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ALLOCUTION A L’HONORABLE JUGE-EN-CHEF

Voilà plus de trente ans que vous êtes juge, de sorte qu’on peut dire que le Palais de Justice est votre maison. Ce fait à lui seul vous constituait un titre indéniable à la première présidence de la Cour Supérieure.

Durant cette longue période de travail autant et peut-être plus que de jouissance, la science du droit qui est dans l’ordre des connaissances humaines ce qu’il y a de plus élevé, la science du droit a dû revendiquer une place privilégiée dans vos veilles. Mais les lettres et l’art oratoire ont été le culte prin-

cipal de votre vie. Aussi pouvons-nous dire à bon droit que si votre élévation est un hommage rendu à votre savoir de légiste et à vos longs services, elle est davantage le triomphe des lettres et de l’éloquence canadienne-française.

La faculté de bien dire e3t chez vous si merveilleuse qu’elle est trompeuse et même dangereuse ; car le charme et la grâce de votre style, la clarté de vos exposés de faits, la lucidité de vos déductions juridiques sont telles, et votre diction est si parfaite, que vous paraissez toujours avoir raison, même quand vous avez tort ; contrairement à ce qu’il en était de certain autre magistrat que j’ai connu autrefois, et qui, même lorsqu’il avait le plus raison, s’arrangeait de manière à nous en faire douter.

Vous avez eu, l’autre jour, la gracieuseté de nous comparer à la magistrature debout, un peu je suppose pour consoler ceux d’entre nous qui croient qu’ils devraient être à vos côtés, et beaucoup pour reconnaître que malgré le zèle actif et la vaillance de travail que peut employer le magistrat à remplir sa tâche, il n’y suffirait pas s’il lui fallait ajouter à son labeur celui que nous lui épargnons.

Outre cette communauté de recherches de la règle sacrée des actions humaines, ce qui nous unit surtout et nous solidarise, c’est le respect du droit.

Quant au vénérable vieillard que vous remplacez, nous nous ménageons le régal de lui témoigner nos sentiments d’une maniéré aussi éclatante que possible, lorsque les préoccupantes agitations par lesquelles nous passons auront pris fin . . .

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