‹ Conférences du Couvent de Saint-Thomas-D'Aquin de ParisChapitre 36 sur 42 · DB LA GONTROVBRSE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

DB LA GONTROVBRSE RELIGIEUSE

systèmes tfaéologiques sont pins fermement appuyés sur leurs arguments qu'elle ne le pense. Mais je passe condamnation sur ce point; j'afBrme que, quand bien même l'incrédulité détruirait une à une toutes les raisons dont se servent les théologiens, pour atténuer l'obscurité des propositions de foi, elle n'aurait rien fait contre les propositions elles-mêmes. La lumière, les couleurs, la foudre, les tremblements de terre, les gigantesques palpitations de l'Océan, cesseraient -ils d'être , de nous réjouir, de nous épouvanter, de no\is ravir, parce quon aurait proposé des objections insolubles, contre les systèmes inventés pour expliquer leur nature et leurs causes? La lumière est- elle une émission de l'astre qui, chaque jour, se balance au sommet de notre firmament, ou bien n'est- elle que la vibration d'ondes subtiles et impondérables , qui remplissent l'espace? Que m'importe? Mon œil la reçoit et s'en abreuve avec délices. Les couleurs sont-elles une propriété des corps , ou bien le résultat de la décomposition du rayon solaire? Que m'importe? La nature en est parée comme d'un habit de fête, et leurs nuances harmonieuses me réjouissent sans cesse. La foudre est-elle une explosion du feu céleste, ou bien la rencontre subite des deui pôles opposés d'un fluide? Que m'importe ? La foudre me fait peur. Le tremblement de terre est-il produit par un échappement du feu central ou par la course insensée d'un fluide ? Que m'importe? Le tremblement de terre m'épouvante et

664 QUARANTIEME GONP^RENCe.

me consterne. Le flux et le reflux de la mer vient-il de lattraction lunaire ou d*une oscillation du globe? Que mimporte? Qaand je suis en face de l'Océan , mon cœur palpite avec les flots, et mon âme ondule en silence, sur les plaines infinies qui se déroulent devant moi; j'oublie les heures, dans cette uniforme et austère contemplation^ et je ne m*en retire jamais sans dire, avec le plus grand des poètes : « O admirables soulèvements de la mer ! MirabUes elationes maris In Donc, qu'importent les systèmes théologiques sur le comment des mystères? La raison théologique , si elle est sage , ne doit point se troubler des diversions de ses adversaires, ni les suivre sur le terrain vague et inconstant des systèmes. Qu'elle se borne à défendre la substance même des dogmes révélés : nous pouvons lui garantir l'invulnérabilité. Aucune objection insoluble ne se dressera devant elle. Elle pourra tout confondre , tout détruire , tout mettre à néant. C'est l'objet propre de la controverse religieuse. Cette controverse, la science théologique en a fait un constant usage au profit de la foi, ainsi que nous Talions voir.

C'est assez l'habitude, aujourd'hui, d'oublier les longues années de l'Église, et de résumer l'histoire de ses démêlés avec les adversaires de la vérité, dans

DE LA GOHTBOVFRSE RELIGIKT7SE. 665

une période unique , sur laquelle on répand plus d'injures que de larmes , bien qu'on l'appelle, avec attendrissement, l'âge douloureux de Thumanité. De là, cette conclusion qui fait frémir les estimables citoyens condamnés à la lire plusieurs fois l'an : ~ L*Église ne raisonne et ne discute qu'avec le fer et le feu. Si les libres penseurs n'arrêtaient son bras, ce serait la vérité ou la mort : souvenez- vous de l'inquisition. — Je ne demandenris pas mieux qu'on se souvînt de l'inquisition , si l'on voulait savoir au juste ce que c'est. Tant de fausses interprétations et de calomnies ont été accumulées autour de ce saint tribunal, qu'il est difficile que les ignorants lui pardonnent d'avoir existé. Mon intention n'est pas de justifier, par une thèse, l'estime que j'ai toujours professée à son endroit , mais de vous prémunir contre des jugements trop h&tifs, en vous proposant une série de questions, que je vous prie d'examiner avant de vous prononcer définitivement.

L'Église est -elle, dans l'ordre de la foi, la mère des chrétiens qui se sont engagés, par le baptême, à lui obéir?

L'Église, mère des chrétiens, a-t-elle le droit de les punir, s'ils sont infidèles et opini&tres dans leur infidélité?

L'Église, mère des chrétiens, a-t-elle le droit de préTenir, même par des rigueurs temporelles, la contagion de l'erreur et la corruption de la famille que Dieu lui a confiée?

Page 1