SUR LA PERSÉVÉRANCE
sang du Seigneur sans tache a coulé sur l'autel, et il a, pour ainsi dire, scellé le contrat de votre alliance avec Dieu. Fut-il jamais un engagement plus solennel et plus sacré? Vous sentez tous l'obligation d'y être fidèles; tous, vous êtes empressés de connoitre les moyens de persévérer avec courage dans les sentiraens qui vous animent, et ces movens je viens vous les exposer en peu de mots, m'altachant surtout à ne rien dire que vous ne puissiez aisément comprendre. Les moyens de persévérance, je les réduis à deux : la fidélité aux pratiques les plus communes de la vie chrétienne, et la vigilance sur soi-même.
Ce seroit une bien funeste illusion que de prétendre se sauver par les moyens de son choix, et non par les moyens que le Seigneur a établis pour notre sanctification. Or, je remarque d'abord qu'un des moyens de salut et de persévérance dans la vertu, le plus indispensable, le plus puissant, le plus conforme aux vues delà Providence, c'est la prière. Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez à la porte et l'on vous ouvrira (i)^
(1) Matth. Yii, 7.
ÂPUÈS LA PREMIÈRE COMMUMON. 5^
leiles sont en même temps et les ordonnances et les promesses de Jésus -Christ, îiotre divin législateur. Qui demande reçoit ; qui ne demande pas ne reçoit pas : voilà la conduite ordinaire de la Providence dans le gouvernement des âmes. Priez donc, mes chers Enfans, tous les jours, si vous voulez recevoir les grâces qui sont nécessaires à votre foiblesse pour persévérer dans la justice -, priez le matin, et qu'après votre réveil, votre premier mouvement soit d'élever votre ame vers le Seigneur. Ne doit-il pas vous paroitre bien juste de le remercier du repos que vous venez de prendre, du jour qu'il vous accorde encore, de le lui consacrer tout entier, de lui demander la grâce de le passer dans sa crainte et dans son amour, et de répandre sur vos parens ses plus douces bénédictions ? Prenez garde ici : Dieu est jaloux des préjnlces de votre journée 5 il demande de vous que votre première action soit la prière ; la dilTérer, c'est s'exposer à l'omettre ou à ne la faire que dans le trouble et le tumulte de mille pensées diverses. Il semble que quelques momens après le réveil, l'esprit, fortifié par le repos de la nuit, ait plus de vigueur et d'agilité pour s'élever à Dieu -, c'est alors que l'esprit
58 SUR LA PEIlSÉVÉRAKCE
étant plus calme, la prière semble partir d'un cœur pur comme un encens d'agréable odeur, et qu'elle est ce cri du juste qui perce les nues, comme une flamme vive qui s'élève dans les cieux, pour parler avec le Sage, monte jusqu'au trône de Dieu, et en fait descendre la grâce et la miséricorde. Que j'aime à me représenter ici une mère chrélienno, pleine d'une tendre sollicitude pour le salut de ses enfans, priant au milieu d'eux et avec eux^ elle prie pour ces doux objets de son amour, ils prient pour elle, et cette communication de vœux et de sentimens entretient, enflamme leur tendresse mutuelle. O parens cbrétiens, priez pour vos enfans ; enfans, priez pour vos parens : ce sont là des prières que le ciel exauce. Priez encore sur la fin de la journée •, que la paresse, l'insouciance ou le dégoût ne vous fassent négliger jamais une pratique aussi sainte! Ne devez-vous pas remercier le Seigneur de vous avoir conservé la vie, lui offrir le sommeil que vousallez prendre, lui demandez lagrâce devons endormir dans le sein de sa miséricorde? et que savez-vous si vous verrez le lendemain, et si le lit de votre repos ne sera pas votre tombeau? Priez avant et après vos repas:
APRÈS LA PREMIÈRE COMMUKION. Sq
quoi de plus naturel que de témoigner à Dieu votre reconnoissaiice pour les bienfaits qu'il vous a accordés? Hélas î elle s'est donc perdue au milieu de nous, cette coutume de nos pères, si louable et si belle, de sanctifier par la prière les repas ordinaires, et d'adresser des actions de grâcesauDieu qui nous nourrit! Priez enfin au milieu de vos occupations, de vos travaux, des devoirsordinairesdela vie domestique et civile; non qu'il faille à tout moment tomber à genoux devant le Seigneur et réciter des formules de prières, ce n'est point ainsi que je l'entends, mais ne pouvez- vous pas de temps en temps élever votre cœur vers ie Seigneur? une pensée de l'esprit, un désir du cœur, un regard vers le ciel, suffisent devant celui qui n'a pas besoin de nos paroles pour nous comprendre. Vous en coûleroit-il beaucoup de lui dire : Mon Dieu, donnez-moi la grâce de vous aimer-, mon Dieu, ne permettez pas que je vous ofi'ense ; mon Dieu, préservez ma jeunesse de tout danger-, mon Dieu, ne souffrez pas que je sois assez ingrat pour oublier vos bienfaits; mon Dieu, ne laissez pas éteindre dans mon cœur ce feu que vous y avez allumé dans votre miséricorde : prières courtes et vives, qui se-
6o St'Tl LA PERSÉVÉnAlîCE
ront pour vous une source de grâces et de consolations? Surtout dans les jours consacrés spécialement au culte du Seigneur, rendez-vous dans son temple pour y assister aux prières publiques ; c'est vraiment ici la maison de Dieu ; c'est ici qu'il aime à répandre ses dons et ses faveurs avec plus d'abondance. En revoyant ces autels et ce sanctuaire vous direz : C'est là que pour la première fois je participai à la divine Eucharistie, et que je contractai à la face du ciel et de la terre l'engagement de servir le Seigneur tous les jours de ma vie. Ce que je viens de vous dire, mes chers Enfans, vous le saviez déjà ^ mais comprenez-vous bien qu'à voire fidélité à ces choses simples et communes est attaché en très-grande partie le don inestimable de la persévérance? Sortez de cette instruction bien convaincus que votre salut dépend beaucoup de ces pratiques usuelles et peu remarquées, et je croirai que celte instruction n'a pas été inutile au salut de vos âmes. Oui, j'ose vous le prédire, si vous abandonnez la prière, votre ame est dans le plus grand danger de se perdre 5 dès lors, vous vous placez hors des voies ordinaires de la Providence^ vous voudrez vous soutenir dans la piété sans
APïlÈS LA PREMIÈRE COMMUNION. 6l
nreiulre les moyens établis pour voire sanctificalion, vous périrez, semblabre au voyageur imprudent qui abandonne la roule sûre et connue pour s'égarer en des chemins détournés et périlleux. Je vous le demande à vovismêmes, que penseriez-vous d'un pauvre qui seroildans le dénûmentleplus absolu de toutes choses, et qui refuseroit de tendre la main aux passans pour solliciter leurs secours, aimant mieux, par orgueil, mourir de misère et d'inanition? Hé bien, il y a long- temps que saint Augustin a dit que nous sommes devant Dieu comme des mendians (i)dont les besoins renaissent sans cesse. Assis à la porte du père de famille qui a les yeux ouverts sur ses enfans, adressez-lui vos vœux et vos demandes, il les exaucera 5 les mains du Seigneur sont pleines de dons et de faveurs, mais elles demeurent fermées pour celui qui ne prie pas. Prions, et ses divines mains s'ouvriront, et la bénédiction du ciel tombera sur la terre : Aperis tti mninim ttiatn, et imphs omtie animal heiieriictione (2).
A la prière joignez la fiéquentation des sa-
(1 Scrm. Lxxxiii, n. 2. — '2) Ps. cxLiv, 16.
62 SLR. LA PERSÉVÉRANCE
cremens. Il se présente ici une réflexion bien simple et bien salutaire. Dites-moi, mes Enfans, si vous êtes aujourd'bui dans l'amitié de Dieu, si vous avez eu le bonheur de le recevoir dans une ame pure, à quoi le devez-vous principalement? N'est-ce pas à l'usage de la confession , aux sages avis d'un directeur éclairé, aux saintes instructions que vous entendiez de sa bouche, et qui, en même temps qu'elles portoient la lumière dans votre esprit, enflammoient votre cœur? Hé bien, ces heureuses dispositions se soutiendroient par les mêmes moyens qui les ont fait naître. Mais qu'arrive-t-il?le voici. Un enfant est-il paresseux à cet dge où les passions sont plus vives et les tentations plus délicates, il se laisse aller aux attraits du plaisir-, il néglige les exercices ordinaires de la vie chrétienne, sa piété s'afFoiblit, il tombe dans une faute grave ; sa conscience, encore timide et alarmée, sent Taiguillon du remords, mais la honte le retient. Le démon, qui l'avoit rendu hardi pour faire le mal, le rend pusillanime pour le déclarer 5 il ne se confesse pas-, le péché est toujours vivant dans son ame, il y pousse des racines profondes, il y fait des ravages qui peut-être
APRÈS LA PREMIERE COMMUKfOy. 63
ne finiront jamais. Malheureux î il n'ose pas déclarer son péché, c'est-à-dire qu'il refuse de recourir au médetiin quand il est malade, et qu'il aime mieux garder au dedans de luimême un poibon qui le ronge elle dévore, que de s'en délivrer par un remède salutaire qu'il fuit. Mais combien de fois faudra-t-il se présenter, dans le cours de l'année, au tribunal de la réconciliation ? Je ne puis que vous conseiller de suivre les avis de ceux qui ont dirigé vos consciences. Ce qu'on peut vous dire, en général, c'est de ne pas différer la confession de vos fautes, du moment que vous vous sentez griè- A'ement coupables; c'est que la confession est un puissant remède, même contre les fautes légères -, c'est qu'il faut ?e défier étrangement de ces confessions qui sont si rares. Crovezmoi, on ne fait pas bien ce que l'on fait si rarement. Mères chrétiennes, je réclame en ce moment votre vigilance. C'eslà vous à déployer ici une sage fermeté, à prévenir les négligences qui pourroient devenir si funestes; et quel usage plus touchant pourrez-vous faire de l'autorité que vous donnent, de concert, la nature et la religion, que de l'employer à la sanctification de vos enfans? C'est leur intérêt, c'est le