Journal des Débats. 21 août
I\TRODUCTION.
Ces imposants témoignages confirment et justifient les jugements que j'ai portés dans le cours de cette trop longue étude : ils montrent, comme j'ai essayé de le faire, la voie dans laquelle doivent s'engager les hommes de talent et de cœur qui ont foi dans les principes et veulent en ranimer le respect. Renouer par les mains de la liberté le lien qui nous rattache à l'infini, répandre à flots la lumière de la science, rapprocher les hommes et leur apprendre à deven'r meilleurs et plus heureux en s'unissant étroitement les uns aux autres : c'est une noble et immense tâche, digne des ambitions élevées et des grands caractères. Le gouvernement qui l'accomplira aura plus fait pour la gloire et la prospérité de la France que le plus victorieux de ses conquérants. Les écrivains et les orateurs qui la faciliteront auront une large part de la reconnaissance publique. Qu'ils se mettent donc à l'œuvre, qu'ils s'abandonnent généreusement à la passion de bien faire. Jamais peuL-être la France n'a eu des droits plus augustes à l'amour et au dévouement de tous ses enfants. Victime d'elle-même, déchirée et mutilée par sa faute, elle veut se ressaisir tout entière.
INTRODUCTION
Klle veut redevenir ce qu'elle a été, plus encore, puisqu'elle aura la leçon du malhsur et le prestige de la rénovation. Elle court au devant des réformes et ne demande à ceux qui la guident que de n'élre plus trompée.
Le maintien scrupuleux et ferme de la liberlé doit être sa première garantie, mais la liberté ne suffit point, elle ne résout pas à elle seule toutes les difficultés que font naître les rapports des hommes entre eux et les exigences des gouvernements qu'ils se donnent. Comme toutes les nations européennes, la France a l'intuition vague et confuse des transformations inévitables, nécessaires à l'assiette des sociétés modern3S ; ignorante et incertaine, placée sur les confins de deux mondes, l'un qui s'efface, l'autre dont les formes sont encore indécises, elle hésite et doute ; elle prête une oreille troublée aux rêves des théoriciens, aux déclamations des ambitieux, aux colères des fanatiques; tous lui promsttent la puissance et le bonheur, tous flattent ses appétits et ses passions. Il faut la prémunir contre ces séducteurs; mais à ceux qui l'excitent à revendiquer des institutions qui lui assurent la possession de la justice et de la vérité il n'y a rian à répondre, si ce n'est d'aller au devant de leurs vœux en cherchant au plus vite les moyens pratiques de les réaliser.
11 serait puéril de le contester : les peuples
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même les plus despotiquement gouvernés sont rem.Qés profondément par le souffle démocratique ; l'autorité de l'homme sur Thomme y diminue à mesure que celle de la loi grandit ; l'empire de l'opinion publique s'étend et s'affermit, et bien que la souveraineté de la force ait semblé dans ces derniers temps effacer toutes les autres, ce triomphe ne peut être que précaire et passager ; certaines nations peuvent subir l'entraînement de l'enthousiasme; la raison, l'intérêt et l'exemple les ramèneront à la notion de leurs droits et au désir légitime d'être maîtresses d'elles-mêmes.
En présence de ce mouvement général et puissant, on peut appliquer à l'époque où nous sommes la parole prophétique du poëte à l'avènement d'Auguste :
Magnus ab integro sceclorum nascitur ordo,
avec cette différence toutefois que le despotisme du premier des Césars marquait le déclin de la société romaine, tandis que l'épanouissement de la démocratie est l'aurore d'une ère nouvelle de progrès scientifique, de résurrection morale et de prospérité matérielle.
Mais, en pressentant ces hautes destinées, il est permis aussi de deviner les efforts, les sacrifices, les douloureuses épreuves qu'elles coûteront. Une loi mystérieuse qui échappe à notre faible intelli-
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gence condamne rhumanité à marquer chacun de ses progrès par une trace sanglante ; elle avance cependant vers le but qui lui est assigné et qui n'est autre que l'égalité des droits, la pleine possession de la liberté, l'application stricte de la justice. C'est sur cet idéal que les hommes éclairés et généreux, heureusement nombreux en France, ont le regard constamment fixé ; la lutte, le labeur, les déceptions ne les arrêtent pas; soutenus par leur foi, ils n'attendent d'autre récompense que celle du devoir accompli; ils se consolent facilement des jugements injustes, si les idées qu'ils défendent triomphent ; ils ont à l'avance placé leur âme plus haut que la fortune et ne demandent d'autre faveur à Dieu que celle de servir jusqu'à leur dernière heure la cause de la vérité.
C'est pour eux que j'ai écrit, c'est en eux que je mets mon espérance.
septembre 1872.
DE
Discours prononcé le lo janvier 1869 à la salle Valentino
Mesdames et Messie|urs,
Les paroles beaucoup trop bienveillantes de notre président^ ajoutent singulièrement à l'embarras naturel que j'éprouve en me levant au milieu de ce brillant auditoire pour l'entretenir des lettres et de Faction qu'exercent sur elles les mœurs des nations au milieu desquelles elles se produisent; les lettres, c'est-à-dire la manifestation de la pensée humaine dans ce qu'elle a de plus saisissant, de plus fort et de plus durable. C'est cet aliment merveilleux dont l'humanité