‹ Conférences du Couvent de Saint-Thomas-D'Aquin de ParisChapitre 4 sur 42 · IL · texte numérisé non relu

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lois iDconnuefi? Je puis vous surprendre eu flagrant délit de miracle. Si vous avez jamais remarqué ce qui se passait, dans la production des phénomènes insolites que vous attribuez aux lois inconnues, vous avez dû voir que presque tous sont en relation directe avec le commandement ou la prière d'un homme. Moïse étend sa baguette , et la mer se divise , le rocher se fend , les sources jaillissent; il lève les mains au ciel, et la manne en descend.* Jésus-Ciirist prononce ces paroles : « Je le veux, soyez guéri 1 » et les aveugles voient, les sourds entendent^ les boiteux marchent, le mal des lépreux disparaît ; « Jeune homme, levez-vous ! — I^zare, viens dehors !» et les morts ressuscitent. D*où ce merveilleux accord du commandement ou de la prière avec le phénoraètte? Est-M possible que Moïse et Jésus -Christ n'aieni; pas connaissance des lois dont ils prévoient Teffet à un moment précis? Mystères de la nature, combinaisons infinies des causes et des effets, ces

ilkislres thaumaturges connaissent tout cela. Oh ontils pris oette science profonde, âmmense, certaine, infaillible de Tinconnu? où? je vaus le demande. Leur siècle ignore et se tait , et, depuis qu'ils ont disparu , la science n*est pas parvenue à enregistrer une seule des prétendues lois qui régissent le miracle. Est-<oe que la lumière divine qui pénètre toutes choses, semt descendue sur leur tète et les aurait introduits dans le sanctuaire mystérieui où s'élaborent tous les événements imprévus? Mais pourquoi eux

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plptôt qiiç ]b reste 4e8 boffiines? Est-ce que ce choix de Dieu ii*est ^s un prodige?

Eu yi4a on répétera k satiété cette phrase devenue banale : « Jésus était un fin observateur. » Tant; que vonç voudrez. Mais c*était un homme de son siècle, et non -seulement Tincrédulité , en patronnant les lois inconnues , le suppose en avance comme tous les génies : eUe en fait une merveille , puisqu'elle ).ui attribue la connaissance de ce qu'elle ignore ellemême^ après di3iL-neuf siècles de progrès. Messieurs, rincréduUté s'oublie ; tant d'humilité n'est pas dans ses habitudes. Par le seul fait qu'elle confesse la science prodigieuse des thaumaturges , ^e se prosteiTie dev9^t eux. Cette abnégation de la part des ennemis de ma foi me dispense dl9sister davantage «ur oe ppint.

Des iex,plicatipns qui inviOgjiH^nt Jie^ Içifi l^connueç , passons , Messieurs , à ce)J^ qiiji invoquent jupfi Ipi connue.

lie docteur Strauss , aprâs Ayoir tenté ^ h Taide uu mjth? , h démolition du mir^cl^ 7 pronoi^e VçncjL^ qui suit : « C'est certainement procéder fiyec trop 4fi proi9ptitQde que de rejeter, parce que les neyf dixièmes de ces légepdes sonit des fables, jle dero,iç;r dixième comme également fabuleux. Cftr plusieurs dç ces histoires de guérisons trouvent soit une analogie dans des faits récents dignes de croyance , soit la possibilité d'une explication A9m le cpAOonDSvde )a |pi

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du malade avec une force peut-être analogue au magoétisme, chez le thaumaturge (l). » Plusieurs savants obscurs ont adopté cette opinion du docteur allemand» et en ont pris pour preuve ces paroles qu'on lit dans saint Luc : « Une vertu sortait de Jésus-Christ, » Virtus de illo exibat (2). On rie dit pas , il est vrai, si cette vertu sortait du corps, de TÀme ou de la divinité du Sauveur, ce qu'il serait important de savoir.

Je pourrais opposer à cette explication une fin de non -recevoir, et dire : Le magnétisme n'est pas une science ; il ne sort pas du cercle de ces opinions extrêmement discutables et extrêmement discutées, auxquelles les grandes écoles ne sont pas encore ralliées. Plus tard, il est possible que le magnétisme prenne ses grades : alors nous verrons. En attendant nous ne lui reconnaissons pas le droit de s'immiscer dans les discussions religieuses. Arrière donc le magnétisme et ses explications !

Mais, Messieurs, je veux être généreux. J'ai déjà admis 9 à propos des prétentions du somnambulisme, relativement à la prophétie (3), l'existence d'un fluide universel, dans lequel tous les corps sont plongés et par lequel tons les corps se communiquent : je l'admets encore. J'admets les diverses modifications de ce fluide, selon les milieux qu'il traverse; j'admiets

(1) Strauss, Vie de Jésus, § 94, tom. II, p. 110-111.

(2) S. Luc.) cap. VI, y, 19.

(8) Voyez vinfrtiéme conférence.

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qu'il preiine une forme particulière dans Torganisme humain ; j'admets que la i^olonté humaine puisse s'en servir comme dune force ministérielle; j'admets qu*il produise certains effets singuliers , étranges , insolites; mais je n'admets pas que le miracle soit du nombre de ces effets.

Sans doute, et je dois Tavouer pour être fidèle à la classification que j'ai donnée dans une précédente conférence (1), il y a des miracles qu'on pourrait considérer comme des effets infimes de la puissance divine, si on les compare à certains autres ; des miracles qui, s'ils étaient seuls, pourraient ne nous pas sembler des manifestations assez claires de la Divinité, et mériter l'opprobre d'être rangés parmi les effets d'un fluide dont on connaît mal encore et l'usage et les forces. Mais ces miracles de basse classe^ si je puis parler ainsi, se rattachent, dans une même personne, à tout un ensemble de prodiges, entre lesquels s'établit une sorte de solidarité, de teUe manière que les grands répondent pour les petits.

Partons de ce principe, Messieurs, afin d'échapper à la distinction et au choix qu'on voudrait faire parmi les miracles , pour assurer le triomphe du fluide magnétique. Nous avons suffisamment prouvé jusqu'ici que les prodiges scripturaires sur lesquels s'appuie notre foi, étaient des bits. U faut n'en accepter aucun, ou les accepter tous. Si on n'en accepte aucun , la

(1) Yoyex Tingt-et-nniëue conférence.

86 viifGT-TAofsrèKfe couférenge.

discussion est inutile ; si on les accepte tons , le magnétisme est impossible comme principe , ou bien le magnétisme est le plus grand des miracles.

Que faut- il au magnétisme? un oi^anisme éjaculateur, mais en même temps un organisme patient qui reçoive et puisse réagir, la réaction étant nécessaire à la production d un effet. Tout corps inerte et iuanimé absorbe le fluide, mais il ne rend rien ni en modiRcations ni en mouvements. Émettez sur un homme disposé à recevoir Faction magnétique : il se peut que, sous son influence, des changements heureut s'opèrent dans son corps. Émettez sur une pierre : vous ne la teret pas changer de place, encore moins se multiplier, car elle n*a pas d'organisme qui puisse recevoir. De même émettez sur un cadavre : il résistera à toute action, parce qu'il lui manque un organisme capable de réagir.

De cette théorie fort simple, il résulté qu'un grand nombre de miracles échappent k l'action du fluide comme principe. La mer Rouge, la manne, la résurrectioh des morts, la multiplication des pains et beaucoup d'autres faits merveilleux contenus soit dans r Ancien, soit dans le Nouveau Testament, ne se prêtent pas, que je pense, à l'explication du magnétisme. Supposez tout le genre humain rassemblé , je ne dis pas autour d'une mèr quelconque, mais autour d'un seau d'eau , et projetant à toute force son meilleur fluide , je le mets au défi de faire monter le liquide

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d^an centimètre seulement. Donc, en comparant les principes du magnétisme anx miracles, les miracles repoussent le magnétiraie.

Il en est de même si Ton compare la pratique du magnétisme à Fattitude et aux coutumes des thaumaturges; a Tout est à considérer, disent les hommes de Tart : le tempérament, la constitution, les idiosjrncrasies, les conditions physiologiques et phrénologiqnes, le caractère, TAge, le sexe, soit dans Tc^rateur, soit dans le sujet. Les climats sont d'une hante importance, les saisons également : car quiconque abuse de la magnétogénie pendant Thiyer, perd de jour en jour la force nécessaire pour réagir contre les impressions glaciales des vents du nord. L'assistance doit être choisie ; car ses mauvaises dispositions peuvent paralyser Faction qui s'engage. Que le magnétiseur ait soin de se couvrir de vêtements légers et chauds en même temps, et surtout qu'il ne prenne jamais de tissus antipathiques à Tidiosyncrasie de son malade; nous lui recommandons également Tusage des gants. Les viandes fortes et colorées doivent entrer dans son régime, ainsi que les vins généreux qui, sous un petit volume, relèvent les forces, raniment Tappétit et donnent de la chaleur et du ton à tous les organes. Il lui faut trois repas au moins (I). » A ces conditions , il pourra émettre par les yeux , les mains et la bouche, et réussir à faire bâiller un homme,

(1) Ricard , Physiologie et Hygiène du nutgnéUseur.

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soupirer un enfaat, tressaillir une femme^ pour Fordinaire ^ et, pour l'extraordinaire, à soulager un malade et h produire certains phénomènes équivoques, où le malin esprit pourrait bien être pour quelque chose.

Qui ne voit que tout , dans Fattitude et les mœurs des thaumatui^es, proteste contre ces apprêts ? G*est simplement , sans arrangement préalable , sans choix , en toute occasion, en toute saison, sous tous les climats, à toutes les températures, devant toute assistance, qu'ils guérissent leurs malades. Un salut, une parole, un signe^ c'est assez. Hommes, femmes et enfants reçoivent sans distinction le bénéfice certain de leur action bienfaisante. Plus leur vie est pauvre, mortifiée ^ exténuée , plus le rayonnement de la vertu mystérieuse qui s'échappe de leur corps est puissant et fécond. Vouloir les comparer aux obscurs opérateurs qui s'agitent dans Fombre, et s'épuisent le tempérament à produire quelques spasmes, n'est-ce pas le comble de la déraison?

Cependant, Messieurs, si l'on veut absolument que, dans les prodiges, l'intervention du fluide ministériel soit nécessaire , j'y consens. Mais remarquez bien que le thaumaturge ne tâtonne pas : sa volonté va droit à son but, et nulle part il ne rencontre de phénomènes imprévus. Autant l'opérateur est anxieux , autant le thaumaturge est tranquille. Autant l'opérateur, par les fréquentes déceptions qu'il éprouve et les piètres résultats qu'il obtient, montre qu'il est l'esclave d'une

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force inconnue , autant le thaumaturge , par la sAreté et la grandeur de ses effets , montre qu*il en est le maître absolu. Étrange puissance qui, si on la compare aux grossiers efforts qui épuisent les magnétogènes de tous les temps, devient, comme la science des lois inconnues, le plus grand des miracles.

J'ai 6ni , Messieurs , avec les explications prétentieuses du système naturaliste : ce sont les plus graves et les plus honnêtes. Maintenant , je vous demande pardon pour celles qui suivent ; car vous allez y voir la sottise et la malice de Thomme s*étaler à plaisir.

— Il n'est aucun miracle, disent certains incrédules (1), qui ne se puisse expliquer au moyen d'une légère retouche ou d'une interprétation excessivement simple et naturelle des textes sacrés. Ce qui nous étonnait nous fait sourire, ce qui nous paraissait important se rabaisse à des proportions vulgaires. Le passage de la mer Rouge s'est opéré dans l'intervalle d*une marée ; ce n'est pas' dans la mer que les Hébreux ont passé , c'est au bord de la mer. Gomment des millions de femmes, d'enfants, d'animaux avec les bagages, ont-ils pu traverser, pendant six heures seulement, un espace restreint? Il leur fallait les ailes du vent, et encore I... Mais ce n'est pas notre affaire d'expliquer les diflBcultés, nous nous contentons de supprimer les plus considérables. La manne était une espèce

(1) Paulus, Bahrdt, Yenturini (apud Wallon), De la Croyance à f Évangile.

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de champignon ; il poussait pendant la nuit, et on le cueillait le matin. Les tonnerres du Sinaï étaient des pétards ; car il ne faut pas oublier que Moïse avait été instruit dans la science cachée des Égyptiens. L'eau changée en vin aux noces de Cana? agréable plaisanterie ! on voulait égayer la compagnie. Jésus commande à la tempête : c'est qu'il en avait vu la fin. 11 marche sur l'eau : c'est au bord de l'eau qu'il faut lire. Les morts ressuscites?... ils n'étaient pas bien morts; la preuve, c'est qu'en leur parlant ils entendent ; l'émotion de passer pour morts et de ne pas l'être, ajoutée à la joie de revoir leurs amis, tout cela les ressuscite. La multiplication des pains au désert? c'est élémentaire : chacun avait apporté sa petite provision. Les aveugles guéris ? c'est l'effet de quelque onguent secret que Jésus mêle à sa salive. Selon un auteur plus rapproché de nous, une extrême frugalité explique le miracle du désert, et le contact d'une personne exquise, toutes les guérisons : a car qui oserait dire que le contact d'une personne exquise ne vaut pas les ressources de la pharmacie? Le plaisir de la voir guérit, elle donne ce qu'elle peut (1). »

Messieurs, quelle économie pour le budget, si, en préchant la frugalité aux soldats, on parvenait à nourrir une armée de quatre cent mille hommes à raison de cinq pains pour quatre mille, plus des corbeilles pleines

(1) E. Renan, Vie de Jésus. Introduction.

DÉS MinACLfô. 91

de restes qui pourraient 8er?ir indëfiniiûent pour 168 jours suivants , puisque le reste est toujours plus considérable que la mise! Quel avantage pour nous si tous les étudiants en médecine s'appliquaient à devenir des personnes exquises ! TS(ms y gagnerions une médication facile et agréable, plus une classe de la société exclusivement composée de gens bien élevés, ce qui nous ferait honneur.

Plaisanteries ! Voilà raboutissement des explications que vous venez d'entendre; n'ai-je pas eu raison de les appeler ridicules? Si nous prenions vis-à-vis de rhistoire les libertés qu'ils .^e permettent, que diraient les amis de la nature? Il n'est aucun événement remarquable que nous ne puissions travestir comme ils travestissent lés miracles, aucune gloire que nous ne puissions souiller par une farce.

Un capitaine de Fantlquité a écrit le récit émouvant d'une retraite, qui demeurera à jamais illustre dans les fastes de la guerre. C'était après la mort du jeune Cyrus. Dit mille Grecs, qui l'avaient accompagné, se virent abandonnés en face de l'armée victorieuse des Perses. Entourés, comme d'un rempart, par un corps déplus de deux cent mille hommes, enveloppés par des canaux qui s'étendaient du Tigre à lEuphrate, en butte à l'intempérie des saisons, exténua parla faim et la fatigue, engagés dans des défilés horribles, trahis de tous c6tés, ils arrivèrent enfin au bout d'une année sur dos plages amies; l'air retentit de leurs cris dé joie, et la fumée

de leur sacrifice monta vers Jupiter sauveur. Voilà l'évéuement que vingt-deux siècles out respecté.

Mais cet événement ne me plaît pas , parce qu'il me parait extraordinaire. En le retouchant à la manière des naturalistes , je le rends extrêmement simple. Ces dix mille hommes ont été en proie à une fièvre panique; leur imagination, frappée par un revers immense, s*est créé des fantômes : ils se sont figuré qu'ils étaient poursuivis par les Perses , tranquillement rentrés dans leurs foyers , et ce n*est qu'au bout d'un an, quand ils se sont crus en sûreté, qu'a cessé leur folie. La glorieuse retraite des Dix mille n'est que la fuite honteuse de gens qui mouraient de peur. Voilà, Messieurs, ce que deviendraient les souvenirs et les traditions, si nous les traitions à la manière des incrédules. Strauss a eu raison de s'indigner contre ce qu'il appelle <c les productions monstrueuses d'un système qui remanie rhistoire sans frein ni règle (1). »

Je mets au rang de ces productions monstrueuses une explication sans retentissement parmi les savants, et qui recourt à la (Nrestidigitation. Origène y répondait en ces termes : a Nul prestidigitateur ne cherche par ses œuvres à corriger les mœurs de ceux qu'il rassemble autour de lui , ni à enseigner la crainte de Dieu à ceux qu'il étonne^ ni à leur persuader de vivre dans l'attente des jugements divins. Nul prestidigitateur ne fait cela, ou parce qu'il ne le peut pas , ou parce qu'il n'en a pas

(1) Straus, Vie de Jésus, g 137, tom. Il, p. 675.

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la pensée, ou parce que, après tout, ce n'est pas le but de son travail de corriger les hooimes (I). » J'ajoute à ces graves paroles que le prestige, quand il s'agit d*une chose importante , exige des apprêts : l'impromptu est son ennemi ; or, c'est précisément l'impromptu qui caractérise le miracle. Le même prestige n'a qu'un lieu et qu'une manière; les mêmes miracles se font en tout lieu et de toute manière. Du reste, j'ai tort de m'arrêter à des pauvretés qu'ont constamment méprisées les ennemis sérieux de la vérité ; mais il me semble que je .ne pourrai jamais reculer assez ce qui me reste à vous dire.

Il s'agit des explications malhonnêtes; et j'entends par là celles dont le résultat final est la justification d'une lâcheté, ou du moins l'atténuation du vice qui révolte le plus en nous le sentiment de l'honneur.

Il y a eu, dans l'armée des impies, de hardis blas* phématenrs qui ont jeté le Christ dans la boue et ont trépigné sur son corps, comme pour l'étouffer. L'eniTrement de l'orgueil et la brutale orgie de leurs passions les ont plongés dans ces affreuses ténèbres, où l'homme ne voit plus le bien que comme un fantôme hideux qui l'épouvante et qu'il faut faire disparaître. Rien n'était grand, rien n'était sacré pour eux dans cette figure auguste qui, depuis tant de siècles, illumine l'histoire; ils l'ont abreuvée d'ignominies.

Mais que Dieu leur pardonne d'avoir obéi à la cruelle

(1) Origèue, contra Celsum, 1. I, n«68.

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et honteuse logique de riniqaité! Entre les ennemis de Dieu v^'il^ ^nt les plus aveugles, ils ne sont pas les plus coupables. Les plus coupables sont ceui qui , de parti prjis , n'ont e^ialté le Fils de Dieu que pour faire rapotbépse d'une infamie. — Il était grand, illustre, adniirable, divin, cet bomme dont l'œuvre subsiste malgré dix-huit $iècl^s île tempêtes. Salut, ô Maitrel salut ! ton nom passera aux générations futures^ tou*jours entouré de leur respect et de leur admiration : ilre, Rabin I Mais en même temps, il était imposteur et fripon. Ses miracles ne sont que des mensonges dont il a conscience, des surprises dont il profite lâchement, des scènes de charlajtanisme arrangées avec ceux qui le suivent et partagent ses destinées. Du sublime il descend , non pas par une cbute fatale, mais avec toute la gravité de la réflexion, jusqu'à la pU^s ignoble Yulgari^ : et malgré c^la il est toujours grand, illustre, admirabje, divin. — Avez-vous vu, dans les méthodes de dessin, ces jeux de lignes qui, partant de la figure typique de Tbomme parfait , descend/snt par une dégradation successive jnsqu'^ la tète du crapaud? Tel est le portrait que nous a tracé de Jésus - Christ une plume contemporaine. Déjà le sophiste Bousseau et le ricaneur Voltaire s'étaient exercés à ce jeu sacrilège ; mais , par la grâce du progrès , ils ont été surpassés. Begardez et sojez révoltés avec moi.

-^ Jésus-Chrjstétaitune personnesupériaure^qui^ par son initiative hardie et par Tamour qu'elle sut inspirer,

créa Tobjet et posa le point de départ de la foi future de rhumanité. La conscience universelle lui a décerné le titre de Fils de Dieu, et cela ayec justice, puisqu'il a fait faire à la religion un pas auquel nul autre ne peut^ et probablement ne pourra jamais être comparé.... Il foule aux pieds la nature pour se rapprocher de Dieu...; aimable Babbi..., il débute par une délicieuse pastorale. 11 fonde le royaume des doux et des humbles. . Ses premiers jours sont chastes et sans mélange... Un charme inflni s'exhale de sa personne...; la tendresse de son cœur déborde. Toutes les vertus d'humilité, de pardon, de charité, d'abnégation, de dureté pour soi-même , ont été réellement prëchées par lui... C est bien le royaume de Dieu, c'est-à-dire le royaume de Tesprit qu'il fondait... Mais comment y parvenir? Il se laisse appeler avec plaisir Fils de David, Fils de Dieu. Était-il sincère en cela? Mais qui ne sait que l'histoire est impossible, si Ton n'admet plusieurs degrés dans la sincérité? C'est en vertu de ce principe qu'il se résigne aux miracles. Il fallait bien en passer par là. Donc, il consent à jouer un rôle actif dans ces comédies religieuses. Il y a dans son attitude certaines circonstances choquantes , des efforts et frémissements sentant la jonglerie. Hélas! toute idée perdant de sa pureté dès qu'elle cherche à se réaliser, on ne réussit jamais sans que la délicatesse de Tème éprouve certains froissements. Telle, est la faiblesse de l'esprit humain , que les meilleures

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causes ne sont gagnées, d'ordinaire, que par de mauvaises raisons (1)!

Voilà Jésus-Christ tel que Ta fait Timpiété contemporaine : grand et vil, sublime et trivial, candide et fourbe, touchant au ciel par ses projets, ravalé par ses miracles jusqu'au rang des plus lâches et des plus misérables hommes qu*il nous soit donné de mépriser.

C'est en vain, ô mon Sauveur et mon Dieu! c'est en vain que vous êtes simple, doux, humble, austère, vrai jusqu'à vouloir que notre parole soit oict quand c'est oui, et non quand c'est non. C'est en vain que vous déployez toutes vos forces pour soulager nos infinies misères. Vous passez en faisant le bien, vous cherchez à nous imprimer, avec Tamour de Dieu, la crainte de ses jugements; vous nous donnez la preuve du plus grand des amours en mourant pour nous... Tant de vertus ne vous sauvent pas des mains exécrables qui ont pris à tâche de vous humilier et de vous salir!

Mais ils ne savent donc pas, ces insensés, que si Jésus tombe, tout tombe avec lui? que les gloires les plus pures de l'humanité disparaissent, dans le naufrage de la gloire unique qui nous les explique? C'est sur la vie typique de Jésus-Christ que se sont formées toutes les vies dont le spectacle nous console,

(i) E, Renan, Vie de Jésus, Passim.

DES MIRAGLBS. 97

nous édifie et nous encourage. Ces humbles, ces doux, ces chastes , ces pénitents , ces dévoués, dont la mémoire subsiste plus ferme et plus illustre que celle des génies; ces apôtres qui courent, d'un bout du monde à l'autre , porter les lumières de la for et les espérances du salut, à des barbares et à des sauvages; ces vierges qui emprisonnent leur jeunesse dans ratmosphëre empoisonnée des hôpitaux et des bagnes ; tous les saints dont nous baisons avec respect les ossements vénérables , ne sont que des reproductions affaiblies de la grande image des perfections divines, qui s'est montrée au monde il y a dix -huit cents ans. Jésus est le modèle des saints, et il serait imposteur et fourbe ! le vice serait le type des vertus et le patron des dévouements I C'est impossible, ou bien l'histoire n'est plus pour moi qu'un scandale. La lumière qui Téclairait a disparu. Semblable au vieux Polyphème, monstre horrible, informe , immense , aveuglé ,

Monstrum horrendum, informe, ingens, cui lumen ademptum,

elle remplit les siècles de ses mugissements. — Eh bien» laissons mugir Thistoire. Il faut que Jésus-Christ soit amoindri, il faut que se fasse, en sa personne, Todieux mélange du vice et de la vertu : nous avons besoin de cette iniquité historique , pour ne pas trop offenser un siècle qui entoure de son estime et de son admiration le mensonge et la fourberie des grands.

98 VINGT-TROISIEME CORFÉREUGE.

O mon Jésus bien -aimé! vous n'êtes pas blessé de tant d'injures! mais moi je le suis, nous le sommes tons ; notre cœur pleure et saigne sur les pages odieuses qui TOUS maltraitent. Pourquoi ne voulez -tous pas que nous maudissions? Mais non : votre tète adorable s'est inclinée sur Farbre de la croix, et vous avez offert à vos bourreaux un baiser d'amour et de paix. Seigneur, Maître, Père et ami denos âmes, nous ne serons pas plus durs que vous. Pitié pour vos ennemis ! Vous connaissez mon cœur; vous savez que j'irais me coucher h leurs pieds et les prier avec larmes , si une si grande humiliation pouvait les attendrir et les ramener à tous. En dépit de leur malice , qu'ils soient bénis encore , et que, de leur cœur touché par votre grâce, s'échappent des gémissements et des cris de repentance I

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