Essais, liv. I", chap. xx\, p
INTRODUCTION
« Puisqu'elle est, dit-il, la science qui nous instruit à vivre, que l'enfance y ait sa leçon comme les autres âges. Pourquoi ne la lui communiquei-on pas? On nous apprend à vivre quand la vie est passée.... Otez toutes les subtilités épineuses de quoi notre vie ne se peut amender; prenez les simples discours de la philosophie ; sachez les choisir et traiter à point. Ils sont plus aisés à concevoir qu'un conte de Boccace: un enfant en est capable au partir delà nourrice beaucoup mieux que d'apprendre à lire et à écrire. La philosophie a des discours pour la naissance des hommes comme pour la décrépitude ^ »
Ne semble-t-il pas avoir exactement deviné les règles de cette méthode, appliquée aux États-Unis et en Suisse avec tant de succès sous le nom de Leçons de choses, quand il écrit ces lignes aussi charmantes que sensées :
« Fâcheuse suffisance qu'une suffisance purement livresque; je m'attends qu'elle serve d'ornement, non de fondement,... Ceux-ci veulent nous apprendre à bien parler et à bien juger, sans nous exercer ny à parler, ny à juger. Or, à cet apprentissage tout ce qui se présente à nos yeux est livre suffisant; la malice d'un page, la sottise d'un valet, un propos de table, ce sont autant de nouvelles matières.... »