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choisi pour les dcssei]>s de ma miséricorde. Suivons la marche de la Providence sur cet enfant de bénédiction. Le père du jeune Vincent est peu favorisé des biens de la fortune-, toutefois il conçoit Thoureux projet de lui faire suivre la carrière ordinaire de l'éducation publique, et seize années entières sont consacrées par Vincent, dans les villes de Dax el de Toulouse, à l'étude des lettres humaines et de la science divine. En croissant en âge, il croissoit en vertus, et les années ne firent que développer en lui les dons précieux dont le ciel avoit enrichi son ame. Il se consacre au service des autels 5 et le moment arrive pour lui d'être promu au sacerdoce. Dieu seul a connu avec quel généreux dévouement et quelle sainte frayeur il reçut l'imposition des mains, et de quelle abondance de bénédictions elle fut accompagnée-, surtout qui pourroit comprendre de quels pieux sentimens il fut pénétré le |)remière fois qu'il célébra les saints, les redoutables mystères, lui qui dans le cours de sa vie ne parut jamais â l'autel qu'avec une onction de piété si visiblement répandue sur toute sa personne, que les assistans en étoient frappés et attendris? Fidèle à sa sainte vocation, le
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nouveau prêtre du Sei^jneur vivoit à Toulouse au milieu de la confiance et de l'eslime universelle, répandant autour de lui la bonne odeur de toutes les vertus chrétiennes et sacerdotales, lorsqu'il se voit précipité tout à coup dans ce que l'infortune a de plus désolant et de plus extrême. Dans le cours d'un voyage qu'il est forcé d'entreprendre, il s'embarque sur les mers qui baignent les côtes méridionales de la France. Mais ici que va-t-il arriver? Providence, j'adore vos justes, vos sages, mais impénétrables desseins ! Vincent de Paul tombe entre les mains de pirates qui le conduisent en Barbarie; là, il est vendu, acheté, enfin revendu à un chrétien apostat, et condamné à de pénibles travaux sur une montagne déserte. O Dieu, consolez votre serviteur qui n'a plus de consolateur sur la terre. Dix-huit mois se passent dans ce dur esclavage; cependant la résignation du pieux captif touche le cœur du maître endurci, et le fait rougir de son apostasie. L'apôtre saint Paul dans les fers ga^ne à Jésus-Christ l'esclave Onésime, c'est l'enfant de ses liens et de ses douleurs; Vincent fait plus encore : il regagne à l'Evangile son maître apostat. Mais comment s'éloigner
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.vec lui de celle terre barbare, aussi cruelle à ■i religion qu'à l'bumanilé? Vincent se confie :i la Providence ^ il se sauve sur un léger esquit, et, sous l'oeil du Père lout-puissant qui le conduit à travers les écueils et les tempêtes, il aborde heureusement sur les côles de France, avec cet enfant prodigue qu'il ramène de la terre de perdition. Bientôt après, pour ne pas laisser son œuvre imparfaite, il le conduit à Rome dans une maison de repentir et d'expiation.
Durant le séjour qu'il fait dans la capitale du monde chrétien, quel sera le sujet habituel de ses pensées? Ah! ne croyez pas qu'il repaisse uniquement ses regards de la beauté de tant de monumens antiques, et de tant de chefs-d'œuvre des arts qui font son embellissement et sa gloire. L'homme de Dieu s'élève au-dessus de ce que le temps fait naître et mourir*, sur les débris d'une grandeur (jui n'est plus, il médite les années éternelles^ sur les cendres de tant de généieux martyrs, il s'anime à marcher sur leuis traces 5 sur le tombeau des saints apôtres, il se remplit d'un ;'.èle ardent pour la foi, et se pénètre, pour la mère de toutes les églises, de cette tendre et
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profonde vénération qui ne l'abandonnera jamais. C'est en vain qu'il cache, sous le voile de la plus sincère humilité, le riche trésor de sagesse et de vertus qu'il possède 5 il n'a pu le dérober à l'œil pénétrant des ministres de France auprès du saint-siége^ ils conçoivent de lui une si haute idée, qu'ils ne craignent pas de le charger d'une affaire importante auprès du plus grand et du meilleur des rois qu'il y eut alors sur la terre, de ce roi dont la mémoire chez les Français sera éternellement populaire. Vincent de Paul arrive donc dan;? la capitale do ce royaume, ville fortunée ou il devoit accomplir tant de vastes et charilabU-s desseins. iNe craignez pas poui' lui ce nouveau séjour; rien ne sera capable d'éblouir et de distraire cette ame si profondément chrétienne. Après avoir rempli auprès du grand Henri la mission qui lui avoit été confiée, il se retire loin des regards et des faveurs de la cour, au sein d'une congrégation naissante qui, fondée et gouvernée alors par le cardinal de Berulle, un des personnages de son temps les plus éminens en piété comme en doctrine, jeloit dans son origine le plus grand éclat. Il y passe deux ans dans une profonde obscurité, mais
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ee temps n'est pas perdu pour son affermissement et ses progrès dans les voies de Dieu.
Trop souvent, mes Frères, au milieu de ia dissipation et du tumulte du siècle, les vérités sacrées s'afFoiblissent, si elles ne s'effacent er.lièrement. La vertu y perd de son empire, et le vice de sa difformité. Avec ses maximes radoucies , ses usages commodes , ses plaisirs frivoles, le monde énerve les esprits, les polit pour les corrompre, gâte ou détruit les dons de la naiure. C'est dans la solitude que se nourrissent plus d'une fois les grands laleus comme les grandes vertus^ c'est dans le silence, dans l'habitude des privations, dans les réflexions graves et profondes, que l'homme puise cette liberté de l'ame, celte élévation de sentimens, cette vigueur de caractère que le monde ne connoit pas ; c'est du sein de la retraite qu'on vit sortir les Bernard comme les Chrysoslôme, les Ximenès comme les Suger, et tant d'autres grands personnages qui ont étonné le monde par l'éclat de leurs vertus et de leurs lumières : semblables à ces sources cachées dans le sein des montagnes, qui >e faisant jour à travers les obstacles, paroissenl
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enfin en fleuves abondans, et portent au loin la vie et !a fécondité.
Il est temps que Vincent de Paul sorte des ombres qui ont jusqu'ici enveloppé sa sagesse et ses vertus, et qu'il .commence d'être montré à la terre pour la sanctifier. Le ciel l'appelle d'abord à exercer les fonctions pastorales au milieu des peuples de la campagne. C'est là que par la simplicité de ses mœurs, par sa bonté toute populaire, par son zèle à instruire les ignorans, à soulager les malheureux, à consoler les affligés, il gagne à lui tous les cœurs pour les gagner tous à Jésus-Christ j c'est là que voyant de ses yeux les besoins et les vices du peuple, il fait comme l'apprentissage de cet apostolat dont il fera plus tard sentir toute l'efficacité pour la réforme de provinces trnlières. Sans faste, sans ambition, il viyoit heureux au milieu du troupeau dont il étoit le modèle et le père. Mais voici que la Providence l'appelle à exercer son zèle sur un théâtre bien difierent^ il est nommé aumônier général des galères de France, et c'est en cette qualité qu'il visite celles de Bordeaux et de Marseille. Ici que n'éprouve pas son ame tendre et compatissante, et de combien de manières ne verra-
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t-on pas éclalcr sa charité ! Parmi les merveilles qu'on en raconte, la plus grande à mes yeux, c'est le changement qu'il opère, et par ses exemples et par ses discours, dans Tame de ces hommes criminels que la loi a condamnés à d'humiliantes et pénibles expiations. Quel spectacle que celui d'une troupe d'hommes plus chargés du poids de leur conscience que de celui de leurs chaînes, dont l'ame est avilie par le crime, dont la bouche ne s'ouvre qu'à limprécation et au blasphème I Qui fera péné- *rer la vertu dans ces âmes dégradées? Ce sera \ incent de Paul. Par un prodige inoui, il change ces hommes féroces en chrétiens rési- (iiiés; d'un séjour de rage et de désespoir il (ait un lieu d'édification et de prières^ et à force de douceur, de tendresse et de charité, il rend à la vertu des âmes qui sembloienl dévouées pour toujours à l'iniquité. Quelle est donc cette religion si puissante sur le cœur de l'homme, et capable de faire germer les vertus les plus pures au sein de la plus basse corruption? Comment ne {)as reconnoitre ici la force toute divine de celui qui sait tirer la vie des abimes de la mort? A la place de saint Vincent de Paul parlant au nom de Jésus-Christ, sup- II. 9
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posez un sage du siècle qui eût parlé au nom du destin, de la nécessité. Loin d'être consolés, ces hommes coupables eussent peut-être regardé en frémissant les fers dont ils étoient chargés, et ils auroient demandé pourquoi Ton punissoit en eux ce qui n'avoit été que refifel de l'iriésistible nature. \ incenl parle au nom de la justice divine, et le remords s'éveille dans ces âmes •, il parle au nom de la miséricorde, et aux alarmes succède un doux espoir*, il parle au nom de Jésus-Christ pardonnant sur la croix au larron pénitent, et les coupables sont changés en des hommes nouveaux. Admirez la religion chrétienne-, elle place 1 homme sous les yeux de Dieu qui le voit et qui doit le juger, et par-là elle prévient une foule de crimes. La faute est-elle commise^ elle menace, elle fait briller les foudres des vengeances célestes aux yeux de l'endurci ; mais en même temps elle offre le pardon au repentir, et par-là elle prévient le désesjioir, qui seroit une source de crimes nouveaux. C'est ainsi que tour à tour indulgente et sévère, elle assure toujours le triomphe de la vertu.
Cependant les desseins de Dieu sur Vincent de Paul se manifestent de plus en plus. Nous
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louchons à l'une des époques les plus mémorables de sa vie, celle où son zèle prenant un plus grand essor, conçoit et commence à exécuter une de ces œuvres qui embrassent les jiatic ">s et les siècles. Il jette les fondemens d'une ociété destinée, dans l'origine, à évangéliser les peuples des campagnes, et connue sous le nom de Congrégation des Prêtres de la Mission. Jamais la religion ne me paroil plus belle, plus touchante, plus divine, que dans les soins qu'elle donne aux classes les plus délaissées de la société. Tandis que la sagesse humaine ne fait entendre qu'à un petit nombre de riches et d'heureux du siècle ses doctes leçons, qu'elle est bien plus occupée à faire des hommes instruits que des hommes vertueux, qu'elle laisse aux classes inférieures leur ignorance et leurs vices -, la religion se répand dans les campagnes, visite les chaumières, s'abaisse à la portée des peuples, et leur donne des instructions qui adoucissent leurs mœurs, qui perfectionnent en eux les sentimens d'humanité, mettent un frein aux penchans d'une nature corrompue, et tempèrent le joug des plus pénibles travaux. La religion est toute l'éducation du peuple, et sans elle
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que seroient les habitans des campagnes? Rien autre chose que des hordes sauvages. C'est pour eux que vil et respire le cœur de Vincent. A l'exemple du modèle de tous les pasteurs, il se dévoue à l'instruction de tout ce qui semble n'avoir en partage que l'ignorance et la grossièreté. Par lui, les savans ne sont pas dans Tadmiralion, les politiques ne sont pas déconcertés, la terre n'est pas dans l'épouvante^ mais H pourra dire comme le divin fondateur du christianisme : Par moi, les pauvres sont évangélisés : Pauperes tvangelizanlur. Rien de plus foible, rien de plus obscur que les commencemens de la Congrégation de cf3 hommes apostoliques^ ils ne sont distingués ni par la naissance, ni par un vaste savoir, ni par la sublimité de leurs talens ; mais s'ils n'ont pas le génie de la science, ils ont quelque chose de plus excellent encore, le génie de la charité. C'est le grain de sénevé de l'Evangile : laissez-le croître, et, fécondé par l'esprit de vie, il deviendra un grand arbre qui étendrii de toutes parts ses rameaux salutaires. Bientôu le nombre des ouvriers évangéliques de Vincen t se multiplie. Leurs travaux embrassent de vastes contrées^ et dt'jà, du nord au midi de la
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France, de grandes provinces les voient se livrer avec le succès le plus éclatant à leur saint apostolat.
Ah ! Messieurs, au milieu des tempêtes qui pendant plus de vingt années ont battu avec tant de violence le monde politique, bouleversé de fond en comble la France entière, etcomme î enversé l'édifice saint sur ses fondemens, ils avoient disparu avec tant d'autres monumens de la piété de nos pères, ces collèges d'hommes apostoliques qui étoient disséminés sur le sol de notre patrie. De temps en temps sortoient de ces retraites de nouveaux prophètes qui élevoient la voix au milieu des peuples avec réclaî de la trompette, pour leur reprocher leurs égaremens et leurs vices. Enfin nous les vovons revivre au milieu de nous, et avec eux les espérances de la religion et de la patrie. Mais quoi ! à peine de nouveaux Apôtres ont commencé leurs courses évangéliques, que rimpiété verse sur eux tous les poisons de la calomnie 5 elle ne leur pardonne pas, ce semble, de vouloir réparer les ravages qu'elle a faits «lans les âmes. Et toutefois dans quel temps ce zèle tout divin fut- il plus nécessaire que dans le temps où nous sommes? qui ne sait pas en
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quel état de désolation se trouvent les Eglises de France? Des troupeaux sans pasteurs, des temples en raines, des vices sans pudeur et sans frein, une impiété brutale, jusque parmr les peuples des campagnes, voilà le spectacle de douleur qui frappe le voyageur consterné ! La religion n'a pas seulement à gémir sur les mœurs dissolues, sur les scandales de ses enfans, mais sur leur défection et leur apostasie, sur leur mépris de tout ce qu'il y a de plus sacré, sur leur sacrilège indifférence : le principe même de la vie est attaqué ; les âmes sont comme mortes, travaillées par ce levain d'impiété qui fermente, et qui menace d'une dissolution universelle. Qui pourra sonder et guérir la protondeur de nos maux? Ce n'est pas assez des secours ordinaires, il nous faudroit des prophètes et des apôtres, des Elie et des Paul, des Borromée et des Vincent. Levez- vous donc. Seigneur, levez -vous : Exurge, /.'oniine, exurye (i), non pour foudroyer dans votre justice, mais pour sauver dans votre miséricorde. Tirez enfin des trésors de votre sagesse et de votre amour quelques-
(1) Ps. sLiu, 23.
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uns de ces hommes fails pour régénérer le :,)onde. Répandez en particulier sur les élèves le votre sanctuaire cet esprit de force qui .'branle les déserts et brise les cèdres, et donnez-leur quelque chose de cette voix puisante qui ranima Lazare au fond du tombeau. Et quelles sont les vertus que leur commande le saint fondateur.^ C'est l'humilité, qui vipprend aux mini'slres de l'Evangile à mettre leur confiance non dans la pompe des discours, nais dans la vertu de la croix. Ne nous trom- {)ons pas, disoit l'humble Vincent, si nous iTavons pas l'humilité, nous ne sommes rien. C'est le désintéressement, qui apprend à courir après les âmes pour les gagner à Dieu, et non après les biens de la terre. Voudrionstious^ ajouloit-il, être au monde sans plaire à Dieu et sans procurer »a gloire? O Vincent, lorsque vous et vos disciples vous parcouriez les diverses contrées de la France, pour les évangéliser, pour y ranimer la foi, la piété et les bonnes mœurs, on applaudissoit à votre zèle, on se réjouissoit de vos succès. Partout les bénédictions accompagnoient vos pas-, on n'avoit pas alors la pensée de vous j)résenter comme des ennemis de la paix et de la
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pairie. Hélas ! et aujourd'hui si des hommes apostoUques maichent sur vos traces, le ciel, il est vrai, bénit visiblement leurs travaux, mais aussi la haine se déchaîne contre eux : ils prêchent la morale évangélique, et on les accuse de fanatisme; ils réconcilient l'époux avec l'épouse, le père avec les enfans, et on les accuse de semer la division. O Vincent, soyez leur patron comme vous êtes leur modèle, et ils diront ce que vous eussiez dit vous-même à leur place : On nous maudit, et nous bénissons 5 on nous calomnie, et nous souffrons sans nous plaindre-, on nous accable d'injures, et nous répondons par des prières : Maledicimur^ et benedicimus; persecutiouem patimur, et ,sustînemus^ blasphemamur^ et ohsecramus (i).
C'est la charité avec ses manières insinuantes, avec son langage de douceur et de paix, avec sa tendresse pour les pécheurs, et cette piété pour les malheureux, qui fait que les apôtres de l'Évangile sont aussi les pères des pauvres. Vincent disoit à ses coopérateurs : Soyons miséricordieux^ mes Eiifans^ excr-
(1) I Cor. IV, 12, 13.
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otis la miséricurde envers tuiix, en sorte ijue tiot/s ne trouvions jamuis un pauvre sans le consoler si nous le pouvons. O Sei- (jneuVy n'ôtez pas de cette compagnie Vespt it de miséricorde. Tel est l'esprit dont il cherchoit à la pénétrer : aussi le ciel est visiblement avec elle-, on la voit prendre les accroissemens les plus rapides, elle franchit les limites de la France, et le saint fondateur, avant de terminer sa carrière, aura la consolation de voir ses enfans exercer leur zèle dans le Piémont, dans l'Etat de Gènes, la Pologne, les lies Hébrides, et jusqu'à Madagascar. O! qu'elle est admirable cette Eglise catholique, qui toujours féconde ne cesse d'enfanter au céleste époux, dans toutes les parties de la terre, des adorateurs en esprit et en vérité, et de vérifier la promesse qui lui a été faite par Jésus-Christ d'être avec elle jusqu'à la fin des temps. Nous admirons ces hardis navigateurs qui ont cherché de nouveaux mondes, ces voyageurs intrépides qui portent à des sauvages nos arts et les produits de notre industrie, mais qui plus d'une fois, pour mettre leur vie en sûreté, sont obligés d'ensanglanter la terre qu'ils visitent 5 et nous n'admirons pas ces
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conqaérans pacifiques, ces Missionnaiies qui portent à des barbares l'Evangile et toutes les vertus, qui en font des hommes pour en faire des chrétiens, qui se livrent au milieu d'eux à toutes les peines, à tous les dégoûts, à tous les périls, n'attendant d'autre récompense que le martyre, et qui reçoivent la mort sans la donner jamais. Hommes apostoliques, recevez ici le tribut de nos louanges sous les yeux de Dieu qui vous voit, et qui vous prépare des couronnes immortelles-, vous comptez sans doute pour rien les éloges des hommes, mais plus vous êtes magnanimes, plus nous aimons à publier, à célébrer votre zèle sans bornes.
Et que ne fait pas ^ incent de Paul pour l'Eglise de France en particulier.'^ Les dissensions, les guerres intestines qui avoient désolé si long-temps ce beau royaume, avoient introduit jusque dans le sanctuaire les désordres qu'elles ont coutume d'entraîner après elles. Ce qu'il y avoit de pontifes plus zélés sentoit le besoin de faiie revivre parmi les ministres des autels l'esprit sacerdotal, et de les rappeler aux vertus de leur céleste vocation. Mais quelle œuvre difficile, et qui osera Tentrepi'endre? Ce sera encore Vincent, toujours l'instrument
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de la Providence. On comprit qu'il éloil de la plus haute importance d'établir, d'après les sages conseils du concile de Trente, des maisons régulières où les élèves du sanctuaire fissent comme l'essai des fonctions du ministère sacré, où par l'étude plus suivie, plus méthodique, plus approfondie de la doctrine chrétienne et des règles des mœurs, des divines Ecritures et de la discipline, ils pussent devenir avec plus de succès les conducteurs et la lumière des peuples. Plein de celte pensée, Vincent établit le premier séminaire qu'on eût encore vu en France. Sur ce modèle plusieurs autres seront formés, bientôt chaque diocèse aura le sien, et c'est à cette salutaire institution que l'Eglise Gallicane aura dû, dans ces derniers temps, de ne le céder à aucune autre en science comme en vertus. Peuples fidèles, si vous voyez au milieu de vous des pasteurs et des ministres zélés qui sont vos guides, vos consolateurs, vos pères, où pensez-vous (lu'ils se sont formés à ces vertus sacerdotales dont vous êtes les témoins? C'est dans ces maisons de retraite dont le premier établissement est dû à Vincent de Paul, et qui, placées de distance en distance, sont comme
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autant de places fortes, où, loin du monde profane et sous des chefs expérimentés, une milice sainte s'exerce aux combats du Seigneur. Que dirons-nous encore de ces conférences ecclésiastiques, établies par Vincent, pour !a perfection du sacerdoce, au sein de la capitale, et où se rend tout ce qu'elle renferme de prêtres éclairés et vertueux pour s'encourager et s'édifier mutuellement? Là, dans la simplicité de la foi, sans aucun faste de paroles, plutôt par manière d'instruction familière que de discours oratoire, on parle du royaume de Dieu, des moyens de le faire connoitre, et de se sanctifier en sanctifiant les peuples. jNolre saint prêtre est l'ame de ces doctes et pieuses assemblées-, les paroles qui sortent de sa bouche sont esprit et vie; et Bossuet, le grand Bossuet, qui ne dédaignoit pas de se mettre au rang de ses auditeurs, lui a rendu ce témoignage, qu'il parloit de Dieu d'une manière si sage et si relevée qu'il sembloit que Dieu luimême parlât par sa bouche. Et que sont-elles ces conférences, pour la France entière? Une source féconde d'où se répandent, dans toutes les provinces, des fleuves de grâces et de bénédictions. C'est de !à que sont sortis un grand
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nombre d'hommes vénérables, qui, dans le sacerdoce et l'épiscopat, furent la gloire de l'Eglise Gallicane.
O Église Gallicane, quelles mains sacrilèges t'ont ravi ton éclat et ta beauté? Dans quel abîme de maux je te vois plongée ! Tu portes bien sur ton front de nobles cicatrices qui font ta gloire; mais ces marques de ton courage le sont aussi de tes malheurs. Et qui pourroit ne pas être attendri de tes longues infortunes? Je ne t'ai pas vue, il est vrai, aussi paissante de doctrine et de vertu qu'au temps des Rossuet et des Vincent de Paul-, mais je t'ai vue, avant la fatale époque de nos désastres, florissante encore par le grand nombre de pasteurs éclairés qui s'emploYoient à l'instruction des peuples, et par tous les movens de perpétuer un auguste ministère. Hélas! et aujourd'hui je te vois, comme une veuve désolée, pleurant tes ministres qui ne sont plus, et tremblant qu'ils n'aient point de successeurs. O Eglise notre mère, serois-tu donc réservée à cet excès d'opprobre et de stérilité ! Mais non, le rayon d'espérance semble briller à nos yeux, et déjà tu commences à renaître du milieu de tes ruines. Que ne dois-tu pas attendre des héri-
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tiers de la piété comme du trône de saint Louis! Et n'est-ce pas surtout pour la restauration de celte religion dont tu es la dépositaire depuis tant de siècles, que le ciel les a miraculeusement rendus deux fois à notre amour? Que les ennemis du christianisme se réjouissent de ses désastres, et semblent prophétiser sa ruine prochaine; pour nous, nous croyons à son triomphe ; le ciel, qui a confondu leurs coupables désirs par tant de miracles, les confondra par de nouveaux miracles encore. Fécondée par le sang de tant de martyrs, l'Eglise de France, instruite par ses malheurs, portera plus que jamais des fruits abondans et salutaires : telle que ces arbres vigoureux, qui, dépouillés de leurs rameaux, semblent tirer du fer même qui les a mutilés, une force et une vie toutes nouvelles.
Voilà donc, mes Frères, pour en revenir à Vincent de Paul, ce que peut, pour la sanctification des peuples, un seul homme quand il est animé de l'esprit de Dieu. Vincent de Paul est sans naissance, sans richesses, sans cet éclat de talens extraordinaires qui excitent l'^idmiration ; mais il est puissant de sa charité, de son humilité, de sa confiance en Dieu, de son zèle