Loc. cit., p
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aiment leur pays et veulent fortement le voir se relever et grandir doivent rechercher consciencieusement les moyens les plus rapides et les plus efficaces de combattre le mal sous le poids duquel il a plié. Je reconnais qu'il lui faut un armement capable de suffire à toutes les éventualités. Mes amis de l'opposition et moi, nous l'avons toujours demandé. Ce qui n'empêche pas les gagistes de l'Empire d'affirmer, et beaucoup de gens irréfléchis de répéter après eux, que nous sommes responsables des désastres de la campagne parce que nous avons crili- Q'ié l'accroissement de nos forces militaires. Les éditeurs de cette accusation savent bien qu'elle est calomnieuse, par cette double et décisive raison : d'abord la majorité du Corps Législatif a toujours enregistré docilement les projets officiels, ensuite nous avons constamment revendiqué l'abolition du remplacement et l'appel de toute la nation sous le drapeau. C'est l'Empire qui, pour avoir une armée à sa dévotion, s'est obstinément refusé à l'adoption d'un système avec l'application duquel il n'y avait pas d'invasion possible. Il n"a pas même voulu exécuter sa propre loi : redoutant l'esprit de la jeunesse française, il n'a pas organisé la garde nationale mobile. L'ennemi était déjà au cœur de notre territoire, et nos braves enfants n'avaient pas de fusils; au camp de Châlons, au poste avancé du péril, ils en étaient réduits à faire l'exercice avec des bâtons.
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Voilà le honteux spectacle que nous a oiïert le gouvernement dont les créatures osent aujourd'hui relever la tête et insulter ceux dont les conseils auraient sauvé. la France, s'ils avaient été suivis ; car, tout en réclamant l'armement de la nation, l'opposition n'a cessé jusqu'au dernier jour de s'élever énergiquement contre la guerre; elle a bravé les injures, compromis sa popularité, pour démontrer la vanité et le mensonge des prétextes donnés aux folles et criminelles résolutions qui nous ont perdus. C'est donc une incomparable audace de lui imputer des actes absolument démentis par ses discours, ses votes, sa politique; et la triste habileté des écrivains de mauvaise foi qui s'y étudient ne pourra longtemps prévaloir contre la simple vérité des faits.
Seulement, je le reconnais, tout est changé. La tempête déchaînée sur le pays par ceux qui avaient gaspillé ses ressources et détruit ses moyens de défense a dissipé les espérances pacifiques dont une conduite prudente et sensée aurait amené la réalisation. La France a de nouveaux devoirs — l'honneur et l'intérêt les lui dictent. Il faut qu'elle soit prête quand l'heure sonnera. Mais dût-on me reprocher un aveuglement opiniâtre, je crois encore qu'elle trouvera son levier surtout dans les idées, sans le secours desquelles la force matérielle serait impuissante. Il est donc important de déterminer
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celles qui nous viendront en aide, et le développement qu'auront à leur donner les hommes d'intelligence et de cœur qui se voueront à leur propagation.
Si, comme je l'ai dit plus haut, il est incontestable que nos catastrophes sont dues principalement au relâchement des liens civiques, je pourrais dire des liens sociaux, notre première tâche devra être de rendre, leur crédit légitime aux vérités et aux institutions qui rapprochent les hommes et les obligent à vivre les uns pour les autres. C'est leur fractionnement qui a fait leur faiblesse et leur malheur, en créant parmi eux Tindividualisme, l'indifférence, le culte exclusif des intérêts matériels. Il faut à tout prix réagir contre cette disposition fatale, aussi contraire au bonheur qu'au devoir. Malheureusement elle est ancienne et profondément enracinée dans nos mœurs. Le despotisme de nos rois l'a fait naître et favorisée, la liberté seule peut l'effacer. M. de Tocqueville, dans le livre que j'ai déjà cité, ne dissimule pas les difficultés de cette entreprise : « Ce fut, dit-il, le désir d'empêcher que la nation à laquelle on demandait son argent ne redemandât sa liberté qui fit veiller sans cesse à ce que les classes restassent à part les unes des autres afin qu'elles ne pussent s'entendre dans une résistance commune ^ » Et plus loin :