DE LA SCIENCE THEOLOGIQUE
la beauté créée ! plus haut que les progrès terrestres ! Montez! montez! jusqu'à Dieu^ jusqu'au Christ, jusqu'à ses saints, idéal de la beauté! jusqu'au salut du genre humain , jusqu'au ciel , terme de tous les progrès !
Cris sublimes de la plus sublime des sciences I pourquoi ne sont -ils pas toujours entendus? Mais qu'à cela ne tienne, Messieurs : les sciences humaines, malgré l'inexplicable entêtement qui les comprime dans des spécialités étroites, n*échapperont pas au royal pouvoir de la science théologique. Elle saura prélever, sur leurs travaux, l'impôt dont elle a besoin pour soutenir l'honneur de son gouvernement. Toute science subira la loi qui l'oblige d'apporter aux pieds de Dieu gloire et hommage, selon cette parole : Afferte Domino gloriam el honorem. Platon, Aristote, Tacite, Suétone, Hippocrate, Galien, Ptolémée, Justinieu, tous les anciens, mais mieux encore les modernes, verseront au trésor théologique leurs plus précieux biens. Les règles du raisonnement, les dates, les monuments, les manuscrits, les découvertes astronomiques , géologiques , anatomiques , les codes , les calculs de l'économie , serviront à la fécondation des principes théologiques, aux établissements du christianisme, à la confirmation des livres saints, à l'élucidation des mystères, au développement de la casuistique, à l'application de la charité dans les œuvres publiques. Après avoir travaillé pour leur propre
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compte, une foule de savants s'étonneront d'apprendre qu'ils ont préparé^ comme d'humbles manœuvres , les matériaux du temple que la science théologique construit au Dieu trois fois saint; qu'en fin de compte, le christianisme est un fait, que T Écriture a raison, que ses récits s'illuminent, à mesure que les systèmes de la nature se fixent, que la loi évangélique a transformé le droit social , et que , dans toutes les spéculations humanitaires , il faut avoir égard aux vices, aux vertus et aux secours dont la doctrine sainte définit , avec une merveilleuse précision , la nature, Tordre et les effets. Les arts représenteront et chanteront la divine beauté que contemple la grande science, et les chars enflammés de l'industrie, en répandant ses principes divins par la bouche des apôtres qu'ils emportent dans leurs flancs, prépareront l'universalité de son règne.
La théologie est reine des sciences. Ne vous en offensez pas. Messieurs; ne criez pas, comme le vulgaire, à l'asservissement de la raison : sans la raison, la théologie n'existerait pas , puisquelle n'est rien autre chose que l'application des facultés logique, comparative et méthodique , rationnelles enfin , aux principes révélés. La théologie fait monter avec elle la raison, sur le trône qu'elle occupe au sommet du monde scientifique. Je n'admets donc pas, je ne puis admettre que Ton dise, par opposition : les théologiens et les savants. Cette division est misérable et men-
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teufie, car qui n'est pas savant ne peut pas être théologien. Agitez-vous dans la sphère de vos spécialités; demandez aux instituts des mentions honorables , des prix et des couronnes ; soyez de savants mathémati* ciens, de savants chimistes, de savants astronomes, de savants économistes ; soyez tout ce que vous voudrez : vous ne sortirez jamais de Thumble rôle de sujets du théologien. Tous vos traités passeront par ses mains, et subiront le contrôle de ses principes, jusqu'à ce qu'il juge à propos de les incorporer à ses asuvres: car lui, c'est le savant universel; lui, c'est votre roi !
Hommes illustres qui, depuis les jours d'Augustin, avez corrigé, gouverné, appliqué les sciences humaines , au profit de la vérité descendue des cieux , Je vous salue! Je voudrais pouvoir vous nommer tous et parler de vos œuvres; mais il faut que je m'arrête. Pardonnez-moi cependant une préférence de Tamour fraternel, et permettez - moi de couronner de mes louanges le grand docteur Thomas d'Aquin. Je l'ai vu dans le tableau d'un artiste, admirateur de son génie. Il était assis sur un trône , entre le ciel et la terre ; l'Esprit-Saint planait sur sa tète, le Verbe incarné parlait à son oreille, les prophètes et les écrivains sacrés inondaient de lumière son vaste front, la science humaine lui envoyait d'en bas ses rares et faibles rayons, et de sa bouche s'échappait un fleuve où venait
boire un peuple infini de grands hommes. Comme il
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était calme , pais8aat , glorieux , dans soa triomphe ! Gomme on sentait bien qu'il était roil Oui^ il est roi I le €hrist a approuvé sa doctrine, les Souverains Pontifes Tout appelée miracideuse , les universités et les ordres religieux Pont adoptée comme la règle suprême de leur enseignement : car elle est forte, elle est vaste, elle est profonde, elle est complète, elle est sublime, elle est sainte. On la croyait étouffée par Toubli du siècle impie qui nous a précédés, et voilà qu'elle revit, dans toute sa splendeur et son autorité. Nos presses gémissent , afin de multiplier les œuvres de celai qui fut roi parmi les rois. Pourquoi cela, Messieurs? Pourquoi cette reviviscence de la théologie thomiste? Parce que le désir et le besoin de notre siècle est de concilier entre elles la foi et la raison, la révélation et la science, et que cette conciliation n*a été faite plus hardiment, plus sagement et plus complètement par aucun autre que par saint Thomas. Il est allé chercher la science échappée de la maison du Maître , comme Fange alla chercher au désert la fugitive Agar, et il Ta fait mettre à genoux aux pieds du Dieu qu*elle avait oublié et trahi. Toutes les connaissances de son temps rendirent, par sa plume, hommage à la vérité divine, et, bien qu'il n'ait eu à son service que des éléments imparfaits , il nons offre, dans son enseignement, le modèle parfait de ce que nous pouvons accomplir de nos jours. O Thomas ! père de ma pensée, ami de mes veilles , toi dont le nom seul sufflt à la gloire des Frères-Prècheurs ,
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que n'es-ta né dans notre siècle troublé ! Gomme ta puissante raison s'emparerait des admirables découvertes de la science, et de quelles nouvelles et sublimes lumières tu enrichirais la doctrine sacrée ! Nos efibrts partiels s*épuisent dans des œuvres de détail, et il manque au monde théologique la synthèse de tout ce qui s est fait depuis un demi-siècle , pour rallier la science humaine aux principes divins. Dieu nous enverra -t- il bientôt un autre enfant de la noble famille dont Thomas fut la gloire? Je n'en sais rien, Messieurs ; mais si le monde a besoin de ce miracle , n*en doutez pas, il se fera. Un humble prêtre, un moine obscur surgira tout à coup, qui, rempli de toute la science du ciel et de la terre , unira ses travaux à ceux de son ancêtre Thomas d*Aquin, incorporera la Somme du xix" ou du xx* siècle à celle du xiii'; et, avant les jours mauvais qui précéderont la fin des temps, rhumanité stupéfaite verra se dresser devant elle un monument intellectuel, portant à son frontispice cette inscription merveilleuse : Temple des deux filles de Dieu, la foi et la raison.