‹ Conférences du Couvent de Saint-Thomas-D'Aquin de ParisChapitre 28 sur 42 · APRÈS · texte numérisé non relu

APRÈS

i;acte de foi

DBS OPÉRATIONS D^ LA RAISON SUR LES VtRITjtS DE FOI OU DE LA SCIENCE THÉOLOOIQUE.

Messieurs ,

Par la voie du témoignage , la raison acquiert la certitude de Tintervention merveilleuse de Dieu ; par la certitude de Tintervention merveilleuse de Dieu , la certitude de la vérité de la foi. Elle est convaincue. Jl ne lui manque plus qu'une grâce qui la prosterne et produise en elle cette veriu ou ha- Mtude surnaturelle, qui, selon la définition de TÉglise, nous incline à assentir aux vérités révélées, à cause de la parole même de JDieu; lumière incomparable, repos suprême de Tâme, après ses longues courses et Tagitation de ses recherches, dans le demijour de la nature. Cette grâce, Dieu ne la refuse

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jamais aux. cœurs humbles et droits. Le plus souvent, elle prévient nos inquiétudes et nos labeurs : la démonstration de la vérité de la foi se résume alors dans un argument bref et lumineux pourtant, dont nous avons à peine conscience; tout de suite, Dieu est maître de notre intelligence. C'est ce qui peut nous advenir de plus heureux. Cependant, le Père des lumières et de tout don parfait ne repousse pas les esprits tourmentés, qui n'arrivent en sa présence que par les hésitations et les détours d'une argumentation difficile; il les attend, et sitôt qu'ils poussent ce cri suppliant : — Seigneur , je crois , augmentez ma foi ! — il les touche de ses mains bénies , et change la croyance en vertu.

Quel que soit le chemin qu'elle ait parcouru , l'éme est au terme, elle possède la vérité de Dieu. Estelle condamnée à une adhésion immobile, à une contemplation inerte de cette vérité ? Non , Messieurs. La raison a pour office de s'approcher des principes surnaturels par l'examen des faits : c'est la première loi de ses rapports ayec la foi. Voici la seconde : la raison agit sur les principes surnaturels, comme elle agit sur .les principes naturels , en les fécondant, les élucidant, les ordonnant. Par l'ensemble de ces opérations, elle constitue la science théologique, dont nous allons étudier aujourd'hui la nature et déterminer la place, par rapport aux autres sciences.

DE Lk BCIJLNGE THÉOLOGIQUE. 613

La théologie est, comme toutes les sciences , un ensemble de Térités déduites de principes certains et disposées dans leur ordre naturel. Elle est subordonnée, selon les propres expressions de saint Thomas, aui lumières supérieures de Dieu et des bienheureux. Ce qui se dit, ce qui se TOit dans lessence divine, est devenu, par une grâce ineffable « le patrimoine de rintelligence humaine; les rayons du soleil étemel, qui pénètrent les esprits angéliques, sont descendus jusqu'à nous, et des nuées mystérieuses ont fait pleuvoir, dans la vallée de notre exil, la manne cachée dont on se nourrit aux festins du ciel : c'est la doctrine révélée, contenant les principes de la foi.

Ces principes. Messieurs, où la raison les voit^elle? Est-ce dans le sanctuaire qu'elle habite? Dieu vient-il en chacun de nous , afin d'ajouter lui - même , par pne illumination directe et immédiate, des vérités supérieures aux* vérités inférieures qu'il nous communique par la voie de la nature ? Assurément, on ne peut nier que cela ne soit en son pouvoir. Mais parce que notre faiblesse nous expose à de funestes méprises, parce que nos rêveries peuvent feindre l'inspiration , mieux encore : parce que nous sommes destinés à vivre socialement, dans Tordre religieux comme

dans Tordre politique et civil , parce que rilluraination privée développerait fatalement Undividualisme, du côté où notre union sociale importe le plus à notre gloire et à la gloire de Dieu , la révélation des principes supérieurs de la foi se fait au dehors. La raison les contemple dans les lieux réservés où Dieu les a mis lui-même.

Le premier de ces lieux , c'est rÉeriture. Histoire admirable des rapports de Dieu avec Tfaumanité, elle contient, avec le récit authentique et sincère des prodiges qui se sont opérés depuis Torigine du monde, la somme des réyélations descendues, en divers temps, de la bouche du Très -Haut. Sous le couvert des prophéties et des miracles, elle s'affirme ellemême, comme Texpression exacte du Verbe toutpuissant, dont le propre est d*illuminer les âmes. G*est le Seigneur qui parle aux hommes de son choix» et leur ordonne de fixer éternellement ce qu'ils entendent : — Écris, dit -il à Moïse, écris dans un livre, pour que ma parole demeure comme un perpétuel ayertissement : Scribe hoc ob monimefOum in libro (1); à Isaïe : Scribe, Écris; à Jérémie : Scribe, Écris ; à Ézéchiel : Scribe , Écris ; à Daniel : Scribe , Écris. Et tous les prophètes, en s*adressant au peuple, se couvrent du bouclier de la parole de Dieu. « Le Seigneur a dit ces choses, s'écrient -ils : Bœc dieU

(i) Exod., cap. xvii, v.i4.

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