‹ Conférences et discours inéditsChapitre 22 sur 54 · PANÉGYRIQUE · texte numérisé non relu

PANÉGYRIQUE

lards, que leur âge et leurs infirmités nietleùî hors d'état de pourvoir à leur subsistance ^ telle est l'origine de l'asile qui s'appela du Nom de Jésus. Les lois les plus sages, les mieux assorties à ceux qui doivent les suivre, y font régner la' paix et la piété. Frappées de ce bel ordre, des dames animées d'un saint zèle se demandent pourquoi l'on ne tenteroit pas pour tous les pauvres de la capitale ce qui venoit d'être si heureusement exécuté pour quarante seulement. Formées à l'école de Vincent de Paul, elles sont accoutumées à lui voir opérer des prodiges de charité ; elles lui communiquent donc leur pensée, sans être arrêtées pa; la grandeur et les difficultés d'une telle entreprise. L'homme de Dieu, qui a pour maxime de faire le bien sans précipitation, consulte avant tout celui de qui vient la véritable sagesse ; enfin, après deux années employées à méditer le projet et à lever tous les obstacles, on voit l'Hôpital général s'ouvrir dans les muis de la capitale. C'est ainsi, a dit un des auteurs de sa vie, qu'il exécute dans Paris ce que le christianisme avoit autrefois inutilement tenté pour la ville de Conslantinople, ce que' Henri IV avoit projeté sans succès, et ce que*

DE SAIKT VIKCEKT DE PAUL. 2^1

Marie de Médicis eût regardé comme un des plus beaux traits de sa régence, si elle eût pu l'exécuter d'une manière fixe et permanente. Mes Frères, dans le siècle dernier, siècle de lumières, si l'on veut, pour quelques branches des sciences exactes et naturelles, mais siècle de ténèbres pour ces hautes vérités qui fondent et conserventl'ordre et lajustice sur la Icrre^ siècle à jamais fameux pa» l'impiété et la licence de ses paradoxes, où l'on a voulu remplacer Dieu par la nature, les croyances par des opinions, la morale par l'intérêt, la religion par un déisme qui n'est qu'un athéisme déguisé^ on a essayé aussi de remplacer la charité par la bienfaisance, et jamais on n'a fait plus retentir le nom d'humanité et de philantropie qu'à une époque où l'on déchainoit sur l'espèce humaine toutes les passions, et avec elles tous les fléaux ensemble. L'expérience a fait briller sur toutes ces folles théories un jour effrayant de vérité : on a vu qu'on avoit quitté la réalité pour des illusions; que les èlres sensibles remplaçoient mal les âmes charitables; que si l'humanité pouvoit quelquefois élever des hospices, la charité seule pouvoit former des sœurs hospitalières, et que tous les philantropes s'effaçoient devant un Vincent de

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Paul. Il sera donc toujours vrai, à la gloire du chrislianisme et du sacerdoce, que le Français le plus bienfaisant dont puisse s'honorer notre patrie, c'est Vincent de Paul, disciple et prêtre de Jésus-Christ.

Il est temps que Vincent de Paul aille recevoir dans les cieux la récompense de ses vertus; son âge et ses infirmités l'avertissent que sa dernière heure ne pouvoit pas èlre éloignée ; il étoit du nombre de ceux qui sont toujours prêts à comparoître au tribunal du souverain juge. Pendant dix-huit ans, il ne s'endormit jamais sans s'être mis auparavant en disposition de mourir la même nuit : ce sont ses propres paroles, que l'histoire nous a conservées. O! qu'ils sont beaux les derniers moraens du juste ! Comment ne pas lui envier cette douce paix qui est pour lui le présage d'une paix éternelle? Jamais Vincent de Paul ne fut plus calme que dans les bras de la mort; les plus vives douleurs ne peuvent altérer la sérénité de son front ni la douceur de ses paroles \ toujours à son Dieu et toujours au prochain, lise Uvroit encore, deux jours avant sa mort, à ses occupations ordinaires. Il peut avec confiance reporter ses regards sur sa longue

DE SAINT VINCEaT DE PAUL. ^^3

.lanière 5 il attend avec résignation et même a\ec joie son dernier moment. Enfin, plein de bonnes œuvres et rassasié de jours, comme parie l'Ecriture, le saint vieillard s'endort dans la paix du Seigneur, âgé de quatre-vingtcinq ans.

Vincent de Paul n'a fait que passer sur la terre, mais ses vertus et ses exemples nous restent. La véritable gloire des saints commence au tombeau -, du milieu des ombres de la mort, leur image semble sortir brillante d'une lumière immortelle. La postérité, souvent si redoutable aux héros du siècle, ne f lit qu'ajouter aux hommages que reçoivent des contemporains les héros de la religion. Leur vie se compose de l'exercice de toutes les vertus, ou de fautes si glorieusement réparées , que leurs vertus en reçoivent un nouvel éclat. Parcourez celle de \ incent de Paul, vous ne trouverez pas une seule tache qui la dépare, ii a constamment accompli toute justice j il aima Dieu et les hommes, et jamais disciple de Jésus-Christ n'a mérité plus que lui qu'on gravât sur sa tombe ces paroles : Il a passé en faisant le bien : pertransiit benefaciendo.

L'esprit qui Tanimoit ne s'est pas éteint avec

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