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oreilles, par des paysages, des portraits, des charges, des concerts; mais, quelquefois, ils Teffraientpar des lumières , des flammes , des mains mystérieuses , des fantômes, des bruits terribles, des détonations, du fracas. Sans Tinteryention des médiums, assure-t-on, récriture directe et spontanée s'est produite plusieurs fois. Toutes ces préparations aboutissent à des pages dépareillées, signées de noms illustres, et qui contiennent la doctrine spirite.
Voilà, Messieurs, la merveille du xix' siècle. Vous Tavez peut-être jugée déjà , sur le simple exposé que je viens de faire; mais permettez -moi de la prendre au sérieux et d'isoler Dieu du spiritisme, en vous montrant que son origine est suspecte et déshonorée, que ses procédés sont ridicules et téméraires , que ses résultats sont incertains et immoraux. Vous me pardonnerez, si j'offense en quelque endroit la gravité de la chaire, ou plutôt vous ne me pardonnerez pas ; car ce sera la faute des extravagances que je réfute , et je veux que vous soyez sans pitié pour elles.
Il y a quelques années, un homme jeune encore et de moyenne stature, dont la physionomie placide et terne était éclairée par deux yeux bleus qui parais-
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saient rèver toujours , descendit d ud paquebot transatlantique, ouvrit les plis de son manteau et en laissa échapper le spiritisme. D'où venait-il ? d'un pays dont on a loué à outrance les institutions libérales , et qui fait payer cher aujourd'hui l'admiration naïve dont il fut honoré. C'est vrai qu'on peut penser à Taise, sur cette terre affranchie. Les opinions et les doctrines se produisent en public, sans qu'une main brutale les fasse rentrer dans la gorge de ceux qui veulent bien en prendre la responsabilité. Mais, pour aimable, utile et précieuse que soit la liberté , elle n'est pas sans péril; les caresses trop tendres l'énervent, les trop longues complaisances la métamorphosent : elle devient licence et aboutit aux plus monstrueux excès. Les États-Unis d'Amérique sont une preuve actuelle et vivante de cette vérité tant de fois expérimentée. £n aucun lieu du monde, la confusion intellectuelle, morale et religieuse n'est ni plus profonde ni plus universelle. Les sectes, affranchies de toute direction, se découpent et se multiplient, à la manière de ces prodigieux infusoires qui semblent posséder mille vies ; les doctrines, sans contrôle, se transforment du jour au lendemain ; chaque rêveur, ayant le droit de se faire entendre, prélève à tout instant sur la foule les cléments d'un parti ; aucune absurdité, aucune extra* vagance, aucune énormité, aucune ignominie, ne rebutent les fureurs du dogmatisme. C^est une ivresse^ générale, qui ressemble à de la folie. L'illuminé hurle
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ses inspirations. Le trembleur se roule an mitieu des assemblées, Técume à la bouche, dans des convulsions horribles ; la rage qui le possède court d'un adepte à Tautre, comme une épidémie. Le mormon cherche des solitudes nouyelles , pour y ensevelir des misères infirmes et des débtCdches sans nom. Abdiquant toute pudeur et toute dignité, des civilisés vont demander aux sauvages les secrets de leurs évocations superstitieuses. Enfin, Messieurs, imaginez tout ce qu'il y a de plus discordant, de plus disparate, de plus triste pour Tesprit, de plus dégoûtant pour le cœur; et vous n'aurez qu'une faible idée du lamentable spectacle des huit à dix mille sectes qui couvrent, comme d'une lèpre , la terre classique de la liberté , et en font un pandémonium.
C'est de là que le spiritisme est venu envahir nos contrées, et voilà pourquoi j'ai dit que son origine était suspecte. Enfant d'un pays où la liberté de penser dégénère en débauche intellectuelle, où l'esprit humain n'est assujetti à aucune règle doctrinale, où les erreurs ne peuvent plus être comptées, il accumule contre lui tous les préjugés. Impossible au bon sens d'accepter qu'une révélation divine émerge de ce milieu troublé, confus, vil, infect. Impossible au bon sens d'accepter que Dieu se contente de venir, dans un pays où Ton croit jouir déjà des bienfaits de son intervention, sous la figure d'un blondin sans croyance définie , sans mission ostensible , dont tout
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Tapostolat se réduit à remplacer la danse et le whist des salons, par des prestiges qui n'émeuvent que la curiosité, Texaltation et les tendances superstitieuses de l'esprit humain. Ce n'est pas là, que je sache, l'attitude grave et solennelle d'un maitre, qui vient soumettre à l'humanité un nouveau plan de sa providence et la jeter sur des voies nouvelles.
L'origine du spiritisme est suspecte ; je dis plus , Messieurs, elle est déshonorée. On vous parle de prodiges nouveaux, de révélations inconnues, de transformations suprêmes : n'en croyez rien , je vous prie. Le spiritisme se présente à vous sous le couvert d'un mensonge. J'ai laissé supposer tout à l'heure que son existence datait de ce siècle, et même d'une époque assez rapprochée de nous ; il n'en est rien : le spiritisme est vieux comme le combat gigantesque entre le bien et le mal, dont je vous parlais dernièrement, au nom de toutes les traditions.
Avant d'être en Amérique , il était en Chine. Un docteur anglais, passablement sceptique, nous raconte tout ce dont il a été témoin en ce pays : les exploits des tables, des corbeilles, des crayons, les évocations feites aux esprits d'outre- tombe, les réponses intelligentes, les révélations de choses secrètes et mystérieuses , obtenues en caractères rapides , dans une prose du meilleur style, avec une exactitude singulière (1). Les lettrés surtoirt se montrèrent si avides
(1) Mac-Gowan, article de YOverland China Mail, 6 juin 1S66.
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d opérations , et, de leurs évocations, il résulta de si grands maux, qu*un haut mandarin se crut obligé de les dissoudre. En consultant les annales chinoises , on rencontre, par intermittences, des invasions du spiritisme, chaque fois signalées par des désastres. Dans rinde, les trépieds sacrés et les statues d*airain se remuent par leurs propres forces; les charmeurs opèrent des prodiges qu'envieraient nos meilleurs spirites. Dans le ïhibet, les boudha- vivants, dans la Tartarie, les lama-bokte remplissent les fonctions de médiums. U n'y a pas de peuplade sauvage qui ne possède un évocateur. Le spiritisme s'est constamment promené à travers le monde, dans la personne des bohémiens , des gypsy, des zingari. La sorcière , cette femme sale et ignoble du moyen âge, qu'une plume contemporaine, depuis quelque temps condamnée à Tinfamie, s'est efforcée de réhabiliter; la sorcière avait pour mission suprême d'évoquer les esprits. Les vaudois, les albigeois, les manichéens, les gnostiques, toutes les sectes impures ont donné jadis aux esprits, par des débauches qu'il ne faut pas nommer, le signal de l'apparition. Gelse, Porphyre, Proclus, Jamblique, Julien l'Apostat, tous les théurges de l'antiquité faisaient parler les âmes des morts, et mettaient en mouvement des objets inanimés. Les magiciens du paganisme, nous dit Tertuliien, obtenaient, des animaux impurs et des tables inspirées par les esprits, la connaissance des choses cachées. Séduits par
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Texemple des nations infidèles, les Juifs consultaient un bois Til , et le bois leur répondait (i). Saûl , égaré par le désespoir, demandait à la pytbonisse d*éyoquer Tombre de Samuel, et Tombre de Samuel lui apparaissait (2). La terre de Ghanaan était couverte de spirites, lorsque MoEse conduisit, jusqu'à sa frontière, le peuple de Dieu. « Quand vous entrerez, dit-il à Israël, nïmitez pas les nations infidèles. Qu'on ne trouve point parmi vous de misérable assez osé pour interroger les devins , observer les songes et les augures, faire des maléfices ou des enchantements..., et chercher auprès des morts la vérité. C'est pour toutes ces abominations que Dieu va exterminer le peuple de Chanaan à votre arrivée (3). »
Ainsi, Messieurs, en parcourant par le souvenir tous les lieux et tous les âges du monde, ou rencontre le spiritisme. Ke croyez pas que sa forme actuelle soit un progrès : les phénomènes de Tantiquité n'ont rien à envier aux phénomènes contemporains ; ce sont les mêmes procédés et aussi les mêmes résultats. Donc, le spiritisme est Tami, le parent, le commensal, que
(i) Popnlus meus in ligno sao, interrogayit, et baculus ejas annuntiavit ei. (Ose., cap. iv, v. 12.)
(2) Dixitque (Sauli) mulier (habens Pythonem) : Quem suscitabo tibi? Qui ait : Samuelem mihi suscita. (I Reg., cap. xxviii, v. il.)
(3) Quando ingressus fuerîs terram quam Dominus Deus tuus dabit tibi , cave ne imitari velis abominationes illarum gentium : nec inveniatur in te qui ariolos sciscitetur, et observet somnia atque auguria, nec sit malettcus... nec qui quserat a mortuis veritatem. (Deut., cap. XVIII, V. 9, iO, 11.)
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dis-je ? Fappendice obligé de toutes les erreurs et de toutes les abjections, le patron des faux dieux et de la corruption qu^ils sèment sur leur passage. Voilà la nouveauté merveilleuse qui doit opérer notre suprême transformation. Si nous nous laissons faire, bientôt nous serons élevés à la hauteur des peuples exécrés qui ont adoré la matière, à la hauteur des théurges de Técole alexandrine, à la hauteur des sectes abominables contre lesquelles nos pères se sont crus obligés de faire la croisade, à la hauteur des Tartares, des Chinois, des Indiens, des nations qui confondent Dieu avec le monde, et dont les doctrines les plus sublimes aboutissent à une abstraction désespérante : le néant; à la hauteur des Sioux, des Pawnies, des Âlpaches, des Gomanches, des sauvages, mangeurs de chair humaine, adorateurs des fétiches et spirites, par la grâce de cet abrutissement opiniâtre qui résiste à tous les bienfaits de la civilisation. Quelle destinée! Est-ce que tout ne se révolte pas en vous, Messieurs, en songeant que la majesté de Dieu pourrait être compromise dans un pareil déshonneur? C*est ce qui arriverait cependant, s'il était vrai que le spiritisme fût le miracle de nos jours.
Mais oublions, s*il est possible, Torigine suspecte et déshonorée du spiritisme, et mettons-nous en présence
de ses procédés. Trouveront- ils grâce au tribunal de la raison? Non, Messieurs : car lorsqu'il s^agit du commerce sacré de Dieu avec sa créature, la raison requiert la gravité et la prudence, et les procédés du spiritisme sont ridicules et téméraires.
Imaginez-vous une vingtaine de personnes , dont plusieurs d*an âge plus que mûr, debout et silencieuses, non pas dans un lieu sacré ni devant un autel, mais dans une chambre vulgaire et devant ce qu*il y a de plus trivial : une table, un fauteuil, un chapeau, un panier. Voilà les instruments mystérieux dont Dieu va se servir, pour entrer en communication avec le genre humain. Les mains émues, les yeux ouverts plus que de raison , les oreilles impatientes , toute rassemblée attend, dans le recueillement, le moment solennel... Que va-t-il se passer? Un bruit se fait entendre ; des coups sont frappés... Prosternez -vous, heureux mortels : Deus, ecce Dem ! Dieu , voici Dieu I La table danse , le fauteuil dit oui , le chapeau dit non ; le panier, armé d'un crayon, écrit comme un mercenaire, à deux centimes la page ; on conmiente tous ces faits, ou recueille ces précieuses révélations. O merveille ! le passage de la mer Rouge , la manne , le Sinaï , la résurrection des morts : — vénérables antiquités auxquelles il ne faut plus songer ! Deus , ecce Dem 1 Dieu , voici Dieu , non pas encore en personne , sans doute , mais précédé par ses esprits. Autrefois, pour tenir en respect le peuple hébrea , il envoyait ses Chérubins
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devant sa face, au milieu des flammes et des tonnerres ; les chars de feu roulaient solennellement sur les cimes tremblantes du Sinaî. Mais les enfants d'Israël étaient exigeants et grossiers. Âujourd*hui, pour nos générations discrètes et bien élevées, il suffit que Dieu envoie ses anges... dans un panier.
Cependant , Messieurs , il est une certaine classe de spirites, qui renie assez volontiers les pratiques bizarres et les procédés comiques, par lesquels la secte s'est mise d'abord en communication avec les esprits. Tout se passe chez eux avec la décence, voire avec la solennité qui convient à une si grande action. Les médiums seuls ^ sous rinflnence des évocateurs , se préparent à rinvasion des êtres invisibles dont ils vont devenir les organes : et voilà ce que j'appelle des procédés téméraires.
Entre une fin que Ton veut obtenir et les moyens qu'on emploie pour cela, il faut une proportion. Quiconque emploie des moyens sans proportion avec la fin qu'il veut atteindre, est au moins téméraire. C'est le cas du spiritisme : car, entre l'évocation des esprits et leur manifestation, il n'y a aucune proportion.
Si nous supposons que les êtres du monde invisible sont de même nature que nous, sur quoi fondons-nous le droit que nous nous arrogeons de troubler leur repos, et de les contraindre h nous servir ? quand l'avonsnous acquis et de quelle manière? Je sais qu'on met
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en a\ant uu système raffiné de transmigrations et de sympathies universelles, qui nous explique, dit*on, la liberté grande que nous prenons d'évoquer les esprits, et la bonne volonté avec laquelle ils nous répondent ; mais ce système n*est qu*un tissu d'affirmations gratuites, incapables de fonder un droit. La nature, quaad on rinterroge avec gravité, nous fait espérer qu'un jour nous -rencontrerons, dans une patrie meilleure, ceux qui nous furent chers ^ mais, en même temps, elle nous fait entendre que nos forces impuissantes expirent aux portes fatales du tombeau, et qu'il ne nous est plus permis , pendant les tristes jours de notre pèlerinage, de vivre avec nos amis disparus, autrement que par le souvenir et la prière.
Si la force d'évocation et le commerce avec les âmes nous étaient naturels, nous en aurions tous conscience, et, depuis les premiers âges du monde, les pratiques spirites seraient universelles et constantes , comme le culte des morts. Chaque famille s'entretiendrait, auprès du foyer domestique, avec ses ancêtres. Chaque mère appellerait sans frémir, auprès d'elle, les enfants bien* aimés que la mort a trop tôt ravis à son amour. Comme personne n'a 'besoin d'intennediaire pour se souvenir des trépaaiés, personne n'aurait besoin d'intermédiaire pour communiquer av«c eux : la moitié de la vie se passerait , sans efforts et sans apprêts, en douces causeries, jamais profanées par tout l'attirail d'une séance. Mais, Messieurs, nous ne
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voyons rien, nous ne sentons rien, dans notre nature, qui ressemble à une puissance évocatrice , aussi facilement et spontanément mise en acte que le souvenir qui nous rattache au passé, et la parole qui crée des relations entre nous et ceux qui nous entourent. Au contraire, les déchirures que la mort fait à nos cœurs, les cris douloureux qu'elle nous arrache, le vide affreux qu'elle crée dans nos existences désolées , tous ces accidents nous prouvent éloquemment l'irrémédiable nécessité d'une séparation, dont l'espérance et l'amour de Dieu peuvent seuls tempérer les tristesses et les amertumes.
Si nous supposons les êtres du monde invisible , d'une substance plus pure et de facultés plus élevées, ils échappent plus sûrement à toute influence naturelle de notre part. Les rangs inférieurs d'une hiérarchie ne pouvant pas commander aux rangs supérieurs, sans que l'ordre soit renversé, notre impuissance devient plus manifeste , et la disproportion entre le moyen et la fin plus frappante.
Direz-vous que, dans l'ordre du merveilleux, il ne s'agit pas de proportion, et que c'est précisément le manque de proportion entre le moyen et la fin qui fait le prodige? Ce senit absurde, Messieurs, et je ne sache pas que l'absurde puisse jamais devenir un miracle. Dieu , même quand il agit extraordinairement , ne peut pas s'a&anchir de certaines règles fondamentales qui reposent sur l'essence même des choses, et
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cest une de ces règles que tout moyen soit proportionné à la fin qu'on veut obtenir.
Il reste donc que, dans révocation des esprits, puisque la force originale nous manque, Dieu supplée par Tapplication de sa propre force. N'est-ce pas ce qu'il fait dans le miracle? Entre un signe vulgaire et la guérison d'un aveugle -né, entre une parole et la résurrection d'un mort , entre Tattouchement d'un bois grossier et le mouvement gigantesque qui jette k droite et à gauche les eaux de la mer, afin de laisser passer tout un peuple, il n'y a évidemment aucune proportion naturelle. Le moyen est inepte, si on le compare à la fin ; mais en supposant Tapplication de la puissance souveraine de Dieu , la proportion est aussitôt rétablie ) le moyen devient supérieur à la fin. Voilà, dira-t-on, ce qui nous explique l'eflBcacité des procédés spirites et les purge de toute accusation de témérité.
Comment cela, Nessieurs? Dieu a-t-il promis aux spirites, comme aux thaumaturges^ de récompenser leur foi par les manifestations miraculeuses de son pouvoir? Que les spirites me montrent cette promesse, et je retire l'aècusation que j'ai portée contre eux. Il est vrai que Jésus-Christ dit quelque part : « Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais, et de plus grandes encore. . . Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai (!).'> Mais est* ce bien au nom de
(1) Amen, amen dico vobis, qai crédit in me, opéra, quae ego facio,