ES ÆT DISCOURS
chaud, et sent plus profondément ce besoin invincible d’ascension qui tourmente les âmes d'élite et que le roi prophète a décrit en disant : ‘ deposuit ascensiones Deus in corde hominis.”
Aussi pouvons-nons dire que la France n'est jamais aimée à demi. Mais en la comblant de ses faveurs et de ses dons, Dieu lui a imposé une mission pleine de gloire, de responsabilités et de périls; et bien des fois il l'a soumise à de rudes épreuves.
On peut même dire que sa part d'humiliations et de revers a été d'autant plus large que sa moisson de gloire a été plus abondante, Mais res malheurs mêmes prouvent qu’elle est une race choisie, prédestinée, ayant À remplir dans le monde ln mission de civiliser et de porter au loin le flambeau de la vérité, sous l'inspiration de l'Eglise, dont elle est la fille aînée.
C'est pourquoi la France, comme le peuple d'Israël, n’a jamais péché impunément. Dieu est patient pour les autres peuples, mais pour la France, non pas.
Il est pour elle un père généreux, mais sévère, dont la justice est aussi prompte à agir que son amour: et quand la France souffre, elle comprend et reconnaît cette conduite de Dieu à son égard.
Si vous avez lu avec attentian la presse Française pendant l’année terrible de 1870, vous avez dû entendre un colloque étrange entre la France et Dieu.— La France se frappait la poitrine et disuit :
“Oui, j'ai péché, Seigneur, et je mérite de souffrir ;
mais ma voisine de gauche et ma voisine de droite et toutes les nations qui m'environnent n'ont-elles pas péché comme moi? Pourquoi votre bras s'est-il appesanti sur moi seule ? ”
Et Dieu répondait :
“C'est vrai ; mais je suis plus sensible à tes offenses qu'à celles des autres, parce que je t'aime davantage, et c'est pourquoi jette châtie. Je veux que tu continues d'être l’exécutrice de mes œuvres, je veux que tu sois mon bras et mon glaive dans l'accomplissement de mes décrets; mais je veux aussi que cette main qui porte mon glaive soit pure, et c'est pourquoi je t'impose une expiation prompte. ”
Il y eut alors un moment où tout le monde, en France, paraissait entendre cette voix de Dieu, et M. de Freycinet lui-même. qui a été assez souvent ministre pour qu'on le regarde comme un écho de l'opinion publique, M. de Freycinet en fit l’aveu sincère en disant : ‘ Digitus Dei est hic, le doigt de Dieu est icil ” Telle est, messieurs, la redoutable prérogative d'honneur de la France. Elle a été placée comme un exemple pour le monde, et comme une démonstration visible du gouvernement divin parmi les nations!
C’est la raison de sa gloire, c'est l'explication deses malheurs, et c'est pourquoi, même aux jours d'éclipse
et de défaite, elle continue de diriger la marche de la civilisation, non plus par sa puissance, mais par son génie et sa brillünte culture intellectuelle.
copines het ennemie mis CONFÉRENCES ET DISCOURS 13
Or, toute suprématie entraîne des responsabilités et des périls, et toute domination suscite des inimitiés,
Mais si la France compte de puissants ennemis en Europe, elle n'en a pas sur la terre libre d'Amérique et sur le s0l béni que nous habitons. Tout au plus, pourrions-nous dire qu'elle a parmi nous quelques amis compromettants,
Il y a des gens qui crient sur les toits qu’ils adorent la France, mais qui ont une singulière manière de le lui prouver dans l'occasion.
Daus des jours de fête populaire comme ceux-ci, ils vont fouiller dans l’histoire de France des siècles passés et ils y cherchent, non pas des lauriers et des couronnes, mais quelques poignées de boue pour les jeter à la face de notre royal visiteur et de sa suite.
Eh! bien, messieurs, ce n’est pas ainsi que nous, Québecquois, entendons prouver notre amour à la France. Pour nous, en ces jours de réjouissance et d'honneur nous aimons mieux exhumer les grandeurs et les gloires, et lorsqu’en feuilletant les vieilles archives du pays de nos ancêtres, nous découvrons des ombres dans le blason radieux d’une dynastie qui a régné pendant une suite de siècles, nous nous rappelons que dan: les cieux des cieux il y a des nébuleuses, et que, dans vous les astres, même dans le soleil, il y a des taches.
Pour nous, quand nous trouvons au p:'4 d’une mon‘agne, une eau fraîche et pure, et quand nous savons que cette eau coule d’une source placée sur les
RENCES ET DISCOURS re sommets et formée par les pluies bienfaisantes du ciel, nous admirons la limpidité de son Cours, sans nous inquiéter de -1voir si en descendant des cimes elle n'a pas travers Juelque terrain fangeux.
Pour nous, nous savons qu’il y eut un roi de France que Donoso Cortès n proclamé sage entre les sages, prudent parmi les prudents. et que ce roi, prince, était votre grand-père,
Nous savons qu'il J eut une reine que le grand orateur espagnol appelait la plus respectée des femmes, la Plus populaire des reines, la plus aimante des mères, et et que cette eine, Monseigneur, était votre grandmère,
Nous savons encore qu'en 1835, il y avait sur les champs de bataille de l'Algérie un héros de vingt-cinq ans, dont la popularité et ln bravoure faisaient l'ad. miration de tous et dont la morta causé un deuil universel en Europe; et nous nous souvenons que ce héros était votre père.
Enfin, Monseigneur, nous ne saurions oublier ce jeune prince chevaleresque et vaillant, qui, un jour, las de son exil, rentrait soudainement en France et disait à ses gousernants: « Rendez-moi ma patrie et permettez-mei de combattre Pour elle à vos côtés, ou donnez-moi des fers.” Est-il besoin de nommer ce preux chevalier auquel on donna des fers ? Nor, votre cœur a parlé et vous avez reconnu votre sang.
Car vous aussi vous avez prouvé que vous savez por-
ter l'épée, et ce sern votre gloire d’avoir su aller I 8
nee
ensemble l'art militaire, le culte des lettres et lu pratique de toutes les vertus domestiques,
Messieurs, il est entendu que cette démonstration ne doit avoir aucune signification politique ; mais ce n'est pas s'immiscer dans la politique française que d’acclamer un prince, qui, par ses ancêtres, est le plus français des Français, et qui représente une dynastie à laquelle nous devons notre existence nationale,
Nous aimons ln France; quand nous nous inclinons devant les princes d'Orléans, c’est elle que nous saluor: en même temps que leurs personnes augustes ; quand nous louons leurs qualités et leurs vertus, c'est encore sur la France que rejaillit notre éloge.
Ce n'est pas non plus faire de la politique, que de leur offrir nos sympathies dans la douloureuse position faite à leurs cœurs de Français.
Vous le savez, messienrs, en dépit de tous les dons magnifiques de la naissance et de la fortune qu'ils ont reçus du ciel, il est un grand bonheur qui est permis à chacun de nous et qui leur est refusé: Nous pouvons aller voir la France et ils ne le peuvent pus!
Ah! messieurs, ceux-là seuls qui l’ont éprouvée peuvent comprendre combien cette douleur est poi-
nante; niais les voyages peut-être en donnent une faible idée. T1 m'est arrivé quelquefois, eu présence des plus admirables tableaux de ln nature méridionale, en Espagne, en France, en Italie et en Afrique, il m'est arrivé de m'écrier: “Oh qu'il ferait bon de vivre ici!” Mais cette sensation et ce désir n’ont
—— jamais été de longue durée, et bientôt toutes ces beautés ne me disaient plus rien, parce que je me ressouvenais de ma patrie; la Méditerranée elle-même que j'aime tant, me chantait des chansons que je ne comprenais plus, la solitude se faisait autour de moi, et bientôt, saisi par cette maladie qu’on appelle nostalgie, je reprenais avec joie le chemin du pays.
Quelle loit donc être la souffrance de princes Français auxquels lentrée de la France est interdite !
Par bonheur, Dieu n’a pas refusé au noble chef de la maison de France les consolations de l’amitiéet du dévouement, et les douces joies du foyer domestique. Il lui a donné une famille qui lui fait une belle couronne, moins lourde à porter que ne le serait celle de la France! Et si jamais il meurt sans avoir vu triompher ses idées, que nous respectons, il sera plus heureux que Roland au champ de Roncevaux. Il ne sera pas obligé, comme le neveu de Charlemagne, de se coucher sur son épée dans le dernier sommeil, pour l'empêcher de tomber aux mains des ennemis de sa patrie ; il la remettra à son fils aîné qui saura bien la mettre au service de la France.
Et maintenant, messieurs nos hôtes, permettez-moi de vous confier un message pour notre ancienne mère patrie. Plusieurs de vous vont la revoir, et quant à ceux qui n’y peuvent rentrer, leurs voix sont assez puissantes pour lui parler de loin.
Dites-lui bien que nus l’aimons toujours, et que nous nous efforçons de développer les dons que nous
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avons reçus d'elle; que nous avons au cœur le double enthousiasme du patriote et du chrétien ; que nous sentons couler dans nos veines le sang noble et généreux qui féconde les patries et qui enfante les héros, et que sous les humbles dehors de la faiblesse et de la pauvreté, nous possédons les énergies de bronze qui font les races fortes et qui conquièrent l'avenir. Diteslui que nous avons la confiance absolue et l’inébranlable espérance que de hautes destintes nous sont réservées sur la terre américaine.
Vous savez que Dieu, voulant faire de Jacob le père d’une grande race, lui imposa comme épreuve de combattre toute une nuit contre un ange, et que cet ange ne put vaincre le patriarche. Eh! bien, messieurs, notre race a subi une épreuve de même nature: elle a luttétout une nuit—la nuit qui & suivi la conquête —tontre un peuple dont le nom primitif, rappelle celui des anges, et en est peut-être dérivé; et les Anges-Anglais n'ont pu nous vaincre; mais quand la nuit a fait place à l’aurore, la lutte a cessé, et les combattants se sont réconciliés.
Fasse le ciel que cette lutte ne recommence jamais, et que nous puissions toujours fraterniser comme ce soir, en buvant à la santé de la glorieuse patrie de nos hôtes !
Messieurs, à la France!
Nous croyons devoir insérer après ce discours l'adresse que le maire de Québec avait lue le matin an comte de Paris, et qui était due à la plume du juge Routhier.
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