‹ Conférences du Couvent de Saint-Thomas-D'Aquin de ParisChapitre 29 sur 42 · DR LA SGIJSRCB THÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

DR LA SGIJSRCB THÉOLOGIQUE

Dommitô... Son Yerbe est tombé sur moi : Factum

est Verbum Domini super me. d C'est par FEsprit-

Saint que Dairid appelle, à ravance, le Christ son

Seigneur. « Toute FÉcriture est divinement inspirée,

pour Fensetgnement de l'humanité : Omnis Scriptura

dttnnîlia inepirata utilU est ad docendum(l).n Dieu,

qui parlait autrefois à nos pères par la bouche des

prophètes y a parlé en dernier lieu par la bouche de

son propre Fils; ce Fils adorable a fait aux cieux,

en 7 entrant, une brèche large et profonde , par où

se sont précipités des torrents de lumière. C'est

FEsprit de Dieu qui apprend aux Apôtres ce qu'ils

doivent dire; c'est lui qui vit et qui palpite sous

chaque lettre de leurs écrits. Leur parole , devenue

un monument, n'est plus la parole de l'homme, mais

la parole même de Dieu : Non verbum hommis , $ed

tere verbum Dei (2). Ainsi Font cru les anciens , ainsi

le croient tous ceux que le Christ a régénérés dans

son sang.

Mais tout n'est pas contenu dans FÉcriture; elle l'atteste elle-même. Saint Jean dit, en finissant son Évangile : « Que de choses ont été faites par Jésus-Christ , et que le monde ne pourrait contenir, si elles étaient écrites dans des litres (3)1 » Un

(1) II Tim., cap. m, v. 16.

0S) 1 ThesB., cap. n, y. 13.

(3) Sunt antem et alla multa quœ fecit Jésus ; quss si scribantur per singula , nec ipsum arbitrer miindum capere posse eos qui scri- )»endi sunt libros. (S. Joan., cap. xxi, v.25.)

616 TRBHTJB-IIBUVIEME GOIIFERËNCJB.

autre lien a donc reçu des principes de la foi : c'est la tradition. Elle précéda rÉcriture, et, se penchant vers elle comme un yase trop rempli, elle y répandit la céleste doctrine. Jésus-Christ n'a pas dit à ses apôtres : Écrivez! mais : Enseignez! et eux ne disent pas aux fidèles : Lisez ! mais : Écoutez ! «Frères, tenez- vous bien et attachez- vons aux traditions que vous avez apprises : Fratres^ êlate et te* nete traditiones quas didicistis (1). » — « C'est toujours là qu'il faut recourir, quand la lettre se tait, dit saint Polycarpe aux Philippiens : Ad tradUum nobis ab iniiio sermonem reverlamur. »

Cependant , Messieurs , ni TËcritore ni la tradition, si vénérables et si saintes qu'elles soient, ne sont les lieux suprêmes des principes révélés. Il est un lieu qui les domine sans les humilier, et d'où dépend leur inviolabilité : c'est l'Église. Je puis, avec un empressement maladroit ou une malignité diabolique, m'abattre sur l'Écriture , la torturer et en exprimer des sens qui n'y furent jamais ; je puis , dépositaire infidèle d'une transmission plusieurs fois séculaire, trahir la pensée de mes pères et corrompre leur tradition : mais contre un corps enseignant, formé de l'élite de l'humanité chrétienne, et constamment pénétré par la divine vertu de l'Esprit - Saint , ma folie , mes fureurs , mes trahisons sont impuissantes.

(i) II Thess., cap. ii, ▼. 14.

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L'Église me fait remonter aux sources pures de la révélation , les lettres divines et les enseignements traditionnels, dont elle me garantit Tauthenticité et rintégrité , et dont elle m'explique les saintes obscurités; son autorité surhumaine me plonge dans le sein de Dieu^ et j'y bois à longs traits les vérités sacrées qui sont l'objet de ma foi. Suivez bien ce mouvement ^ Messieurs ; sans lui vous ne pourrez jamais bien connaître la nature de la science tbéologique, ni déterminer infailliblement sa place.

Le Fils de Dieu, au lieu de s'imposer d'autorité, comme les docteurs humains, prend soin à chaque instant de nous rappeler sa mission. On dirait qu'il veut échapper à la responsabilité de son enseignement, qu'il craint l'illusion de nos sens, qu'il a peur de n'être pas assez divin dans sa doctrine. Il nous empêche de nous arrêter aux rivages de sa chair adorable , et nous enlève jusqu'au principe éternel , infini , de toute vérité et de toute autorité. « Ma doctrine, dit -il, n'est pas la mienne, mais celle du Dieu qui m'a envoyé : Mea doctrina non est mea, Hà ejus qui misit me (1). » Il ordonne, et il ajoute : « J'ai reçu cet ordre de mon Père : Hoc mandatum accepi a Paire fiieo(2). Mon Père, qui m'a envoyé , a réglé par ses commandements ce que je dois dire et enseigner : Qui misit me Pater, ipse

(1) s. Joan., cap. vu, v. 16.

(2)/6Mf.,cap.x,v.l8.

mihi mandatum dedil quid dicam et quid loquar (1); et je sais que son commandement est la vie éternelle , et scio quia mandatum ejus vila œUma esL Je ne parle donc que comme mon Père lui-même m'a dit de parler : Quœ ego loquor, sicut dixU mihi Pater, $ic loquor (2). »

Jésus vous parait bien petit, Messieurs; mais ce luxe d'bnmilité et de déférence cache un grand et salutaire dessein. Le Maître , en s appuyant sur Téternel et unique principe, veut servir de point de ralliement à toutes les missions sacrées, qui doivent porter sa doctrine jusqu'aux extrémités de l'espace et du temps , et nous faire remonter le courant lumineux de la vérité , jusqu'à sa source infinie. Le Père passe tout entier dans le Fils qu'il envoie, et le Fils tout entier dans ceux qui lui succèdent. Le Père invisible se manifeste par un Dieu-Homme; le Fils disparu se continue par l'Eglise, par rÉglise qu'il revêt de ses opprobres et de ses gloires, et entre les mains de laquelle il dépose le sceptre royal dont il s'est servi pour gouverner Tesprit humain. Admirable mouvement I Dieu engendre son Fils qui est vérité, le Fils engendre rÉglise , et , semblable à ces végétations gigantesques qui croissent, sans repos ni trêve, dans les

(1) s. Joan., cap. xn, v. 49.

(2) /ôjrf., ▼. 50.

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climats fortunés où la nature ne meurt pas, l'Église fécondée s'engendre dans son propre sein. Ce n^est plus seulement le plus grand des témoins : c'est le premier des docteurs. A ceux qui lui demandent : — D'où viens-tu ? où vas-tu ? — elle répond , comme Jésus -Christ lui-même : — Je suis la fille de Dieu et la maîtresse des siècles à venir. Ma doctrine n'est pas la mienne , mais celle du Dieu qui m'a envoyée. Mon Père, qui m'a envoyée, règle par ses ordres ce que je dis et ce que j'enseigne. — Elle a bien le droit, certes, de parler ainsi; car c'est à elle qu'il a été dit uniquement : « J'établirai mon Église sur la pierre inébranlable, et les puissances d'enfer ne prévaudront point contre elle : Super hanc peiram ccdificabo Eccleêiam meam^ et poriœ inferi non prœmhbunt adversus eam (1). Allez, enseignez les nations, leur apprenant à garder ce que je vous ai confié: Eunies docete omnes génies , docentes eos servare qtUBcumque mandavi vobis (2). Qui vous écoute, m'écoute; qui vous méprise, me méprise : Qui vos audit , me audit; qui vos spemit, me spemit (3). Comme mon Père m'a envoyé , avec la même autorité , les mêmes lumières, la même vérité, je vous envoie : Sicut misit me Pater, et ego mitlo vos (^). » Et cette parole

(1) s. Matth., cap. xvi, v. 18.

(2) Jbid,^ cap. xxvin, v. 19.

(3) S. Luc, cap. X , v. 16.

(4) S. Joan., cap. xx, v. 21.

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enfin, capable de rassurer rhumanité contre son incapacité, ses défaillances, ses hésitations, ses doutes, ses terreurs : « Voici que je suis avec vous, jusqu'à la consommation des siècles : Ecce ego vobiscum sum, mque ad consummationem scbcuU 1). »

Messieurs, voilà le lieu théologique par excellence, la montagne de Dieu, la montagne fertile, la montagne oà la vérité s'entasse, la montagne où il platt au soleil éternel de demeurer assis à toujours : Mon$ Dei, mons pinguis, mons coagulatus, mons in quo beneplacitum est Deo habilare in eo (2). Montagne! mon* tagnel sois-moi propice! prépare en tes flancs superbes des pentes douces et généreuses, et laisse tomber vers mon âme, qui les attend, les flots de la lumière céleste. Us sont tombés, ces flots sacrés, tombés du lieu le plus haut, le plus sûr, le plus divin. Mon âme les reçoit et s*en abreuve. La science théologique est commencée.

Vous me demandez, Messieurs, comment cela se peut faire. — Toute science procède de l'évidence, et l'ombre du mystère entoure les principes de la théologie; notre esprit défaille à leur apparition et confesse sa profonde ineptie. Avec des ténèbres au point de départ, il est impossible de produire la lumière ; par conséquent , il est impossible de produire une science , car toute science est lumineuse.

(1) s. Matth., cap. xxvm, y. 20.

(2) Ps. Lxvn.

DE hk SGtENGR THÉOLOGIQllB. 621

— Entendons- nous. Si vous voulez une évidence immédiate et actuelle , semblable à celle des principes que nous connaissons par nos moyens naturels, i^ n'y en a pas, je l'avoue, dans les principes proprement surnaturels de la théologie; mais je prétends que , pour une science subordonnée , cette évidence immédiate et actuelle n*est pas nécessaire. La musique suppose le mouvement réglé par des lois mathématiques et géométriques. La gamme diatonique se compose de sept degrés, dont la somme numérique est inégalement divisée , et dont la position varie, selon le mode dans lequel on chante. Les intervalles qui peuvent exister entre deux tons consécutifs^ sont de trois dimensions : il y a les grandes secondes majeures, les petites secondes majeures, les secondes mineures , et ces secondes sont à peu près entre elles comme les nombres 51, 45 et 28. Ces intervalles doivent être, non-seulement distingués, mais distribués et tempérés avec mesure sur l'échelle diatonique. On peut en dire autant dg^ mouvements harmoniques : les marches parallèles, contraires et obliques de l'accord, ses différentes préparations , résolutions et progressions , les conformités, attractions, répulsions, consonnances , dissonances des divers degrés , sont soumis à des calculs. Or, pensez -vous, Messieurs, que les artistes, même ceux qui font des œuvres savantes , comme les Mozart, les Haydn, les Beethoven, les Meyer-

béer, se préoccupent beaucoup des mathématiques et de la géométrie musicales? Aucunement; ils acceptent les principes d'une science supérieure , qui les voit avec une évidence immédiate et actuelle , et se contentent, pour eux-mêmes, d'une évidence médiate et radicale. Cette évidence médiate et radicale , qui suffit à la science , est précisément celle des principes de la théologie. L'autorité divine de rÉglise qui nous les propose ^ nous est clairement démontrée : il n'en faut pas davantage; pa,r eUe, nous savons indubitablement que les principes sont certains, et qu'ils sont vus, avec une suprême évidence, à la source dont ils émanent.

Les principes étant certains, il est permis à la raison d'opérer scientifiquement : c*est ce qu'elle fait, par l'application de sa force logique. Unissant l'une k l'autre les propositions révélées , ou bien empruntant à la nature une vérité générale, qu'elle rapproche d'un des principes de la foi, elle détermine un mouvement fécond , d'où procède une conclusion théologique. C'est dans Tordre, car : <x Ici -bas la vérité nait comme la vie , dit Joseph de Maistre : il faut que deux propositions s'épousent pour en produire une troisième , » et la raison préside à ce chaste et mystérieux hymen. Toutes les sciences humaines en sont édoses; toutes les sciences humaines se composent d une suite plus ou moins loQgue de générations intellectuelles, légitimaient

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issues d'an petit nombre de vérités primordiales, dans lesquelles Tesprit contemple les enfantements multiples, qu'il a lui-même provoqués par ses labeurs. Mais si les principes subalternes de la nature se fécondent par leur union logique, pourquoi les principes supérieurs de la révélation demeureraient^ ils stériles? Est-* ce que Dieu les appauvrit et les mutile, en les faisant passer par le sein virginal de rÉglise? Non, Messieurs : ils nous arrivent d'en haut, avec toute leur force génératrice; la raison les unit , et ils enfantent ce peuple immense de vérités qui , sous la conduite de ses divins ancêtres, forme le monde théologique.

Permettez- moi quelques exemples , qui vous feront mieux comprendre de quelle manière la raison, à l'aide de sa faculté logique , opère sur les principes de la foi. Nous savons du Père et du Fils qu'ils sont un même Dieu, une même sagesse, une même puissance , un en toutes choses , à part l'opposition de leurs relations mutuelles de paternité et de filiation; or, ceux qui sont un en toutes choses^ ne peuvent être qu'un seul et même principe : donc, TEsprit- Saint procède du Père et du Fils , non comme de deux principes, mais comme d*un seul et même principe. Nous savons qu'en Jésus -Christ il y a deux natures parfaites; or, aucune nature n'est parfaite si elle n'a sa volonté propre : donc, il y a en Jésos- Christ deux vdontés. Nous savons que, dans

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TEucharistie , le pain et le vin se changent au corps et au sang de Jésus -Christ; or, une mutation ne peut avoir lieu que par la cessation du terme qui lui sert de point de départ : donc, le pain et le vin ne peuvent persister substantiellement dans T Eucharistie. Nous savons que Jésus* Christ a donné à ses apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de remettre et de retenir les péchés; or, ce pouvoir suppose le jugement de la conscience; le jugement de la conscience, sa révélation par Taveu : donc, l'aveu du péché est nécessaire. Je parlerais sans fin, si je voulais énumérer toutes les conclusions enfantées par les unions ou croisements des principes révélés entre eux, des vérités naturelles avec les vérités sumatureltes. Nos traités et nos Sonmies, si vous avez le courage de les lire, peuvent seuls vous donner une idée de la prodigieuse fécondité qui résulte de Tapplication des forces logiques de la raison à la révélation.

La science théologique ne se borne pas à ce premier procédé. Il est dans la raison une autre faculté, la faculté comparative, qui, se joignant 1^ la force logique , atténue Tobscurité de Tincompréhensible, et produit autour des mystères une sorte de demi -jour, qui nous prépare aux splendeurs d'une vision plus parfaite. Il ne faut pas s'imaginer, Messieurs, que Dieu nous condamne, par rapport aux mystères, à la nuit étemelle : il a promis de les

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