‹ Conférences du Couvent de Saint-Thomas-D'Aquin de ParisChapitre 27 sur 42 · PB. IV · texte numérisé non relu

PB. IV

DK LA CONFIRMATION DU TÉMOIGNAGE HISTORIQUE PAR LE TÉMOIGNAGE DOCTRINAL.

Messieurs ,

Le double témoignage de l'Évangile et de TÉglise porte snr une doctrine, aussi bien que sur des faits meryeiUeax ; car Dieu doit à sa majesté de n'intervenir dans la Tie du genre humain, par Texercice exceptionnel de sa puissance , que pour instruire et discipliner les âmes. Les signes extraordinaires qu'il emploie, en nous révélant sa présence, donnent à sa parole une autorité souveraine, qui plonge la raison, devenue respectueuse, dans les abfmes de rincompréhensible, sans qu'elle en soit effrayée; qui enlèye la yolonté assouplie, jusqu'au faite de la perfection , sans qu'elle

57d TllENTE- HUITIEME CONFÉRENCE.

soit rebutée par les aspérités du chemin. Des merveilles à la doctrine, il y a une irradiation de la lumière divine. Le témoignage historique confirme le témoignage doctrinal. Il n'en faut pas davantage : Tesprit humain est satisfait, puisqu*il peut acquérir universellemeut la certitude rationnelle de la vérité de la foi.

Cependant, Messieurs , vous n'avez pas oublié ce que nous disions à Tendroit des prestiges (1) : Toute doctrine doit prêter son appui aux faits extraordinaires qui lui servent d'introducteurs dans le monde ; pour cela , il suffit que la raison et la conscience n' j découvrent rien d'absurde ni d'immoral : l'absurdité et l'immoralité sont comme des mains fatales, qui arrachent aux fausses merveilles le masque sous lequel elles séduisent notre crédulité, et nous font voir ainsi leur ténébreuse origine. Si donc la doctrine évangélique, prèchée par le grand témoin, est pure de toute absurdité et immoralité , elle permet aux véritables merveilles, en confirmant leur caractère divifi, d'agir sur la raison avec toute la force qui leur est propre. C'est le moins qu'on puisse exiger d'elle , et c'est du reste ce qu'elle nous révèle au premier coup d'œil. Mais, pour peu que nous l'examinions de près, elle grandit démesurément y excède toutes les proportions de la nature, et se revêt de tant de charmes, de tant

(i) Voyez vingt-quatrième Conférence.

BBS TfiMOieilAGSS. B79

de lumière, 4e tant de gloire, que, devenant eUe-mème «se sorte de merveille complémentaire, elle achève tous les prodiges. Le témoignage doctrinal confirme le témoignage historique. Il n'appartient qu'à l'etpositîon détaillée de nos dogmes de justifier pleinement cette proposition; tout^is, Messieurs , j'espère lui donner, en étudiant les caractères générant de la doctrine de l'Église, assez de lumière pour compléter, dès aujourd'hui, la question importante des témoignages.

Le caraclère principal de la doctrine afinnée par rÉgyse, c'est sa plénitude.

La plénitude d'une doctrine consiste en ce qu'elle répond, par des principes ordonnés entre eux, à toutes les grandes questions que se pose instinctiTement l'esprit humain. Nous voulons savoir ce que nous sommes , d'où nous venons , où nous allons , ce que nous devons faire : qui nous le dira ? Une voix mystérieuse retentit dans les âmes apaisées , et leur donne comme un vague aperçu de la vérité qu'elles cherobent; mais presque tous, agités par nos passions, troublés par les sollicitudes de la vie , opprimés par des ténèbres que notre souffle impuissant ne peut dissiper, nous avons besoin d'entendre venir du dehors

680 TREATB-BUITIBMB CONFÉRENCE.

une affirmation grave et paissante, qui nons présente d*un seul coup la solution des importants pro*blèmés de notre origine , de notre existence , de nos destinées (1). L'Église parle, et non - seulement elle nous satisfait, mais elle nous inonde d'une divine surabondance de lumière, que nous eussions en vain demandée à la raison. Écoutez-la, Messieurs, et tous jugerez de la plénitude de sa doctrine.

Notre point de départ , c'est Dieu : Dieu qui était avant tout, qui est et qui sera; Dieu, l'être sans cause^ l'un sans composition, la perfection sans rivage, l'acte pur ; Dieu plus immense que les espaces infinis parcourus par notre imagination impatiente, plus grand, plus glorieux, plus puissant, plus juste, plus saint que l'idéal rêvé par notre àme amoureuse de la parfaite beauté ; Dieu qui s'est défini lui-même : «Je sois Celui qui suis : Ego $um qui mm. » Dieu est par luimême. Son être incommuniqué, placé au principe des choses, répond suffisamment au premier instinct qni me presse de chercher une cause suprême. Mais r Église m'apprend davantage. Ce Dieu qui est par lui-même, elle le fuit vivre sous mes yeux. Il vit, il est fécond ; je vois son indivisible nature se donner sans partage à trois personnes distinctes. Il est Père, et le yerbe, son image fidèle, la splendeur de sa gloire, sa pensée subsistante, le Verbe est en lui, le Verbe

(1) Voyet sixième Conférence.

est Diea. Il est Père, il est Fils, et le Père et le Fils se contemplent, s'admirent, et, se YOjant si beani, ils ne peuvent s'empêcher de s*aimer d*an amour qui subsiste comme eux-mêmes : TËsprit-Saint est en eux, TEsprit-Saint est Dieu ; Père , Fils , £sprit-Saint , le mouYement dans l'immobile , la génération dans l'incorruptible , la procession dans Timmuable , trois vivants dans une seule et même vie. Il est, il vit. Il est un seul Dieu , il vit en famille. Il est plein , il est parfait, il n*a besoin de rien ni de personne; c'est assez qu'il se voie et qu'il se possède, pour être béatifié.

Et cependant , il est pressé par son amour de ré* pandre le lâen qui est en lui , de communiquer à d'autres qu'à lui l'être et la vie, de parler le monde qui, depuis toujours, existe dans ses vastes desseins, comme il se parle lui-même. Parler, pour lui, c'est créer. Il dit, c'est fait : Dixit^ et facla êtsnt (1). Le ciel et la terre, les esprits et la matière, jaillissent de leur source infinie ; les éléments se pénètrent et se combinent, les mondes s'arrangent et se fixent, les vivants éclosent et se succèdent, à chaque détonation du Verbe divin. Tout se tient. Depuis le plus brillant des séraphins jusqu'au plus obscur des atomes , l'être et la vie tombent en cascades harmonieuses; où l'une fiait y l'autre commence. Les rivages du néant et les frontières de l'infini se touchent, par des transitioiis

(1) Ps. xcvm.

589 TRBTfTR-HUITIBME GOHFÉRENGB.

habiles et des progrès sagement mesm^és. La matière monte, Tesprit descend, et tons denx s'embrassent dans nne même Tie, où Dieu a résumé tes mondes inférieurs et exprimé plus viTement sa sainte image. L*homme réunissant en sa personne tes denx pèles de la création, Thomme investi d*un royal pouToir sur les créatures qui Tentourent, l'homme est ddbont. Bon Tisage sublime regarde tes deux, et son àme intelligente et libre saisit l'uniTers, dans les embrassements de sa prière, pour l'offrir au Dieu qui Ta fait. Il est roi , il est pontife. Son eqprit nage dam la lumière , son cœur est le sanctuaire de la justice et de la grâce; la corruptibilité naturelle de ses membres est contre-balancée par nne toute-puissante vertn, qni les configure à l'immortalité divine. II trayerse TÉden, comme un voyageur le chemin fleuri qui emidnit à sa demeure. 8a demeure, c'est Dieu lui-même, Dieu ouvrant son sein immense aux êtres qu'il en a laissés échapper; Dteu se faisant voir, non plus à travers les ombres vagues de ses perfections infinies , exprimées en chaque créature de ce monde, mais face à fkce, tel qu'il est, dans la splendeur de sa gloire, les clartés de son essence, la vérité de son être; Dieu possédant. Dieu possédé; Dieu enivrant ses élus de chastes et étemelles délices, Dieu faisant goûter à ceux qu'il aime un bonheur que notre faible esprit ne saurait comprendre. Yoilà l'homme, et son origine, et ses destinées.

Ah! je vous entends, Messieurs : vous tous plaignez d'être trraipés, sinon sur votre point de départ et votre point d'arrivée , an moins sur votre condition pr^nte. Non, vous n'êtes pas le roi tranquille, le prêtre padfiqoe, le voyageur fortuné dont je viens de parier ; non , votre esprit ne vojage pas dans la lumière ; non , votre cœur n'est pas le sanctuaire de la justice et de la grâce; non, la corruptibilité naturelle de vos membres n'est pas contre-balancée par une toutepuissante vertu , qui les configure à l'immortalité divine* Non ! rÉden a disparu , la nature se révolte contre votre domination , l'univers échappe à vos embrassements, votre front couvert de sueur slndine vers la terre , et vos mains fatiguées arrachent avec violence, à ses entrailles, les trésors que Dieu vous a donnés. Les ténèbres de l'ignorance , du doute et de l'erreur disputait à la .vérité l'empire de votre intelligence; votre ème, accablée sous le poids de la chair, gémit de ses fautes et de son déshonneur ; la trame de vos jours s'ourdit dans la douleur, la coupe de votre vie est pleine de larmes amères , et votre corps misérable s'affaisse à chaque instant, sous les coups d'une implacable ennemie, qui triomphera sur son aride poussière. O mon Dieu 1 mon Dieu ! dans ce triste état, est-ce que nous allons toujours à vous? Oui, Messieurs, oui, toujours! la doctrine de TÉglise nous eiplique cet étrange mystère, qui a désespéré les plus grands génies.

58i treute-huitieme coufArbhgs.

L'humanité sanctifiée dans sa source, par le souffle de Dieu, a été iFolontairement et librement corrompue par le souffle d'un maudit, tombé des sphères invisibles qu*habitent les esprits. De là, cet océan de misère dans lequel elle est pl(mgée. Mais ne craignes rien : elle ne s'y noiera pas. Dieu lui a donné un Sauveur qui l'arrache au naufrage. Il fut promis à nos premiers parents, à l'heure même où, à travers les pleurs de leur repentir, ils virent leur dépouillement et leur abjection* Pendant quarante siècles, les générations, suspendues aux lèvres des prophètes et consolées par leurs oracles, ont attendu sa venue; les événements se sont donné rendez-vous autour de son berceau , et, quand les temps furent accomplis, il apparut , plein de grAce et de vérité. D'où venait -il? du sein du Père qui l'engendre éternellement. C'était le Verbe d£ Dieu , par qui toutes choses ont été faites , et par qui toutes choses devaient être refaites. Il prit naissance dans le sein d'une Vierge, préparée par un privilège unique à ce miraculeux enfantement, et l'Ange, avant qu'il fût conçu , Tappela Emmanuel , Dieu avec nous. Oui , c'était bien Dieu avec nous! Nous l'adorons dans sa crèche , nous Tadorons dans sa vie publique , nous l'adorons sur sa Croix, nous l'adorons dans les cieux où son humanité glorifiée , assise à la droite du Père, règne à jamais. Nous Tadorons comme précepteur, comme rédempteur, comme médiateur

da genre humain. Sa bouche d*or a laissé tomber des enseignements sublimes, son sang répandu a apaisé la colère céleste, et comblé les abîmes de la justice infinie. La nature humaine qu'il a unie, dans sa personne , à la nature divine , récapitule en elle tous les mondes, reçoit, ennoblit, sanctifie, divinise tout ce qui s'échappe de nos bouches et de nos comrs, pour monter au ciel. Il a assuré la perpétuité et rindéfectibilité de sa doctrine, par une société yiyante et immortelle , qu'il abreuve des lumières de son Esprit- Saint. 11 nous applique ses mérites , il nous pénètre de sa grâce , il nous incorpore à son humanité sainte; il nous remplit de lui-même, il nous régénère , il nous fortifie , il nous augmente , il nous répare, il nous nourrit par ses sacrements. Il fait de nous tous un seul corps, dont il est le chef mystique. Il nous met sur les lèvres les simples et éloquentes paroles que nous devons dire à Dieu, pour exprimer notre respect, notre amour, notre confiance et nos besoins. Il nous fait marcher dans la voie sacrée de ses commandements et de ses conseils. Sa loi sainte et parfaite, flambeau de la conscience et règle de la vie , se résume dans un seul mot : Amour! Aimer, c'est le premier et le plus grand des commandements : Hoc est piimum et maximum mandatum (1). Tout est là; car l'amour, iquand

(1) s. Matth., cap. nu, t. 38.

586 TRENTE- HUITIBIIE GOIIFÉRENGB.

il remplit le cœar de rhomme^ deyient le maître de sa vie : c'est lui qui commande, c'est lui qui fait marcher en ordre et selon les règles établies par Dieu, toutes nos forces et les actes qu'elles produisent ; ce qui a inspiré cette belle parole de saint Augustin : a Aime et &is ce que tu yeux : Ama et foc quod vis. » Aime, non pas de cette passion grossière qu'on croit être au cœur, et qui n'est que dans les sesos ; qu'on croit être un sentiment, et qui n'est qu'une sensation : folie bonteuse, fièvre coupable qui nous conduit au déshonneur. O hommes! 6 femmes! si TOUS aimez ainsi , ne faites pas alors ce que tous Youlez ; car ce que tous youlez , c'est l'oubli de yotre dignité et de yos admirables destinées. Âma, aime! mais d'un amour pur, de cette chaste et salutaire passion qui ne s'attache qu*à la beauté immaculée de Bien, et n'estime les beautés de ce monde, les perfections des créatures, que parce qu'elles sont des reflets des perfections étemelles ; amour qui remplit le cœur, le repose de ses longues et inquiètes recherches, dévore silendeusemaoït les convoitises réprouvées, et transforme tout en nous et autour de nous. O hommes! 6 femmes! 6 chrétiens! si vous aimez ainsi, faites ce que vous voulez : Àmaetfac ^p»od vis. Ne craignez pas d'obéir à l'impérieuse voix de la passion qui vous tourmente et vous pousse à l'action; c'est un doux tyran : Àmor duIcM lyranntif , et nous sommes honorés d'être ses esclaves. J'aime Dieu

DES TÉMOIGNAGIS. 587

de tout mon cœar : rien au-dessus de lui, rien autant que lui, rien sans lui. J'aime Dieu de toute mon àme : je suis prêt à tout perdre, tout, ma vie même, plutôt que de lui déplaire. J 'aime Dieu de toutes mes forces . • . Mon corps, mon sang , ma yie, yenez à moi , écoutezmoi! Mon corps, que pas un de tes membres, pas un de tes atomes ne se meuTe que pour Dieu ! Mon sang , que pas une de tes plus petites gouttes ne se forme , ne se colore et ne coule que pour Dieu ! Ma ▼ie, ma vie, tu m'es chère...; mais péris demain» aqourd'hui, à l'instant même, plutôt que je voie le moindre de tes actes s'égarer loin de Dieu ! J*aime Dieu de tout mon esprit , de toutes mes intentions : je ne tends qu'à lui , je ne yeux connaître de volonté que la sienne, je ne veux obéir qu'au mouvement qui m'attire à lui. Si c'est ainsi que j'aime, ne voyezvous pas , Messieurs, que toute la loi est là? Puis-je

aimer Dieu et transgresser le moindre de ses préceptes? puis-je aimer Dieu et ne pas écouter sa foix partout où je l'entends? partout, jusqu'en ces endroits mystérieux où elle parle pour moi tout seul, et me dicte la charte privée de ses inspirations. Amour parfait et désobéissance, si légère qu'elle soit, est-ce que cela est possible?

Aimer Dieu , et aussi le prochain comme soi<«même, pour l'amour de Dieu. Qu'il soit grand ou petit, qu'il soit de notre sang , de notre pays , de notre croyance, ou étranger à notre famille, à notre lU^^

588 TRENTE- HUITIEME GONFÉREliGB.

tion , à notre religion ; qa*il soit ami ou ennemi , il faut Taimer. Plus il y a de misères en sa triste vie , plus Dieu nous appelle à lui, avec larmes et gémissements; car, par un artifice adorable, il s'est mis en lui et veut recevoir, en vertu d'une appropriation ineffable, tout ce qui s'écbappe de notre cœur attendri et de nos mains bienfaisantes. Les droits les plus sacrés et les plus chers intérêts de tous, sont en sûreté sous la garde de notre amour, puisque « la charité, dit saint Paul, est patiente et douce; elle n'est point envieuse, elle ne se vante point, elle n'est point enflée d'orgueil , elle ne blesse point la bienséance , elle ne cherche point son propre intérêt , elle ne s'offense pas aisément , elle ne croit point le mal, elle ne se réjouit pas de l'iniquité, mais elle se plait dans la vérité ; elle craint tout , elle espère tout, elle endure tout (1). » Enfin, si vous aimez, vous obéissez, comme d'instinct, à ce cri qui retentit dans les cieux : a Quœ sursum sunt quœrile^ non quœ super terram (2) : Cherchez les choses d'en haut, et non celles de la terre... » Vous n'avez plus de pensées que pour tout ce qui est vrai , pudique , juste , saint, aimable, honorable, pour toute vertu et toute loi (3)...

(1) i Cor., cap. zm, v.4.

(2) Coloss., cap. m, V. 1 , 2.

(3) Fratres, quœcamque smitvera,qa8ecumque pudica, qaascumqne justa, quaBComque sancta, quœcumqae amabilia, quscumqae bon» fom», si qua virtus, si qua laus disciplina, hœc cogitate. (Philip., cap. IV, V. 8.

DES TÉMOIGHAGES. 589

Et VOUS attendez en paix Tobjet de Yotre bienhenreuse espérance.

Ne craignez pas l'heure fatale de votre dissolution , ne reculez pas d'horreur devant les affreux mystères de la tombe. Les jours de la mort sont comptés, et ses âpres morsures doivent être guéries. Le Jésus qui vous a sanctifiés , recueillera ce qui reste de vos os dispersés et de vos chairs disparues. Lumineux et incorruptibles, comme le soleil vivant qui les a ressuscites , vos corps jetteront à la face de la mort cette ironie sublime : « 0 mort ! où donc est ta victoire? 0 mort I où donc est ton aiguillon ? » L'humanité, une dernière fois régénérée, se précipitera dans le sein de Dieu , en criant : Ciel ! patrie I bonheur ! éternité I

Quelle plénitude, Messieurs I que de problèmes résolus, par ce simple exposé de la doctrine de FÉglisel Dieu, l'homme, le monde, le passé, le présent, l'avenir, sont saisis à la fois par les affirmations que vous venez d'entendre. Au moment où il semble que le jdan de Dieu se renverse, nous le voyons se redresser par un dogme magnifique , qui éclaire non-seulement notre vie privée , mais toute l'histoire de l'humanité. L'homme n a plus de questions à poser ; son origine, sa condition , ses devoirs, ses destinées, tout est expliqué, avec une netteté et dans un ordre admi-râbles. D'où vient-il? De Dieu^ l'Être des êtres, k nature infinie , la famille trois fois sainte , principe et

590 TAEIfTE- HUITIEME GONFÉRENCE.

type étemel de toute existence , de toute force , de tout mouirement, de toute vie, de tout ordre, de toute perfection. Qui est-il? Un être déchu, par la libre prévarication de celui qui portait la race humaiue dans ses fertiles entrailles, mais divinement restauré par un nouvel Adam , dont le sang précieux expie tous les crimes et dont la vertu adorable descend dans Tàme des vivants qui consentent h la recevoir. Que doit-il faire? Se rapprocher du centre de sa vie , la demander aux signes merveilleax des sacrements , vases sanctifiés par des paroles divines ; s'abandonner à la conduite de la Providence ; enfin aimer, et par Tamour accomplir toute justice. Où va-t-il? Au ciel, la patrie des élus, dans le sein de Dieu, entre les bras de la parfaite beauté, qui réjouit éternellement et son esprit et son cœur. Notre vie passagère est le noviciat de cette vie sans fin. La terre, sombre et triste vallée, est le portique du temple qu'habitent la lumière et la félicité. Le sépulcre lui-même, le sépulcre où pourrissent notre chair et nos os humiliés, est comme la matrice de leur gloire et de leur immortalité.

Cherchez partout, Messieurs : hors de l'Église , vous ne trouverez rien de semblable ; aucun système dont les dogmes s'appellent, dont les affirmations se soutiennent mutnellement, dont les propositions se marient, formant par leur ensemble l'édifice grandiose, complet et surprenant dont vous n*avez vu que

Tesquisse. Ni les rêveurs qui parlèrent, jadis, sur les bords sacrés de Tlndus et du Gange, ni les sages dont la Perse recueillit les graves maximes', ni Tbannonieux Platon , ni le docte Aristote , ni Taustère Zenon, ni le joyeux Épicure , ni tous les philosophes dont les noms fameux sont couchés dans l'histoire , ni ceux dont le veii)e hautain retentit aujourd'hui à nos oreilles, n'ont su répondre pleinement et avec ordre aux questions fondamentales dont la solution intéresse au plus haut point rhumanité.

Us ont humilié la majesté divine, en la confondant avec ce qui passe, ce qui meurt, ce qui se souille, ce qui s^avilit; ils ont relégué le principe de toutes choses dans un ciel lointain, d'où son immobile égoïsme contemple nos misères ; ils ont noyé l'origine du monde dans une éternité problématique; ils nous ont fait sortir d'un germe méprisable ; ils se sont épouvantés des maux qui nous accablent , de nos ténèbres , de notre perversité, et nous ont jetés, sans pitié, entre les mains brutales de la fatalité ; ils ont exagéré l'honneur de la vertu, au profit de l'orgueil ; ils ont divisé le genre humain en castes ennemies ; ils n'ont connu l'amour que pour étouffer son expansion et dénaturer sa sublime mission ; ils n'ont proposé à nos espérances que les embrassements du néant , les transmigrations insensées d'une âme toujours poursuivie par ses imperfections, le paradis grossier des sens, le ciel des brutes. Les plus sages

ont écrit, sur le tombeau du genre humain, un peut - être.

Hélas! il faudrait plus d'un discours pour énuméreries égarements et les folies de Tesprit humain (1). Ce n'est pas qu'il n*y eût quelques vérités mêlées à . tant d'erreurs, car l'homme ne trompe pas toujours la tendance qui l'emporte vers le yrai; mais aucun philosophe n'a pu se soustraire aux inspirations fatales qui ont corrompu tous les systèmes. Lactance , comparant la doctrine si complète de l'Église aux enseignements désarticulés de la philosophie, écrivait ces remarquables paroles : « S'il y avait eu, parmi les philosophes, un homme assez sage et assez -éclairé pour réunir en un même corps toutes les vérités dispersées, sa doctrine edt été entièrement semblable à la nôtre. Mais cela ne pouvait être fait que par celai qui eût possédé la véritable science , et la véritable «cience est uniquement le partage de ceax que Dieu lui-même a daigné instruire (2). » ^

Remarqnez, Messieurs, qu'il ne s'agit ici que d'un système complet des vérités naturelles. Pour ce système, Lactance réclame l'intervention de Diea, comme précepteur de Thamanité ; il la rédame au nom des défaillances de la raison, au nom du vide affreux qu'il a rencontré partout dans les enseignements philosophiques. La plénitude de la doctrine de l'Église,

(4) Voyez Appendice I, I^rvolame.

(2) Lactance, De Vita beata, 1. YII, n. 7.

DBS TÉHOIOllàOBS. S9i

touchant les points fondamentanx dont rhomme pent se rendre compte, par les forces propres et originales de son intelligence , Ini parait une merveille. Je ne le contredirai pas, car rhistoire confirme son jugement. Mais il est une chose qui me frappe davantage , et dans laquelle je vois plus clairement une émission de la lumière divine : c*est que la plénitude de la doctrine enseignée par FÉglise, est une plénitude surnaturelle. Si ma raîBon conçoit Texistence de Dieu, elle ne conçoit pas sa vie en trois personnes distinctes, dans une nature indivisible et indivisée. Si ma raison conçoit une réparation du mal moral, elle ne conçoit pas ^ les inénarrables abaissements, les douleurs et les expiations d'un réparateur divin, d*un Homme-Dieu. Si ma raison conçoit la vertu , elle ne conçoit pas la grâce, qui nous fait participer aux opérations sacrosaintes de Dieu. Si ma raison conçmt une unité religieuse, elle ne conçoit pas Tincorporation mystique au Yerbe incamé, qui divinise, en quelque sorte^ les actes les plus vulgaires de la société chrétienne. Si ma raison conçoit une influence divine, elle ne conçoit pas que Thomme se nourrisse et s'abreuve de Dieu lui-^même. Si ma raison conçoit l'amour, elle ne conçoit pas la subUme audace par laquelle celui qui n*est rien ose s'approcher familièrement de celui qui est tout. Si ma raison conçoit une béatitude, par delà cette vie* languissante et misérable, elle ne conçoit pas cette mystérieuse transfiguration, qui nous met étemelle-

M4 tttBRtE-HniTtSMB OOHF^ftEllGB.

ment en possession de Tessenee divine, sans que nous soyons jamais confondus avec elle. Sans doute , oes dogmes, que je connais aujourd'hui, me paraissent admirables; mais lorsque je fais acte d'autorité sur moi-même, et que j*efface de ma mémoire cet enseignement qui date de mon enfance , je cherche en Tain, dans mon esprit, des principes qui m'aident à le ressaisir; je parcours en désespéré la sphère de la nature, et je m'aperçois qu'elle est vide de ces affirmations qui ne me surprennent que lorsque j'y réiéchis, tant je suis habitué à les entendre. Cependant je vois bien une chose : c'est que ces affirmations appartiennent essentiellement à la plénitude de la doctrine chrétienne ; c'est qu'elles sont tellement engagées dans ce merveilleux édifice, qu'il est impossible de les en retirer, sans que tout s'écroule; c'est que, inexplicables en elle^mèmes, elles m'expliquent tout. En face di| dogme de la Trinité , je vois mieux comment Dieu est le principe et le type de tout ordre et de toute harmonie; dans ee mystère trauscendantel, j'iq>erçois le germe de tous les mystères. Le dogme de la réparaticm par un Homme-Dieu me révèle avec une évidence qui m'étonne , me consterne et m'atfendrit le cttur, la sagesse , la justice et l'inépuisable miséricorde de Celui que j'ai tant de fois offensé. Le dogme de la grAee m'âève au-dessus de I^oi•mèm6, et m'exf^ique les glorieuses aspirations qui agitent mon Ame. Les

MS TÉMOIÛNAOK. M5

erementô aagmeDteQt ma confiaooe et soutieimeiit mes forées. La béatitude qai m'est promise, comble ces abîmes d'insatiables désirs, qa*ime main mj»térieuse a creusés dans mon cœur. Je vois mieux Dieu , je me vois mieux moi-même , je vois mieux le bien , je vois mieux le mal, je vois mieux Thistoire du genre humain , je vois mieux l'avenir. Si je dois boire la vérité , c'est à celte coupe remplie, jusqn'anx bords, d'une généreuse et unique liseur, dont le parfum et le goût me délectent et m'enivrent, |ilutét qu'au vase trivial que la main mal assurée de la philosoidiie me présente, et où je ne trouve qu'on rare breuvage , dont l'affreux mélange me soulève le cœur. Je ne puis donc m'empècher de reconnaitfe l'exoellenee de la doctrine de l'Église; et pourtant il m'est impossible, si je demeure dans les rivâ^s de la nature, de découvrir son origiiie. Convaincu de mon impuissance, je ne puis même pas invoquer les lumières et les labeurs de mes semblables ; car les dogmes chrétiens ne se sont pas formés, cornue maint système , par les aUuvions intellectuelles d'une longtt($ suite de générations. £n deux coups, ils <mt été faits ce qu'ils sont aujourd'hui. Deiix montagnes, le Sinaï et le Gol^tha , attestent la ^poi^tapéité de leur origine. Comment expliquer cela, M^si^uro? I>ire2&*vous simplemeiit que l'Église est la plu^ intelligente des sociétés, puisqu'elle seule possède une doctrine d'une incomparable plénitude? C'est déjà

&d6 TEEllT£-ttUlTlàMfi COmÉRETiCB.

quelque chose, et je vous remercie, car Tintelligeuce du grand témoin, ainsi que nous le remarquions naguère, confirme la vérité de son témoigni^e , Mais vous ne pouvez pas vous arrêter là. I^a plénitude est surnaturelle et spontanée : que vous le vouliez, que vous ne le vouliez pas, elle vous emporte au-dessus de la nature. Il ne vous reste plus d'autre refuge que cette grave parole d'un témoin qui n'est pas de ce monde, Jésus - Christ , qui vons révèle l'origine des dermes sublimes et harmonieux que la raison ne peut découvrir elle-même : « Qui de terra e$i, de ierra loquitur ; qui de cœlo venit^ super ornnes e$t^ et quod vidit et audmt hoc testatur : Celui qui est de la terre parie de la terre ; celui qui vient du ciel est audessus de tous, et, de ce qu'il a vu et entendu, il rend témoignage (i). »

Nous sommes devant Dieu, Messieurs, et déjà je pourrais vous presser d'accepter mes dernières conclusions. Mais j'ai encore quelque chose à dire. Au caractère principal de plénitude, exclusivement propre à la doctrine de FÉglise , on peut joindre trois autres caractères qui le complètent, et achèvent de nous révéler une puissance surhumaine. Ces trois caractères sont : la clarté dans la profondeur, l'unité dans la diffusion , la stabilité dans la contradiction. Ne vous effrayez pas de cette énumération : je puis et je veux être court.

(i) s. Joan., cap. m, ▼. 31.

■ llWt ..-«i^ i^^m

DBS TéMOiaHAOW. 597

Qu'il y ait, dans la doctrine de TÉglise, des dogmes profonds , c*est incontestable : yous venez de les en* tendre exposer, je ne me répéterai pas. L'origine, la yie, les destinées de rhomme sont engagées dans nn tissu de mystères, et je tous peignais de mon miqux, tout à Thenre, Tétonnement et la surprise de ma raison en leur présence. Mais je dois vous Favouer, ce qui m'étonne et me surprend plus que les mystères eux-mêmes, ce sont les formules dont T Église se sert pour les proposer à notre croyance. On n'y sent point le travail de l'homme, car partout où l'homme parle de choses élevées et profondes, de choses qui se tiennent en des lointains peu fréquentés par la pensée, son langage difficile porte la trace de ses efforts. Attentif aux apparitions du vrai , et comme élevé au-dessus de luimême par l'attrait qu'il y rencontre , il s'affaisse, dès qu'il veut rendre et fixer les formes intellectuelles qu'il a vues au dedans de lui-même. Les mots rebelles semblent l'accuser d'impuissance. Il parle, il écrit cependant. Les phrases se multiplient, sous ses doigts impatients et fiévreux ; à force de répéter ce qu'il comprend à peine , il s'imagine qu'il y voit clair. L'amour-propre , à défaut de lumière , se contente de sonorité , et , grâce à sa persévérance, nous possédons

598 TRENTE -HDITIÈMB CONPBREHCE.

des formules où les habiles saisissent à peu près ce qu^on a voulu dire. Encore faut -il que le fond des élucubrations soit vrai ; car, dès que Tesprit travaille sur une erreur, c*est plus que de Tobscurité qu'il nous sert : c'est la nuit, la nuit avec les fausses ét<Hles d*un style prétentieux. J'ignore, Messieurs, si tous partagée mon impression ; mais je vous la raconte naïvement, telle que je réprouve à la lecture des écrits de hante volée qui traitent, en dehors de TÉglise , les questions qu'on appelle proprement de philosophie religieuse. Il manque à ces écrits des formules comme il en firat aux idées profondes , des formules claires; car pins une idée est protonde, plus eUe a besom d'être exprimée clairement. Enfin, ponrqooi ne le dirais-je pas , puisque c'est là que je veux en venir? à part la doctrine de l'Église , les doctrines religieuses n*ont pas de catéchisme.

Un catéchisme est un livre de petite dimension et de bas prix , où Ton expose , en termes simples et connus de tous , les dogmes les plus élevés ; un livre que les sages de ce monde se sont bien gardés de produire, car ils tiennent au monopole de leurs idées. Cette avarice intellectuelle est de tous les temps. Les brahmanes , les hiérophantes, les mages, les druides, les fdiilosophes grecs ont divisé leur enseignement : ils ont gardé pour eux les principes supérieurs qui ne convenaient, disaient- ils, qu'à l'aristocratie privilégiée des esprits, et n'ont laissé manger au peuple que

DES TBMOIGMAGK. 5M

les reliefs groflsiers des fins repas qu'ils prélevaient d'abord sur la vérité, et (fa'ils servaient à leur intelligence, dans les oratoires secrets des ternies, les antres sacrés des forêts y les salles et les portiques réservés des athénées. D'où une double doctrine y connue dans rantiqaité sous les noms d'ésotérique et d*exotériqae, d'intérieure et d'extérieure, de mystérieuse et de populaire. Nos sages contemporains, malgré le grand bruit qu'ils font de leur apostolat, me paraissent estimer singulièrement cette division de la doctrine. H leur répi]^e de livrer leurs élucubrations trans«eendantes aux malentendus de la foule : « Ffaumanité se composant de quelques individus etceptionnels. . . , pourvu que ce petit nombre puisse se développer libre-* ment, il s'occupera peu de la manière dcmt fe re$U

proportionne Dieu à sa hauteur (1). »

Messieurs, FÉgHse ne connaît ni ces délicatesses prétentieuses , ni ces superbes mépris. Elle se rappelle qu'il lui a été dit : « Ya et enseigne toutes les nations : JBtoiM doeete omnes g^te$ (2), d et, pour faire droit à sa mission , elle prodigue ce qu'elle a de meilleur, de plus élevé, de plus profond et de plus sain. Pour quarante ou cinquante centimes, et souvent pour rien, car eHe aime a donner, le peuple peut avoir en main sa théologie, et se faire à lui-même l'honneur et le

(i) Voyez VAvertiêsement à la jeunesse et aux pères de familk (p. SO), par Mfr Dupanloup.

(3) 8. Mattb., âip. xxTiii , v. 19.

600 TRENTE -aUlTlEMB CONFaElICE.

plaisir de rapprendre par eœar. Les gros livres, réserrés aux savaots, sont remplis de questions et d*eiplications supplémentaires : toutes les grandes vérités sont traitées dans le catéchisme. Avec quelle clarté. Messieurs ! Ne vous rappeles-vous pas ces simples et admirables définitions de Dieu, de la créati«m, de rbomme, de la Trinité, de rincamation, de la Rédemption, de la grâce, des sacrements, du del? Hélas! k temps, les passions, les sollicitudes mondaines ont peut-être effacé de voUre mémoire ce que vous savies n bien naguère. Je le regrette, et, s'il m'est permis de vous donner un conseil , relises au plus vite votre catéchisme, et, comme moi, vous serez plus étonnés de la clarté des formules que de la profondeur des mystères. Lorsque je remplissais, dans les premières années de mon sacerdoce, l'humble office de catéchiste, j'étais ravi , il m'en souvient , d'entendre sortir de la bouriie d'un enfant des pandes comme celles-ci : c La Trinité est le mystère d'un seul Dieu en trois personnes ; ces trois personnes sont le Père , le Fils et le Saint- Esprit. Le Père est Dieu , le Fils est Dieu , le Saint- Esprit est Dieu ; mais il n'y a pas trois dieux. Les trois personnes sont aussi anciennes l'une que l'autre, et égales en toutes choses. » L'enfant, que j'essayais en vain de troubler, finissait par me dire ce que je me disais à moi-même : Je ne comprends pas le mystère , mais je vois bien ce que cela veut dire. Or, Messieurs, pour qu'un enfant voie bien ce que cela vent dire.

DBS TÀiOIGRAGBS. 661

quand il s'agit des mystères contenus dans la doctrine de r Eglise y il faut que les formules soient claires, il faut que les mystères aient été vus et qu'ils aient été définis par celui qui les a vus : car enfin , s*il8 n'étaient pas, je ne puis concoToir qu^on ait pu les formuler ainsi. Les réyes et les chimères n*out pas cette splendeur ni cette vigoureuse netteté.

Mise à la portée de tous, par la clarté de ses formules^ la doctrine de l'Église s'est répandue dans toutes les classes de la société, et dans les sociétés de tous les pays. Le phénomène d'universalité que je vous faisais admirer dernièrement , en vous parlant de l'Église comme témoin historique, s'apjdiqne à son témoignage docirinal , ayec le même caractère d'unité. Au lieu que les enseignements philosopbico- religieux, bien que réserrés aux esprits d'élite, se divisent et varient à mesure qu'ils se répandent, l'enseignement de l'Église demeure compact et partout le même. Vous ailes de France en Angleterre, d'Angleterre en Allemagne, d'Allemagne en Perse , de la Perse dans l'Inde , de l'Inde dans la Chine , de la Chine au Japon , les questions fondamentales de l'origine, de la rie et de la destinée humaine changent d'aspect en chaque pays , si vous interroges la science : mais si vous interrogez l'Église, fussiez- vous au fond des steppes de la Tartarie , à l'ombre des forêts inhospitalières qu'habitent le Cafre et le Hottentot, dans une des lies perdues de l'Océanie, partout vous entendrez les mêmes affirmations doctri-

6M TASHTE- HUITIÈME GONPâREHCS.

nales. <c Unui Damimu, unum bapHsma, una fideê, un seul Seigneur, un seul baptême, une seule foi : » c'est la deyise de TÉglise. Longtemps ayant que ce caractère de rnnité dans la diffusion eût aeqois la force qu'il possède aujourd'hui, par suite des conquêtes du christianisme^ saint Justin ne craignait pas de Topposer aux Grecs , ses anciens collègues en philosophie, comme un argument sans réplique : « L'ignorance de Tos maîtres sur les choses divines , disait-il, est suffisamment prouvée par leurs mutuelles dissensions. Les nôtres n'ont, pour ainsi dire, qu'une même bouche et une même langue , et leur accord , soit entre eux, soit avec eux-mêmes, sur tous les points, est aussi parfait que ferme et inaltérable, bien qu'ils ai^it écrit en divers temps et en div^is lieux ( 1). »

Saint Justin nomme le temps avec Tespace ; j'en profite, Messieurs, pour vous signaler le dernier caractère propre de la doctrine de l'Église : la stabilité dans la contradiction. Le temps est par lui-même une cause de ruine, pour les doctrines humaines ; vieillir est un défaut qu'on ne leur pardonne pas, et qui les fait passer, sans viol^ice, de la faveur à l'oubli. Si vous ajoutez au temps la contradiction, le sort d'une doctrine est 6xé sans rémission : le jour même de sa naissance, elle peut faire son deuil. Depuis que l'homme pense et qu'il livre au public sa pensée ,

(i) B^^oritttim aux Greet, n* 8.

1>ES TBMOIONAOIS. 603

que de systèmes sont tombés sous ks coups de lar contradiction ! Nous possédons, dans nos bibliothèques, les restes illustres de ces hécatombes, et, je vous Tavoue , ce n*est pas sans pitié que je contemple tant d'idées gisantes, qui autrefois se tenaient fières devant Taccueil empressé des intelligences. Hais aussitôt, et comme par instinct , mon attention se retourne vers la doctrine catholique, et un sentiment de vive et respectuease admiration s'empare de mon àme. Le temps n'a pu la vieillir, la contradiction ne lui a rmè fait perdre de sa plénitude originelle ; comme l'Église qui la porte en son cœur et sur ses lèvres fidèles , elle est aujourd'hui ce qu'elle fut il y a dix -huit cents ans. Cependant rien n'a manqué à son épreuve: ni la contradiction de l'esprit, ni la contradiction des passions, ni la contradiction des hommes de parole , ni la contradiction des honmies de plume , ni la contradiction des hommes de pouvoir* Sans chercher ailleurs que dans cette encekkte, Messieurs, je puis trouver des contradicteurs de la doctrine catholique : c'est vous, c'est moi. Notre raison , humiliée par la profondeur des mystères, ne s'est^elle pas mille fois révoltée contre eui, et, n'était l'effort qui nous ramenait à la soumission, ne les eussions -nous pas effacés de notre Credo? Tous* ne sont pas maîtres, hélas! des insubordinations de leur oi^al , et souvent la doctrine a tort , par le seul fait qu*élle contient des choses incomforébensibles.

604> TREIITE- HUITIÈME GOKFÉRBNCE.

Mais plus souvent encore , la lutte ne monte pas jusqu'aux faites lumineux de Tintelligence : tout se passe dans la région ténébrease des appétits et des passions. Un homme veut satisfaire son ambition, sa batne, sa cupidité, son intempérance , ses folles amours : mais il trouve une loi qui le gène. 11 passe outre : mais il trouve un dogme qui appuie la loi. C'est trop de violences à la fois. Le dogme sera absurde, afin que la loi devienne ridicule et sans puissance; aussi bien que Torgueil de Tesprit, la corruption du cceur aura raison de la doctrine. Vos âmes, Messieurs, ont été, et sont peut-être encore à l'heure qu'il est, les théâtres de ces drames funestes où la foi et la vertu périssent. Mais après fout, il n'importe qu'à vous* mêmes que la doctrine de l'Église vous agrée ou ne vous agrée pas. Les contradictions intimes ne portent préjudice qu*à leur auteur, tandis que les contradictions publiques , en propageant le scandale , compromettent la foi et la vertu de tous , et peuvent être considérées comme le plus grave des dangers. C*est sur ces contradictions qu'ont toujours compté les ennemis de l'Église, pour détruire sa doctrine.

Les uns, hommes de parole, ont corrompu leur enseignement, dans l'exercice même de la mission que rÉglise leur avait confiée. Les chaires ont retenti de leur grande voix , les foules se sont émues aux ac- . cents passionnés qui s'échappaient de leur cœur; et tout à coup, par un irrésistible entraînement, elles ont

crié anathème à ce qu'elles avaient cru jusqu'alors, sur la parole du grand témoin. Les autres, hommes de plume, ont patiemment écrit page sur page, volume sur Tolume, afin de prouver, clair comme le jour 9 que TÉglise se trompait, sur ce point, sur cet autre, sur tous à la fois. Les derniers enfin, hommes de pouvoir, étonnés que l'intelligence et la conscience humaine ne fussent pas soumises à leur domination, en ont demandé raison à l'Église, par des tracasseries et des brutalités. Ils ont dogmatisé et légiféré, à Tcmibre de leur épée, contre la doctrine auguste qui contient tout dogme et toute loi ; et , après tant de généreux efforts, ils se sont assis tranquillement dans leur puissance , en attendant les événements. Les événements sont venus. Messieurs. Toujours contredite , la doctrine de l'Église a survécu aux efforts conjurés des hérésiarques, des philosophes et des potentats. Debout comme un géant, elle regarde, d'un oeil serein, l'affreux péle*méle des pygmées qui s'agitent et dispa* raissent sous ses pieds vainqueurs. Elle déchire et froisse entre ses doigts les traités, les libelles, les pamphlets et les chartes qui l'injurient et décrètent sa mort. Elle rompt, d'un mouvement tranquille, les lacets et les liens dont les politiques entourent ses robastes jarrets. Elle se rit des grands coups d'épée que les pontifes couronnés frappent sur le triple airain qui couvre sa poitrine. Elle est stable dans la contradiction.

606 tRERTB-HClTlÈMR GORPÉRBNCE.

Oarté dans la profondeur, unité dans la diffusion, stabilité dans la contradiction : Toilà , Messieurs , les trois caractères complémentaires de la doctrine de TÉglise'. Ils lui sont tellement propres, qu'on ne saurait les expliquer qu*en recourant aux paroles que j*ai déjà citées, à propos de la plénitude : « Qui venii de eevlo mper omnes est, et quod vidit ei audivU hoc teêiattir: Celui qui yient du ciel est au-dessus de tons , et , de ce qu'il a tu et entendu , il rend témoignage. » Il est au - dessus de tous : au - dessus des hommes de parole, des hommes de plume, des hommes de pouvoir, des audaces de la passion , des révoltes de Tesprit ; et c'est lui qui affermit sa propre doctrine contre toutes les contradictions. Il est au-dessus du temps et de l'espace , et c'est lui qui, par son unique et mystàrieose pénétration , groupe les esprits de toutes les époques et de tous les lieux autour des mêmes affirmations doctrinales. Il a Yu et entendu les plus profonds mystères , et c'est lui qui en dicte les formules sacrées ; c'est parce qu'il a tout vu et tout entendu, que ces formules sont simples , daires , à la portée de tous les esprits grands et petits , car

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement , Bt itfl mots, pour le dire, arrivent aîsémenl.

Mais qui peut mieux concevoir les mystères que celui qui en est le centre et la substance même? En un mot, qui résume toutes ces considérations : la doctrine de T Église est divine.

DES tÉMOIGHACSS. Wt

Recueillefl ici toute votre attention, Messieurs, car nous sommes arrivés à la concluâon définitive de la grande thèse des témoignages. L'autorité de TÉvangUe et de rÉglise élève les faits merveilleux mi plus haut degré de certitude ; ces faits merveilleux vous imposent une doctrine : c'est assez, vous devez croire. Mais voilà que, pour achever et parfaire votre convicticm, la doctrine elle-même devient une merveille. Plus vous la contemplez, plus elle grandit à vos yeux. Sa plénitude surnaturelle vous prouve qu'elle ne peut être un produit laborieux de Tesprit humain, mais seulement l'objet d'un témoignage. Ce témoignage doctrinal rejoint le témoignage historique en son point le plus élevé ; tous deux s'embrassent , et , en voyant un si parfait accord, vous ne pouvez vous empêcher de confesser que Dieu a bien fait toutes choses. Pour de pareils signes, il fallait une pareille doctrine; pour une pareille doctrine, il fallait de pareils signes. La doctrine est incompréhensible : les merveilles en sont la preuve. La doctrine est divine : les merveilles en sont la fête. Quand un 61s de roi vient au monde , les villes s'illuminent , le canon retentit , les bienfaits se multiplient, l'ivresse populaire est à son comble. Ainsi, dans la nature et l'humanité, quand la doctrine, fille de Dieu, descendit du ciel par la bouche de Jésus- Christ, les merveilles furent les réjouissances publiques qui saluèrent sa naissance. Dieu est dans les merveilles, Dieu est dans la doctrine. Dieu témoigne en

608 TfiENTB-HOlTlÈMK CX>1IFÉRBRGE.

faveur de ses révélations , Dieu se manifeste dans ses révélations. Us vous assiège, il vous presse, il force les portes de votre âme , il s*empare de votre raison par la certitude : il n'y a plus qu'à le laisser faire, Messieurs. Sa grâce vous conduira, sans effort, de la vérité de la foi aux vérités de foi; du portique, vous ires au temple, et, sans craindre d'être trop humiliés , vous pourrez dire devant les plus profonds mystères : Credo I Je crois!

Page 1