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146 VIKGT-CIRQUIÈMB G01«F£RERG£.
Jésus-Christ, par nn sentiment de foi por et désintéressé et pour Tunique gloire de Dieu, que s'opèrent les merveilles spirites? Il n'y parait pas, Messieurs, à Vétrangc confusion des doctrines qui en émanent, et que nous jugerons tout à l'heure. Cependant, s'il était vrai que le spiritisme voulût justifier sérieusement ses procédés par la promesse que vous venez d'entendre, il ne serait pas difficile de lui en soustraire l'appui. Les mêmes livres sacrés qui promettent à la foi le don des miracles , interdisent à tous les croyants le commerce avec les esprits d'outre-tombe. Vous connaissez la parole qu'un grand thaumaturge adressait à son peuple : « Que personne d'entre vous ne cherche la vérité auprès des morts. )» L'cùt-il prononcée, si le spiritisme eût été une conséquence naturelle du pouvoir que Dieu lui avait si libéralement communiqué?
Les promesses de Dieu, relativement à la puissance des miracles, sont donc de nulle valeur pour le spirite ; il ne peut les invoquer sans nous montrer du doigt son jugement et sa condamnation. D'où il résulte finalement , Messieurs , que le spirite demeure seul aveô sa propre force, devant des effets impossibles. S'il tente l'aventure, cependant, s'il sonde, par des évocations naturellement impuissantes , un monde plein de mystères, et sans doute plein de pièges, ne sommes-nous
et ipse faciet, et majora honim faciet Si quid petieritis me in
nomine meo hoc fkciam. (S. Joan., cap.xiv, v. 12, 14.)
pas en droit de raccuser d'une témérité sacrilège?
Et voyez -en Fexcès, je vous prie. Dans une action aussi grave que le commerce avec les êtres invisibles, c'est la femme qui devient Tagent habituel et principal. Si souvent trompée par les vivants, on veut qu'elle le soit encore par les morts : c'est trop. Je ne conteste pas à la femme les qualités généreuses qui peuvent faire d'elle une noble et sainte créature, et la rendre digne de respect et d'admiration. Mais il est un côté de sa fragile nature dont on doit se déCer éternellement : c'est cette légèreté d'esprit, cette précipitation de jugement, cette vivacité d'imagination, cette excessive sensibilité physique et morale, et par*dessus tout cette incurable vanité , qui la disposent à toutes les illusions, à tous les mensonges, à toutes les duperies. Attirer l'attention publique sur la femme, la mettre en rapport avec un monde mystérieux et la charger d'en être l'interprète , c'est ouvrir à l'erreur la plus large porte par laquelle elle puisse se précipiter vers nous. C'est le comble de Timprudence et de la témérité. Dieu n'est pas là , Messieurs ; car sa haute sagesse choisirait mieux les médiums, je vous le certifie.
Isolé de Dieu par son origine suspecte et déshonorée, par ses procédés ridicules et téméraires, le spiritisme s'isole bien plus encore par l'incertitude et l'immoralité de ses résultats.
148 V1NGT-C1IIQU1ÈME GONFEREKGE.
Le premier résultat d*un miracle , Messieurs , doit être, ce semble, l'indiscutable certitude de Tintervention divine ; si le miracle ne produisait pas ce premier effet, il serait inutile de l'invoquer à l'appui d*une proposition, puisque, en somme, il n'en changerait aucunement la valeur. Dieu clairement perçu dans le miracle, voilà le résultat que je demande au spiritisme, et que, de Taveu de ses plus illustres docteurs, il ne peut pas me donner.
Toute évocation nous met en face d*une légion infinie d'êtres capricieux , qui peuvent à chaque instant troubler la gravité de nos communications et en compromettre rissue. et Les esprits malveillants peuvent tenter de nous tromper, et les substitutions ne sont pas rares... (1). Il y a des faussaires dans le monde des esprits comme dans le nôtre... (2). La rouerie des esprits mystificateurs dépasse parfois tout ce qu*on peut imaginer... On ne doit jamais se laisser éblouir par les noms que prennent les esprits, pour donner une .apparence de vérité à leurs paroles... (3). Si Tesprit évoqué n'est pas entièrement pur, sa parole n'est
(1) Lettre ctun catholique sur le spiritisme, pag. 107.
(2) AlUn Kardec, Livre des médiums, pag. 367. (8) Ibid.y pag. 427.
DES MIBACLES. 149
pas entièrement vraie... (1). Quand on s'entretient avec un esprit connu, un autre survient souvent, et, sans qu*oa le lui demande , se mêle à la conversation (2). »
Tels sont, mot à mot, les aveux que je rencontre, dans des livres de direction spirite. Gomment pou ronsnous nous retirer sains et sau£s de pareilles confusions? On nous dit qu'il est facile de distinguer les esprits : nous ne pouvons pas nous contenter de cette simple affirmation, la plus vulgaire prudence nous le défend ; nous voulons un critérium infaillible. Le demanderonsnous anx phénomènes qui accompagnent les manifestations? Mais il n'en est pas un seul qu*on puisse attribuer k la force transcendantale de. Dieu , pas un seul non plus qui ne puisse être déduit des sujets mis en mouvement par la puissance funeste de Satan. Aussi n'est-ce pas de ce côté que nous renvoient les docteurs. « Le signe caractéristique des esprits inférieurs et malveillants, disent- ils, c'est la mauvaise tenue des discours, la trivialité des paroles, la«^légèreté des révélations. Les esprits supérieurs et bienfaisants parlent avec gravité , onction , autorité ; on sent que tout est sérieux dans leurs manifestations. » Ob I la belle et solide planche de salut qui nous est tendue î — Les esprits supérieurs et bienfaisants parlent avec gravité, onction, autorité ; on sent que tout est sérieux
(i) Livre des médiums , pag. 500.
(3) /6i'cf., pag. 371.
(50 YIHGT-GIHQUIÈME CONFÉREKCE.
dans leurs manifestations. Mais ne nous a*t-on pas dit qull en était du monde invisible comme du nôtre? Hélas ! dans notre pauvre monde , je connais des légions d'esprits , aucunement supérieurs et nullement bienfaisants, qui écrivent en style grave, onctueux et quelque peu magistral , des brochures , des revues et des livres pleins d'absurdités, de sottises et d'infamies, prises au sérieux par des milliers d*admira* teurs. Si les esprits inférieurs et malveillants du monde invisible en fout autant, à quoi les reconnaîtrons-nous?
Il est possible cependant que , à force de chercher, nous ayons rencontré un esprit pur. Tenons-nous bien, Messieurs : car, même de ce côté , la certitude nous échappe. Par pitié, sans doute, par condescendance, par un excès de débonnaireté , « les esprits les plus purs parlent souvent dans le sens de Topinion de ceux qui les écoutent (1). » Ainsi une àme est aveuglée par ses passions, remplie de préjugés grossiers et d'erreurs dangereuses. Elle s'ignore, et son ignorance éternise son malheur et sa honte. Ne peut -elle pas espérer, de son commerce avec un esprit pur, une direction charitable et prudente^ qui Téclaire sur son état et rengage dans une vie nouvelle? Non; car elle peut s'aboucher, sans s'en douter, avec un complice faible et imbécile qui la confirme solennellement dans tous ses égarements.
(1) Livre des médiums, pag. 500.
DES HIBAGUES. 151
En aucune hypothèse , donc , nous ne sommes certains de la^onté des résultats obtenus par le spiritisme N*estrce pas un danger immense que cette incertitude? Affronter ce danger de gaieté de cœur, se livrer sans frémir è des influences si facilement hostiles h la vérité et i la vertu, n'est-ce pas déjà une flagrante immoralité? Donc , les r^fsultats du spiritisme , par cela même qu'ils sont incertains, sont immoraux.
Qu'il me soit permis d'insister sur cette immoralité des résultats ; c'est un signe majeur : n'eussions-nous que celui-là, le spiritisme serait à jamais condamné.
Il est sorti des laboratoires spirites quantité de pages d'un style plat et d'une parfaite inutilité , qui supposent une perte de temps énorme. C'est d^jà une faute; cependant, en comparaison des autres, cette faute n*est que vénielle. Les fautes mortelles sont : l'influence suspecte des évocateurs sur les médiums , la violation des secrets de la mort, les diffamations posthumes, la réhabilitation de certaines figures historiques que des crimes publics ont justement fait condamner à Tinfamie , l'insatiable curiosité qui s'allume dans l'esprit d*une foule d'initiés , les nombreuses indiscrétions qui en sont la suite , les catastrophes lam^itables qui précipitent la raison d'un grand nombre dans les abjections de l'idiotisme et de la folie, ainsi que l'attestent plusieurs rapports dignes de foi. Tel est, Messieurs, le triste résumé des im-
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moralités du spiritisme. Il en manque une, cependant, plus grave que les autres , parce qu'elle tend à corrompre un plus grand nombre d'âmes : c'est Timmoralité de la doctrine.
La doctrine , ainsi que je vous le disais dernièrement, est ]^ signe infaillible auquel se reconnaît la présence ou Tabsence de Dieu , dans le prodige. Toute doctrine pure nous dispose à voir Dieu dans son œuvre ; toute doctrine immorale nous force de l'exclure. Or, la doctrine émanée des révélations spirites est une doctrine immorale.
Elle est immorale, d'abord, parce qu'elle est bouffonne, et que la bouffonnerie, en fait de doctrine, tend à avilir l'esprit humain. Vous avez cru jusqu'ici, Messieurs, que voire âme avait été spécialement créée pour votre corps, et que, de l'union de votre âme avec votre corps, il résultait, une fois pour toutes, un individu d'un sexe déterminé. Erreur! Vous datez comme esprit d'une époque inconnue, et, malgré mes convictions les plus intimes, je suis obligé de subir votre sort. « Nous avons mangé jadis de la chair « humaine, » car nous étions « anthropophages » : il a fallu passer par là, avant d'arriver aux honneurs de la civilisation. J'étais fier d'être homme, et voilà que « tout homme a été femme, toute femme a été « homme (1). » J'ai été peut-être ma grand'mère,
(4) Allai! Kardec, Livre des espnts,rfil^. 201.
DES MIEACLBS. 153
je suis actuellement mon grand -oncle, en attendant que je devienne ma petite-nièce. Les jeunes gens ayant été jeunes filles, et les jeunes filles, jeunes gens, vous avez pu être les épouses de vos femmes. Vos familles se composent de pièces et de morceaux : il y a des Hurons, des Iroquois, des Tartares, et peut-être quelque Visigoth, retardé dans sa réincarnation par un accident imprévu. Je vous épargne le reste; les principes du spiritisme sont féconds en conséquences bouffonnes. J*ai hâte de signaler des immoralités plus sérieuses.
Le spiritisme professe le plus grand respect pour la Di^inité ; mais, en y regardant de près, il n*est pas difiicile de se convaincre que ce respect n*est qu*une apparence, destinée à dissimuler les brèches profondes faites au dogme fondamental par les principes de la nouvelle doctrine.
Dieu est-il Tétre nécessaire et abiolu ? Le spiritisme en convient , et cependant il affirme que « le monde spirite est le monde normal, primitif, éternel, préexistant et survivant à tout (i). »
Dieu est -il créateur du ciel, de la terre et de tous les êtres possibles? Oui, répondent les spirites. Et cependant, selon leur doctrine , « la matière, Tesprit, Dieu, ces trois choses sont le principe de tout ce qui existe, la trinité universelle (2). »
(1) Livre des esprits.
(2) I(nd., no 27.
I6& VINGT- CINQUIÈME GOlrFéRE^CE.
Diea a-t-il eommencé à créer? Incontestablement. Et cependant « la création des esprits est permanente (!)• »
Dien est-il la vérité suprèipe, la substance même dn vrai? Qui pourrait en douter? Et cependant a toutes les religions, tous les cultes lui sont indifférents (2) » ; même les cultes abjects qui découlent d'erreurs infâmes, qui dégradent la Divinité, avilissent Tbomme et souillent tout ce qu'il touche. Gomme un père débonnaire, du haut de sa perfection infinie, il contemple les taquineries que se font ses enfants. La promiscuité des croyances est une distraction qui le repose des fatigues de son gouvernement.
Faut-il prier Dieu? Sans doute, nous le prions tous les jours, disent les spirites. Et cependant à quoi bon? « Dieu ne peut changer Tordre de la nature ni ses propres desseins au gré de chacun (3). »
n semblerait qu^^ dans la doctrine des esprits , Tesprit est un esprit. Détrompez- vous. « L'esprit n'est point un être abstrait , indéfini , que la pensée seule peut concevoir : c'est un être réel , circonscrit , qui , dans certains cas, est appréciable par les sens de la vue, de l'ouïe et du toucher (4). » Matérialisme!
Quelle loi régit, dans son ensemble, toute la vie mo-
(1) Livre des esprits, n« 80.
(2) Ibid., n* 651.
(3) Ibid., no 664.
(4) Ibid.
OBS MIHAGLE8. 155
raie? Est-ce la loi du sacrifice et des luttes héroïques, contre les passions qui aboient dans la région ténébreuse des appétits? Deyons-nous réprimer, même par la douleur, les instincts dépravés qui nous tourmenteut et peuvent , à* chaque instant , nous déshonorer? Mon, Messieurs, non; cette morale est trop raffinée : <t Les jouissances n'ont de bornes que celles qui sont tracées par la nature (1). «> C'est-à-dire, buvez, mangez, uses de vos sens; soyez des libertins, des épicuriens 9 des animaux : mais ne soyez pas malades.
Sur quel principe repose la constitution de la &mille? Est-ce, comme nous Tavons cru jusqu'ici , sur rindissolubilité du mariage? Point du tout : « L*indissolubililé du lien conjugal est une loi humaine, trèscontraire à la loi de nature (2). » Les unions passagères et capricieuses, qui affranchissent l'homme des graves soucis de la paternité, voilà ce que la nature commande.
Estrce assez, Messieurs? voulez-vous que je m'arrête? Pas encore, je vous prie : car j'arrive à Timmoralité suprême, au fond même de la doctrine spirite.
Selon celte doctrine, tous les esprits passent par des incarnations successives , jusqu'à ce qu'ils soient parfaitement purifiés; aucun n'échappe à cette loi, et tous aboutissent nécessairement à la béatitude et à
(i) Uvre des esprits, n« 713.
(2) Ibid., n« 697.
156 VINGT-CINQÙIÈMB GOMFEREIÏCE.
la gloire, quel que soit le nombre de leurs fautes et de leurs traoimigralioDS.
Je vous Tavoue, Messieurs, ce qui m*a frappé d'abord, dans cette suite d'aflBrmations sans preuves , c'est leur prodigieuse absurdité. Toute expiation suppose le mérite ; tout mérite suppose , dans Tindividu, l'identité morale et la conscience de ses fautes. Or, s'il est une chose évidente, à supposer que nous sommes dans un état de réincarnation, c'est que notre identité morale ne subsiste plus , et que nous avons perdu la conscience de nos fautes, puisque la tradition de nos souvenirs est brisée, et que, entre Tincarnation présente et les incarnations passées , il y a un abime , Tabime de l'oubli. Pour moi, je le confesse , j'ignore entièrement les péchés que j'ai commis du temps que j'étais anthropophage, et je me crois à tout jamais incapable de les expier; c'est pourquoi j'aiSrme que la théorie des incarnations est absurde au premier chef. Mais, en y regardant de plus près, j'ai vu que limmoralité l'emportait , si c'est possible , sur Tabsurdité.
Quelle est. Messieurs, la garantie de Tordre icibas ? G*est la sanction des lois morales ; non pas une sanction telle quelle, mais une sanction suflBsante, une sanction qui puisse contenir l'homme, malheureusement si facile à l'iniquité, dans les liniites sacrées du devoir. Supprimez cette sanction, et l'homme, par un calcul infâme, se résignera à des épreuves qui ne lui
DBS MIRàCLES. 157
enlèveront pas toute espérance ; et , dépensant dans le crime tout ce qu'il a de force , il parviendra à effacer jusqu'au dernier vestige du bien et de la vertu. Aussi rbumanité a-t-ellé cru, jusqu'ici, qu*i] fallait aux lois morales une sanction suffisante, et^ selon ses traditions « cette sanction , c'est l'éternité des peines , — l'éternité des peines, dont la perspective terrible n'a pas toujours assez de force, pour nous retenir sur les pentes où nous nous laissons choir. Eh bien ! Messieurs, le spiritisme supprime cette sanction : l'homme, quelque misérable et scélérat qu'il soit, n'aura pas d'autre peine à subir que la réincarnation. Et voyez jusqu'à quel point on est indulgent pour lui : la honte, châtiment naturel et comme spontané du crime, la honte de son passé lui sera épargnée par l'oubli ; il recommencera , à nouveau, une vie qui pourra mal finir; mais les siècles sont devant lui, et, en fin de compte, il arrivera à la béatitude et à la gloire. Héliogabale caressera saint Louis , Néron embrassera saint Vincent de Paul , et Voltaire se fondra de tendresse sur le cœur de saint Augustin. Quel est le scélérat qui ne soit prêt à accepter cette conclusion? Si eUe était vraie, grand Dieu! que de catastrophes ! Voyez-vous ces légions de bandits, ivres de forfaits et piétinant sur les ruines du monde? Qu'importe? ils seront condamnés à devenir, plus tard , quelque honnête bourgeois , de mœurs réglées. La pénitence est douce, ils peuvent bien se satisfaire.
iôS VINGT -GIUQUIÈME GONFéllENCE.
Je ne m'expliquerais pas tant d*horreurs, Messieurs, sans une erreur immense, que nous laisse soupçonner la doctrine spirite. A cette question : — Quelle est la source de rintelligence? — elle répond : « L'intelligence universelle. — Il n'est pas douné à Thomme de savoir si chaque être ne puise pas une portion d'intelligence à la source universelle , pour se l'assimiler. — Les esprits sont l'individualisation du principe intelligent... — Les esprits ont -ils une fin? leur individualité a- 1 -elle un terme? rélément dont ils sont formés retourne-t-ilè la masse? — Si nous disons que l'existence des esprits ne finit point, c'est tout ^ que nous pouvons affirmer pour le moment (1). » Au fond de toutes ces propositions, il n'est pas difficile de découvrir un vaste panthéisme.
Cherchez Dieu, maintenant, dans cette horrible cou* fusion de doctrines; le trouverez* vous, Messieurs? Non : Dieu ne partage pas avec l'iniquité le toit où il repose, neque habitabil jtixta te malignus (â). Je ne rencontre , dans le spiritisme , que des qualifications odieuses , impitoyablement repoussées par la perfection infinie de Celui dont on voudrait accaparer l'autorité. Dieu n'est pas, Dieu ne peut pas être le patron de ce qui est suspect et déshonoré dans son origine, ridicule et téméraire dans ses procédés, incertain et immoral dans ses résultats.
(i) Livre des esprits , ii« 71, 72, 79, 83. (2) Ps. m.
DES BiIRAGL£S. 159
Mais qui donc est là? £st-ce la nature dépravée par les faiblesses et les artifices des hommes? Faut-il attribuer les phénomènes spiritcs au magnétisme, an somnambulisme, h Thypnotisme, à la faseination^à Thallacination, au reflet intellectuel, au charlatanisme? Oui , Messieurs , pour beaucoup de cas qui n'ont pas été sérieusement examinés. Mais il est des merveilles attestées par des témoins dignes de foi , qui surpassent toutes les causes naturelles que je viens d*énumérer, et qui supposent l'intervention des intelligences supérieures. Quelles sont ces intelligences ? Sont-ce les anges ou les âmes justes? Impossible, caries uns et les autres ne peuvent être que les causes ministérielles de Dieu. Mais qui donc enfin? 11 ne reste plus que Satan et les légions d'esprits maudits, qu'il emploie pour troubler rhumanité et Tempècher d'arriver à ses fins.
C'est lui, n'en doutez pas, car le spiritisme se rallie, par son origine, à tous les prestiges qu'il a en* fantés , dans les âges deshonorés de l'histoire humaine. C'est lui, car le spiritisme nous rappelle, par ses procédés, l'audace qui l'a fait tomber des cieux. C'est lui, car le spiritisme, par ses résultats, atteste l'influence de sa volonté constamment portée vers le mal, et incapable de rien entreprendre qui ne soit contraire à l'ordre moral. C'est lui , car aucune des merveilles spirites ne dépasse son pouvoir. C'est lui , car il se tient en station à toutes les portes de la natnre, par où notre esprit trop curieux se précipite vers
160 VINGT-CINQUIÈME GONFÉRENCfi.
le mystère : là, il nous saisit; de là, par dlnsensibles pentes, il noas fait tomber jusqu'au fond des abimes de la superstition. Il a beau se cacher, je le reconnais à ses hypocrisies. Le croiriez- Yous, Messieurs? les salutaires conseils qui engagent une àme au service de Dieu , par les pratiques religieuses trop longtemps oubliées, ne sont rien autre chose que des leurres diaboliques. Sous des apparences saintes, Tennemi du genre humain déguise ses abominables calculs. 11 endort la défiance, écarte les soupçons ; il fait prévaloir cette conviction , qu'aucune puissance ne peut agir contre elle-même, que ce qui coudait à Dieu vient de Dieu. Et pour dix âmes candides, qu'il aura converties par une permission d'en haut, il se prépare la corruption de plusieurs milliers d'âmes curieuses, inquiètes, obstinées, qu'aucun avis charitable ne pourra retenir sur le chemin des investigations téméraires et criminelles. Le compte est bon , soyez-en sûr, et, dans la balance des totaux , tout est profit pour l'enfer.
Mais enfin, direz -vous, pourquoi cette solennelle explosion de la puissance de Satan? Quel est donc son dessein? Ah! Messieurs, je l'ai vu tout de suite, en étudiant les doctrines spirites : car j'y ai retrouvé le calque des erreurs publiquement enseignées aujourd'hui par nos savants et par nos lettrés. Tout ce qu'ils disent sur Dieu, sur l'essence de l'âme, sur la religion, sur le monde, sur la famille , sur les exigences sacrées
de la nature, sur la sanction des lois morales, tout est répété, sous d'autres formes, par le spiritisme. Satan n'est que le suppléant des titulaires qu'il s'est choisis , auprès de ceux qu'un fort de la pensée appelle, avec un souverain mépris, « le reste (1). » Il ne se fie pas tout et fait au savoir-faire universel des hommes de plume, et il enseigne à sa manière. Répandre partout, de haut en bas, les mêmes erreurs, tel est le but de l'esprit menteur. Il se sert des faux savants et des lettrés, pour séduire les fats et les sets; il se sert des femmes nerveuses, pour séduire les ignorants et les simples. Sa doctrine triomphe, et par l'abus de la raison dans la philosophie contemporaine , et par l'oubli de la raison dans les superstitions du spiritisme.
Cependant , Messieurs , j'en ai la ferme conviction , Satan se trompe dans ses calculs : par la grâce de Dieu, cette exhibition de sa force doit tourner a sa confusion. En se montrant, il nous arrête sur les pentes du matérialisme , car il nous révèle le monde des esprits, et le monde des esprits attire l'intelligence humaine vers le monde divin. Après avoir vu des manifestations qui attestent une intervention malveillante, on sent le besoin de voir s'il n'y a pas, quelque part, des manifestations qui attestent une intervention bienveillante. Des prestiges on passe aux miracles y des miracles à la vérité,
(1) E. Renan.