PREMIÈRE PARTIE
Svn la fin du quinzième siècle, l'orgueil croissant avec les lumières, une inquiétude superbe agiloit les esprits, et tout faisoit présager des innovations et des calamités. Au milieu de cette fermentation universelle apparoissent deux hommes qui étonnent le monde par l'audace de leurs opinions ; séducteurs l d'autant plus dangereux qu'ils vont remuer
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dans le cœur des peuples l'amour secret de rindépendance. Bien lot le feu de la discorde s'allume dans les vastes contrées de l'Europe 5 les anciennes bornes sont arrachées, les barrières sacrées sont franchies •, des princes et des rois, entraînant avec eux des peuples entiers, se détachent du centre de l'unité chrétienne; et l'on ne sait plus où s'arrêteront les ravages des nouveautés funestes. Cependant celui qui commande aux vents et à la tempête se lève enfin, et pour le salut de son Eglise, tire des trésors de sa miséricorde quelques-uns de ces hommes rares qu'il envoie de temps en temps pour renouveler la face de la terre. C'est Ignace de Loyola, fondateur d'une société dont la dénomination guerrière atteste qu'elle est faite pour combattre, et qui dès son origine vole aux extrémités du monde pour conquérir à l'Eglise Romaine plus de rovaumes que n'a pu lui en ravir une scission qu'elle déplore encore. C'est le cardinal Borromée, qui donne au monde le spectacle des plus héroïques vertus, et qui par la réforme salutaire opérée au milieu du peuple confié à sa sollicitude, prépare celle de tous les autres. C'est François de Sales, qui, sans rien ôter à l'Evangile de son
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iiicorniplible sévérité, sait prêter à la vertu tant de charmes, et lui gagner tant de cœurs par ses écrits et par sa conduite. Jusqu'ici c'est l'Espagne, l'Italie, la Savoie, qui ont donné à la terre ces hommes de Dieu, puissans en œuvres et en paroles, destinés à régénérer les nations -, mais la France ne sera point oubliée dans ce partage des faveurs célestes : Vincent de Paul lui est donné (i), et le royaume trèschrétien n'a plus rien à envier à ses voisins.
Dans quel état vient-il d'abord se présenter à nos regards? C'est au milieu des soins innocens de la vie champêtre ; Vincent est employé dans ses jeunes années à garder les troupeaux de son père. Certes, il v a loin de cette obscurité profonde aux giandes choses que la Providence le destine à exécuter un jour. Mais celui qui autrefois ap|)ela David, jeune pasteur, pour l'établir sur le tiône de Juda, saura bien aussi se faire entendre à Vincent sous la chaumière qu'il habite, et lui dire : J'ai vu l'affliction de mon Eglise-, j'ai entendu le cri du pauvre et de l'orphelin, et c'est toi que j'ai
(I) Né en 1^7G au village du Pouy, diocèse de Dax, en Gascogne, près des Pyrcnéts.