‹ Conférences et discours littérairesChapitre 26 sur 31 · DF.S COURS NOP.MAUX · texte numérisé non relu

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sentait comme les adversaires directs des classes laborieuses qu'ils prétendaient affranchir. On leur disait : Vous allez placer dans leurs mains inhabiles le flambeau de la science ; elles en feront la torche d'Érostrate.

Calmes et fermes, intrépides dans leur foi, ils ont dédaigné ces aveugles calomnies et ces sinistres prédictions. Honneur à eux ! Ils ont enfin triomphé ; ils ont conquis l'opinion publique ; les pouvoirs leur ont tendu la main, et on peut dire aujourd'hui que les vérités qu'ils voulaient établir régnent sur les sociétés modernes sans y rencontrer de contestations sérieuses.

Aussi, soyez-en sûrs, les écoles seraient plus nombreuses, les méthodes meilleures, la condition de ceux qui se consacrent à l'enseignement infiniment plus élevée, si la législation, par ses entraves, ne s'opposait pas à toute espèce d'initiative personnelle, et surtout si, par une erreur déplorable, la plus grande sagesse de la politique ne semblait pas consister à préparer à l'humanité de glorieuses funérailles, tandis qu'au contraire le philosophe, l'homme de bien doit chercher la force de cette humanité dans son

épanouissement par le travail et par la liberté.

Tel était le but de nos illustres prédécesseurs, tel est aussi le nôtre. Nous estimons qu'une société ne peut être véritablement puissante qu'à la condition de développer tous les germes de richesse qu'elle contient dans son sein. Or, la plus précieuse de ces richesses, c'est l'intelligence, aussi nous elTorçons-nous de cultiver son domaine : telle est notre mission.

Sans aucun doute, nous sommes reconnaissants pour tous les services qui sont rendus, de quelque côté qu'ils viennent, et nous ne dédaignons en aucune façon ceux des corporations instituées par l'Etat. Cependant nous ne rougissons pas d'avouer nos prédilections pour l'enseiment libre. Nous y trouvons une image plus fidèle de la famille, la preuve de ce que vaut l'homme laissé à lui-même et consacrant son intelligence à faire le bien ; nous y rencontrons la concurrence et l'émulation qui produisent toujours d'heureux résultats.

Cette préférence toutefois ne nous fait pas rétrécir l'horizon sur lequel nous essayons de porter la lumière. Partout où nous apparaissent des

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méthodes ingénieuses, des efforts intelligents, nous témoignons notre approbation par l'expression de nos sympathies et par nos récompenses. Nous ne sommes ni une secte, ni une école, ni un parti. Nous avons simplement la prétention de faire un peu de bien en restant des hommes indépendants et de bons sens. Ce que nous faisons est une des mille réponses que la société moderne adresse chaque jour à ceux qui s'efforcent de la doter charitablement des plus nombreuses et des plus inquiétantes imperfections. Pour ma part, j'ai toujours cherché à me garantir de cette faiblesse, malheureusement assez commune chez les personnes qui avancent en âge, de blâmer hautement tout ce qui s'éloigne des traditions de leur jeunesse. Je suis prêt à m'incliner devant les grandes œuvres, devant les nobles actions, devant les efforts de génie qui ont illustré les siècles passés, jetant sur le nôtre leurs sublimes clartés; mais quand je les.entends louer exclusivement , lorsque surtout j e soupçonne que ces éloges sont dictés par un parti pris de dénigrement du nôtre, j'avoue que je suis peu flatté d'abord, et qu'en second lieu ma conscience

se révolte au nom du sentiment de la justice.

Tous tant que nous sommes, et surtout ceux qui dans le cours de leur carrière, foudroyés par des événements imprévus, ont vu en un seul jour leurs espérances brisées, leur droit profané, nous avons pu laisser échapper de nos cœurs d'amères effusions en présence de l'insolent triomphe de la force et de l'humiliation du droit. Cependant, lorsque rentrant en nousmêmes, tâchant de nous élever au-dessus de ces épreuves, de comprendre le vaste mouvement de l'humanité, nous arrivions à nous rendre un compte exact des événements que nous étions forcés de subir, nous reconnaissions que l'humanité ne s'arrête pas dans sa marche et que notre époque aura sa glorieuse page dans l'histoire qui consacrera et ses travaux et ses triomphes.

C'est là notre foi profonde, et je voudrais bien que tous ceux qui dressent l'acte d'accusation de ce siècle, qui le décrètent d'un incurable égoïsme, prissent la peine de nous dire pourquoi tant d'hommes si différents d'aptitudes, d'opinions et d'intérêts se réunissent ici dans une pensée commune d'amour de leurs semblables.

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de recherche du bien, de tendresse pour l'enfance; à quelles méchantes passions, à quels bas calculs sont dues de semblables inspirations. Ces détracteurs de parti pris seront forcés de reconnaître, vaincus par l'évidence, que c'est le seul sentiment du bien qui peut inspirer une telle œuvre ; ils déclareront avec nous que notre siècle vaut ceux qui l'ont précédé, qu'il a sa tâche et qu'il saura l'accomplir; que ce qui le distingue, le caractérise, c'est un élan généreux vers ce qui est vrai, c'est le dédain de toutes les hypocrisies, c'est l'amour de la science, c'est la résolution inébranlable de faire rayonner sur toutes les parties de la société française une lumière qui la pénètre, qui la relève, et d'établir ainsi à son profit cette égalité qui avait été signalée parle Christ et qu'il avait placée au ciel, que la civilisation et la philosophie font descendre sur la terre : l'égalité des âmes.

C'est là notre programme, et nous croyons lui être fidèles quand nous cherchons, chacun dans la mesure de nos forces, à répandre autour de nous le bienfait de l'instruction publique. Aujourd'hui moins que jamais, cette nécessité ne

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peut être discutée. Lorsque le despotisme régnait souverainement, on pouvait comprendre que le maître seul fût éclairé et qu'à ses pieds tout fût ombre et ténèbres. Mais aujourd'hui que la souveraineté du peuple a été proclamée, on a par là décrété la nécessité de son instruction.

On peut beaucoup disserter sur la question de savoir quelle base l'autorité devra recevoir ; on peut désirer qu'elle soit forte et puissante, mais ce qui n'est plus contesté aujourd'hui, ce que chacun sent profondément, c'est que ce serait à la fois une folie et un crime que de prétendre lui donner pour fondement l'abaissement et l'ignorance du plus grand nombre. La doctrine de la servilité a fait son temps. Elle a assez renversé de trônes, compromis de nations, pour qu'il soit temps d'y renoncer, et les faits qui s'accumulent nous prouvent avec une éloquence irrésistible que cette doctrine voue fatalement les peuples qui s'y abandonnent au marasme ou aux révolutions violentes. C'est l'éducation qui les sauve, précisément parce que l'éducation est le fondement de la Uberté, parce que la liberté est nécessaire pour engendrer l'autorité, parce que

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l'autorité, qui réside aujourd'hui dans la nation entière, ne serait qu'un vain mot, une arme dangereuse, blessant la main puissante qui chei"clierait à s'en servir, si à côté, si au-dessus n'était pas la responsabilité, la responsabilité naissant elle-même de l'intelligence qui montre la route à suivre, le bien à accomplir et le mal à éviter.

A quoi faut-il conclure? Vous le devinez sans |)eine : à la persévérance dans la voie où nous sommes engagés, convaincus qu'elle conduit au bien. En effet notre ambition est bien modeste : nous laissons à ceux qui y trouvent leur satisfaction le soin d'enrégimenter la jeunesse et de lui apprendre le dogme de l'obéissance passive. Quant à nous, nous voulons captiver et séduire l'enfance ; nous la prenons au foyer domestique, là où par les soins ingénieux de l'instituteur le diamant ignoré va bientôt se dépouiller de son écorce grossière pour briller des plus vives couleurs. Nous voulons que la nouvelle génération , arrivant peu à peu à la conscience d'elle-même, du monde extérieur et des affaires publiques puisse être digne du rôle que la destinée

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lui réserve. Nous voulons que chacun puisse s'entretenir avec un ami absent , commercer avec les penseurs qui nous ont éclairés , prendre possession de ces œuvres presque divines de l'esprit qui nous charment et nous fortifient, s'initier au mouvement des événement qui s'accomplissent et qui contiennent tous une leçon et un devoir, en un mot que chacun, dans la sphère la plus humble, sache lire et écrire.

Lire et écrire ! c'est prendre possession d'un monde nouveau, inconnu à l'ignorance, où l'on rencontre, avec les ressources les plus précieuses pour féconder la vie, tout ce qui la peut embellir ou charmer. Je ne veux vous parler que de ces jouissances infinies que procurent à ceux qui y sont initiés ces connaissances en apparence si vulgaires. N'est-il pas vrai qu'elles sont la source de nos voluptés les plus pures et les plus élevées ? L'homme ne peut pas toujours rester courbé sous son labeur, il a des heures de repos et de loisir, où il cherche une distraction impérieusement nécessaire. Les exercices physiques ne lui suffisent pas, car ils entraînent leur lassitude particulière. Mais revenir à son auteur favori,

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