‹ Conférences du Couvent de Saint-Thomas-D'Aquin de ParisChapitre 25 sur 42 · DU TÉMOIGNAGE DB L'&OLISB · texte numérisé non relu

DU TÉMOIGNAGE DB L'&OLISB

Messuubs ,

En prouvant la possession d'état, d*où ressort Tauthenticité de TÉvangile, en réfutant Tobjection du rationalisme, qui condamne à l'isolement le récit des origines chrétiennes, je me suis appuyé sur un té< moignage dont il est temps que vous compreniez Timportance et la force. Dieu n'a pas jeté l'histoire de son Fils aux mains du hasard, abandonnant son autorité à la chance indécise de nos discussions , mais il l'a entourée d'un système de hautes précautions, qui la met à l'abri de toute mauvaise fortune. Un témoin contemporain des événements consignés dans l'Évangile, vit encore au milieu de nous, et son aflBr-

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mation, s'unissant à celle des livres saints, confirme éternellement leur autorité. Il a tout vu , et sa mémoire fidèle conserve, dans sa fraîcheur native, le souvenir à la fois douloureux et illustre de tout ce qui s'est passé, il y a dix-huit cents ans, de Bethléem au Golgotha. Ses titres d'origine sont écrits dans rÉvangile; mais il était avant FÉvangile. Il Ta reçu des mains des Apôtres et le garde avec un soin jaloux, pour ne le remettre qu'à Dieu, au jour où sera produit ce livre qui contient tout ce sur quoi le monde sera jugé , ainsi que nous le chantons près des froides dépouilles de nos trépassés :

Liber scriptus proferetur In quo totum continetur Unde mundus judicetur (i).

En attendant, le grand témoin résiste, avec une intrépidité toujours jeune, aux tentatives sans cesse renouvelées de la fausse science; il étouffe les grossiers murmures de ses négations sous le bruit immense de son affirmation. 11 se montre , il parle, il lit, il commente, et le peuple Técoute ; le peuple se croit arrivé, après Favoir entendu , dans les régions lumineuses et tranquilles de la certitude ; le peuple appuie, sur son témoignage, les convictions religieuses qui lui permettent de dire : Je vois, je crois, je suis chrétien. Dieu Ta voulu ainsi , afin que la vie labo-

(1) Prote des morts.

DES TÉMOIGir AGXS. 611

rieuse et agitée de ceax que la fortune a maltraités ^ ne fût pas condamnée aux ténèbres, et qu'ils pussent Toir la figure radieuse de son Fils , aussi bien que les hommes de loisir, qui savent lire les livres où fut écrite la merveilleuse vie de Jésus-Christ. Le grand témoin confirme et supplée au besoin le témoignage évangélique. Or, ce grand témoin, vous Favez deviné, Messieurs : c'est TÉglise. L'Église connatt-elle certainement et afBrme-t-elle sincèrement les faits qui attestent Tintervention de Dieu ? Par conséquent, son affirmation est-^lle l'expression de la vérité? Nous allons le savoir, en interrogeant sa nature et ses hautes qualités.

Qu'est-ce que TÉglise? C'est un être multiple qui s'est emparé de Tespace pour y étendre son vaste corps, du temps pour en faire le perpétuel témoin de son inépuisable vie ; c'est une société universelle et indéfectible, dont l'aspect a je ne sais quoi d'exceptionnel et d'étrange , qui donne à réfléchir et impose le respect. En effet, rien ne lui ressemble ici-bas. Les sociétés humaines sont comprimées dans leur expansion par une foule d'obstacles naturels ; les peuples s'éteignent tour à tour en des crises terribles , souvent amenées par une précoce corruption. Mais elle

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a sa briser tous les obstacles et vaincre toutes les crises : elle vit, elle est partout. Élevez-vous , si c'est possible, jusqu'en des régions d'où vous puissiez voir la terre , d'un pôle à l'autre pôle ; faites d'un vol rapide le tour du monde, ne laissez échapper aucun repli de cette surface tourmentée qu'habite l'humanité : l'Église vous apparaîtra. Cependant, Messieurs, contre ces ambitions fiévreuses qui révent l'universalité du pouvoir, Dieu a créé les forces victorieuses de l'espace et du sang.

L'espace s'étend, immense, autour du point central où réside la volonté maltresse qui tient unis les éléments d'une société. A tout ce qu'elle touche d^ près, elle fait sentir sa force; mais à mesure. que son point d'application s'éloigne, elle subit la loi cojnmune, qui condamne toutes les influences à diminuer et à s'éteindre dans la distance. C'est en vain que des âmes plus avides et plus vaillantes s'efforcent de prolonger le rayon de leur domination : le succès qu'elles obtiennent ne dure qu'un jour ; elles disparaissent , et l'espace est vainqueur.

L'espace, en s'étendant, se divise. Tranchées profondes, remparts inaccessibles, plaines inhabitables, océans, rochers, montagnes désertes, coupent le globe en morceaux dont il faut que les peuples se contentent, d'où ils ne peuvent sortir sans s'égarer et sans perdre le chemin du retour.

L'espace divisé ne reçoit pas partout, dans les

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mêmes proportions , les éléments de la vie. L'air et la chalenr varient, selon les latitudes des pays et les accidents du sol. An milieu, le soleil prodigue darde ses rayons, comme des flèches ardentes, et embrase l'atmosphère ; plus haut, il boit avec avidité l'eau des fleu?es et des marais , et soulève vers lui comme les flots d'une mer empoisonnée ; plus haut , ses allées et venues font, des contrées qu'il parcourt, les plus douces et les plus fortunées; plus haut, ses longues absences plongent la nature dans le deuil , et éternisent les^ glaces et les neiges. Ici, la zone tempérée; d'un côté , la zone torride ; d'un autre c6té , la zone glaciale; côte à côte, des climats dont l'un sourit et dont l'autre pleure et frissonne : variations mortelles , obstacles plus terribles que le courroux de l'Océan, la fierté des montagnes et l'aridité des déserts.

Dans l'espace ainsi divisé, l'humanité s est répandue. Une dans son principe, elle est devenue multiple, par les profondes altérations du sang qui coule dans ses veines. Sous chaque climat, elle subit des influences qui, en modifiant les tons de sa chair, les fonctions de son organisme, l'activité de son tempérament, retentissent jusque dans son caractère, ses mœurs et ses lois. Intempérantes ardeurs de la passion, froids calculs de l'égoïsme ; embrasements voluptueux, tranquillité flegmatique d'une nature assoupie; esprit d'aventores , amour du chez soi ; sombre

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tristesse, folle gaieté ; brutalité, doncear ; dédaigneuse fierté, aimable affabilité; impatience du joog, sauvage instinct de Tindépendance , sage amour de la liberté , lèche apathie qui s'abandonne aux caprices du despotisme : mille contrastes qui multiplient fatalement les centres d'attraction sociale; — races, nationalités, patries, boucliers impénétrables, plus ennemis que Tespace de la fusion tant de fois rêvée , tant de fois convoitée par l'ambition.

Rappelez vos souvenirs, Messieurs : a vez-vous jamais vu Fambitieux satisfait, dans le désir qui le tourmente d'imiter ici-bas l'universelle royauté de Dieu? Avezvous jamais vu les grandes dominations triompher de l'espace et du sang? — Non; toutes les tentatives illustres ont échoué, au moment qui allait décider leur réussite. Alexandre, trompé par le silence de la teire émue , s'avança jusqu'aux bords de l'Indus : il n*eut pas le temps de le franchir ; les clameurs des peuples qu'il croyait avoir à jamais domptés , le rappelèrent sur ses pas. Rome, triste et désabusée, dut s'arrêter près des ossements blanchis dont l'infortuné Yarus sema les plaines de la Germanie. Charles- Quint assista au partage de son empire. L'Espagne se vit arracher, Tun après l'autre , les morceaux de ce vaste royaume sur lequel le soleil ne se couchait pas. Le plus grand capitaine des temps modernes, à la lueur de l'incendie qu'il avait allumé an cœur de la Russie , h travers les cadavres gelés de ses soldats, revint, triste et confus,

DES TÉMOI6HAGES. &1$

du pays inhospitalier qui trahissait sa force et sou géoie. Aujourd'hui , sous nos yeux , la nation avide qui tient entre ses griffes les plus belles colonies du monde, malgré les ménagements de sa pditiqne, malgré les concessions qu'elle fait aux coutumes des races, entend craquer à chaque instant les extrémités de son empire mal affermi , et pousse des cris d'angoisse, qui seront demain , peut-être^ les cris de son désespoir ; pas plus que les sociétés conquérantes qui Font précédée sur le chemin de l'ambition , Albion ne résistera aux forces patientes et toujours conjurées de l'espace et du sang.

Cependant, Messieurs, il est une société devant laquelle ces forces sont demeurées comme frappées d'inertie. Elle a franchi les distances, et le rayon de s(m pouvoir est parvenu à égaler le rayon de l'espace terrestre ; aux extrémités comme au centre , elle est soumise à l'action d'une volonté souveraine. Elle a bravé les flots de TOcéan , abaissé les cimes superbes des montagnes, traversé les déserts arides et incléments , supprimé pour elle-même les confins naturels qui étreignent les peuples, et, à travers les obstacles qui arrêtent les courants de toute autorité , elle reçoit les vives et fortes commotions d*une autorité victorieuse. Elle s'est acclimatée partout : sous les feux dévorants de l'équateur et des tropiques, comme auprès des glaces polaires , elle tient pied et demeure immobile. Elle s'est établie au sein de toutes les

èlé TREnTK-SlXIÈMB GONFÉftERGB.

nationalités, de toutes les patries. Blancs, nègres, rouges, cuivrés, civilisés, barbares, sanvages, ont reçu ses contâmes dans lears coutumes , ses institutions dans leurs institutions, ses lois dans leurs lois. L^Église est universelle.

Mais attendez. Messieurs; vous ne voyes encore que la moitié du prodige, ou, si vous Taimez mieux, si le prodige vous fait peur, vous ne voyez encore que la moitié du phénomène : comme elle est partout , rÉglise est toujours. L'histoire qui, depuis dix-huit siècles, a enregistré tant de catastrophes épouvantables, tant de trépas mémorables, n*a pu écrire jusqu'ici pour TÉglise que des pages de vie. Borne a succombé. Les Barbares se sont partagé les épaves de Tempire naufragé. Benouvelés eux-mêmes par la pénétration d'une influence civilisatrice, ils ont disparu petit à petit. Byzance s*est fondue sous le souffle empoisonné de Fislamisme. L'islamisme se meurt. Des nationalités vigoureuses, qui promettaient une longue vie , ont été dévorées par les vautours. Il en est dont le cœur déchiré palpite encore, sous la griffe impitoyable des tyrans. Dieu aura -t -il pitié de leur martyre? Pèsera-t-il , dans la balance de sa justice, les pleurs et le s^ng répandus? Appellera- t-il des oiseaux de proie , plus jeunes et plus robustes , sur les noirs escadrons qui se repaissent aux bords de la Yistule ensanglantée? Par quel glas le vingtième siècle , qui s'avance , inaugurera-t-il sa prise de pos-

session? Nous n*en savons rien. Nous ne savons qu'one chose : c*est que le passé, rempli de funérailles, nous promet des morts , et que les sociétés les plus vivantes, instruites par les calamités de Tbistoire, doivent s'attendre à disparaître un jour. Une seule est indéfectible , et porte , dans son sein couvert de plaies, les présages de l'immortalité : c'est l'Église. Les &ges ont passé sans ébranler sa tète , sans rider son front serein, sans blanchir ses cheveux, sans courber ses reins, sans ralentir sa marche. Les peuples qu'elle avait bercés entre ses bras maternels, l'ont souvent payée d'ingratitude : elle a attendu, dans Ja patience , le jour de leur repentir ; elle a béni leur agonie , elle a étendu en pleurant le drap mortuaire , jeté l'eau sainte et chanté le De profundis sur ceux qui l'ont persécutée. Tyrans, hérésiarques , sophistes, politiques, vos fureurs, vos calomnies, vos ruses macbiavéliques n'ont pu l'empêcher d'être ! Quand vous la croyiez finie , elle renaissait, comme l'herbe immortelle que tond la dent brutale des animaux. Elle renaissait toujours la même; car le propre de sa vie, c'est de ne point changer. Au lieu que la vie des autres sociétés se compose de phases mobiles, qui souvent dénaturent leur physionomie originelle, la sienne progresse, sans que s'altère aucun des traits qui la caractérisent. Bemontez le flot des ans, depuis Pie IX jusqu'à saint Pierre , arrêtez-vous à chaque période remarquable de l'histoire , regardez bien l'Église : pas d'intermittence

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danjs sa yie, pas de révolutions dans son gouvemement, pas de changements dans sa physionomie. Elle est toojours , elle est la même , la même qu'au moment solennel où elle sortait, le oœur plein d'espérance^ des embrassements du Christ ressuscité.

L*£glise est partout, elle est toujours, elle est la même. Qu'est-ce que cela prouve? Cela prouve» Messieurs , ce que je disais en commençant : qu'il y a au monde une société dont raeqpect a je ne sais quoi d'exceptionnel et d'étrange, qui donne à réfléchir et impose le respect. C'est beaucoup. C'est tout ce qu'il faut pour se diqwser à recevoir un témoignage, quand on sait que la fonction d'une pareille société est de témoigner.

Remarques bien qu'elle était au commencement; que le commencement, c'est elle-même. Elle est née au sein des merveilles , et elle a reçu pour mission d'en répandre le récit et d'en éterniser le souvenir. Jésus-Christ l'a bénie, et, la voyant déjà pleine de vie, il lui a dit : « Tu es le témoin de tout ce qui s'est passé : Vos estU teites horum (1). Va, tu témoigneras pour moi , dans Jérusalem , dans toute la Judée , dans Samarie et jusqu'aux confins de la terre : Eritis mihi têikê m Jeruialem et in omnt Judœa, et Samaria^ et ueque ad ûUimum terrœ (2). » Depuis lors, l'Église , convaincue que son devoir est de témoigner, n'a pas cessé d'annoncer au monde l'extraordinaire et prodi-

(1) s. Luc, cap. XXIV, v. 48.

(3) Act. Apost.| cap. i, v.S.

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gieiise manifestation de Dieu, par son Fils Jésus - Christ. Ou Tarréte au passage ^ on s'ameute autour d'elle, on la presse de questions : — Que dis -tu? Répète devant les tribunaux tes extrayagances, parle, nous t'écoutons. — Eh bien! écoutez : a Le Dieu d'Abraham, le Dieu dlsaac, le Dieu de Jacob, le Dieu de nos pères a glorifié son Fils Jésus , que tous avez trahi et renié , en face de Pilate qui voulait le renvoyer. Vous avez nié le juste, et tous avez demandé qu'on délivrât l'homicide ; tous avez tué l'auteur de la vie, que Dieu a ressuscité d'entre les morts et do^it nous soMMss LES TÉMOINS : Àuetorem tritœ interfecislis quam Deu$ susdiavU a mcrluiê^ cujus nos testes suM€s (1). De ce que nous avons vu, nous témoi- GNOEfs : Quod vidimus testamdr. » Un siècle s'écoule, et l'Église dit encore : Quod vidimm testamur (2). Dix-huit siècles s'écoulent, l'Église esta vos portes; elle frappe, vous accourez au-devant d'elle : Qu'y a-t-il de nouveau? — Écoute : Dieu est venu dans notre chair mortelle. Il était tout petit; sa mère l'a couché dans une crèche, car il n'y avait pas de place pour lui dans les hôtelleries. C'est elle, la pauvre et sainte femme, qui m'a appris cela. L'enfant croissait en grâce et en sagesse, devant Dieu et devant les hommes. A trente ans, il commença à parcourir la Judée, et à prêcher le royaume de Dieu. Il aimait les pauvres,

(1) Act. Apost., cap. n, V. 32.

(2) S. Joan., cap. m, t. il. — I Joan., cap. i, v. 2.

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iL consolait les affligés , il guérissait les malades , il ressuscitait les morts. Ses douces paroles touchaient les cœurs : les pécheresses tomi>aient à ses pieds, les publicains repentants lui donnaient à manger. Hais les méchants Tout pris un jour. . . , un jour qu'un de ses disciples le trahissait par un baiser^ et que lui disait : Mon ami I On Ta condamné sans pitié, on l'a doué sur une croix , entre deux bandits ; il est mort en pardonnant à ses bourreaux, et pour le salut du monde. Trois jours après « son sépulcre était vide; Dieu ayait ressuscité son Fils ! J*ai tu tout cela, et de ce que j*ai yu, je témoigne : Otiod vidimus tjestamur. Entendez - TOUS , Messieurs? L'Église a vu, puisqu'elle était là. C'est bien elle qui a yu, puisqu'elle est toujours et qu'elle n'a pas changé. Elle dit sincèrement ce qu'elle a vu, puisque c'est son devoir. N'oubliez pas cela : l'Église ne témoigne pas machinalement et par accident , comme font les générations qui se succèdent et nous transmettent les événements de l'histoire : c'est son devoir, c'est sa mission , c'est son propre 9 c'est sa raison d'être, de témoigner. Pourquoi trahirait-elle son devoir? Pourquoi se suiciderait-elle par la corruption de son témoignage? S'il existait , au milieu de vous, une société chargée d'enregistrer les faits et gestes d'une époque et d'en perpétuer le souvenir; si c'était là son devoir, sa mission, son propre, sa raison d'être, vous ne raccuseriez pas, certes, de falsifier et de corrompre

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la vérité. Eh bien! l'Église est chargée d'enregistrer et de perpétuer les faits et gestes de Dieu^ bien autrement graves et importants que ceux d'un peuple ; c'est son devoir, sa mission, son propre, sa raison d'être : pourquoi l'accuseriez-vous de falsification et de corruption ?

Hais quand ce serait son dessein de tromper, quand elle voudrait trahir sa destination, elle né le pourrait pas. L'Église est partout : sa diffusion , qui date des premiers jours de son existence , a rendu impossible toute coalition et toute unanimité dans l'imposture. L'espace et le sang qu'elle a vaincus sont devenus les gardiens incorruptibles de sa fidélité. Autant il y a d'obstacles dans la nature et de contrastes dans l'humanité , autant il y a d'oppositions à la falsification et à la corruption de son témoignage primitif : ce qu'elle changerait en un lieu, elle ne pourrait le changer en un autre, sans soulever des contradictions qui la diviseraient et lui seraient mortelles; elle ne pourrait mentir à l'Orient, sans provoquer l'Occident à une lutte dont ce dernier serait infailliblement le' vainqueur. L'Église vit, elle est toujours et partout la même, parce qu'elle n'a jamais cessé de dire ce qu'elle disait au commencement. Tous ceux qui ont failli dans la sincérité qui la conserve , privés tout à coup de la sève d'immortalité , sont devenus la proie des vulgaires accidents qui conduisent à l'oubli les menteurs et les faussaires. C'est ici le lieu de rappeler les

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belles et fortes paroles de Tertullien aux hérétiques : « En somme, s'il est constant qae ce qoi est plus Trai; c'est ce qui fat avant tous ; que ce qui fut avant TOUS, c'est ce qui fut dès le commencement; que ce qui fut dès le commencement , c'est ce qui fut des apôtres : il est pareillement constant que ce qui a été enseigné par les Apôtres, c'est ce qui a toujours été gardé comme saint par les Églises des Apôtres : Pariler utique eonstabU id esse ab Apostolis tradi-ium quod apud Ecclesias Àpostolorum fuerit sacrosafi" cium (1). »

Messieurs , voilà l'Église : maltresse de l'espace et du temps, société universelle et indéfectible, contem* poraine des événements qu'elle publie , attestant par devoir ce qu'elle a vu , et obligée , par sa nature même, à la sincérité. Où trouverez-vous , dites-le-moi, un pareil témoignage? Quels faits historiques ont jamais été confiés à une société semblable? N'est-ce pas assez qu'elle se montre et qu'elle aflSrme, pour former l'esprit et la conscience de quiconque n'a ni le -pouvoir de lire , ni le temps de discuter les textes?

Ces considérations , prises sur la nature même de l'Église, se relèvent par l'éclat de ses hautes qualités : l'intelligence et la moralité du grand .témoin acbëfent de convaincre ceux qui l'écoutent.

(1) Teriul., contra Marcion.

Que l'Église soit ane société intelligente , c'est ce qu'attestent, avec la dernière évidence, les immenses travaux des écrivains qui se sont fait honneur de lui appartenir. Il y en a, parmi eux, d'ordinaires et de médiocres ; mais il y en a aussi dont Tâme fut visitée, plas d'une fois, par les inspirations du génie. Petits et grands, ils forment une armée qui épouvante la mémoire, dès qu'on essaie de la compter, et d'appeler par leur nom chacun des soldats qui la composent. Si j'étais condamné à nommer seulement les illustres et leurs œuvres, le temps que je vous dois encore ne me suflBrait pas. Vous en connaissez plusieurs, Messieurs : l'incrédulité elle-même n'a pu les cacher, quelque soin qu'elle prenne de calomnier nos gloires, et de prouver que l'Église est une institution ténébreuse , constamment occupée à abêtir l'esprit humain. Irénée, Justin , Tertullien , Origène , Gyprien, Ambroise, Augustin, Jér6me, Léon, Basile, Grégoire, Hilaire, Ghrysostome, Anselme, Thomas , Bonaventure, Pascal, Bossnet, Fénelon et tant d'autres... : qui ne sait que ces grands esprits appartiennent à nos légions, et que leurs ouvrages suffiraient à prouver la vitalité intellectuelle de PÉglise? Mais ils ne sont pas seuls. Il fondrait d'autres lieux que les palais hospitaliers

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ouyerts partoat à la science et aai lettres humaines, pour contenir la foule innombrable de nos docteurs , interprètes , théologiens , apologistes , contre versistes , casuistes, historiens, mystiques ; et, devant les rayons inGnis qui porteraient les livres uniquement consacrés à la science et aux lettres divines, personne , je Tespëre bien , ne nierait Tintelligence de l'Église.

Elle a été créée et mise an monde pour témoigner, mais non pas à la manière d'un instrument qui rend machinalement les vibrations qu*on lui im^ prime. Elle rumine son témoignage, elle le prouve, l'explique, le commente, et l'abreuve des lumières qu'elle emprunte à son génie, à l'étude et à la prière.

Le Fils de Dieu a choisi, pour compagnons, des pécheurs, afin que le monde fût confondu d'abord parla faiblesse et le néant; mais il n'a pas dédaigné ceux que la nature avait enrichis de ses dons. Il a poursuivi Paul sur le chemin de la persécution, et Paul, malgré ses dédains pour ce qu'il appelle les apprêts des discours humains , fut un sublime génie.. Les Pères et les Docteurs égalent et surpassent souvent les auteurs auxquels nous prodiguions, sur les bancs, notre facile admiration. Mise d'un côté de la balance, en face de tous les profanes, l'Église l'emporte, par le nombre et la puissance intellectuelle de ses hommes : mais son triomphe est dans la

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continuité, la patience et la sainteté de ses labeurs.

Les pieds dans le sang et la tète sous la hache des bourreaux, elle étudiait. Quand le Nord yomissait des torrents de Barbares , quand les Huns , les Vandales, les Wisigoths, les Lombards faisaient passer le monde sous les fourches caudines de leur igno-< rance , — retirée dans les déserts , perdue dans les forêts, cachée à tous les yeux profanes sous les Toutes sacrées des couvents , pauvrement vêtue et pauvrement nourrie , elle étudiait. Quand la jeunesse de tous les royaumes se précipitait sur les bancs de ses Universités , demandant à grands cris la vérité et la science, elle étudiait. Aujourd'hui que le monde entier semble lui faire concurrence, elle étudie comme si elle n'avait rien fait encore, et que T heure du repos ne dût jamais sonner pour elle. — Souviens-toi, dit -elle au lévite qu'elle va couvrir de ses mains bénies et consacrer à jamais par Fonction sacerdotale, souviens -toi que « les lèvres du prêtre sont les gardiennes de la science (1). » Hais pour cela, il faut scruter les saintes Lettres, il faut étudier.

L'Église étudie. Elle ne craint pas la solitude : c*est sa patrie; elle ne redoute pas la fatigue : elle est née pour la vie crucifiée , et , quand un de ses membres s'épuise , elle sait bien que d'autres feront

(1) Labia sacerdoHs custocUent scientiam. ( M alach., cap, il , v. 7.)

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son œuvre; carTaYenir est entre ses mains- Elle n*a pas peur des livres ingrats et difficiles qui désespèrent notre légèreté : elle les entasse dans ses bibliothèques, elle les prend Tun après l'autre, les ouvre , les con^ suite , les ordonne , en épuise les sens cachés , les frappe cent fois, mille fois, hier, aujourd'hui et tonjours, du marteau de la réflexion , pour en faire jaillir des étincelles inconnues. Voulez -vous la voir à l'œuvre? Entrez dans ces maisons nues et d'aspect sinistre , que l'on appelle des couvents. Vous ne les avez aperçues que par le dehors , et vous en avez peut-^tre calomnié les mystérieux hôtes. Eh bieni voici que les derniers chants de la prière viennent de s'éteindre, avec les cierges de l'autel. Un homme s'en va , grave et silencieux , dans une petite chambre que vous ne voudriez pas habiter pour rien ; 2i la lueur tremblotante d'une mauvaise lampe, il cherche, il pense , il écrit, malgré ses membres lassés, malgré son front plein de fièvre, malgré ses yeux abattus, jusqu'à ce que le soleil vienne baigner sa tète, dans un rayon moins brillant que ceux qui s'échappent de son intelligence. Cet homme, c'est Anselme, c'est Bernard, c'est Thomas d'Àquin, c'est Bonaventure; c'est, pour me servir d'un nom antonomastique, le Docteur , prodigieux athlète de la science sacrée , qui meurt sur des piles d'in-folio remplis d'une doctrine mûre , avant qu'il ait atteint , lui , la maturité de ses années.

BBS TEMOIGNAGES. 5à7

L*Église étudie, mais a^ec prudence, tant elle redoute les aventures funestes où Tesprit se jette sans guide et sans frein. Au lieu de cette avidité triviale et de cette téméraire confiance qui courbe le profane sur ses livres, c'est dans son cœur une crainte respectueuse et une salutaire défiance. Elle se met à genoux , et , les mains jointes , elle appelle à son aide FEsprit créateur, qui vivifie par ses inspi* rations le monde des intelligences. Dieu Fassiste, plus encore que sa vieille science ne l'éclairé ; car elle étudie saintement.

Que conclure de là , Messieurs , pour le témoignage de rÉglise? N'est-il pas plus puissant, parce qu elle est inteUigente? Vous n'en pouvez pas douter : car remarquez bien que, dans toutes les œuvres intellectuelles de l'Église , les faits sont le support des idées. Or, une société inteUigente ne peut pas travailler pendant dixhuit cents ans , avec tant d'opini&treté et de succès , sur un faux supposé. Le premier besoin de l'esprit étant l'examen approfondi de ce qui sert de matière première à ses élncubrations , les écrivains ecclésiastiques , — docteurs , interprètes de l'Écriture , théologiens, apologistes, controversistes , casuistes, historiens , mystiques , — ont dû s'assurer de la vérité des faits élémentaires attestés traditionnellement, avant de construire sur ces faits l'édifice de la science sacrée. C'était un devoir en même temps qu'un besoin, devoir et besoin d'autant plus impérieux qu'il ne s'a*-

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gissait pas de faits inertes , mais de faits qui retentissent, avec violence, dans le monde des idées ef dans le monde des passions.

La doctrine catholique est pleine de mystères qui humilient la raison , parce qu*ils bornent la sphère de ses lymières natives et de ses investigations : mystères sur la nature de Dieu , mystères sur ses rapports avec rhùmanité , mystères sur la condition de Thomme ici-bas, mystères sur ses destinées. Gomment les accepter, sans la réalité d'une révélation? Gomment une révélation, sans les signes divins qui nous la font connaître? Gomment croire à ces signes, sans les avoir

examinés?

Le christianisme descend au cœur de l'homme, il s'en, empare , il en réprime les écarts , il en règle les mouvements. Plus d'ambitions déguisées sous le nom d'aspirations généreuses , plus d'égoïsme caché sous le masque de la prudence, plus de débauche usurpant les droits sacrés de Tamour, plus d'appétits d^ pravés, demandant à la nature les béatitudes de Tivresse , plus de délicatesses exagérées, à la recherche du bien-être. Mort aux passions I qu'on les crucifie ! Après avoir marché dans la voie du devoir, que Tftme, toujours avide du bien , s'engage dans les Apres sentiers de la perfection. Qu'elle monte, à tra?ers les ronces et les épines du renoncement et de la souffrance, jusqu'aux sommets sacrés où Dieu l'attend pour la couronner. Quelles dures exigences! Gomment les

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subir, si eUes ne viennent d*en haut? CooiDnent sauronsnous qu'elles viennent d'en haut, si Dieu ne se montre? Ciomment se montrera-t-il, sans les signes divins qui attestentson intervention? Gomment croire à ces signes, sans les examiner?

N'en doutez pas, Messieurs, ces questions ont été posées par les hommes de science et de génie qui ont illustré l'Église, et toutes ont été résolues en faveur de son témoignage 9 sans quoi le courant de rintelligence se fût porté ailleurs. L*Église eût eu des poètes, comme toutes les sociétés dont les monuments religieux appartiennent au monde légendaire; mais des philosophes, des théologiens, des controversistes, des apologistes, des auteurs sérieux, des savants, — jamais. Il est donc évident que toutes les œuvres intellectuelles de TÉglise supposent et confirment la vérité des faits élémentaires qu'elle atteste traditionnellement, ou bien il faut admettre une monstruosité , à savoir : la perpétuité de la science étayée sur la perpétuité d*une sottise. Ma raison repousse cette monstruosité, et, reportant son regard sur les légions infinies d'hommes graves, studieux et éclairés, qui ont rendu au témoignage de rÉglise l'hommage de leur foi , elle se sent irrésistiblement attirée vers eux. Là, elle sera en meil-

leure compagnie qu'au milieu du maigre escadron des sophistes, qui n'ont d'intelligence que pour nier ce qu'aiBrme la plus intelligente des sociétés. Groyeat-le

580 TRENTE ••SIXIBMB CONPBBBNOE.

bien , c'est toujours une satisfaction pour la raison que de se trouver en bonne compagnie.

Messieurs , un témoin peut séduire notre bonne fm , par Téclat de son esprit, et cependant nous insfÂrer de la défiance, par le faste cynique de ses Tices. Entre l'intelligence et Timmoralité, notre jugement oscille; mais il n'hésite plus, dès que ht vertu brille à côté do savoir. Telle est la condition du grand témoin : à la plus haute intelligence , il joint la plus haute mo^ ralité.

Qu*entend6ns-nous par la moralité de rÉgUse? Est-ce à dire que son eiistence multi[de ne fat jamais déshonorée par aucun vice , et qu*en tout temps ses nombreux enfants furent, par leurs vertus, à la hauteur des lois sacrées qui disciplinent leur vie? Je ne saurais le prétendre, Messieurs, quoiqu'il m*en ooAte de convenir du contraire. J'aime TÉglise de toutes les forces de mon âme, et assurément, pour le plaisir d'être loyal, je ne montrerai jamais à personne les tacbes que je pourrais apercevoir sur son vêtement, les infirmités que je découvrirais dans ses membres. Du reste, on n'est jamais loyal quand on est indiscret. Toutes vérités ne sont pas bonnes à dire ; maia

moins encore , celles qui aiguisent Tappétit du Scan-

dale, et peufent donner aux ennemis d'une famille sainte des armes contre elle. Cependant, puisque c'est une vérité qu'il y a eu des taches et des infirmités dans l'Église, puisque cette vérité s'est ébruitée et

DBS TÉMOIONAGBS. 5Si

est tombée dans le domaine public , grâce à la généreuse loyauté de T Église elle-même, pourquoi n'en convîendrais-je pas? Ost d'autant plus facile, Messieurs, qne les fautes qui se commettent dans TÉglise ne sont pas de l'Église, pas plus que les fautes qui se commettent dans une société ne sont de la société, dès que les institutions organiques de cette société protestent contre le mal, et parviennent à le guérir par un redoublement de vitalité. L'Église, plusieurs fois afDigée par les vices et les crimes de ses enfants, a toujours eu la gloire insigne de se réformer elle-même, et de faire triompher le principe de sa vie , là où un principe de mort cherchait à s'introduire. Quelle est la société dont on en pourrait dire autant? Combien qui, d'austères vertus, sont passées à la plus abominable corruption , et que la Providence a dA enlérer et jeter à la voirie, pour qu'elles n'empoisonnassent pas le genre humain ! Combien? Tontes en sont là , et l'histoire universelle des nations peut se résumer ett ces deox mots, que Montesquieu appliquait au peuple romain : grandeur et décadence. Dans l'Église, il peut j airovr deë défaillances partielles , mais pas de déeadeMe générale. C'est un arbre vlgoureut , dont le bois et récoroe soM sans cesse vivifiés par une sève incorruptible. Au milieu des branches tonfltiés qui GOuroBnent le tronc, à l'ombre du feuillage et des fruits oà se rendent les flots de la vie, il j a , çà et là, des bois languissants et pourris : qu'importe? Une

682 TRENTE -SIXIEME GÛIffFEBBNGB.

tempête passera sur la tête da roi des forêts, les vents farieux agiteront sa plantureuse chevelure : ce qui ne vit plus tombera à ses pieds , et lui , fier de se voir assaini, multipliera les fécondes ondées de sa sève généreuse.

Ce n'est donc pas, Messieurs, en considérant les fautes partielles et isolées qui se commettent dans rÉglise , qu'on peut juger de sa moralité : mais bien en considérant le principe même de sa vie morale et ses effets , c'est • à - dire la législation et les vertus qu'elle produit. Or, la législation de TÉglise est tout entière résumée dans la vie typique de Jésus-€hrist, solennellement et constamment proposée à l'imitation des chrétiens de tout âge , de tout sexe et de toute condition.

Jésus-Christ est tombé des splendeurs du ciel dans les anéantissements de l'Incarnation : d'où la nécessité d'étouffer en soi l'amour des grandeurs, de consentir à l'humiliation et de rechercher, de son propre mouvementy une salutaire abjection. Jésu^Oirist a été obéi^ sant jusqu'à la mort de la croix : d'où la nécessité de réprimer ses trop vifs instincts d'indépendance, et de se tenir soumis et tranquille , sons la main de toute autorité légitime. Jésus- Christ a choisi pour son partage la pauvreté : d'où la nécessité de se détacher, au moins d'esprit, des biens qu'on possède, si pourtant Dieu ne nous inspire pas l'héroïque ré* solution de nous en débarrasser par de pieuses lar«

DES TéMOIGIfAGlS. 583

gesses. Jésus- Christ a béni lescœars purs, prodamé l'excellence de la chasteté, et, bien que mille fois calomnié , il n'a pas permis que Ton suspectât en lui cette adorable vertu : d'où la nécessité de veiller pieusement sur ses affections , de châtier la plus basse des convoitises , jusque dans les pensées qui la réveillent, et de préférer au moins dans son estime , sinon dans sa conduite , la virginité à toute autre condition de la vie humaine. Jésus- Christ a aimé la vérité avec une sainte passion : d*où la nécessité de l'aimer nousmêmes, fAt-ce au préjudice de notre repos et de notre sécurité. Jésus-Christ a été prodigue de ses dons ; il a passé en faisant le bien , il a donné sa vie pour ceux qu'il aimait : d'où la nécessité d'ouvrir, sur tous les besoins de nos frères, des mains libérales, et d'aller, s'il le faut, jusqu'au sacrifice de nos biens les plus chers. Jésus-Christ est venu, non pour être servi, mais pour servir les autres : d'où la tiécessité d'abaisser la fierté du commandement, et de croire au bonheur d'une servitude humble et résignée, si nous n*avons pas le courage de nous y soumettre. Jésus-Christ a passé par tous les opprobres et toutes les douleurs : d'où la nécessité de ne pas craindre l'infamie , s*il plaît à Dieu d'en faire notre épreuve ; d'accepter avec résignation la souffrance d'où qu'elle vienne; de courir, avec empressement et le cœur joyeux, dans le chemin ensanglanté qu'a ouvert devant nous le Roi des martyrs. Enfin, Jésus-Christ a vécu et est mort pour la gloire

634 rilENl£-8IXl£ME GONFÉEENGB.

de son Père et le salut du moude : d*où la nécessiié de faire, de ces deux grandes choses, Tobjet de nos as* pirations et le but suprême de notre vie.

Telle est, Messieurs, la législation de TÉgUse. Gomr bien elle est élevée au-dessus des règles et des disciplines humaines, d'où résulte cette moralité vulgaire que nous appelons la probité I Aussi n'est-ce pas rhomme probe qui nous donne la mesure de la moralité de l'Église, c'est le saint : le saint, c'est-à-dire l'humble, Feffacé , le dépouillé , le chaste , l'immaculé , le sincère, le généreux , le serviteur de tous , le dévoué , le prodigue de soi, le patient, le souffrant, Timmolé, le martyr, l'holocauste perpétuellement consumé par l'amour, pour la gloire de Dieu et le salut du monde, le Christ vivant et revivant, Tincarnation du fait essentiel et fondamental dont l'Église témoigne , et la plus éloquente preuve de la sincérité de son témoi*gnage.

Gomment cela ? quel rapport y a-t-il entre cette exhibition de la moralité de l'Église et son témoignage? U y en a plus d'un, Messieurs, après celui que je viens d'indiquer à l'instant , lorsque j'ai dit du saint qu'il est rincamation du fait essentiel et fondamental dont rÉglise témoigne. DifiBcilement on conçoit qu'un type purement légendaire puisse avoir une pareille efficacité , quant à sa reproduction ; qu'une erreur ou un mensonge puisse enfanter de si sublimes réalités. Mais laissons de côté cette considération, que vous

DBS TÉMOIGNAGES. 5S5

méditerez, si bon vous semble, et appliquons - noas aux rapports directs de la moralité et du témoignage. C'est r Église qui témoigne, G*est eUe qui est morale jusqu'à la sainteté. Mais si la probité, unie à TinteUigence d*un témoin , décide notre jugement en faveur de ce qu'il atteste , par T^et d'une simple présomption, que sera-ce de la sainteté? n'y a-t-il qu'une présomption pour elle? Non, Messieurs, il y a une certitude : une certitude, parce que toutes les vertus que je viens d'énumérer et que l'Église réunit en faisceau, dans son âme sainte , sont radicalement ineompatibles avec le faux témoignage. Bous une raison générale , elles s opposent à la loi de Tintérèl privé : or, cette loi étant supprimée , Timposture n*a plus de raison d'être. Mais jlrai plus loin; je vous ferai toudber au doigt cette incompatibilité radicale de la moralité de rÉglrse et du faux témoignage, en prenant à part ses deux plus hautes vertus : l'amour de Dîea et Tamonr des hommes.

L'Église aime Dieu. Elle ne se c<mtente pas de le dire, dans ses sublimes oraisons : elle le prouve, par la ferveur religieuse dont elle seule possède le seeret. Partout ailleurs , c'est un froid commerce de crainte et de respect, entre l'homme et la IHvinité ; dans rÉglise, on éprouve je ne sais quel envahissement de mystérieuses ardeurs, qui emporte Tàme vers le ciel. Dieu, bien qu'enveloppé d*ombres, attire à lui les cœurs qu'il a touchés, et eux n'ont plus d'autre

586 TRERTB- SIXIÈME COnFÉREKCE.

désir que de le posséder à toujours. 8*unir à Dieu ! c'est le dernier mot de VÉglise et le plus haut degré de la perfection à laquelle elle veut conduire ses enfants. Dieu les attire , et ils se dégagent peu à peu de reuvdoppe malsaine de la chair, et des liens infinis dont les entourent les créatures de ce monde. Par de continuels renoncements, ils se configurent à Tadorable simplicité de la chaste et merveilleuse beauté dont ils convoitent les embrassements. Ils s'attristent de rester encore dans les basses régions de cette atmosphère empoisonnée. Ils montent, ils montent comme ces flammes légères que laisse échapper la terre, longtemps échauffée par le soleil. Us appellent leur unique Amour par les noms les plus tendres; ils jouissent à la dérobée des consolations qu'ils en reçoivent ; et , sentant bien pourtant qu'ils ne peuvent demeurer toujours en des hauteurs où leur vie serait inutile peut-être à ceux d'en bas, ils redescendent vers eux , les regardent d'un œil purifié , aiment en eux le Dieu qu'ils cherchent; en attendant sa suprême apparition , ils se contentent de cette apparition voilée et amoindrie , et portent de ce côté la divine passion qui les tourmente.

Dieu tendrement et passionnément aimé par l'Église, est à la fois le principe et la fin de ses incompréhensibles dévouements pour l'humanité. Gomment diraije tout le bien dont elle a inondé le monde? N'at-eUe pas courbé le front superbe de ceux qui comman-

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dent, yen ceux qui obéissent , et rapproché , dans de plus nobles et plus doux rapports, les deux extrémités longtemps séparées de la société? N'a-teUe pas amolli cette dureté égoïste, qui méprisait jadis les larmes et les douleurs du pauvre? N'a -t -elle pas limé les chaînes de ces générations réprouvées, qui gémissaient dans Tabjection de Tesclavage? N*a-t-elle pas attendu, sur le bord du chemin et jusquan milieu des neiges étemelles , les pèlerins et les voyageurs, pour leur offrir une hospitalité généreuse et ses bénédictions en échange de leurs prières? N'a-t-elle pas ouvert partout des hôpitaux et des asiles à la pauvreté souffrante et abandonnée ? N*est - elle pas allée la chercher, jusque dans les lieux obscurs et infects où la honte la tient cachée? N'a-t-elle pas bercé dans ses bras et pressé sur son cœur les or[dielins? N*a-t-elle pas touché, d'une main caressante, tous les maux, toutes les blessures, toutes les plaies? N*at-elle pas laissé tomber des torrents de bienfaits, dans les abîmes de la misère?

Et tout cda n'était rien pour son amour. Ce que rÉglise aime dans l'humanité, avec la plus ardente, la plus audacieuse , la plus infatigable passion , ce sont les âmes. Dieu aime les âmes , dit la Sagesse , c'est pourquoi sa justice nous épargne : Parei$ omtiiftta, quaniam tua iunt. Domine, qui afnas animas (1). L'É-

(i) Sâp., cap. XI , ▼. 27.

538 TRBIIITE-SIXISlfB OOTfFéftBNCE.

gliee aime les âmes, c'est poarqnoi son déyouement les poursuit. Il les poursuit dans les tendres de Terreur^ il les poursuit dans Fabjection du vice, il les poursuit à travers tous les espaces , à travers tous les périls , à travers toutes les morts. Et ce n'est pas d'hier, Mesrsieurs, c'est de toujours. A peine TÉgUse était formée, qu'elle se dispersait pour courir à la chasse des âmes. Pendant que saint Paul disait aui Galates : « Me» chers petits fils, que j'enfante à nouveau : FUioU met, quos Uerum pariurio (1), saint Thomas prèeheit aux Indiens la bonne nouvelle du salut. L'Église esvahissait l'univers. Tous les siècles depuis et tous les mondes habitables l'ont vue à l'œuvre , et la Chine , et le Japon , et la Barbarie , et la Guinée , et le Congo , et les deux Amériques , et les tles dispersées de rOeéaaie ont été les théâtres de ses souffrances et de ses ei (doits, dans cette œuvre à la fois ingrate et sublime. Aujourd'hui .encore, aujourd'hui que les vices nous ont tant affaiblis qu*on nous croirait morts à l'héroïsme, l'Église est torturée , comme en ses meilleurs temps , de la passion des Ames. Cet homme qui baise une dernière fois son vieux père, sa vieille mëre^ ses frères , ses sceurs , ses amis et le sol béni de sa patrie ; cet homme qui étouffe les sanglots de son cœur mille fois rompu par les douleurs de la séparation ; cet homme qui va braver les tempêtes de l'Océan , et tomber, à trois mille lieues de chez lui , dans une terre inconnue ,

(1) Galat., cap. iv, ▼. 19.

DBS TÂMOIGHAeiiS. M9

OÙ rattendent les bétes féivxes, les saav«gefi plus farouches que les bètes , riuailubrité d'uB eliiMt nouveau , les flenyes débordés, le» torrents en fumur, les montagnes incessibles, les plaines «rides et dé* solées, la faim, h soil, la peur et plus que tout o^la : Tisolement , pent^tre une mort sans consolation , tous les mwx dans nn seul, -^ cet homme , c'est l'Église ! c'est ramante des àmos, lancée à leur poursuite et toujours prête à les saisir, pour les jeter, régénérées et vivantes, entre les bras de Dieu.

Quel spectacle, Messieurs ! Maintenant, mon triomphe est facile , tant Tincompatibilité que je vous slgnalaîa tout à l'heure est fortement accusée. Aimer Dieu ayee passion , et trahir sa cause par l'imposture I Aimer les hommes , leurs Âmes surtout , avec passion , et ks empoisonner sciemment par Terreur! Jamais l'incrédulité, quoi qu'elle fasse, ne pourra pallier oes eon-^ tradictions. La rtison 9'en offense et copolut naturelles ment , de h moralité de l'Église» k la çineérité d^ 9on témoignage. C^est le grand argument des j»é&pbjtM que rÉglis^ (convertit tous les jours dans sas missions. Ils croient, parce qu^il leur parait impossible qu'un homme quitte Aunille, amis, pabrie, et vienne au bout du monde oalp^rter uu mansouge qui ne lait que du mal* L'amour et le dévouement de rÉ£^iae sont tellement remplis de séductions que, ai elle trompait , c'est qu'il n'y aurait plus de foudres làhaut pour l'écraser.

S40 TBBNTS-SllTÈMS GOUFÉBEITCS.

Mais, grâce à Diea , Terrenr et le mensonge lai son également impossibles. Société universeUe et indéfectible , doaée de la pins haute intelligence et de là plus hante moralité , eUe prête Tappui de son témoignage anx livres sacrés dont nous avons établi Tautorité. Elle leur est tellement nécessaire , que , sans eUe , l'Évangile est en péril. Sans FÉvangile, an contraire, son affirmation demeure inébranlable. Aussi saint Augustin disait-il : « Je ne croirais pas à TÉvan* gile, si Tautorité de TÉglise ne m^y forçait (t). » O mer^ veilleuse et sainte société ! je te remercie , et je remercie Celui qui t'a envoyée témoigner, au nom de ceux qui n'ont, pour se convaincre, d'autre ressource que de fécouter ; car tout leur prouve que ton témoi* gnage est la vérité.

Tï*en êtes -vous pas convaincus vous-mêmes, Messieurs? Mais écoutez donc encore une fois ce que vous dit le grand témoin : — Je suis TÉglise. J*ai tout à rheure dix-huit cent soixante-cinq ans d'âge ; les jours de mon pèlerinage sont longs. Vous ne m*avez pas vue naître, vous ne me verrez pas mourir. J*ai vu, moi, tout ce qui s*est faitau commencement, car j'étais là; j*en ai gardé fidèlement le souvenir, car je suis toujours la même , et j*en ai répandu partout la bonne nouvelle, car c'est mon devoir : le Christ lui-même m'a fait naître pour témoigner. J'ai pâli sur les

(i) Ego Tero Evangelio non crederem nisi me Ecclesi» commo- ▼eret auctoritas.

DES TÉMOIGHAGES. 541

livres, j'ai pratiqué toutes les vertus, j*ai passé par toutes les souffrances et tous les sacrifices. Je suis rÉvaugile corporifié. J*ai aimé Dieu comme jamais il ne fut aimé par d'autres ; j*aime l'humanité plus tendrement, plus passionuément qu'une mère ses enfants. Mon fils, puis-je te tromper sans trahir mon devoir, sans me suicider, sans révolter ma nature contre ellemême, sans faire de ma vie la plus horrible des contradictions, le plus abominable des scandales, sans compromettre tous les témoignages et engager Dieu lui-même dans l'imposture? Mon fils, veux -tu me croire? — Quel est celui d'entre vous, Messieurs, qui répondra non? Ne vous sentez -vous pas plutôt pressés de prendre, entre les mains de TÉglise, le livre adorable qu*elle vous offire, de le baiser et de dire sans l'avoir lu : O vérité I

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