DB LA GOBTROYEILSE R£LI01EUS
pourquoi nous aTous dit, avec saint Augustin, que le troiflièiiie office de la raison, la troisième loi do ses rapports avec la foi , était de défendf e les principes de la révélation contre toutes les attaques de la raison : de là 9 Messieiffs, la controverse religieuse. Voyons aujourd'hui qael est Tobjet de k controverse religieuse, et quel usage en a fait jusqu'îet k science théologique , ao profit de la foi.
Détruire les objections de Terreur, de quelque manière qu*elle s'attaque aux principes de to foi et à leurs .légitimes conclusions, c'est l'objet propre de la controverse religieuse. Elle se doit tout entière à cette œuvre. C'est à tort qu'elle se laisse tenter par des combats d'opinions, et qu'elle y dépense le meiUeur de ses forces. Les vérités surnaturelles planant en des régions élevées, où il nous est imposable de les saimr, et ne se révélant à nous que par des formules mystérieuses , il n'est pas étonnant que certaines de nos explications et interprétations diffèrent entre elles. Mais ces dissentiments ne doivent point nous agiter, ni nous faire perdre les respectueuses et d^cates attaitions de la drarité. Nos esprits, bien que divisés par les systèmes, demeurent unis dans la méoie foi , en attendant le jugement de l'autorité sou-
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Teraine, qui, étant le lieu le plus haut, le plus sûr, le plus divin de nos principes, ainsi que je le faisais remarquer dernièrement, est aussi le juge infaillible de tout ce qui s*y rattache. Toute opinion, si l'on applique ce mot aux jugements qui flottent entre les ténèbres de l'ignorance et les lumières de la certitude , toute opinion suppose le doute, et, selon la parole du grand Augustin , devenue un des axiomes de TÉglise : dans les choses douteuses, l'esprit est libre, indubiii liber tas.
L'esprit est libre : donc, il nous est permis de produire an dehors nos propres opinions , et de les justifier, si c'est possible, par de solides raisonnements. Mais nous ne devons pas violenter les opinions d'autrui, ni chercher à les opprimer. Je hais les despotes , quels qu'ils soient, et entre tous, et par-<iessus tous, ceux dont l'humeur acariâtre ne peut supporter de libres dissentiments; ceux dont le verbe insolent s'épanche en injures et en anathèmes contre leurs libres contradicteurs ; ceux dont Taltière et aveugle raison est sans cesse occupée h forger des chaînes et h fabriquer des jougs, pour tous les libres systèmes auxquels l'Église elle-même a accordé la paix. Jamais de meilleur coeur je ne crie : A bas les tyrans! que lorsque je lis \e^ pages tumultueuses où ils osent exprimer sans pudeur les fières et âpres exigences de leurs esprits.
La tyrannie des opinions procède d'un détestable orgueil et d'une damnable présomption. L'homme s'y
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habitue à ne plus connaître d'antre autorité intellec* tuelle que lui-même, et, en exagérant ce qu'il peut croire librement, il s'achemine, par une juste permission de Dieu, vers les abimes de l'erreur. Aucune main propice ne peut plus le retenir, tant est yiolent le mouvement de sa course, et aveugle la confiance qu'il a en lui-même. Il tombe... il est tombé! et nous le voyons, ce génie des tempêtes, ce despote avili, s'abreuver à plaisir de tous les déshonneurs de l'apostasie. La tyrannie des opinions, en nous Taisant oublier le respect des pensées et des jugements d'autmi , nous fait oublier aussi le respect des personnes : de là ces impitoyables dédains, ces interprétations malveillantes , ces insultes publiques dont le scandale ne peut être atténué que par des suppositions qui diminuent l'estime dont devraient être entourées les meilleures réputations. La tyrannie des opinions affaiblit , en les divisant, les forces vives de la vérité. Pendant que la controverse religieuse est engagée entre de libres idées, l'erreur, qui devrait recevoir tous les coups, triomphe de nos dissensions et se fortifie dans la paix que lui assurent nos guerres civiles. Il est vrai, Messieurs , que Dieu sait tirer le bien du mal , et nous donner le consolant spectacle d'hommes ennemis qui s'accordent merveilleusement encore sur les vérités de foi : mais j'aime mieux le parfait respect de la liberté, lunion profonde et sincère des âmes, dans la diversité des jugements. Encore une fois, Je déteste
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la tyrannie des opinions , et , 8*il m*e8t permis de toqloir quelque chose, je yeux que vous la détestiez avee moi.
Mais prenez garde : il y a tout près d'ici nne lâcheté , hautement et perfidement réclamée par ceux qui confondent à dessein Terreur et Topinion. A les en croire^ la controverse religieuse a fait son temps. Nous devons nous entendre avec eux sur les principes généraux d'une morale facile, et laisser s'user, au frottement de toutes les contradictions, les vérités surannées qui, jusqu'ici, ont commandé notre foi. De quelque manière qu'elle se produise dans le monde des idées, l'erreur a des droits, l'erreur veut être respectée, car ce n'est qu'une nuance du vrai. Cette absurdité a été écrite en tontes lettres, et, en plein siècle de lumière , nous avons appris que le noir était une nuance du blanc ; l'absorption totale du rayon solaire , une nuance de sa réflexion totale ; notre absence d'un lieu, une nuance de notre présence; le oui, une nuance du non. Ce n'est pas ainsi que vous entendez les choses. Messieurs, je ne m'en étonne pas. Voti« bon sens se rit des subtilités de nos sophistes, et voyant l'erreur telle qu'elle est, une opposition radicale à la vérité, vous dites d'une commune voix : Le respect pour Terreur est impossible. Est-ce que cdui qui salue la vérité peut saluer Terreur sans se déshonorer? Est-ce que la grande science, abreuvée des clartés divines, peut laisser monter vers elle les té-
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Bèbres qull plait à Satan d'amasser autour de son empire? Est-ce que Dieu peut se réjouir de Tembrascsament ridicule et insensé d'une affirmation et d'une négation? Du respect pour Terreur ! Ohl non, jamais cette honte, jamais cette infamie! J'aurai du respect pour Tftme aveuglée de mon irère. Cette pauvre et chère ème ! je ferai plus que de la respecter, je Taimerai de tout mon cwir, je ne la regarderai jamais qu'avec une tendre compassion , je Tarroserai de mes larmes; je la toucherai, comme mon Sauveur touchait jadis les malades et les infirmes ; je la couvrirai , cimtre les coups de la mort étemelle qui la menace , du bour cUer de mes prières. Mais respecter la lèpre inXecte dont elle est souillée ! Je ne le puis pas, mon Dieu, et, si rien que le fer et le feu ne la peut enlev^er, j*y mettrai le fer et le feu.
Donc» autant la couîtro verse religieuse doit être respectueuse et facile pour les libres opinions , autant elle doit être intolérante et fière pour Terreur. Afin que demeurent intègres et immaculés les principes sacrés dont la défense lui est confiée , il faut qu'elle en repousse, partout et impitoyablement, les contradictions.
Or, la première contradiction de Terreur relativement aux principes de la foi, c'est celle qu'annonçait prophétiquement TApôtre, lorsqu'il disait : « OporUt hiBreses e$se : 11 faut qu*il y ait des hérésies. x> La raison , en acceptaat le fait de la révélation et ea se
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soumettant aa joug de l'enseignement divin , ne sait pas toujours se tenir dans les bornes des légitimes opérations qui constituent la science théologique. Féconder les principes, s'approcher des mystères par des comparaisons et des analogies , ordonner les vérités premières avec les vérités acquises, contempler le sublime ensemble de la révélation , c'est trop peu pour son ambition : il lui semble qu'elle a le droit d'entrer dans les entrailles mêmes de la vérité, et qu'elle peut, par des interprétations privées, en rectifier les vieilles formules. C'est ainsi qu'Arius, considérant de trop près le dogme transcendantal de la Trinité, se trouve mal à l'aise devant ce Dieu qui engendre un autre lui-même; il lui paraît mieux qu'il y ait là une création , et que le Verbe , dépouillé de sa consubstanlialité, devienne une sorte de cause seconde , étemelle et universelle par rapport aux autres créatures. Nestorius, contemplant la personne de Jésus- Christ, s'embarrasse dans la duplicité des natures, et conclut à la duplicité des personnes. Eutychès, au contraire, trop appliqué à l'unité de la personne, conclut à l'unité de nature. Luther, préoccupé de la nécessité et des mérites de la foi , ne veut plus des œuvres. Calvin, écrasé par le mystère de la coopération divine dans les actes humains, veut que Dieu fasse tout en nous, et le bien et le mal. Souvent une erreur enfante une autre erreur. Dix, vingt dogmes succombent , sur les ruines de celui qui fut
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frappé le premier, tant c'est le privilège de notre sainte doctrine d'être intimement liée dans ses parties. Mais enfin, les fondements demeurent, et c'est sur enx que s'appuie fermement la controverse religieuse, pour confondre les oppositions de la raison hérétique. Puisque la révélation des vérités surnaturelles est un fait qu'elle accepte , il suflBt de lui démontrer que ses téméraires interprétations contredisent les formules antiques que tous les siècles ont vénérées, comme descendues de la bouche même de Dieu , et que TÉglise enseignante , chargée du dép6t de la foi , a toujours conservées avec un soin jaloux. Sans doute, le désastre doctrinal qui résuite de la négation ou de la corruption d'un dogme fondamental, peut devenir une réfutation victorieuse de Thérésie. Sans doute, on peut la suivre dans les sentiers couverts qu'elle parcourt, pour mieux déguiser ses erreurs; sans doute, on peut mettre à nu ses vaines subtilités. Mais sa défaite est plus assurée , si l'on invoque contre elle la parole divine , dont elle reconnaît l'autorité : pour échapper à cette controverse sommaire, il faut qu'elle se réfugie, de Tincrédulité partielle, dans l'incrédulité absolue.
L'incrédulité absolue , voilà l'universelle patrie des contradictions. C'est de ce côté que la controverse religieuse doit dépenser toutes ses forces. Le fait auguste de la révélation n'est pour l'incrédule qu'une chimère, qu'il s'efforce de détruire , afin détablir définitivement
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le règne du révélateur suprême, du vrai verbe de vérité et de vie, la raison. A cet effet, le monde philosophique et le monde historique subissent, depuis des siècles, d'épouvantables réquisitions. Des légions de sophismes et de faits controuvés ou mal interprétés, s'avancent fièrement en ordre de bataille, et menacent la base même de nos dogmes, c'est-à-dire Tintervention visible et manifeste de Dieu. Yous savee, Messieurs , de quelle manière la controverse religieuse dissipe ces objections enrégimentées, qui, pour le plus grand nombre , ont été plusieurs fois ressnscitées d'entre les morts. Vous savez comment nous triomphons de tout ce qui a été dit , et contre la possibilité des prophéties et des miracles, et contre leur force démonstrative, et contre Tautorité des témoignages qui affirment leur existence. Semblable aux Juifs affranchis qui construisaient d'une main les murs sacrés du temple et repoussaient de Tauli^ l'ennemi, en établissant la notion de la foi , des mjstères, de Tordre surnaturel , le fait de la révélation , je me suis servi de la raison comme d'une épée, pour combattre et ftmp* per à mort les objections de l'incrédulité. Ai-je réusai? Je n'ose le prétendre; mais, quoi qu'il en aoit, rinerédulité ne se tait pas encore : vaincue sur le terrain des faits, elle en appelle aux idées, et pioteate contre la parole de Dieu , au nom des absurdités qu'elle prétend découvrir dans les principes mêmes de la foi. — Je n'ai pas besoin, dit-elle, de cette exhibition
De la CONTÂOVfiASB ftELiGtfitJSË. 665
du merveiUeax qui vous semble un argument sans réjdique. Les prophéties et les miracles, dont vous vous servei pour prouver le fait de la révélation, et vous assurer la possession de la parole de Dieu , ne signifient rien. Le Seigneur n'a pas parlé : Hoc Daminui non loeutuê est; il n'a pas parlé ^ parce qu'il est la sa* gesse et la vérité suprêmes , et que vos dogmes portent dans leurs flancs des contradictions monstrueuses , qui accusent la paternité d'un esprit en délire* Faites-oeus voir, par des démonstrations rigoureuses , prises dans Tessenoe même des choses , la sagesse et la vérité de vos dogmes, et nous croirons. — Messieurs, ]*ai déjà répondu à cette objection, dans une conférence où je traitais des erreurs du rationalisme, relatives aux mystères de la foi (1). Elle se présente ici avec plus de force, de gravité et d'étendue. Je ne puis I9 laisser passer, dussé-je me répéter.
La position que prend l'incrédulité vis-à-vis des principes divips , est injuste et déraisonnable. Nous ne faisons pas profession de comprendre les vérités mys^ térieuses, descendues du ciel par la bouche de Jésus- Christ : nous faisons profession de les croire. Notre foi se justifie par des signes illustres. Nous sommes en possession , c'est à nous d'attendre les démonstrations de l'incrédulité. c< Un soutenant, dit le savant Leibnitz, n'est point obligé de rendre raison de ta
(1) Voyes quatrième Conférence.
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thèse; mais il est obligé de satisfaire aux instances d'un opposant... C'est à Tobjection â*entamer la matière y et il suffit à celui qui répond de dire oui ou non. . . Quand quelqu*un me propose un argument qu*il prétend être invincible, je puis me taire, en Tobtigeant seulement de prouver, en bonne forme, lesénonciations qu'il avance... Le soutenant est comme un commandant assiégé ,^ couvert par ses ouvrages, et c^est à l'attaquant de les ruiner. Le soutenant n'a point ici besoin d'évidence, il ne la cherche pas; mais c'est à l'opposant d'en chercher contre lui et de se faire jour par ses batteries , afin que le soutenant ne soit plus à couvert. Quand on se contente de soutenir la vérité d'un mystère, sans se mêler de le vouloir faire comprendre, on n'a pas besoin de recourir aux maximes philoso* phiques générales ou particulières pour la preuve; et lorsqu'un autre nous oppose quelques maximes philosophiques , oe n'est pas à nous de prouver, d'une manière claire et diittincte, que ces maximes sont conformes à notre dogme, mais c'est à notre adversaire de prouver qu'elles y sont contraires (I). » Ainsi donc, Messieurs, nous ne devons point à l'incrédulité la démonstration directe qu'elle nous demande , mais seulement une démonstration indirecte , par voie de réfutation et de controverse. La science théologique se tient debout aux portes du temple où Dieu réside^
(1) Leibnitz, cité par Delamare, La Foi eoncUiéeavec la raison.
DE LA GONTHOV£aS£ nBLIGIBDSJC. 667
caché sous le voUe impénétrable des mystères , et eUe attend, l'épée de la dialectique au twing, l'armée des objections pour les frapper. Or, les objections de l'incrédulité sont toutes d'humbles mortelles, quoi qu'en disent certains théologiens trop effrayés de l'obscurité des mystères et de la puissance de la raison. Le cinquième concUe de Latran a solennellement déclaré qu'aucun argument contraire aux vérités de foi , d'où quil soit tiré, ne pouvait rester debout, car tous peuvent se résoudre : cum omnia solubilia sint. En effet, s'il était possible de construire contre un de nos dogmes une objection insoluble, ce serait fait de lui; « car, dit fort bien Leibnitz , quelle autre raison légitime pour rejeter un sentiment peut-on avoir, si un argument contraire invincible n'en est pas une? et quel mojen aura-t-on, après cela, de démontrer la fausseté et môme l'absurdité de quelque opinion (1)? » Mais je me demande où les incrédules iraient chercher des objections insolubles contre les mystères. Us ne les voient pas mieux que nous ; les formules qui les expriment, bien que composées de termes simples et clairs , ne font descendre en notre esprit que des idées inévidentes. L'inévidence équivaut -elle à l'absurdité, et avons-nous le droit de nous révolter contre elle? Non, ce serait trahir la cause même de notre raison et de notre expérience. Que de choses inévidentes nous
(1) Discours de la conformité de la foi et de la raison.
658 QUARANTIÈME GONFÉRENCB.
croyons, sur le témoignage de nos sens! Qne de connaissances incomplètes servent d'éléments à nos affirmations purement rationnelles! Pourquoi, dans le monde divin, n^y aurait-il pas des idées évidentes pour les intelligences supérieures, rapprochées du centre des lamières, inévidentes pour notre pauvre et infirme raison? a Dieu ne nous a fait connaître qu*une partie de ses voies, s'écriait Job, et si ce que nous avons entendu n'est qu'une petite goutte de sa parole, qui pourrait voir, sans être écrasé, les foudres de sa grandeur (1)? — Quel homme pourrait connaître le secret de Dieu? dit le Sage ; les pensées des mortels sont chancelantes et leur prévoyance est incertaine. Le corps qui se corrompt rend Tàme lourde , et cette terrestre demeure abat l'esprit troublé par mille sollicitudes. Difficilement nous pouvons juger ce qui est sur la terre, et nous ne trouvons que par le travail ce qui est à notre portée. Qui donc poussera ses recherches jusque dans les cieux? Ce que tu penses, ô Dieu, qui le saura, si tu ne donnes la sagesse et si tu n'envoies d*en haut ton Esprit -Saint (2)? » Et S. Paul : a Les choses de Dieu, personne ne les connaît, si ce n'est l'Esprit de Dieu lui-même (3). » 11 est donc impossible de voir le fond des mystères, et, quelle que soit l'application de notre esprit, nous n'y découvrirons jamais la contra-
(1) Job., cap. XXVI, y. 14.
(2) Sap., cap. n , t. 13*17.
(3) I Cor., cap. ii, v. 11.
DE LA GOIVTROVfiHSB EELIGIEUSB. 65d
diction , Tabsurdité. Car de deux choses Tune : ou bien Tabsurdité est visible au premier coup d'œil , comme quand je dis : le cercle est carré ; mais s*il en est ainsi , pourquoi n*a-t-elle pas été vue , au moins par les esprits supérieurs qui , depuis dix-huit siècles , font profession de croire aux mystères? Ou bien la contradiction se cache au sein même de la formule, et il faut Fen faire sortir en analysant et développant les idées, et les faisant descendre, de conséquence en conséquence, jusqu'à raflBrmation simultanée du oui et du non; mais, pour analyser et. développer les idées, il faut qu'on les voie complètement , sans quoi les conclusions qu*on en tire ne peuvent rien valoir. Voyez-vous coiUplétenient les idées des mystères? Non. Je dis que Dieu est une seule nature en trois personnes , et vous ne savez ni ce qu*est la nature , ni ce qu'est la personnalité en Dieu ; et, par conséquent, vous ne pouvez savoir les relations possibles , nécessaires , entre la personnalité et la nature divines. Je dis que Jésus -Christ est un Dieu-homme , et vous ne savez ni tout ce que l'homme peut devenir, ni tout ce que Dieu peut en faire; et, par conséquent, vous ignorez les limites de lears rapports mutuels. Analysez, développez tant que vous voudrez; prouvez -moi que, d'après ce qfoe vous avez vu dans les formules des mystères , vous y avez découvert le oui et le non. Je m'amuse de vos labeurs, je me ris de vos prétentions, et je sauve ma foi en me
660 QUARANTIEME GONPBRBIIGE.
réfagiant du côté de ce que tous n'avez pas vu , du côté de ce que vous ue pouvez pas voir.
— Cependant n'y aurait-il pas, dans les vérités naturelles, une mesure qui , appliquée aux principes de la foi , les convaincrait de contradiction et d'absurdité , de telle sorte que , bien qu'il soit impossible de voir le fond des idées exprimées par les formules, on puisse néanmoins découvrir le vice de leur rapprochement? De cette manière, nous aurions des objections insolubles. — Cet espoir de l'incrédulité est chimérique, et se dissipe au premier examen. Les vérités naturelles sont ou secondaires, contiogentes et dépendantes d'un ordre spécifiquement déterminé par Dieu , ou primitives, étemelles et nécessaires. Ni les unes ni les autres ne fournissent les éléments d'une argumentation victorieuse, contre les principes divins. Les vérités contingentes pouvant être ou ne pas être, s'écroulent inévitablement, dès qu'on veut leur faire porter le poids d'une comparaison avec les mystères de la foi. C'est une loi de la nature, par exemple, que les vivants se multiplient par une union que Dieu a bénie; mais il pourrait en être autrement : chaque homme porterait en soi le germe fécond de sa race, et le développerait sous l'action unique et solitaire du propre foyer de sa vie. Donc, de l'ordre présent, il est impossible ide conclure contre l'enfantement virginal dont Jésus -Christ est le fruit béni. Et ainsi du reste. Plus la puissance de Dieu est grande , plus les possi-
DE LA COm'ROVERgE RELIGIEUSE. 661
bilités sont iiiDombrables ; pins les possibilités sont innombrables, plas il j a de ressources contre les objections tirées des mérités secondaires et contins gentes.
Mais quelle ressource avon^-nous contre les objections tirées des vérités primitives et nécessaires? Aucune, si ce n'est Fimpossibilité absolue où se trouve l'incrédulité de nous montrer une proposition de foi qui nie clairement et précisément ce qu'affirment clairement et précisément ces vérités. Les plus fortes tentatives, à cet égard, ont toujours échoué misérablement. Ainsi, on a voulu exploiter contre le dogme de la Trinité cet axiome connu de tous : Quœ sunt eadem uni tertio, sunt eadem inter $e : les choses identiques à une troisième sont identiques entre elles. Le Père, le Fils, le Saint-Esprit sont identiques à la nature divine : donc, ils sont identiques entre eux et ne forment qu'une seule et même personne ; et cependant la foi les distingue : donc, la foi admet le oui et le non , la contradiction , l'absurde. Mais pour peu qu'on examine l'énoncé du mystère , il y a là une horrible confusion. Nous disons, il est vrai, que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont identiques à la nature divine, et que, par conséquent ils sont un seul et même Dieu , ce qui est parfaitement conforme à l'axiome proposé; mais nous ne disons aucunement : le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont identiques à la personne, et sont cependant trois personnes distinctes. La nature, que
66S QUABANTIEMR GORFÉRENCE.
Ton prend pour point de comparaison , ne détruit pas les rapports respectifs des personnes qui lui sont identiques. Prenons un exemple qui , bien que très-imparfait , vous fera mieux saisir cette explication. K vous traversez un corps par autant de lignes parallèles qu'il 7 a d'atomes, dans le triple sens de la longueur, de la largeur et de la profondeur, chaque point de jonction des lignes étant un atome, vous conclurez évidemment que la longueur, la largeur et la profondeur sont identiques, quant à la substance; et si cette substance est du marbre , vous direz : La longueur, la largeur et la profondeur sont un seul et même marbre. Mais vous ne direz pas : La longueur est la largeur, la largeur est la profondeur, et réciproquement. L'identité de substance ne détruit pas les rapports respectifs des trois dimensions. Il faut donc compléter Taxiome qu'on applique à la Trinité : Les choses qui sont identiques à une troisième , sont identiques entre elles ^ — par cet autre axiome : La diversité des rapports enlève toute espèce de contradiction : DitersUtis relation num tollU contradictionem.
Je sais que l'incrédulité se retourne du côté des systèmes que la science théologique a inventés , pour expliquer tant bien que mal le comment des mystères : elle se flatte de les confondre , de les réduire à néant. Gela me parait excéder les bornes de la présomption , et, si c'était le temps et le lieu, je pourrais bien démontrer à l'incrédulité qu'elle se trompe , et que les ^