‹ Conférences et discours inéditsChapitre 16 sur 54 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Si nous remontons par la pensée au commencement même du règne de saint Louis, dans quel état la France viendra-t-elle s'offrir à nos regards? De grands feudataires de la couronne, qui en étoient bien moins les sujets que les rivaux, et qui toujours impatiens du joug même le plus léger n'aspiroient qu'à le briser avec violence 5 un clergé très-puissant non-seulement par les prérogatives divines du sacerdoce, mais par l'ascendant politique et les privilèges temporels qu'avoient dû naturellement lui acquérir la supériorité du savoir et des

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lumières 5 un peuple régi par des coutumes incertaines et barbares plutôt que par des lois fixes et raisonnables, instrument et victime des querelles sanglantes des grands toujours armés les uns contre les autres ou contre leur souverain^ une espèce d'anarchie militaire, où bien souvent tout se décidoit par Tépée, et qui mettoit la force à la place de la justice : voilà, Messieurs, ce que présentoit la France il y a six cents ans, au mommt que le père de saint Louis, après un règne si court, fut enlevé par une mort prématurée.

La reine Blancbe de Castille avoit été appelée par Louis YIII à la régence^ elle est jeune et sans expérience j surtout elle est étrangère, et la première femme depuis la trois.ième race qui se soit vue à la tète des affaires publiques : en faut- il davantage pour qu'elle soit en butte à la jalousie de ces fiers barons qui ambitionnent de tenir dans leurs mains les rênes de l'EtatPMais elle est vertueuse, sage et sévère tout ensemble, et bientôt elle fera voir combien elle est capable de dissoudre les ligues de ses ennemis par adresse, ou de les dissiper par la force. Le choix de ceux qu'elle appelle à ses conseils commence à faire éclater sa sagesse

aux yeux de la nation 5 c'est d'abord ce Monlmorenci, gouverneur du jeune Louis, qui à Bouvines s'éloit signalé par la prise de seize bannières, et qui sous trois règnes avoit exercé la charge de connétable avec autant de gloire que de fidélité. C'est encore le célèbre Guérin, évêque de Senlis, élevé à la dignité de chancelier, génie universel, dit un de nos historiens, d'une prudence et d'une fermeté sans exemple, grand homme de guerre avant qu'il parvint à l'épiscopat, évêque digne des premiers temps, lorsqu'il cessa d'être un homme de guerre. C'est en6n ce cardinal du nom de Saint-Ange, qui né avec un génie hardi, entraînant, dont il abusa quelquefois, servit si bien la cause de la régence par la vigueur de ses résolutions. • Ainsi secondée, Blanche va conduire le vaisseau de l'État à travers les tempêtes et les écueils de la plus orageuse minorité. Le jeune Boi dont elle exerce la puissance n'est qu'un enfant de douze ans*, mais il a appris de sa mère, ce qu'il n'oubliera jamais, à ne craindre que Dieu, à mettre avant lout le devoir. Il croîtra, ce royal enfant qui porte dans son ame le germe des qualités les plus héroïques ; il croîtra dans les sentimens et les vertus que

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îa religion inspire; et toujours guidé par elle, il saura dominer les nations et son siècle jusqu'au dernier moment de sa vie. Que si nous voulons d'abord fixer nos regards sur l'administration intérieure de son royaume, nous aurons occasion d'admirer en lui le courage et la grandeur d'ame d'un héros, la sagesse et la justice d'un législateur, les vertus el la perfection d'un chrélien.

La Régente s'occupe avant tout de faire sacrer le jeune Roi, et ce fut dans la cité qui a été comme le berceau du royaume trèschrétien qu'il reçut cette onction sainte, qui en rappelant aux peuples comme aux rois que l'autorité vient de Dieu, apprend au peuple à révérer dans la majesté des rois l'image de la majesté divine, et aux rois à retracer sous les yeux des peuples la justice et la liberté de celui dont ils sont les images : doctrine salutaire, qui ennoblit l'obéissance en donnant au pouvoir une origine sacrée, doctrine bien différente de ces théories séditieuses qui ne flattent le peuple que pour le corrompre, ne le rendent maître en apparence que pour le rendre esclave en réalité, et qui le précipitent inévitablement dans la servitude par la licence.

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Cependant quel orage se prépare contre l'autorité mal affermie de la Régente! Les trois premiers seigneurs du royaume, Thibauld, comte de Champagne, le duc de Bretagne et le comte de la Marche, avoient formé un triumvirat redoutable, et s'étoient engagés par serment à ne déférer à aucun ordre du gouvernement, tant que le Roi seroit en si bas âge. Déjà leurs armemens et leur mouvemens ne manifestent que trop leurs mauvais desseins. La Régente va leur montrer que, maîtresse d'elle-même, elle sait allier le calme au courage. Par ses bienfaits, par ses manières obligeantes, elle gagne des partisans à la cause royale, dans le clergé, dans la noblesse, et parmi le peuple. Mais persuadée qu'avec des rebelles la bonté qui attire n'est rien sans la force qui intimide, elle entre en campagne avec son fils à la tète d'une puissante armée, au milieu d'un hiver très-rude. Le chef de la ligue, l'inconstant, le romanesque Thibauld est déconcerté par la marche rapide de la Régente; il sent que tout son espoir est dans la clémence royale, et il accourt se jeter aux pieds du jeune Roi, qui lui pardonne. Le premier triomphe de la Régente est comme le gage de

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bien d'autres; elle doit avoii- la gloire de ne jamais plier devant les factieux, de ne jamais succomber sous leurs efforts ; et la France verra que si on peut la combattre, on ne peut la surprendre, ni la déconcerter, ni la vaincre.

Dans un temps où les grands vassaux aimoien t à se considérer comme des princes indépendans, à peine le feu de la révolte éloit éteint d'un côté, qu'il se ranimoit de l'autre. Le jeune Louis est destiné à n'arriver à sa majorité qu'à travers des périls imminens, qui, en mûrissant sa raison et son courage, en lui donnant une expérience prématurée, doivent contribuer à la sagesse comme à la gloire de son règne. Voici une nouvelle conspiration bien plus dangereuse que la première : avides du pouvoir, et jaloux de le voir dans les mains d'une femme et d'une étrangère, les factieux n'oublient rien pour la discréditer. Satires sanglantes, calomnies infâmes, plaintes insidieuses, affectation d'un zèle bypocrite pour les intérêts du Roi et de la nation, tout est mis en œuvre pour noircir la réputation de la Régente, et pour soulever contre elle tous les esprits. Malheureusement le comte de Boulogne se déclare pour les con-

jurés : c'étoit un seigneur que sa naissance et ses grandes qualités environnoient d'estime et de confiance. Fils de Philippe-Auguste, oncle du jeune Roi, il se regardoit comme frustré de la régence, el l'espoir de s'en emparer le pousse à la révolte. Son exemple entraine un très-grand nombre de puissans seigneurs-, mais que peuvent les hommes contre celui qui se joue, quand il lui plaît, de leurs vains projets? Dieu fait voir, ainsi que déjà le disoit le peuple, que sa main puissante étoit avec le jeune Roi -, il ne permet pas que cette fois le comte de Champagne reste fidèle aux conjurés; par lui tous les complots sont découverts et restent sans succès. Alors que font les rebelles? Irrités d'une fidélité qui les perd, ils veulent la lui faire expier par la guerre la plus furieuse; ils entrent sur ses terres, et portent de toutes parts le feu et la flamme. Trop foiblc pour résister, il invoque la protection de la R<''gente, qui vole à son secours, el s'avance rapidement jusqu'à Troyes. Le jeune Roi somme les rebelles de se soumettre; l'incertitude <■( l'irrésolution se mettent dans les conseils des princes ligués. Bientôt ils veulent entrer en uf'gociation ; mais le jeune Roi lépond lui même à

leurs envoyés, avec une dignité qui reluit sur son front, qu'il ne veut entendre à aucune négociation tant que la Champagne ne sera pas délivrée des troupes qui la ravagent. Il faut que tout fléchisse devant ce langage auquel la fierté des barons n'étoit pas accoutumée. Louis, dans un âge si tendre, se montre tel qu'il sera jusqu'à la fin; toujours inflexible à la révolte, il n'est indulgent qu'après la soumission ou la victoire.

Louis vient d'atteindre sa quinzième année : à cet âge, Philippe-Auguste s'étoit vu maître de gouverner. Si Louis n'est pas retenu par une loi fixe, il est retenu par la piété filiale , d'accord ici avec le bien du royaume 5 il continue de laisser l'administration dans les mains d'une mère révérée, qui, ne faisant rien pour elle, fait tout pour lui, avec une sagesse qui n'est pas moins propre à affermir le trône de son fils, qu'elle n'est glorieuse pour elle. C'est à sa tendresse éclairée que le jeune Roi devra sa jeune épouse, la douce, la modeste et naïve Marguerite , qui semble n'avoir en partage que les qualités d'un sexe timide, mais qui, formée à l'école de Blanche et de saint Louis, saura déployer un jour, dans les plus

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extrêmes infortunes, tout l'héroïsme das plus mâles vertus.

Le moment arrive où le Roi reçoit des mains de la Régente les rênes du gouvernement ; loin de se réjouir d'avoir comme brisé les liens d'une tutelle incommode, il ne se conduira que par ses sages conseils ; et comme elle, toujours ferme, toujours vigilarit, il fera tourner à l'affermissement de son autorité les efforts que l'on pourra faire encore pour l'ébranler. Une nouvelle occasion se présente pour lui de s'illustrer par de hauts faits qu'eu ne peut passer sous silence.

Veuve de Jean -sans -Terre, et mère de Henri III, roi d'Angleterre, Isabelle avoil épousé le comte de La Marche, Hugues de Lusignan. Celait une princesse hautaine, vindicative, jalouse de la haute réputation de Blanche, et qui se sentoit humiliée de la vassalité de son second époux. Ne roulant dans sa tête que des projets d'ambition et d'indépendance, elle le pousse à la révolte, en même temps qu'elle appelle en France son Gis, le roi d'Angleterre, ébloui par de fastueuses promesses. Que fera Louis? Il se dispose à tenir télé à l'orage, et à sauver la France d\ui dan-

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ger qui pourrait entrainer sa ruine entière. Dans un parlement qu'il convoque à Paris, le comte (le La Marche est déclaré déchu de ses fiefs, et coupable d'une double félonie. En même temps, instruit de ce qui se passoil en Angleterre, Louis se précaulionne contre toute surprise. A cette nouvelle, tous les seigneurs et les barons les plus indépendans oublient leurs querelles particulières, comme leurs prétentions à l'égard de la couronne, pour se souvenir uniquement qu'ils sont Français. Tout marche à la voix de l'honneur, pour la défense commune. Louis s'avance en triomphateur jusqu'à Taillebourg, place Irès-forte sur les bords de la Charente, et qui lui ouvre ses portes. Les deux armées, anglaise et française, ne sont séparées que par la rivière sur laquelle est un pont fort étroit et dont l'extrémité est défendue par quelques tours dont Henri a eu soin de se rendre mailre. Louis a résolu de forcer ce passage. La première attaque se fait avec furie ; mais bientôt le Français perd ce que la Çougue avoit emporté. Louis voit le péril, met pied à terre, se fait jour l'épéc à la main, et pendant quelque temps soutient presque seul les eQurls des ennemis 5 il

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l'ait voir qu'un roi de France sait être, quand il le faut, le premier soldat de sa nation. Son audace enflamme tous les cœurs; bientôt il se voit entouré de ce qu'il y a de plus brave dans son armée, et il peut comballre avec plus d'égalité. L'ennemi cherche son ï^alut dans la fuite la plus précipitée, mais il est poursuivi sans relâche jusque sous les murs de Saintes. Là, une nouvelle bataille s'engage : long-temps la victoire balance y Louis averti précipite sa marche ; à sa présence la victoire se déclare pour lui, et Saintes se donne au vainqueur. Le monarque anglais se voit forcé de repasser dans son lie, oùl'altendoient tant de traverses, et ^a fière Isabelle vient implorer toute en larmes la clémence du prince victorieux. Celui qu'elle ne vouloit pas reconnaître pour roi à sa puissance, elle \ a le reconnoilre pour roi à sa bon té. Louis aime à pardonner j mais toujours inflexible à la révolte, il ne se mon lie indulgent qu'après la soumission ou la victoire. L'Europe comme la France savoient bien que Louis, dans le feu de sa jeunesse, praliquoit toutes les vertus du chiélien : la double journée de Tadlebourg et de Sairttes viennent leur apprendre qu'un loi de vingt-six ans po^sé-

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doit toutes les qualités d'un grand capitaine. Dès ce moment, Louis prend sur la nation et dans l'Europe un ascendant qui ne fera que s'accroître^ son nom n'est prononcé qu'avec le sentiment du respect et de l'admiration chez l'étranger comme dans son royaume, et les vingt-huit dernières années de son règne s'écouleront sans qu'aucun péril grave vienne menacer son trône ou son peuple.

C'est assez vous le montrer déployant au dedans toutes les qualités guerrières ; il s'agit maintenant de l'envisager comme législateur, et de vous faire voir sa sagesse et sa justice.

Il faut comprendre quel éloit l'état civil et politique de la France, à l'avènement de saint Louis au trône de ses pères, si l'on veut bien sentir tout ce que lui ont dû son siècle et les siècles suivans. Alors la France étoit couverte de souverainetés indépendantes les unes des autres, qui ne reconnoissoient dans le Roi qu'une espèce de suprématie politique, dont la foiblesseou l'ambition resserroitou élendoit tour à tour les limites. Les différends qui s'élevoient entre eux, ils les vidoient par les armes; souvent même ils contesloient sur l'étendue et la durée de leurs obligations envers la cou-

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ronne; et les rois ne pouvoient sûrement compter sur leur secours que lorsqu'il s'agissoit d'une invasion étrangère. Alors chaque ville, chaque bourg, et, pour ainsi dire, chaque village avoit ses coutumes*, nul seigneur qui ne s'enivrât de sa puissance, et qui ne fût prêt à se soulever contre tout changement, même salutaire, qu'on eût voulu introduire dans son domaine. Le Roi pouvoit bien exercer une pleine puissance dans les pays du domaine royal : là, il étoit maitre et législateur; mais hors de ces limites, dans les baronies, les lois n'avoient de force que de l'agrément des barons; il ne pouvoit rien que par l'autorité de l'exemple et l'ascendant de la vertu. Encore si ces coutumes diverses eussent été raisonnables, interprétées par des juges dont l'intégrité et les lumières eussent garanti les décisions : mais non, elles étoient bizarres et barbares; l'ignorance et l'injustice présidoient aux tribunaux civils; souvent la solution des questions les plus graves v étoit abandonnée à l'adresse ou à la force: elles se d«'cidoient dans des combats singuliers, où le tort étoit toujours du côté de celui qui avoit le malheur de succomber. On sembloit croire que la Divinité inlervenoit dans H. 7

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ces querelles humaines, pour y faire triompher le bon droit : exagération pieuse, préférable, s^ans doute, à l'oubli total de la Providence, mais qui pouvoit être aussi funeste à l'innocence, qu'elle étoit fausse et réprouvée par la saine piété. Dans ce chaos de législation, qui viendra donc porter la lumière? ces coutumes barbares, qui osera les abolir? ces guerres sans cesse renaissantes des grands vassaux entre eux, qui pourra les modérer, si on ne peut en étouffer le germe? Ces prodiges étoient réservés à saint Louis. Lui seul pouvoit les opérer; rien n'est impossible à ses lumières et à ses vertus.

Depuis le pape Innocent III, qui fut le premier jurisconsulte de l'Europe, les tribunaux ecclésiastiques avoient des règles, des formes et des officiers lettrés. Leur marche, lente peut-être, étoit du moins régulière et avouée de la saine raison. C'est sur ce modèle que saint Louis se propose de réformer les tribunaux civils. Proscrivant, dans les terres de son domaine, les duels judiciaires, il ordonne que les affaires seront disculées, jugées d'après des titres et des témoignages. Ces réglemens particuliers ne sont pas, il est vrai, par eux-

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mêmes, une loi générale du royaume ; mais bientôt leur sagesse les fait adopter. L'exemple du Roi entraine les seigneurs; ce que saint Louis ne peut commander, il le persuade; ce qui n'est pas dans les droits de sa couronne, il le fait prévaloir par l'autorité de l'exemple; el c'est à son sujet que l'auteur de l'Esprit des Lois a dit : Il ôta le mal en faisant sentir le meilleur. Inviter quand il ne faut pas con* traindre, conduire quand il ne faut pas commander, c'est l'habileté suprême.

Ce n'est pas tout ; il établit un tribunal suprême sous le nom de Cour du Roi, pour recevoir les appels des justices royales qui ne pouvolent juger en dernier ressort. Il eut soin de la remplir d'hommes révérés par leur intégrité et leurs lumières. Bientôt la renommée porla au loin la sagesse et l'équité de ses arrêts; elle fut regardée comme la sauvegarde de l'innocence opprimée. Dans la France entière tous les regards se tournèrent vers elle. Entraînés par cet ascendant, en quelque sorte surnaturel, que la sainteté de Louis donnoit à ses exemples, les barons eux-mêmes permettent qu'on appelle de leur cour de justice à celle du Roi : usage qui s'étendit rapidement, au point

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(l'être déjà presque universel sous le successeur de saint Louis, et qui, en attachant au trône le cœur de tous les Français, devoit si puissamment en étendre et en fortifier les prérogatives. Dans les biens qu'il fait, saint Louis prépare pour l'avenir des biens plus grands encore, et sème dans son siècle pour les siècles suivons. Ses successeurs dévoient recueillir encore plus que lui les fruits de sa haute sagesse 5 et je suis autorisé à dire, d'après les écrivains de nos jours les plus versés dans ces sortes de matières, qu'on doit regarder ce prince comme le restaurateur de la législation en France.

El quel n'étoil pas son amour de l'ordre, de la justice et de la paix ! Des officiers de la cour sont chargés par lui de recevoir, à l'entrée de son palais, les plaintes de ses sujets, et de lui faire parvenir celles qui pourroient être d'une nature plus grave et plus embarrassante. De là cette espèce de tribunal de paix et de conciliation, connu sous le nom de Plaids de ht ]>ort('. Le saint Roi va-t-il dans ses jardins chercher quelque délassement aux soins immenses de son administration, il est accessible à tous, il (Vonio Icni;? demandes, cnire dim»

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ieurs démêlés, et les renvoie attendris de sa justice comme de sa bonté. O toi qui l'avances à travers les siècles pour dévorer les généralions et l'ouvrage de leurs mains, à temps destructeur ! pourquoi n'as-tu pas épargné dans ton ravage le chêne auprès duquel le saint Roi, entouré des grands de sa cour, terminoit les dififérends en père plutôt qu'en juge, et proféroit ces sentences qui étoient partout révérées comme les oracles de la sagesse ellemême !

On peut bien dire qu'il étoit dévoré de la soif de la justice. Que de traits l'histoire nous en a conservés! S'il fait de fréquens voyages pour voir de plus près les besoins des peuples et remédier à leurs maux, il se fait suivre de quelques hommes vénérables, chargés de s'informer de tous les dommages que son passage pouvoit avoir causés, et de les réparer. Chose unique peul-élre dans l'histoire du monde! Avant de partir pour la Terre Sainte, il fait publier par les ministres des autels, que tous ceux qui auront des plaintes à former contre ses agens peuvent les faire entendre; que tous les torts reconnus, de quelque nature qu'ils soient, seront redressés j et pour cela il établit

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en divers lieux des conseils de conscience pour tout examiner avec la plus scrupuleuse impartialité ; et la première règle qu'il donne à ces tribunaux d'une espèce si nouvelle, c'est de prononcer contre lui toutes les fois que ses droits ne seront pas évidens.

Où est le prince qui ait respecté davantage les droits et les personnes? Ce n'est jamais en vain que le cri de l'opprimé arriva jusqu'à luij toujours on le vit s'élever au-dessus de toute considération humaine, pour n'écouter que la voix de la justice. A ses yeux, la dignité, la naissance, tout s'effaçoit devant le devoir. Certes, son respect pour les ministres de la religion étoit bien profond; mais s'il connoit leurs droits dans les choses spirituelles, il connoit les siens dans les choses temporelles; et s'il est jaloux qu'on rende à Dieu ce qui est à Dieu, il exige que l'on rende à César ce qui est à César. Ainsi, que les évêques de Beauvais, de Laon, de Metz, aient des différends temporels avec les villes dont ils sont les pasteurs, Louis fait examiner leurs prétentions, et ne les trouvant pas fondées, il prononce contre eux.

Malheur à l'oppresseur du foible ! Sous un

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roi tel que sainl Louis, il ne restera pas impuni. L'histoire nous a conservé, à ce sujet, un trait bien remarquable. Trois jeunes gentilshommes armés d'arcs et de flèches, poursuivoient une béte fauve; la fougue de leur âge les entraine sur les terres d'un des plus grands seigneurs de son temps, Eciguerrand de Coucy. Celui-ci, voyant une insulte dans ce qui n'étoit qu'une imprudence, les condamne à perdre la vie, et ces trois infortunés périssent victimes de sa brutale fureur. Leurs familles éplorées demandent vengeance à la justice de Louis. Ce prince fait citer le coupable. En vain il veut décliner; en vain on défie, en son nom, les accusateurs à un combat singulier; il faut se soumettre aux formes régulières de la justice. Les Etats du royaume sont convoqués; Louis éloit sur son trône; le courroux de la justice indignée est peint sur son visage ; tout ce qu'il y a de plus illustre, de plus grand dans le royaume est dans l'effroi de ce qui va arriver, et par les supplications cherche à fléchir le monarque, u Enguenand, lui dit le Roi, s'il m'étoit évident que Dieu me commandât de vous traiter comme vous avez traité ces trois malheureuses victimes de votre

iiireur, sachez que ni votre naissance, ni tout ce que vous avez de proches et d'amis, ni les liens même de la parenté qui vous unissent à moi, ne vous sauveroient pas du supplice que vous avez mérité. » A ces paroles vraiment royales, qui font redouter sa justice et bénir sa clémence, l'assemblée se rassure et tombe en larmes aux genoux du Roi. Cependant les réparations, les expiations, les amendes auxquelles le coupable est condamné absorbent la plus grande partie de sa fortune. Ainsi fut puni un crime, qui, sous les règnes précédons, auroil bien pu n'être pas poursuivi : exemple mémorable qui rassure les foibles contre les attentats de la puissance.

Chéri du peuple, respecté des grands, revêtu aux yeux de tous de celte puissance en quelque sorte divine que donne surtout aux grands hommes une piété sincère, saint Louis fait ce qui sembloil impossible*, il vient à bout de cimenter en tous lieux la tranquillité publique, en pacifiant les querelles des grands, en les rendant moins communes ou moins sanglantes, en portant les seigneurs à terminer leurs discussions par les voies de la justice, au lieu de les terminer par les armes. Louis

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uU tout-puissant dès qu'il eut persuadé par sa conduite qu'il éloil le plus juste des hommes; tout le monde devoit craindie de l'avoir pouiennemi, nul ne craint de l'avoir pour juge. Tel fut le résultat de ses efforts et de sa sollicitude toute paternelle, pour adoucir les humeurs fières et presque farouches des barons, que durant les seiz.e dernières années de son règne, aucune bataille livrée par eux n'ensanglanta le sol français. Qu'ils sont pelits les triomphes des conquérans devant celui-là!

Maintenant qui oserolt reprocher à Louis sa piété? On se joue des exercices, des pratiques qu'elle lui impose, notre délicatesse s'alarme des austérités et des privations aux- (juelles il se condamnoit; mais combien ne sontelles pas propres à rendre les âmes ])lus maitresses d'elles-mêmes et des corps qu'elles sont appelées à gouverner! iSotre pitoyable orgueil dédaigne les humbles et pieux exercices qui n'éloient étrangers à aucune de ses journées et auxquels se sont soumis tant de grands hommes; mais c'est piécisémenl dans la méditation des choses divines, dans la prière, dans le recueillement elle silence au pied des autels, qu'il puisoil les consolations que réclame notre

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misère, et les lumières qui éclairent notre ignorance, et le courage dont il avoit besoin pour porter le fardeau si pesant de l'autorité royale. Oui, sans doute, Louis étoit chrétien en tout, dans ses œuvres comme dans sa foi -, et par cela même il sentoit qu'il devoit tout faire pour Dieu et pour son peuple, protéger la religion et les bonnes mœurs, ne pas porter eu vain le glaive. Louis étoit chrétien, et par cela même charitable envers tous; ses aumônes furent immenses, et que d'asiles n'a-t-il pas fondés pour l'indigence et l'infortune! Louis fut pieux, et par là même il travailla à éclairer les peuples sur la religion; il favorisa les lettres, honora les savans, en les faisant asseoir à sa table 5 il fit une collection de ce qu'il put réunir d'ouvrages les plus précieux, et en permit au public la libre jouissance-, il eut la gloire de fonder cette maison célèbre qui toujours a été dans celte capitale la dépositaire de la saine doctrine, et la source de laquelle découloienl des fleuves de science dans toutes les parties de l'Église Gallicane. Oui, Louis fut toujours chrétien, et c'est par cela même qu'il fut toujours roi, toujours fidèle aux devoirs du haut rang où le ciel l'avuit fait nailre pour la gloire

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lie la France ou plutôt de rhumanité tout entière. Non, le^ hommes ne sont jamais plus puissans pour le bien, que lorsqu'ils s'appuient sur la religion.

Après vous avoir montré saint Louis comme le modèle des rois par sa conduite au dedans, il me reste à vous le (aire admirer dans sa conduite au dehors.

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