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il me ti'ouble et me donne le sentiment de l'insuffisance où je suis de le traiter comme il convient. Heureusement pour moi, les. voix plus autorisées de mes prédécesseurs se sont élevées dans cette enceinte pour lui rendre le juste hommage qui lui est dCi, et, à vrai dire, je n'ai qu'à évoquer le souvenir de leurs accents, qui retentissent encore à vos oreilles et des impressions salutaires qu'ils ont laissées dans vos esprits.
Aussi bien puis-je dire que la cause sacrée" de l'instruction publique n'a plus besoin maintenant de vaillants efforts pour remporter la victoire ; elle ne rencontre plus devant elle que des adversaires qui se dérobent et se déguisent, et s'il est utile de la défendre encore, c'est beaucoup moins pour établir la légitimité de son principe que pour en élargir et pour en généraliser l'application.
Qu'ils ressemblent peu, en effet, à ceux où nous vivons, les jours d'initiation et d'épreuves dans lesquels des hommes généreux, dont nous ne pouvons ici prononcer le nom qu'avec un respectueux attendrissement, — les deGérando, les Carnot, les de Lasteyrie, les de Laborde et tant
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d'autres dont vos annajes gardent fidèlement le souvenir, — ont posé d'une main courageuse la première pierre de l'édifice auquel chaque année ajoute plus de force et plus d'éclat.
A l'époque où je reporte ma pensée, la société française qui, un instant éblouie et charmée par la lumière de la philosophie avait, par une sorte de miracle soudain, vu sa servitude se changer en une existence féconde et libre, avait été bientôt brusquement arrêtée sur le seuil de la carrière ouverte à son génie et ramenée en arrière, forcée de courber le front devant le glaive qui successivement avait abattu toutes nos libertés. Alors il était peu question d'instruction primaire. Dans cette période d'héroïsme malheureusement stérile et de défaillance morale, qui n'ont que trop porté leurs tristes fruits, les enfants du peuple semblaient bons à couvrir de leurs corps les champs de bataille, et leur éducation était complète quand ils possédaient l'ait du maniement des armes. Un instant la fortune parut la complice de cette restauration de passé dans le despotisme; mais l'illusion fut courte et bientôt châtiée par de funèbres revers ;
la tyrannie put trop tard mesurer l'étendue de ses fautes et chercha vainement à les réparer.
Ce fut alors que, sans se laisser accabler par les malheurs de la patrie, un petit groupe d'intelligences d'élite réclamèrent pour elle la seule voie de salut qui lui fût ouverte : celle de la justice et de la liberté ; de la justice, qui appelle sans distinction de rang ni de richesse tous les membres d'une même communauté sociale au bienfait d'une même éducation ; de la liberté, qui, fille de la lumière, ne peut vivre qu'à la condition de voir se dissiper de son front divin les ténèbres de l'ignorance.
Mais pour entreprendre cette sainte croisade, que d'obstacles à surmonter, que de préjugés à vaincre! J'étonnerais et je contristerais à la fois beaucoup de ceux qui me font l'honneur de m' entendre, si je voulais reconstruire par la pensée cette société à laquelle nous touchons, et qui cependant est si profondément différente de la nôtre. Alors, ceux qui parlaient de répandre l'instruction sur le peuple étaient traités d'ennemis publics, de séditieux. On les accusait de jeter les germes de la destruction sociale ; on les pré-