux classiques , s*oppo8ent , ainsi qu'on l'a judicieusement remarqué , à toute idée d'un remaniement, et pourraient être considérés comme une garantie suffisante d'intégrité. Cependant, l'étude du milieu dans lequel se sont propagés les Évangiles , peut seule nous donner sur ce point une entière certitude.
Quelle que soit Topinion des incrédules^ touchant l'inspiration des Écritures , il n'en est pas moins vrai que, depuis l'origine du Christianisme , une multitude immense y a cru, et a exprimé sa croyance par une constante vénération. A tort ou à raison , peu importe,
480 TBETYTE-TKOISIEMB GOKFÉRERGB.
ce n'est pas là la questioD , chaque chrétieii avait la conviction qu'il lisait, dans le texte sacré, la parole même de Dieu ; de là, les pieuses terreurs et les saintes indignations qui se manifestent, chaque foisqu*il s* agit d'une retouche ou d'une falsification. Saint Jérôme n'accepte qu'en tremblant Tordre que lui donne le pape Damase , de traduire les Écritures en langue vulgaire , tant il a peur d'être pris pour un faussaire. Origène déclare qu'il n'y a pas un iota , pas un trait sans dessein dans les lettres divines. Saint Justin condamne ceux qui altèrent le texte sacré , comme plus coupables que ceux qui adoraient le veau d'or ; il n'y a que les apôtres de Satan, au dire de Denys de Ck)rinthe, qui soient capables d'un tel crime. Tertullien accable ])^arcion de ses anathèmes , parce qu'il a osé glisser ses erreurs dans le texte de saint Luc. Saint Irénée oublie la douceur de son caractère et son nom qui signifie padfkquet pour écraser les corrupteurs de l'Évangile sous le poids de ses reproches et de ses imprécations.
Remarquez bien , Messieurs , que le Nouveau Testament ne repose pas , solitaire et gardé à vue , sur une table de l'Arche sainte : on le lit dans toutes les églises, il est dans toutes les mains. Chaque chrétien veut l'avoir, Tun pour embaumer sa sépulture, l'autre pour le garder constamment sous ses vêtements, afin d'y trouver des forces dans les jours mauvais de la persécution. Il est dit de la vierge Cécile qu'elle portait toujours l'Évangile du Christ sur sa poitrine : Virgo glo-
DBS TÉMOIGNAGES. iSl
rioM semper Evangêlium Christi gerebtU in pectare (1). Mais la i^ierge Cécile n'était pas seule : des légions d*àme8 pures et vigoureuses, éprises de Tadorable beauté du Christ , aimaient à retremper, dans la lee* ture de sa vie , et leur foi et leur vertu. Les copies se multipliaient tellement qu*on estime leur nombre à trente mille, vers le commencement du deuxième siècle : trente mille copies respectées comme des choses divines, baisées avec amour comme si elles eussent porté Tempreinte des lèvres mêmes du Christi Comment une falsification serait-elle possible?
n 7 en a eu cependant. Des hommes sont venus en divers temps , qui , trop abusés par les rêveries de leur esprit en dâire, trop attachés à de vains systèmes, trop orgueilleux pour se soumettre à une lettre inflexible , ont infligé aux livres saints une torture qui les déshonorait. La lettre se pliait , sous leur plume , à des sens qu'elle n'avait jamais exprimés , et , sous le patronage d'un nom sanctifié , mille erreurs se montraient tout à coup, qui pouvaient passer, aux yeux des faibles, pour des vérités. Mais alors quels plaintifs gémissements dans le troupeau du Christ! quels aboiements formidables des chiens vigilants préposés à sa garde ! quels tonnerres dans la voix des docteurs ! et, partout, quel redoublement de pieux respects pour les livres restés purs et sans mélange !
(1) Bréviaire. Office de sainte Cécile,
433 TAENTB-TROlSlitfE GOIfFÉREnCB.
Tel est, Messieurs, le mUieu dans lequel se sont propagés les Éyangiles : d'un côté , un peuple jaloux de leur intégrité , comme un fils est jaloux de Thonneur de son père ; de Tautre , des sectes ennemies , toutes prêtes à releirer dans TÉglise une imitation de leur crime , si jamais elle vient à se produire. J'admire cette singulière disposition de la Providence , qui met la fidélité des enfants de Dieu sous la protection de ceux-là mêmes qui cherchent à la corrompre. Supposez une série d'altérations arbitraires, qui défigure à la longue les Évangiles, jusqu'à les rendre méconnaissables : il faudra bien que vous l'arrêtiez, à l'époque où les quatre récits sont fixés dans la forme qu'ils ont aujourd'hui. Or, cette époque , il est impossible qu'elle soit postérieure au grand travail d'Origène : c'est donc avant lui que se sont faites les altérations. Des milliers de copies circulent, toutes différentes l'une de l'autre , et offrant à peu près l'image du chaos. Quelle autorité assez puissante, quelle convention assez universelle, pourra les retirer toutes des mains de leurs possesseurs , de manière à ce qu'il n'en reste aucune , et que le nouveau texte les remplace partout? A supposer que les chrétiens soient assez dociles pour détruire des monuments qu*on leur apprend à mépriser, les hérétiques se plieront -ils aux exigences d'une autorité qu'ils ne reconnaissent pas? Soumis comme les chrétiens , feront-ils disparaître des pièces accusatrices, qui peuvent si facilement les venger des dédains dont ils sont
DES T£MOIGï(AGfiS. 433
abreuvés, et de Thorreur qu'ils inspireut? Personne, Messieurs, ne pourra croire une semblable merveille. C'est le propre des ennemis de l'Église, de triompher de tous ses embarras : combien plus de ses crimes, si elle pouvait en commettre 1 S11 plaisait aujourd'hui aux évêques de Tunivers catholique de se réunir et de décréter qu'il faut ajouter à TÉvangile un mot qui n'y est pas, demain et jusqu'à destruction radicale des presses et des éditeurs , ce mot serait imprimé en italiques dans toutes les feuilles et tous les ouvrages des hérétiques et des libres penseurs, que Dieu veut bien souffrir ici-bas pour nous tourmenter. Jamais donc nous ne pourrons supposer raisonnablement la complicité de Terreur, et expliquer ainsi l'altération substantielle des textes de l'Évangile.
Mais il est une autre difficulté qui complique la précédente : c'est qu'une convention ayant procédé au remaniement des Évangiles , a dû procéder au remaniement des écrits des Pères et de toutes leurs copies ; car les Pères ont multiplié les citations, et, bien que leur mémoire les trahit en plusieurs circonstances , leurs textes sont si généralement conformes, quant au sens, à ceux que nous lisons aujourd'hui, qu'il est impossible de se méprendre sur l'état des originaux d*où ils les tirent. Or, ce remaniement d( s Pères est -il supposable? S'il s'est fait , comment expliquer les nuances de leurs citations? Tout est énigme et mystère dans les bypotht'^ses de l'incrédulité. C'est merveille qu'elle ait
434 TREUTE-TROISJJSMS GOlIFÉaBBGE.
pu les inventer, plus grande merveille qu elle y tienne encore, malgré les embarras et les tourments inutiles qui en résultent pour eUe.
Pour moi, Messieurs, je suis en admiration, quand je vois que des hommes de goût aspirent avec délices le parfum d'antiquité et de bonne littérature qui s'échappe des chants d'Homère , des strophes d'Horace , des Bucoliques de Virgile et des discours de Cicéron ; que des savants jurent par Salluste « Suétone et Tacite ; que des critiques éminents admettent si facilement Tintégrité de livres que rien n'a protégés contre l'arbitraire des copistes, tandis qu'on ose prendre, vis-à-vis des textes évangéliques, une attitude soupçonneuse et accusatrice. Deux vergers sont placés l'un à côté de l'autre : celui-ci ouvert à tous les passants ^ celui-là entouré de hautes et fortes murailles , rempli de chiens terribles autant que fidèles , surveillé par des hommes qui jamais ne sommeillent. Un étranger arrive , et jure que, si l'on a volé quelque part , c'est dans l'endroit le mieux gardé... Évidemment, cet étranger est un mauvais plaisant.
Messieurs, nous nous sommes habitués à ne plus craindre les mauvaises plaisanteries de la critique, à l'endroit des Évangiles. Un Anglais, le docteur Mill, travailla trente ans, et trouva, à force de patience, dans les manuscrits du Nouveau Testament, trente mille variantes. Ce fut un coup terrible pour les timides. Mais ceux qui avaient Ihabitude des ma-
DES TEMOIOIIAOBS. (35
nnflcrits, ne furent pas étonnés : ils firent remarquer qn'il n'est pas de livre an monde qui n'en offrit le double, le triple même, s'il eût été copié autant de fois que l'ÉTangile et les livres apostoliques; qu'en mettant de côté les différences insignifiantes qui proviennent des accents, des esprits, des points, des inversions et des citations isolées , il en restait tout au plus une dizaine dignes d'attention. Dix variantes! est-ce assez pour nous permettre de suspecter un mslant l'intégrité d'un livre qui a traversé dixhuit siècles , et qui fut, de tous les ouvrages, le plus répandu et le plus populaire? Non, Messieurs, mille fois non I aussi j'ai hâte de prononcer la conclusion que vous attendez : — L'Évangile , point central de l'Écriture, est en possession d'état depuis l'origine du christianisme. Il a traversé les dix -huit siècles qui se sont écoulés depuis son apparition , sans qu'aucune main sacrilège ait pu jamais le déshonorer par des altérations substantielles. Donc , il est autheutique, d'une authenticité complète et continue. Donc, il nous fournit le premier élément du témoignage : — la connaissance certaine, — en nous mettant directement en rapport avec des témoins qui ont vu et observé. Les ApAtres sont là. Vous les avez appelés, vous êtes allés les chercher avec moi jusque dans les profondeurs des siècles, jusque sous le marbre de leurs tombeaux : les voilà ! Leurs mains vénérables s'étendent sur vos tètes, leurs yeux fermés par la mort s'ou-
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yrent pour interroger \otre bonne foi ; lenr bouche ^a parler.... Écoutex-les : m Quoi fuit ab initia, quod audivitnuSy quod vidimus oculis nostriSf quod perspeaimus et tnanui nostrœ contreetaverunt de Verbo vilœ..., annurUiamui vobis (1). Chrétiens, ce Verbe de vie qui fut dès le commencement , que nous avons entendu, que nous avons vu de nos jeux, que nous avons examiné , que nous avons touché de nos mains, nous vous Tannonçons. Notant fecimus vobis Domini noslri Jesu Christi virtuiem et jn'OBsentiam : speculatores facti illius magnitudinis (2). Nous vous avons fait con* naitre la puissance et Tavénement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous, les spectateurs de sa Majesté. »
Ah I Messieurs , je conçois que Tincrédulité redoute un pareil langage : consentir à Tentendre , c^est déjà prendre un engagement envers la vérité. Voilà pourquoi tant de labeurs , tant d'efforts , tant de subtilités, tant de ruses, pour dépouiller T Évangile de sa possession d'état , et le réduire à la condition des livres b&tards qu'on peut mépriser sans outrager la raison. Peine perdue! la critique dépensera éternellement son esprit, sa mémoire et sa patieace, sans obtenir le résultat qu'elle attend. Elle nous étonne, elle nous attriste, parce que soa entreprise est grave et compromet les plus hauts intérêts de l'humanité ; mais quoi qu'elle fasse, l'Évangile, muni de la sentence de cette
(1) I Joan., cap. i , v. 3. (2)11 Petr., cap. i, v.l6.
DES TéMOIGNAGCS. &37
universelle et souveraine magistrature qu*on appelle le bon sens , traversera le monde , toujours portant fièrement le nom de ses pères, toujours tenant la première place parmi les fils légitimes de la pensée, toujours disant sans crainte aux générations qui le contemplent : Écoutez- moi.