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main la chaîne qu'il vient de briser, et de l'autre le tronçon d'épée qui doit servir à la délivrance, Spartacus est là, prêt à s'élancer et à mourir pour la cause de la justice, violée en sa personne et dans la personne de ses frères! Oui, il le faut éternellement rappeler : en présence du meurtre d'un de ses camarades, il s'élança sur la première arme qu'il trouva à sa portée, pour accomplir un acte de vengeance légitime. Quelques heures après le moment où, dans les rues de Capoue, s'accomplissait cette héroïque tragédie, les esclaves l'entouraient; bientôt il avait une armée; il a trois fois vaincu les légions romaines commandées par leurs consuls : il eut deux villes en sa possession pendant deux ans ; il a fait trembler le sénat éperdu, et peut-être eût-il été victorieux sans l'indiscipline de ceux qu'il commandait. Il est tombé le dernier sur le champ de bataille arrosé de son sang, sang généreux! car il était versé pour la liberté naissante et Spartacus est resté, dans le souvenir comme dans la reconnaissance de tous les hommes de cœur, le type du courage et du sacri- Hce !
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Messieurs, que de siècles se sont écoulés sans que ce généreux exemple ait trouvé d'imitateurs !
L'imagination se confond, l'esprit s'égare, se trouble quand on pense que c'est seulement dans le temps où nous sommes que l'esclavage a été définitivement vaincu ; que tout y a passé, la philosophie, l'Église, l'art, la science, et qu'il a été constamment accepté et consacré, changeant de forme, la civilisation le faisant reculer, mais ne le détruisant pas. Et j'ai le droit de dire que ce sera l'honneur des hommes de IShS d'avoir compris qu'ils auraient été infidèles à leur mission, qu'ils n'auraient accompli dans leur propre pays qu'une œuvre incomplète, s'ils n'avaient pas, après l'avoir tant de fois blâmé, tué définitivement dans son germe le trafic hideux de nos frères les noirs, pris enfants sur la côte natale et entraînés dans nos colonies où leur travail devait servir à augmenter nos richesses, victimes humaines injustement sacrifiées aux besoins de l'ignorance et de l'avidité. Ce noble exemple devait être surpassé par des hommes plus courageux que ceux dont je viens de parler, à qui je me permets do
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ne donner clans cette question que le second rang. Car ce n'est pas dans le silence du cabinet et sur la table de l'homme d'État que les citoyens des États-Unis en ont fini avec cette monstruosité sociale. Pour la combattre, ils se sont donnés tout entiers. Leur existence, leur fortune, leur avenir, ils ont mis tout en jeu, et iaut-il vous dire combien a été grand l'elTort au bout duquel ils sont restés victorieux? Je ne sais pas, messieurs, ce que l'avenir réserve aux générations futures, mais il me semble qu'il leur sera difficile d'être les témoins d'un spectacle aussi grandiose, aussi épique, aussi émouvant que celui qui a fourni la tragique, dramatique et glorieuse aventure de cette guerre de cinq ans.
Est-ce que vous ne sentez pas encore ce frisson qui parcourut l'Europe, où des millions de mains se disputaient un petit livre? Quel était-il? que contenait-il? Le récit des grandes guerres faites par les puissants de la terre, des amours scandaleux de gens qui vont sur le trône faire parade des faiblesses humaines? Non, messieurs, c'était la plainte obscure d'un pauvre nègre.
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c'était le journal de ses souffrances; et il semblait, sous la plume de l'éloquent écrivain, qu'on entendît les coups de verge dont ce malheureux était accablé, et il y avait dans ce roman — qui restait bien au-dessous de la réalité, j'en suis convaincu, — la ravissante figure d'une jeune fille envoyée par Dieu pour consoler la douleur, et qui apparaissait comme un ange au milieu de toutes ces misères sociales qu'elle ne comprenait pas et dont elle est morte! Ah! messieurs, ce qui sera la gloire de la nation américaine et de celles qui, dans son sein, prêchent l'indépendance et l'émancipation de la femme par la vertu, c'est que c'est une femme qui a écrit cette dramatique histoire. C'est à elle, il faut le dire bien haut, que revient le premier honneur de ce vaste embrasement qui a produit les conséquences que vous savez; les pleurs qu'elle avait fait répandre n'étaient pas encore séchés que le souffle de l'insurrection se levait sur les États d'Amérique.
Là, des hommes vaillants, dont il faut reconnaître le courage, dont l'opinion était égarée, mais qui se sont aussi sacrifiés à leur conviction.
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étaient debout et en armes. Mais de l'autre côté, et vers le nord, quel magnifique mouvement! Ce ne sont pas quelques propriétaires privilégiés qui veulent défendre leur fortune en même temps que l'institution de l'esclavage, c'est la population tout entière frémissante, indignée, prête à s'immoler jusqu'au dernier homme, improvisant des armées et des généraux sortis du comptoir et de l'atelier, ne devant rien à ces détestables faveurs qui, sous prétexte de distinguer les hommes, les avilissent en les élevant, ne dépendant que du peuple et donnant l'exemple de toutes les vertus militaires : c'est Grant, devant Richmond, dédaignant les railleries, ferme dans ses convictions inébranlables, dans sa patience à toute épreuve, pendant que le glorieux et héroïque Shermann parcourt en quelques mois 1,600 lieues de pays à la tête de sa cavalerie, fait tomber Gharleston et revient victorieux sous les lignes de Richmond! — Mais à ce moment, un grand forfait est accomph, l'homme qui dirige les destinées de ce peuple libre succombe sous les coups d'un fanatique; son sang généreux est le dernier répandu, le
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drapeau libérateur de l'Union flotte sur les ruines de l'insurrection, et la race déshéritée vient en embrasser les plis fraternels!
Que vous dire après cette grande aventure ! N' est-elle pas pour nous une raison d'espérer? et quand on a vu disparaître, malgré l'héroïsme des derniers défenseurs de l'esclavage, cette lèpre sociale qui a déshonoré l'humanité depuis qu'elle existe, comment voulez -vous qu'avec la discussion, avec ce réveil de l'opinion qui désormais gouvernera l'Europe et le monde, les abus secondaires puissent résister, et que la vérité ne vienne pas prendre possession définitive des choses de ce monde après avoir subi tant d'épreuves et les avoir glorieusement traversées ?
Ce serait abuser de votre attention que d'insister; j'aime bien mieux vous citer un seul exemple, et reportant vos regards, non plus vers ces âges antiques, environnés de ténèbres, ni même vers ces faits complexes qui ont marqué les annales humaines à des époques intermédiaires, vous dire de regarder ce qu'était la France il y a cent ans, c'est-à-dire à une époque où Montesquieu écrivait VEspril des lois et les Lettres
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persanes, où Rousseau publiait le Contrat social, où se levait cette généreuse et brillante légion des encyclopédistes marchant à la conquête de la science et de la vérité pure; où Voltaire, avec son impitoyable raillerie, mettait en fuite ses hypocrites adversaires. Alors la France était la terre de l'oppression et du privilège; elle était dominée par le despotisme, livrée à quelquesuns, laissant gaspiller sa fortune par des financiers, sans contrôle, sans législation fixe, sans justice; ah! c'était à désespérer de tout, alors qu'on voyait les hommes les plus généreux envoyés à la Bastille pour avoir abordé un problème social tout aussi bien que pour avoir encouru la disgrâce d'une royale courtisane! Cependant nos père3 n'ont pas reculé devant la mort, ils l'ont affrontée la tète haute; sachant très-bien qu'ils avaient le droit pour eux, ils ont mis la cognée au vieil arbre ; il est tombé sous leurs coups, et sur le terrain qu'ils avaient nivelé ils ont élevé l'édifice au fronton duquel nous lisons encore le grand mot d'égalité civile. Je le sais, je ne veux pas me payer d'illusion:;, l'inscription du fronton n'a été que trop souvent
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démentie par l'hypocrisie des institutions ; l'histoire est là pour nous apprendre qu'après cet héroïque effort, après avoir brisé ses fers, la nation française, dans un moment de fol aveuglement, a présenté de nouveau ses mains aux liens qu'elle a reçus de ce capitaine qui avait violé toutes les lois pour assurer sa puissance. Elle a cruellement expié sa folie, car son châtiment dure encore, mais nous avons la certitude que nous touchons au jour de la réparation. Et ce jour, il ne dépend que de nous de le faire luire. Pour cela que faut-il? Avant tout savoir fonder et pratiquer la liberté. Il ne peut aujourd'hui s'établir de gouvernement qu'à la condition de la respecter et de se placer à l'ombre de son drapeau. Seulement il ne faut pas souffrir qu'il ruse avec elle, ni qu'il cherche en l'inscrivant dans ses programmes à l'anéantir sous des mesures de détail.
La liberté que nous réclamons et que nous obtiendrons pour la sécurité et la grandeur de notre pays, la liberté qui seule peut faire disparaître des inégalités sociales ce qu'elles ont d'artificiel, et qui peut corriger ce qu'elles ont de