‹ Conférences du Couvent de Saint-Thomas-D'Aquin de ParisChapitre 32 sur 42 · DE LA SGIBNCE THÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

DE LA SGIBNCE THÉOLOGIQUE

il n*est connu que de lui seul, et où il se communique par la révélation. Donc^ la science théologique est la sagesse par excellence, la sagesse suprême (t). »

Messieurs , vous voyez clairement, je Tespère, la place de la théologie. Assise aux pieds de Dieu, à titre de subalterne, elle trône au sommet de toutes les sciences, elle en est la maltresse, elle en est la reine. Aucune n'échappe h sa royale domination : sciences philosophique, historique, physique, politique, économique, elle corrige tout, elle gouverne tout, elle prélève sur tout l'impôt qui convient à sa propre vie, à son propre développement, à sa propre gloire .

Elle corrige; car, plus souvent qu*il ne faut, les sciences inférieures tendent à sortir de leur sphère

(1) Hsc doctrina maxime sapientia est inter omnes sapientias hamanas, non quidem in aliquo génère tantum, sed simpliciter. Cum enim sapientis sit ordinare et judicare, judicium autem per alliorem CAUsam de inferioribus habeatur; ille sapiens dicitur in unoquoqne génère, qui considérât causam altissimam illius generis : ut in génère aedificii artifex, qui disponit formam domus, dicitur sapiens; et architecton respectu inferiorum artiticum , qui dolant ligna et lapides, vel qui parant cœmentum unde dicitur (1 Cor., m) : « Ut sapiens arcliitectus fundamentum posui.i» Et rursusin génère totius humanœ vitae, prudens sapiens dicitur, in quantum ordinat humanos actus ad debitum finem. Unde dicitur (Prov., x) : « Sapientia est viro prudentia. rt Ille igitur qui considérât simpliciter altissimam causam totius universi, qu» Dens est, maxime sapiens dicitur. Unde et sapientia dicitur esse divinorum cognitio... sacra autem doctrina propriissime déterminât de Deo quod est altissima causa : quia non solum quantum ad illud quod est per creaturas cognoseibile... Sed etiam quantum ad id, quod notum est si]}i soli de seipso^ et aliis per revelationem communicatum. Unde sacra doctrina maxime dicitur sapientia. (I. quaast. i , art. 6 in corpore.)

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naturelle, et à envahir la sphère sacrée que Dieu s'est réservée. La philosophie, par des spéculations hautaines, déprave la uotion de Tètre divin et de ses rapports avec le monde. I/histoire interprète les événements, au détriment du gouvernement providentiel et de son caractère surnaturel. La physique, par de téméraires affirmations fondées sur une observa* tion ioattentive et inachevée des phénomènes, renverse Tordre de la création. La politique, les mains toujours tendues en avant, cherche à saisir les rênes de la conscience humaine, et à incarner le sacerdoce dans la royauté. L'économie , toute préoccupée de la matière, tend à substituer le bien-être du corps à la félicité de Tâme, le temps à réternitc. Mais la science théologique est là ; ses principes immuables lui servent de mesure pour juger les conclusions des autres sciences , et de verges pour les faire rentrer dans le cercle naturel de leurs investigations. Tout ce qui la contredit est erreur et mensonge ; quiconque se révolte contre sa discipline, après s'être retranché de la communion de la foi , se retranche à la fin de la communion du bon sens.

Elle corrige, et elle gouverne: c'est-à-dire qu'elle entraine toutes les sciences vers les plus hauts principes et la dernière fin. Le philosophe, chevauchant sur les propositions d'une argumentation difficile, arrive jusqu*è la connaissance de Dieu : le voilà debout, sur la pointe du promontoire, d'où il aperçoit

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les vagues lumineuses de l'infini. Mais la science théologique descend auprès de lai : — Tu ne vois rien encore, dit-elle, monte plus haut, Ascende superiùsl Dieu est, mais si tu veux savoir comment il vit, viens avec moi, je te le montrerai. Ils sont trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Verbe et TEsprit : Très mnt qui testimonium dant in eœlOf Pater f Ferfrum, et Spiritus sanctm. Tu sais que l'âme humaine est une substance simple , intelligente et libre ; mais monte plus haut , Ascende superiùs I et vois comment elle est baignée dans la grâce de Dieu , et élevée en quelque sorte jusqu'à une dignité infinie. Instruit par la caducité des biens terrestres , tu sais que le bonheur est au delà des rivages de ce monde ; mais monte plus haut, Ascende superiùs! le bonheur est dans Tessence divine , bue à longs traits par rhomme glorifié. Historien, tu contemples la succession des âges, des sociétés et des empires; tu y découvres vaguement la conduite de Dieu, sur les destinées de rhumanité; mais monte plus haut, Ascende superiùs! regarde le point central des siècles, la plénitude des temps , l'axe du monde historique , le Verbe incarné : c'est vers lui que convergent tous les événements , c'est autour de lui qu'ils se meuvent ; les âges sont remplis de sa divine présence. Physicien, tu t'élances vers les cieux, tu descends jusqu'aux entrailles de la terre : le monde sidéral, l'homme, les animaux, les plantes, les couches du globe, les feux

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souterrains, les éléments, les forces, les mouvemeats de la gravitation et de la génération , te racontent la gloire de Dieu ; mais monte plus haut, Ascende stiperiùs! admire, dans le monde surnaturel, les types immortels de tout être, de toute vie , de toute loi, de tout ordre, de toute harmonie. Souviens-toi que la nature entière a été lavée et purifiée dans le sang du Christ : Terra ^ pontm^ astra, mundus, quo lavantur flumine (1); que la sublime architecture du corps humain, détruite par la mort, sera restaurée un jour, par le soufQe de Dieu ; que les mondes et les espaces glorifiés deviendront la patrie de rhnmanité arrachée aux horreurs de la tombe. Politique, si tu n*a8 pas oublié que tout pouvoir vient de Dieu et que tout gouvernement doit imiter ici-bas sa paternelle Providence , tu prépares le bonheur des peuples dans la paix, la paix dans une législation à la fois vigoureuse et bienfaisante ; mais monte plus haut , Ascende superiùs! donne la main à T Église, et rappelle-toi que, sans elle, il n'y a pas de salut pour les nations. Économiste, fais de la terre un paradis, si tu le peux ; mais ne t'arrête pas aux froids calculs de la philanthropie, monte plus haut, Ascende superiùs! et demande des inspirations à une vertu qui n'est pas de la nature, la divine charité. Sciences, plus hauti arts et industrie, enfants des sciences, plus haut! plus haut que

{}) Hymne de la Passion.

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