‹ Conférences et discours inéditsChapitre 5 sur 54 · SUR LA PERSÉVÉRANCE · texte numérisé non relu

SUR LA PERSÉVÉRANCE

vôtre. Oui, dèsqu'un en fant abandonne la cônfession, il ne tarde pas à devenir dissipé, indocile, vicieux, jusqu'à ce qu'enfin on le voie courir à grands pas dans les voies de l'égarement et de la perdition.

Un troisième exercice de la vie chrétienne, c'est la lecture spirituelle. Je voudrois, mes Enfans, que vous eussiez a-cz de zèle pour ne laisser passer aucun jour sans faire quelque lecture édifiante. C'est là que les saintes maximes nourriroient votre piété, et que de saints exemples encourageroient votre foiblesse. Votre livre seroit un ami fidèle, qui vous avertiroit de vos défauts, vous aideroit à vous relever de vos chutes, vous ranimeroit dans vos langueurs, vous consoleroil dans vos peines, et qui vous mettant sans cesse devant les yeux la couronne immortelle promise à la fidélité, vous y feroit tendre avec force et courage. Souvent, après la dissipation presque inséparable du commerce ordinaire de la vie, on éprouve le désir de rentrer au dedans de soimême^ hé bien, votre livre viendroit vous aider à vous recueillir, à bien vous connoitre. Un livre de piété est un censeur qui ne pardonne rien, et qui pourtant n'offense jamais-, qui

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VOUS fait rougir de vos fautes sans blesser votre vanité, et qui, sans se rendre importun, a le privilège de vous mettre devant les yeux le tableau de toutes vos foiblesses. Si je voulois vous conseiller ici quelque lecture particulière, je conseillerois sur toutes choses celle de la Yie (les Saints. C'est là que la morale évangélique I st comme mise en action. Et qui ne sait pas que l'exemple a bien plus de pouvoir que le précepte ? Qui n'a pas senti, par sa propre expérience, que ce genre de lecture a le double avantage de plaire à l'esprit en formant le cœur? Je sais que dans la Yie des Saints tout n'est pas également imitable, et je n'entends pas favoriser ici les excès d'un zèle indiscret ^ mais on y trouve toujours des choses à imiter-, mais on peut se pénétrer des sentimens de foi, de charité, d'humilité, de douceur qui animoient les saints dans leur conduite-, et en voyant ce qu'ils ont fait pour mériter le ciel, on apprend à rougir du peu que l'on fait soimême. La lecture de la vie du Saint du jour est bien courte, et pourtant vous ne sauriez croire combien elle est féconde, dans les familles, en fruits de grâce et de salut. Ecoutez ce que saint Augustin nous raconte à ce sujet

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dans ses Confessions. Augustin éloit à Milan avec Alype son ami. Un jour, un de leurs compalrlotes d'Afrique, nommé Pontltlen, va les visiter dans leur logis. Celui-ci leur raconte comment deux officiers de la cour de l'Empereurs'étoient entièrement convertis à Dieu, en lisant la ^ ie de saint Antoine. Augustin écoule ce récit avec avidité 5 il est ému, il sent des agitations violentes; le trouble de son ame se peint sur son visage. Tout à coup lise tourne vers Alype d'un air enflammé : Mon ami, qu'est-ce donc que nous venons d'entendre? Quoi! des ignorans ravissent le ciel, et nous, avec toute notre science, nous sommes assez misérables, assez lâches pour demeurer abîmés dans la chair et le sang! Dans le trouble qui l'agite, il s'avance vers un jardin, suivi d'Alype ; mais, son agitation croissant toujours, il s'éloigne de son ami et va seul s'asseoir par terre sous un figuier. Là, il éprouve d'inexprimables angoisses 5 il s'élève dans son cœur comme une tempête furieuse, il verse un torrent de larmes ; il se relève converti (i). Voilà comme l'histoire de la vie d'un saint solitaire

(1) Coiifess. lib. vni, cap. vi, et seq.

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npëra la conversion Je deux officiers que des emplois considérables altachoienî au monde, et f omme elle contribua à consommer celle d' Aufjustin. Voulez-vous un autre exemple plus récent et non moins connu? Ignace de Loyola avoit porté les armes dans sa jeunesse 5 il est blessé en défendant pour l'Espa^^^ne une place (jue les Français assiégeoient. Obligé de faire panser sa blessure, il se voit condamné à vivre quelque temps dans le repos. Pour lui c'est un supplice que d'être sans occupation-, il demande un roman pour se divertir. Heureusement, il ne s'en trouve pas dans la maison ; on lui apporte la Vie de Jésus - Christ et des Saints. D'abord, il n'y prend aucun plaisir, ensuite il la goûte; surtout il remarque que les saints dont il a lu la vie n'étoienl pas d'une autre nature que lui. Il sent un grand combat au dedans de lui-même; il est déchiré par les plus vives inquiétudes, attiré par la grâce, attiré par le monde. Bientôt la grâce triomphe, et Ignace aura dû à la lecture de la Vie des Saints le bonheur de devenir lui-même un des plus grands saints des derniers siècles.

Enfin, mes chers Enfans, aux pratiques que je viens de vous rappeler, joignez la vigilance

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sur vous-mêmes. Sans m'étendre beaucoup sur celle imporlanle malière, qu'il me soit permis d'enlrer ici dans quelques délails que je crois nécessaires. Je le sens bien, mes chers Enfans, des préceptes, des leçons, des règles de conduite ont je ne sais quoi de triste et d'austère qui ne paroit pas s'accorder avec la sainte allégresse que ce jour inspire. Il semble que je ne devrois m'épancher ici avec vous qu'en sentimens de reconnoissance, d'amour et de joie 5 mais, après tout, qu'importe une joie passagère.? Je voudrois qu'elle fût durable pour vous, et pour cela je ne connois qu'un moyen, c'est de ne pas laisser afFoiblir la piété dont vous êtes pénétrés aujourd'hui. Etre en garde contre les tentations pour ne pas y consentir, contre les mauvais discours pour en arrêter les impressions , contre les mauvais exemples pour ne pas être sédui*, contre les compagnies dangereuses pour ne pas s'y laisser entraîner^ être en garde contre cet amour de l'indépendance si opposé au joug salutaire de l'Evangile, et contre ce fonds naturel d'indolence et de paresse qui nous fait préférer les douceurs d'une vie commode el facile aux sacrifices que demande la vertu; être en garde

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oonlre de premières négligences qui en amè^ nent de plus grandes, contre les vices naissans pour en arrêter les progrès, contre des fautes légères, qui, sans donner la mort à notre ame, affoiblissent en elle la charité : voilà en quoi je fais consister particulièrement pour vous la vigilance chrétienne. Sans elle la ferveur se ralentit insensiblement, le goût de la piété s'émousse, l'impression des vérités saintes s'efface-, on ne les voit plus que dans le lointain, et comme à travers les nuages 5 on commence par la négligence, on continue par le dégoût, on finit par l'abandon de toutes les pratiques de la piété chrétienne. Rarement on débute par de grandes fautes*, on n'est pas tout à coup précipité du faite de la piété dans la boue des passions les plus viles. Le mal a ses commencemens et ses progrès : d'abord c'est une pensée à demi consentie, c'est un désir foibleraent réprimé, c'est une parole qui n'est point assez modeste, c'est un regard indiscret, c'est une liberté dangereuse, c'est une légère envie de plaire, c'est une lecture funeste, c'est une action voisine du crime : ainsi l'ame arrive par degrés à cet état d'abattement et de foiblesse qui l'expose à faire le plus triste naufrage.

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Vous êles négligent dans la prière, vous l'abandonnerez enlièrement; vous ne fréquentez les sacremens de l'Eglise que de loin en loin, et comme par coutume, vous vous éloignerez entièrement de la table sainte ^ vous souriez à des paroles dissolues, vous en souillerez votre bouche^ vous commencez par des chansons trop tendres, vous finirez parles plus voluptueuses^ vous commencez par des lectures dangereuses, vous finirez peut-être par les plus criminelles ; et tel en est venu aux désordres les plus scandaleux, qui avoit commencé par des jeux peu décens. On a beau se le dissimuler; telle est la marche ordinaire, tels sont les progrès du vice. Te le répète encore : on commence par les petites fautes, on finit par les grandes. Combien, dans le monde, de chrétiens autrefois très-pieux, aujourd'hui très-corrompus, dont je viens de faire l'histoire en abrégé; et trop souvent l'éducation, le rang et la naissance n'ont pas mis à couvert de ce qu'il y avoit de plus extiéme. Mes chers Enfans, vos âmes encore neuves n'ont pas été flétries par le souffle du vice, ou si elles en ont reçu quelque atteinte, tout a été heureusement réparé; les impressions n'ont pu être que légères. Le point

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capital pour vous, c'est de vous précaullonner contre l'avenir, c'est d'empêcher le vice de pénétrer daiis vos anies. Dans les commencemens de la passion, la résistance est facile. Alors un premier triomphe peut terrasser, quelquefois pour toujours , l'ennemi de vos âmes*, mais, s'il vient à s'emparer de voire cœur, s'il y établit son empire par de criminelles habitudes, que de peines et de travaux ne vous en coûlera-t-il pas pour le chasser^ et qui sait même si jamais vous aurez le courage de l'entreprendre? Voyez-vous cet arbre encore jeune et qu'on vient de planter; il suffit des foibles eÊforts d'un enfant pour le renverser : mais laissez-le croître, il étendra ses racines au loin dans les entrailles de la terre, et portera sa tête dans les nues ; il bravera les efiforts de la tempête, et ce n'est que par de longs et de pénibles travaux que les hommes viendront à bout de le déraciner. On ne sent pas assez, mes Enfans, la nécessité de s'opposer aux vices dès leur origine, et de ne cesser de veiller contre un ennemi toujours prêt à nous combattre. N'oublions pas que la perte d'une ame commence au moment même où sa vigilance s'affoiblit. JNe prétendons pas être plus

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sages que la sagesse même. Or, c'est elle qui nous dit que celui qui se néglige dans les petites choses tombera peu à peu : Qui sper/iit inodica, paulatim decidet Çiy. maxime bien connue, mais qui n'est pas assez sentie.

Veillez donc sur vous-mêmes : veillez sur vos sens ; ce sont là comme les portes par où l'ennemi cherche à pénétrer dans vos âmes. Veillez sur vos yeux, à l'exemple du chaste Job qui nous apprend lui-même qu'il avojt fait un pacte avec ses yeux, pour na rien fixer qui put alarmer la pudeur (2). Veillez sur vos oreilles j qu elles soient, pour parler avec l'Ecriture (3), entourées d'une haie d'épines qui en éloigne les paroles licencieuses, et ne livre passage qu'aux paroles sages et décentes. Veillez sur votre langue, afin qu'elle ne s'échappe jamais en discours de médisance, de colère ou de libertinage 5 cette langue sur laquelle a reposé la chair virginale de Jésus doitelle se rouler dans une fange impure? Veillez sur votre esprit, pour en écarter le tumulte, 1

l'égarement ou le danger des folles pensées. Veillez sur votre cœur, afin que si jamais les

[l)Eccli. xj, 1. — (2) Job, XMi, 1. — (3)Eccli. xxvxu, 28.

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impressions Involontaires du vice arrivent jusqu'à lui, il ait le courage de ne pas y adhérer. Veillez enfin sur toutes vos démarches, pour ne point en faire d'imprudentes, et ne pas vous engager témérairement dans des liaisons qui pourroient vous devenir funestes.

Qu'il me soit permis d'éclairer ici votre inexpérience : tôt ou lard vous trouverez des personnes de votre âge qui se permettront de qualifier votre piété de sauvage, vos pratiques de minutieuses, votre retenue de pusillanime, et qui, ne pouvant vous pervertir par leur conduite, chercheront à vous décourager par le ridicule. Elles vous inviteront à vous donner plus d'essor et de liberté, à vous dégager des liens de la timide enfance, à goûter de leurs plaisirs^ elles prétendront vous révéler le secret d'allier la sévérité chrétienne avec les maximes d'un monde corrompu. Enfans chrétiens, entendez le Sage qui vous dit : Mon fils, si les pécheurs par leurs insinuations cherchent à vous attirer à eux, FUi mi^ ni te lactavtrint peccatores, ne les écoutez pas, ne acquiesças cig (i). Tôt ou tard vous trouverez des per-

(1) Pr.;v. I, (0.

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sonnes de voire âge qui vous inviteront à vous délasser par des lectures amusantes. Et de quels livres s'agit-il? de ces livres où le poison de la volupté est déguisé sous mille formes dififérenlesj le vice y est embelli, on le pare des couleurs de la vertu ^ Taniour profane s'y couvre d'un voile qui cache sa honte -, on y attache des idées de délicatesse et de sensibilité aux plus honteuses foiblesses. Enfans chrétiens, défiez-vous du serpent caché sous les fleurs-, écoutez cet oracle qui ne vous trompera point : Les mauvais discours gâtent les bonnes mœurs : Corrumpimt mores bonos colloqvia mala (i). Tôt ou tard vous trouverez des personnes de votre âge qui vous inviteront à les suivre dans ces lieux profanes où toutes les passions sont mises en jeu, où la volupté semble avoir fixé son empire, et où elle étale aux yeux des mortels tout ce qu'elle a de pompes et de charmes pour séduire les cœurs. Enfans chrétiens, entendez cet anathème sorti de la bouche de Jésus-Christ : Malheur au monde : Fœ mundo (2)! et le monde que le Seigneur a maudit est au théâtre, ou il n'est

(1) 1 Cor. \\, 33. ■— (2) Matlh. xvai, 7,

nulle part. Le théàlre a bien pu corriger quelques ridicules, mais souvent il a donné des vices, et il ne les guérit jamais. Mais, direz-vous peut-être, si vous nous ùtez tous ces divertissemens et tous ces plaisirs, que nous laisserez -TOUS donc? Ce que je vous laisse? le voici. Je vous laisse les amusemens honnêtes et purs qui sont insipides pour le vice, mais que savent goûter les âmes innocentes j je vous laisse les lectures ï«olides, et dont beaucoup peuvent être pour vous aussi amusantes qu'instructives-, je vous laisse le travail, qui assaisonne les plaisirs les plus simples, et qui est si nécessaire au bonheur de Thomme, que l'oisiveté ne fait pas moins son tourment que sa honte 5 je vous laisse l'estime des personnes vertueuses et de vos parens dont vous ferez la consolation et la joie; je vous laisse le témoignage d'une bonne conscience, et certes avec cela on se passe de beaucoup de choses; je vous laisse enfin les ressources et les douceurs de l'amitié. Parmi les personnes de votre sexe et de votre âge, en cormoissez-vous une qui ait l'esprit solide, le caractère vrai, le cœur droit, délicat et généreux, soumise à ses parens, craignant Dieu, et

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pratiquant les devoirs ordinaires de la vie chrétienne: rendez-vous digne d'en faire un ami, et vous aurez trouvé le plus précieux des trésors, et avec lui les plus douces consolations de la vie.

Je viens, mes enfans, d'exposer une partie des dangers dont les enfans sont menacés, mais il en est pour eux de plus redoutables encore. Jusqu'ici je n'ai pas dit quels sont ces dangers, et je crains de le dire. Mais, mon Dieu, il faut bien que je le dise, et pour le salut de ces enfans, et pour l'instruction de ceux qui m'écoutent. Pères et mères, j'aurois à vous révéler ici d'austères vérités 5 mais je craindrois que, dans la circonstance présente, on ne les attribuât aux écarts d'un zèle inconsidéré. J'aime mieux me laire, et me contenter de prier le Seigneur qu'il vous donne le courage de toujours édifier vos enfans par de saints exemples, d'être plus jaloux de les enrichir de vos vertus que des biens de la fortune, de veiller sur eux avec cette sage fermeté qui prévient le danger ou l'écarté promptement, de bannir constamment de vos maisons tout ce qui pourroit èlre pour vos enfans un sujet de corruplion el de srandale, de vous conduire

de manière à pouvoir leur dire avec quelque confiance ce que saint Paul ne craignoit pas de dire aux chrétiens de son temps : Imiteznous comme nous imitons Jésus-Christ, Imitatores mei eslote^ sicut et eyo Christi (ij. Que si, ne m'adressant plus en particulier aux parens que la cérémonie de ce jour intéresse plus spécialement, je voulois rappeler leurs devoirs à tous les parens en général, je me plaindrois avec toute la liherté que me donne mon ministère, et je leur dirois : Pourquoi faut-il que trop souvent votre autorité soit en contradiction avec vos exemples; que chez vos enfans, la conscience leur défende une imitation que semble imprimer le penchant naturel-, que votre conduite démente vos discours? Que dis-je? n'arrive-t-il pas que les paroles des parens soient mauvaises comme leurs actions, en sorte que nous n'avons pas même la triste consolation de pouvoir dire : Ne faites pas ce qu'ils font, mais faites ce qu'ils disent? Oui, il arrive que des enfans trouvent leurs plus grands dangers au sein de leurs familles, et qu'ils sont pervertis par

(Ij I Cor. IV, IC.

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ceux quijjdevroient les sauver. Je veux parler de ces parens qui en présence de leurs enfans se meltent au-dessus de toutes les lois de Dieu et de son Eglise, et semblent vivre dans ce monde, sans culte, sans religion, et sans Dieu. Je veux parler de ces parens, qui se permettent devant leurs enfans ou des railleries sacrilèges contre la religion de Jésus -Christ, ou des maximes ouvertement impies, et jettent ainsi dans leur ame des semences d'incrédulité, qui un jour peut-être feront la honte et la ruine de leurs familles. Je veux parler de ces parens, qui loin d'arracher des mains de leurs enfans les livres dangereux, semblent se faire un jeu de les leur procurer, et gardent précieusement ces dépôts de corruption et de mensonge : poisons héréditaires, qui de génération en génération porteront avec eux la corruption et la mort. Je veux j>arler de ces parens qui font de leurs maisons des maisons ouvertes à tous les plaisirs : là se rassemble la jeunesse des deux sexes pour y célébrer des fêtes nocturnes qui rappellent celles du paganisme; là toutes les passions fermentent, s'enflamment, font naitre des intrigues dont les suites peuvent être si déplorables, et dont les ressorts cachés

se déroberont aux yeux les plus vijTllans. Je parle enfin de ces parens qui abandonnent avec indifférence leurs enfans à des instituteurs sans principes et sans foi. Parens cruels, ne leur avez-vous donné la vie du corps que pour leur ôler celle de l'ame? Aujoard'bui vous n'y pensez pas, mais un jour le Seigneur vous en demandera un compte terrible. Enfans chrétiens, gardez-vous toutefois de vous prévaloir de ce que vous venez d'entendre, pour manquer aux devoirs que la nature inspire et que la religion consacre; du moment que vous vous permettriez de les violer, je ne croire plus à votre vertu.

Savez-vous, en effet, mes Frères, d'où vient quelquefois la perle d'un enfant? Elle viendra peut-être des mauvais exemples d'un jeune parent dissipe, indocile, libertin. C'est un jeune homme qui se félicite de jouir enfin de toute sa liberté : qu'on ne lui parle pas de prières, d'office divin, de sacremens, de lois de l'Eglise, de sage réserve, de respect pour les mœurs et pour la religion 5 il ne croit pas à tout cela, ou plutôt sans avoir une incri'dulilé raisonnée, il n'a d'autre guide que son plaisir, quel exemple! Jeune homme, ne me dites pas

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que vous ii'éles pas le gardien de votre frère;^ autrefois telle fut la frivole excuse du premier fratricide. Je le sais, comme Gain, vous ne tremperez pas vos mains dans le sang du juste Abel*, mais si vous êtes assez malheureux que de jeter dans l'ame de votre jeune frère le germe du vice et de la corruption; si, par vos discouis et par vos exemples, vous donnez la mort à son ame, tremblez que son innocence violée ne crie vengeance contre vous, que la colère du ciel ne vous poursuive, et qu'au grand jour de la manifestation voire propre frère ne s'élève contre vous pour vous dire *. Malheureux, c'est toi qui m'as perdu!

Savez-vous d'où peut venir encore la perte de quelqu'un de ces enfans? Elle viendra peutêtre des mauvais exemples d'une jeune parente légère et volage, qui ne respire que le plaisir. Déjà ses airs, ses manières, sa démarche^ ses ajustemens semblent annoncer une vertu morte, ou du moins mourante, pour me servir du langage de saint Bernard, Déjà elle a un goût décidé pour ces lectures romanesques écueil de l'innocence, pour ces théâtres école de volupté, pour ces divertissemens nocturnes où respire la licence, pour ces modes crimi-

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nelles, qui de nos jours, et jusque dans nos temples, arrachent son vode à la pudeur, quel exemple pour un enfant ! Fille chrétienne, qui que vous soyez, et dans quelque rang que la Providence vous ait fait naître, qu'il me soit permis de vous le représenter avec toute la liberté que me donne mon ministère-, aimez la prière et la retraite; fuyez les divertissemens licencieux; montrez-vous plus jalouse de plaire à Dieu que de plaire aux hommes •, soyez soumise à votre mère par respect et par amour, bien plus que par contrainte; faites votre première parure de la décence et de la modestie, et craignez qu'il ne manque quelque chose à votre vertu, si votre présence n'inspire pas le respect.

Mes chers Enfans, je viens de vous recommander la prière et la fréquentation des sacremens, la lecture spirituelle, la vigilance sur vous-mêmes pour être en garde contre les tentations, contre les vices naissans, contre les occasions dangereuses. Si vous êtes fidèles aux règles que je viens de vous tracer, le Seigneur ne vous abandonnera pas, et vous allez devenir pour vos familles un sujet bien consolant d'édification ; car vous devez rentrer, ce soir,

Si Sttl LA PERSÉVÉRAîSCE.

au sein de vos familles comme des anges descendus du ciel-, vous devezy paroitre comme de nouvelles créatures, répandant autour de vous la bonne odeur de Jésus-Christ. On s'altend, el on a le droit de s'attendre à ceque vous soyez plus que jamais dociles, respectueux el tendres envers vos parens. L'arbre, dit le Sauveur, se connoit par ses fruits (i), et votre communion doit se connoitre par votre conduite. Oui, il faut plus que jamais que, par voire docilité, vous soyez la consolation et la joie de ceux qui vous ont donné le jour. Ecoulez ce que saint Augustin nous apprend de lui-même. Les assurances, nous dit-il (2), que ma mère m'avoit données dans sa dernière maladie, qu'elle éloit contente de moi, m'étoienl d'une grande consolation. Elle m'appeloit son bon fils; elle se plaisoit à me dire de la manière du monde la plus tendre, qu'il ne m'étoit jamais éi happé un seul mot dont elle eût à se plaindre. O enfans chrétiens, puissiez-vous mériter, par votre conduite, d'entendre de la bouche de vos parens un si consolant témoignage' Ainsi soit-il.

(1) Matth. VII, 20,— (2) Confess. lib. ix, cap, xn.

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