POUR UNE ABJURATION
Madame,
Il y a trois siècles que vos pères et les nôtres, enfans du même Dieu,éloient aussi les enfans de la même Eglise, qu'ils prioient dans les mêmes temples, parlicipoient aux mêmes mystères, obéissoient aux mêmes pasteurs, et ne formoient tous ensemble qu'une seule et même famille sous les yeux de leur Père céleste. Alors les provinces où vous avez pris naissance, unies entre elles comme avec le reste de l'Europe par une foi commune, faisoient partie de cette Eglise qui depuis son origine s'est nommée si bien catholique, c'est-à-dire universelle, parce qu'il éloit dans sa destinée d'embrasser les nations et les siècles. Sans doute, à l'époque queje rappelle, les scandales et les excès de tous les genres faisoient gémir les vrais disciples de Jésus-Christ ^ sans doute la discipline
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et les mœurs avoient souffert un relâchement qui appeloit une réforme salutaire, et qui excitoit en effet la sollicitude de ce qu'il y avoit de plus zélé et de plus saint parmi les fidèles et les pasteurs. Tel est, hélas ! le triste partage de la terre que nous occupons : il y aura des vices tant qu'il y aura des hommes.
Mais d'après les promesses immortelles faites aux apôtres et à leurs successeurs par celui qui leur dit : Allez enseigner toutes les nations, et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps, la foi des premiers âges étoit encore la foi du commencement du seizième siècle j si le temps avoit pu altérer les mœurs, ilu'avoilrien pu contre la doctrine, et la vérité régnoit toujours dans ren>8igne-^ ment public et universel.
Pourquoi faut-il que de téméraires nova'eurs soient venus rompre cette belle unité de l'Eulope chrétienne, déchirer ce grand corps par des dissensions sacrilèges et cruelles, élever autel contre autel, et former des églises nouvelles dont le nom seul, qui est celui de leurs auteurs, en attestant leur origine récente, est par là même le litre de leur condamnation.'^ Oui, toute église à laquelle on pourra dire
tomme TerluUien aux sectes de son temps '. Vous n'étiez pas hier, ne sauroit être celle que Jésus-Christ a fondée sur cette pierre contre laquelle il n'affirme pas en vain que les portes de l'enfer ne [)révaudront jamais.
Par le malheur même de votre naissance, vous avez été, Madame, nourrie, élevée dans une de ces églises séparées de l'Eglise mère j vous avez, pour ainsi dire, sucé l'erreur avec le lait, et durant plusieurs années vous êtes resiée dans les ténèbres comme sans le savoir, Mais le ciel, qui avoit sur vous des pensées de prédilection, avoit mis dans votre cœur des dispositions, et préparé des événemens, qui, à travers bien des obstacles, dévoient vous conduire au port de la vérité et du salut.
Unie par des nœuds honorables à un époux catholique, votre juste affection pour lui commença d'incliner votre cœur vers la foi qu'il professe 5 ce premier sentiment s'est fortifié par l'engagement que vous avez contracté d'élever vos enfans dans sa religion. Enfin, le ciel a permis que du sein du INouveau-Monde vous ayez été transportée dans notre France, où la lumière devoit vous envelopper de toutes parts. Ce n'est pas tout; frappée de maladie vous
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avez été admise dans cet asile, où les soins do la charilé la plus tendre secondent si bien les vues de celle qui a su concevoir la pensée de ce précieux établissement, et l'exécuter avec autant d'intelligence que de courage. C'est ici que la grâce divine vous attendoit pour achever son ouvrage -, ainsi elle a fait sortir de l'affliction du corps la guérison de lame : et voilà comme elle cache plus d'une fois sa miséricorde sous les traits de la sévérité. Le désir de connoitre une religion à laquelle vous deviez des soins si touchans, s'est fait sentir vivement à votre cœur 5 vous avez voulu conférer avec ses ministres 5 mais si l'ouvrier évangélique plante et arrose, c'est Dieu seul qui donne Taccroissement. Aidée de sa grâce, votre candeur naturelle vous a rendue docile aux instructions qui vous ont été données; bientôt la pénétration de votre esprit vous les a rendues familières-, et aujourd'hui c'est avec une liberté, une conviction entière, comme avec une douce joie, que vous allez, non pas quitter la foi de vos pères, mais plutôt revenir à celle qu'ils professoient autrefois, que nous professons encore, et qu'ils n'auroient jamais dû abandonner.
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Désormais membre vivant de lu véritable Église, vous y trouverez le trésor des grâces dout elle est seule dépositaire 5 appuyée sur elle comme sur la colonne de la vérité, ainsi que la nomme l'Apôtre (1), vous serez invariable dans votre foi : plus heureuse que vos frères séparés, qui sans règle fixe de croyance flottent à tout vent de doctrine. Un sacerdoce, îiéritier de pouvoirs divins, vous fera trouver dans le sacrement de la réconciliation le repos de la conscience, dans la participation aux saints mystères la force et la vie ; et en même temps cette communauté de biens spirituels, que nous ap[)elons la communion des saints, sera pour vous une source Invariable de bénédictions.
Ainsi vous traverserez le pèlerinage du monde présent, soutenue par l'espérance du monde à venir-, vous marcherez avec courage vers la terre des vivans, où il n'y a plus ni temps, ni ténèbres, ni désirs, où l'on voit ce que nous croyons, où l'on possède ce (jue nous attendons -, vous mériterez enfin d'entrer dans ce royaume, qui, suivant l'expression
(1) I Tim. m, 15.
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de saint Augustin, a pour roi la vérité, pour loi la charité, pour durée Téternité (i) -, et vous pourrez dire , comme un saint docleur du quatrième siècle (i) : Chrétienne, c'est mon nom, et mon surnom c'est Catholique.
(1) Epist. cxxxviu, adMarcell. n. 1?.
(2) Saint Pacien, évêque de Barcelone.