L'Instruction publique aux États-Unis
INTRODUCTION
OÙ le nombre de leurs coreligionnaires ne sera pas assez grand pour qu'une école spéciale y soit autorisée, seront forcées de subir les leçons d'une secte ennemie, ce qui peut exposer de jeunes catholiques à être catéchisés par un rabbin ou un pasteur protestant. Dans le premier cas, ils préparent la guerre civile et la plus terrible de toutes. Dans le second, ils violentent les consciences.
Le seul remède à ce double mal est la sage réserve imposée à l'enseignement de l'État au profit de la liberté religieuse. Elle respecte les droits de tous et particulièrement ceux du prêtre, sur le domaine duquel nulle rivalité profane ne s'étend, et l'enfant qui ne reçoit que de lui l'instruction religieuse s'accoutume de bonne heure à révérer le caractère sacré dont il est revêtu — ce qui ne veut pas dire que les leçons de l'institateur laïque soient dépourvus du secours et de la lumière que fournit le sentiment religieux pris dans son acception générale. 11 le rencontre à chaque pas devant lui, et chaque explication qui s'élève au-dessus d'un fait technique l'y ramène.
Ainsi, en conservant à la morale sa base éternelle et sa pureté originelle, l'enseignement public, affranchi de toute préoccupation confessionnelle, s'appliquera exclusivement à répandre la science, à perfectionner les méthodes et surtout à fortifier la raison, à former des caractères, à faire des
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hommes, des citoyens dignes de la liberté. Mais pour que le mouvement vers lequel le poussent les nécessités de notre situation et les légitimes exigences de l'opinion publique trop longtemps indifférente, ait la profondeur, la puissance, la fécondité que nous pouvons espérer, il ne faut pas qu'il laisse en dehors de son action le sexe que, par une contradiction singulière, nos mœurs déifient et nos lois asservissent. Une révolution morale à laquelle les femmes ne sont pas associées est condamnée à l'avortement. La France ne sera réellement grande que lorsqu'au point de vue civil, intellectuel et social, elles auront repris le rang que la justice et la raison leurs assignent.
Qui ne comprend, en effet, que créée pour être la compagne de l'homme, pour lui donner des enfants et jeter dans leur cœur les premières semences de savoir et de moralité, la femme doit recevoir une éducation qui lui permette de remplir les grands devoirs que ce double rôle lui impose? Je vais plus loin : destinée à être épouse et mère, elle n'en puise pas moins dans son intelligence et dans sa liberté le droit imprescriptible qui appartient à tout être humain d'user de ses facultés et de les perfectionner. Or, il est de l'intérêt public que sous l'un et l'autre de ces aspects sa valeur individuelle s'accroisse de tout ce que l'instruction peut y ajouter. On peut dire de l'ignorance des femmes ce que
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Montesquieu a écrit avec tant de raison du désordre de leurs mœurs : « Il y a tant d'inconvénients attachés à la perte de la vertu dans les femmes, toute leur nature en est si fort dégradée, ce point principal ôté en fait tomber tant d'autres, que Ton peut regarder, dans un état populaire, l'incontinence publique comme le dernier des malheurs, et la certitude d'un changement dans la constitution ^ »
Tout de même, leur ignorance est absolument inconciliable avec la pratique de la liberté, car elle engendre fatalement la faiblesse d'esprit, la frivolité, le goût de la servitude, l'amour de la superstition. L'enfant suce ces vices avec le lait de sa mère; devenu homme, il en conserve toujours quelque empreinte. L'ignorance est donc aussi dangereuse que les mauvaises mœurs et doit être combattue comme elles, et ce serait une fausse et désastreuse conception d'établir sur ce point entre les deux sexes une différence autre que celle qui résulte de la fonction diverse à laquelle chacun d'eux est destiné.
C'est là ce qui n'a point échappé au sens droit et positif des libres citoyens Je TAmérique du Nord, non plus qu'à la ferme raison de la Suisse républicaine. Dans l'un et l'autre de ces deux pays, l'éducation des femmes est regardée comme un élément