‹ Conférences du Couvent de Saint-Thomas-D'Aquin de ParisChapitre 30 sur 42 · DE LA SCIENCE THÉOLOGIQIJB · texte numérisé non relu

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manifester un jour, dans les clartés de rëyidence; par le même acte qui livrera son essence à nos regards admirateurs, il anéantira les énigmes qui, aujourd'hui, stimulent notre foi ou froissent notre orgueil. Mais, en attendant cette suprême conclusion des révélations divines, rien ne nous empêche d'élucider, par de respectueux efforts , les vérités traoscendantales proposées à notre croyance. Les esprits qui s'irritent et se réfugient dans une négation insolente de rincompréhensible , bien loin de démontrer leur force, accusent leur faiblesse et leur incapacité. Une forte raison ni ne se décourage ni n'abdique devant les mystères : elle se sent attirée vers eux et s'applique à les mieux voir, si elle ne peut les comprendre tout à fait. Or, les mystères se voient mieux quand on étudie leurs reflets. Le monde visible est comme le miroir du monde invisible. La sphère surnaturelle entoure la sphère de la nature, et la lumière unique qui s*en échappe nous est renvoyée par des réfractions multiples. Les existences supérieures, objet des mystères, sont originales et typiques, par rapport aux existences inférieures. Il est donc possible de rapprocher ces deux extrémités dans notre esprit par des analogies transparentes ; de créer, à Taide des formes participées de la nature, une sorte de lumière crépusculaire, dan^ laquelle la raison voit au moins la convenance des mystères, leur place dans le système général de la

vérité, et leur point de jonction avec les principes acquis par la réflexion et Texpérience. Le plein jour n'est pas encore, mais ce n'est plus la nuit. L'esprit se réjouit dans des clartés croissantes, qui lui font présager, espérer, désirer avec impatience, l'inondation finale de la lumière de Dieu.

Ainsi, Messieurs, se sont éclaircis tous les mystères. Des forces productrices de la nature où les semblables engendrent leurs semblables, des opérations de notre &me qui se voit et s'aime dans son verbe, de la famille humaine où la vie sociale est la perfection de l'ordre universel, régi et manifesté par la loi du beau et du bien, la raison est montée jusqu'à Dieu. Puisqu'il est le principe et le type de toutes choses, pourquoi ne serait-il pas fécond au dedans de lui-même? Pourquoi ne se contemplerait - il pas et ne s'aimerait-il pas dans son Verbe? Pourquoi ne vivrait-il pas en famille et en société ?.Pourquoi ne représenterait- il pas et ne centraliserait-il pas , dans l'unité de sa nature et la multiplicité de ses personnes, l'ordre universel qu'il a créé ? Tout est parfait, infini, absolu en lui; donc, ils sont trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père , le Fils et l'Esprit- Saint.

[/humanité s'est pervertie : elle a besoin du pardon de Dieu offensé. Mais, puisque Dieu est infiniment parfait dans sa justice, pourquoi n'exigerait-il pas une réparation qui l'égale? Le fils de roi qui se

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jette aux pieds de son père et consent à porter le poids de sou courroux, peut layer, dans ses humiliations et son sang, le crime de la société qu*il représente : pourquoi pas le Fils de Dieu? Si Dieu est infiniment parfait dans sa miséricorde et son amour, comme dans sa justice, pourquoi jie nous donnerait-il pas son Fils? Si Tàme, du moment qu'elle saisit le corps 9 substitue aux formes élémentaires sa propre forme , pourquoi le Yerbe de Dieu , du moment qu*il

saisit notre nature , ne substituerait-il pas à la personnalité humaine sa propre personnalité? Pourquoi pas les mystères de Tlncarnation et de la Rédemption?

L'homme est engendré, augmenté, fortifié, réparé, nourri, associé dans Tordre naturel : pourquoi pas dans Tordre surnaturel ? Toute matière peut devenir Tinstrument d'une force supérieure ; notre corps luimême, animé par notre àme, jouit d'une efficacité instrumentale et ministérielle : pourquoi la matière ne serait-elle pas Tinstrument de la plus grande et de la plus souveraine des forces? Pourquoi les corps ne nous communiqueraient - ils pas, par une vertu ministérielle, la grâce de Dieu? Pourquoi pas les sacrements , les sept couleurs du soleil éternel , les sept sons de la gamme mystique qui emporte notre âme vers les cieux?

Suivez, à travers le monde créé, les ondulations du mouvement et de la vie. En bas, vous rencontre-

6â8 TR£ÎÏT£*IfE0VlÈMe COHPÉRfeNGE.

rez une vile agrégation d'atomes, qui se meut sourdement de la surface au centre , du centre à la surface. Et puis, tout doucement, les corps s'organisent. La vie imparfaite et rudimentaire passe dans une poussière aride, des sponiles incolores, des feuilles livides, des vaisseaux capillaires, des organes incomplets et divisés, des organes complets et réunis , des tissus mous et sans veines, des tissus plus fermes et remplis de canaux, des tiges grêles et vides, des troncs robustes et solides. Après avoir parcouru le règne végétal, elle s'élance dans de molles substances qui déjà s'agitent et sentent; les vertèbres se forment, les organes nobles se développent , les instincts progressent, jusqu'à représenter la vie sociale. Enfin, voici l'homme , rattaché à la vie animale par les fonctions de ses organes, mais transporté dans un autre monde, par l'esprit intelligent et libre qui l'anime. Gomme il est beau ! comme il est grand ! et cependant, entre lui et Dieu, quels espaces! quels abîmes! Pourquoi rien dans ces espaces? pourquoi rien dans ces abtmes? pourquoi pas un monde de purs esprits, correspondant au monde de la matière, aGn que l'homme, esprit et matière, se tienne harmonieusement entre les deux? Ne voyez -vous pas qu'il faut un monde angélique, entre nous et le monde divin? Je l'aperçois dans ma pensive, je traverse ses espaces infinis, ses chœurs, ses hiérarchies, jusqu'au séraphin sublime qui reçoit en plein les rayons de la gloire divine. Enfin, voici

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Dieu, Dieu la grande vie, la vie éternelle et immense , la vie de toutes les vies.

0 mystères de la foi, je ne vous comprends pas; mais plus je vous contemple , dans le demi - jour des analogies que j*emprunte à la nature, dont vous êtes les types étemels, plus je vois que vous êtes possibles. Étonnez-moi , vous ne m'effraierez jamais ; humiliez-moi, vous ne me confondrez jamais.

Les principes sont fécondés, les mystères élucidés : que reste-t-il à faire, Messieurs? Une synthèse dans laquelle la raison , par Tapplication de sa faculté méthodique, condense ses travaux, et qui soit ellemême une révélation suprême, une sorte de musique intellectuelle qui réjouisse notre âme et chante la gloire de Dieu révélateur. L'astronome dont Toeil parcourt les espaces célestes, ne se contente pas d'examiner chacun des astres dont ils sont peuplés : il méthodise ses ol)servations par la recherche des systèmes, et, si Torgueil n'a pas aveuglé son esprit ni endurci son cceur, il ne peut s'empêcher d'être ému autant que ravi, en entendant le concert des mondes. Quels mouvements! Quelles lois! Quel- ordre! Quelle harmonie! Quelle musique! Là -haut, les notes se meuvent autour d'une note centrale et régulatrice, qui détermine la tonalité de chaque système particulier, de chaque phrase de l'immensité musicale. Là -haut, chaque globe, comme un archet gigantesque , fait gémir les cordes de l'ellipse qu'il

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décrit. Là- haut, se produisent, sur une échelle incommensurable, les attractions et répulsions, les consonnances et dissonances, les marches parallèles, contraires et obliques . que nous entendons ici-bas, dans les œuvres savantes de nos grands maîtres. Là* haut, les dociles exécutants s'avancent à pas comptés, sous rœil de Celui qui dirige Torchestre du monde , et, après avoir parcouru leur gamme, ils retardent dune nuance, pour recommencer une modulation nouvelle, relativement au temps et h Tespace. Oh ! si notre oreille pouvait oublier tous les bruits de la terre! si elle pouvait se placer aux portes de Timmensité et écouter, quelle sensation délicieuse, profonde, enivrante, elle éprouverait en entendant la musique sidérale, et comme notre àme comprendrait mieux cette parole du saint Roi : <c Les deux racontent la gloire de Dieu : CœU enarrant gloriam Dei (1). Cieux des cieux, louez le Seigneur : Lauàaie Dominum^ cœli cœlorum (2)! » Oui, Dieu est là! nonseulement Dieu lumière, Dieu splendeur, mais Dieu ordre suprême, harmonie suprême, étemelle, infinie. Vous Tadmirez dans le ûrroament , Messieurs : eh bien , un concert analogue à celui du monde sidéral se fait entendre dans notre àme, quand la raison méthodise les vérités que Dieu a révélées, et nous pouvons dire encore : Quels mouvements! Quelles

(1) Ps. XVIII.

(2) Ps. CXLVUI.

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lois ! Quel ordre ! Quelle harmonie I Quelle musique ! BappelezTous Texposé que je faisais deruièremeut de la doctrine de F Église. La note centrale et régulatrice du système surnaturel et de chacune de ses phrases, c'est rinfini vivant en trois personnes distinctes : de lui tout part, à lui tout revient. 11 conçoit éternellement le plan du monde, et il en est lui-même, dans un ordre éminent et transcendantal , la pure et vive image. Pressé par son amour, il communique à d'autres qu'à lui Têtre et la vie ; en laissant les créatures s'échapper de son sein , il les y rappelle par un immuable décret. C'est aux deux extrémités qu'il commence son œuvre. Les esprits angéliqûes et la matière primordiale sont les premiers fruits de sa parole toute-puissante ; mais il les rapproche par des ascensions merveilleuses : il ordonne la matière première , il la meut , il Torganise, il la vivifie , il l'humanise , il la sumaturalise. Aux lumières de la raison, aux enseignements de la conscience , il ajoute une doctrine et une loi supérieures, et, saisissant tout l'homme par la souveraine impulsion de sa grâce, il l'achemine vers le terme suprême de son existence : la vision béatiflque. Mais le péché, qui a déjà troublé le monde angélique, se jette en travers dans le plan de Dieu et le fait dévier : Dieu Père le réiablit lui-même , par l'incarnation de son Fils. Les hiérarchies finies et la hiérarchie infinie se donnent la main, dans la personne du Verbe fait chair. Les deux pôles de l'être se joi-

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gnent, le fini et l'iatini vivent d*une vie commune, Tablme qui les séparait est comblé, par une main qui glorifie ce qui est petit, sans amoindrir ce qui est grand : entre Dieu et le monde, se tient un Homme- Dieu. La présence de ce Dieu humilié et inunolé pour notre bonheur et notre gloire , se continue dans le monde, par les représentations vivantes de son autorité dans l'Église , la reproduction de ses vertus dans les saints, les souvenirs de sa vie dans la liturgie, Tapplication de ses mérites dans ses sacrements, la résidence réelle et substantielle de son corps sous les espèces eucharistiques. La grâce est achevée , la gloire est commencée par Teffusion de F Esprit-Sain t. L'homme est configuré au Dieu - Trinité , non -seulement par rimage lointaine de ses facultés naturelles, mais par les prochaines ressemblances et les immédiates opérations de la grâce. Et à la fin de ce grand drame que Ton appelle la vie du genre humain, toute justice est accomplie, tout amour est consommé; le mal est refoulé dans les abîmes, et le bien immobilisé dans une éternelle gloire, une éternelle félicité. Encore une fois, Messieurs, quels mouvements ! Quelles lois ! Quel ordre ! Quelle harmonie ! Quelle musique ! Ce concert intellectuel, pour qui sait l'entendre sans préjugés, sans parti pris , n'a - 1 - il pas toute la force d'une démonstration? C'est beau, donc c'est vrai; c'est divinement beau, donc c'est diviniment vrai , car le beau est la splendeur du vrai. Vous avez déjà entendu

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