‹ Conférences et discours [microforme] (volume 2)Chapitre 29 sur 49 · RE TE · texte numérisé non relu

RE TE

certain arbre que la Bible ne nomme pas, mais qui était peut-être un rejeton de l'arbre de vie que Dieu avait planté au milieu de l’Eden. Il jeta cette branche dans les eaux du lac, et elles devinrent immédiatement douces et agréables à boire.

Mesdames et Messieurs, nous avons tous à traverser un désert qui nous sépare de la véritable terre Promise, et c'est 1a mission spéciale des hommes de Dieu de veiller à ce que nos intelligences assoiffées du vrai savoir n'aillent pas se désaltérer à des sources impures.

Naguère encore, catholiques du Manitoba, vous étiez campés auprès d’une fontaine peu abondante mais limpide, où vos enfants pouvaient boire sans danger pour leur foi. Mais des compatriotes mal inspirés ontcommis l'erreur de jeter dans cette fontaine des plantes amères.

Quel Moïse viendra maintenant corriger cette amertume et redonner à votre fontaine ses ondes douces etsalutaires? Je l’ignore, et je suis prêt À reconnattre que les Moïse sont rares dans le monde politique ; mais il ne faut pas désespérer. Ayons confiance et attendons le jour où justice sera faite, et où les ondes amères redeviendront douces. (*)

(*) N. B. — Les espérances que j'avais alors n'ont été qu’en partie réalisées, et les catholiques de Winnipeg cherchent encore en vain dans l’arène politique l’homme ou le parti qui pourra leur rendre justice complète.

——————————Zan

CONFÉRENCES ET DISCOURS a 7

Elargissons maintenant la question, et demandonsnous s'il est bien nécessaire de faire une place à Dieu dans l'éducation de l’homme.

Vous le savez, Mesdames et Messieurs, il ne manque pas aujourd'hni de savants qui enseignent les doctrines matérialistes, et qui ont réussi à faire beaucoup d'adeptes, Ils ont chassé Dieu de l’enseignement officiel, et ils ont inauguré en France “ l'école sans Dieu. ”

Heureusement Pour notre ancienne mère-patrie l'enseignement libre est resté religieux à côté de celui de l'Etat; mais il n’a pu remédier complètement au mal que déplorent aujourd’hui tous les esprits sans préjugés.

L'école sans Dieu a produit une génération de névrosés, d’anarchistes, de dynamitards, et de décadents, qui.est loin de faire honneur à la France.

Non seulement les catholiques en sont affligés ; mais les indifférents en matière de religion en sont sérieusement alarmés pour peu qu’ils aiment leur pays et la vérité.

C'est à ce point que chaque jour on entend un homme d'Etat, un Philosophe, un écrivain s’écrier : Avouons-le, notre science tant vantée est en pleine faillite. Notre Société est bien malade et il va fal loir revenir à la religion.

C'est ainsi que parlait tout récemment Monsieur Brunetière, dans la Revue des deux Mondes. C'est ainsi

RS OS A Se ee 246 CONFÉRENCES ET DISCOURS

que Monsieur Jules Simon, qui a été si longtemps un ennemi du christianisme, a fini par confesser qu'il faut en revenir à Dieu.

C'est à ce point enfin qu'il s'est formé en France toute une école qu’on appelle les Pessimistes, et qui renferme les plus beaux talents ct les plus brillants esprits.

Cette école ne croit pas. Elle ne peut plus croire; mais elle s’en afflige et elle en souffre si cruellement qu’elle voit tout en noir, qu’elle a perdu l'espérance, et qu’elle demande avec larmes qu'on lui rende les croyances d'autrefois.

Il en résulte une véritable réaction spiritualiste et religieuse qui met en échec les progrès du matérialisme.

D'où viennent ces tendances nouvelles ? Elle viennent, Mesdames et Messieurs,de ces besoins surnaturels de l’âme que je vous signalais il y a un instant, et que les doctrines matérialistes ne peuvent pas sutisfaire. Elles viennent de la conscience humaine qui finit tou. jours par surnager sur l'océan des utopies et des rêves.

Car l’homme a beau faire, il ne peut réussir à momifier son âme; etil a beau s'approprier toutes les conquêtes de la science, il finit toujours par crier aux savants avec Alfred de Musset :

‘* Tout est grand, tout est beau, mais on meurt dans votre air,”

C'est une chose remarquable que ni la poésie, ni l’art, n’ont jamais été matérialistes. Le matérialisme.

CONFÉRENCES ET DISCOURS 247 nn en effet, coupe les ailes à l'imagination, et supprime violemment l'idéal.

Comment voulez-vous que l'on croie encore à l'idéal quand on est convaincu que l'homme n'est qu’un assemblage d’atomes que le hasard, ou certaine sélection naturelle a groupés et organisés, et qu’un autre hasard désorganisera et jettera dans le néant ? Pourquoi voulez-vous que l’homme lève les regards vers les cieux, s’il n’a rien qui le distingue des bêtes courbées vers la terre ?

Non seulement, le matérialisme dessèche le coeur, éteint l'imagination, ruine l'idéal; mais il anéantit la vertu, et il détruit la morale.

1] fait de l'existence humaine une énigme impossible à résoudre, un rêve douloureux et sombre. Car si Dieu n’existe pas, qui donc vengera la justice si souvent outragée dans cette vie ?

Et toute cette Création dont nous ne pouvons trop admirer les merveilles, qui nous donnera la clef de ses mystères si l’on supprime Dieu ?

Ah' si, au-delà de toutes les choses visibles et invisibles, au sommet de toutes les grandeurs mystérieuses que la Création nous révèle, au centre de tous les mondes en mouvement, vous placez la personne auguste d’un Dieu ; si, dans cet amoncellement illimité de matières en travail, vous mettez l'Esprit infini, c'est comme si vous allumiez un soleil au milieu de la nuit,

Mais si vous niez Dieu ou si vous l’ignorez, dans

quel abîme insondable d'ombre vous plongez l’humanité! Quelle chute sans fin dans une nuit sans astres |

La Création n’est plus alors qu’un infini ténébreux qui n’a pas une lueur: et l’homme n’est qu’un atome obscur emporté vers le néant, dans un noir tourbillon.

Sa vie ne signifie plusrien. Elle n’a plus de raison d’être, et dans la fourmillère des organismes vivants la parole humaine est un cri qui n’a pas plus de sens que celui de l’aigle dans la nue, ou celui du hibou dans la nuit. :

Moïse, Homère, Platon, Eschyle, Démosthène, Cicé ron, saint Thomas d'Aquin, Dante, Shakespeare, Pascal, Bossuet ne sont plus que des voix harmonieuses qui ont parlé pour ne rien dire, et dont les accents n'ont pas plus d'importance en vérité que les aboiements de l’animai sans raison.

Car toute parole humaine est alors vide de sens, et tout oeil est aveugle, et toute oreille est fermée. Il n’y a plus de fous ni de sages, plus de bons ni de méchants, plus de vertus ni de vices.

Il n’y a ni bien ni mal. Caïn est aussi innocent qu’Abel.

Néron est égal à saint Pierre.

Judas semblable à Jésus.

Un positiviste, plus sincère et plus logique que les autres, l’a déclaré : ‘Les vertus et les crimes ne sont plus alors que des produits chi miques. ” Et dans l’innombrable multitude des atomes que le tourbillon

in

emporte à travers l'infini, l’homme n’est pas même un chiffre, un numéro.

La vie, la mort ; mots vides de sens. Les êtres, des formes sans nom, des apparences. Le droit, la justice, la vérité, la liberté: des mots, rien que des mots.

Le héros et le traître, le martyr et le bourreau, des monades qu’un hasard a fait rencontrer

L'amour, rien. La conscience, une illusion. L'autre vie, un rêve d'enfant.

Mais comment donc pourrait-on expliquet cette vie, s’il n'y en avait pas une autre?

Victor Hugo, qui fut un trop grand poète pour devenir matérialiste, a dit un jour: ‘le lieu qu'on a le plus besoin d'aimer sur terre et de sentir vivant, c’est le tombeau.”

Voulez-vous bien comprendre toutela vérité de cette parole? Ecoutez les accents de ceux qui vont accom- Pagner jusqu’au cimeiière un être qui leur est cher: Au revoir! A bientôt ! Attends-moi, dans peu de jours j'irai te rejoindre,

Voilà les cris que pousse alors l'amour. Est-ce que ces sentiments de l2 nature sont des mensonges? Est. ce à la mort, ou à la vie, que l’on parle ainsi ?

L’être aimé qu’on veut rejoindre, est-ce ce corps qui tombe en pourriture et quine sera bientôt plus qu'un peu de poussière ?

Non, certes, c’est à l'âme que ces salutations pleines d’espoir s’adressent, et bien loin de tomber sans écho

dans la fosse où le mort est descendu, elles s'élèvent vers les demeures inconnues où l’Ame s’est envolée.

Osez dire à l'amour en deuil qu'ila tort, et que sa foi n’est qu'une illusion.

Ah! vous ne le direz pas, vous êtes croyants; mais ceux qui ne veulent pas de Dieu, scnt bien forcés d’en venir aux conséquences extrêmes que j'ai tirées de leur incrédulité; et vous comprenez dès lors combien leurs doctrines sont désastreuses.

Vous comprenez dans quelles ruines et quelles ténèbres l’enseignement sans Dieu plongerait les peuples.

La conclusion qui s'impose c'est que l’enseignement religieux est indispensable dans j'intérêt de l’humanité toute entière.

Allons plus loin—Considérons la question au point de vue individuel, et demandons-nous d’où peut venir à l'individu cet enseignement religieux nécessaire.

Dans le siècle où nous vivons plus qu’à aucune autre époque, l’homme fait de grands efforts pour se débarrasser de ce qu’il appelle ‘“ l'Au-delà.” Mais c'est en vain: il arrive toujours une époque dans son existence où l’étude de ce mystérieux inconau devient pour lui un tourment.

Plus il en détourne sa pensée plus elle y revient ; et ce qu'il demande avant tout à la science moderne, c'est de lui démontrer qu'il n’y a pas d’autre vie.

Certes, la science moderne fait de sor mieux pour arriver à cette démonstration; mais pour peu qu’elle

CONFÉRENCES ET DISCOURS 251 ee soit de bonne foi, elle est bien forcée d'avouer de temps en temps qu’elle n’en sait rien.

Et le tourment subsiste. 11 grandit à mesure que les années s'accumulent et que le terme de la vie approche.

Que ses espérances soient comblées ou qu'elles soient décues, qu’il se dégoûte de l'existence ou qu'il s'y cramponne, l'homme voit inévitablement approcher le jour fatal du dernier départ pour le dernier voyage.

Tout lui dit que ce monde est un lieu d’exil, et que cette vie n’est qu’un commencement.

Mais où donc est la Patrie, si la terre est un exil ? Et quel est ce voyage qui commence à la tombe, et aont le terme est enveloppé d’insondables mystères ?

C'est la grande question, non pas du jour mais de tous les jours et de tons les âges. C’est la question qui absorbe toutes les autres, qui intéresse tous les hommes et qui est Pour eux tous le grand mystère, s’ils n’ont pas recours à l'enseignement religieux pour le résoudre. ‘

Car ceux qui sortent de ce monde n’y reviennent jamais pour nous apprendre ce qu'il y a par delà Je tombèau; et l'esprit humain a beau se vanter de ses conquêtes ; il n’a jamais pu arracher son secret à la mort. Ily a là des ténèbres que ses yeux et ses instruments d'optique sont impuissants à pénétrer.

Quand vous allez à la gare du chemin de fer accom- Pagner un ami qui part pour l’Europe, vous lui dites adieu sans grande émotion, tout en songeant qu’une immense distance vous réparera bientôt.

ne 252 CONFÉRENCES ET DISCOURS

Car s’il disparaît À vos yeux, il n'en est pas moins vivant, et vous pouvez l'accompagner par la pensée, pendant les jours qui suivent. Vous pouvez même indiquer sur votre carte avec plus ou moins de précision l'endroit où il se trouve.

Mais au jour du grand départ pour “ l'au-delà LE | n’en est plus de même. Vous ne le reverrez jamais celui auquel vous dites “adieu”. L'océan qu'il va franchir est totalement inconnu aux géographes. Jamais âme qui vive n’a pu en dessiner la carte; et des millions d'hommes qui l’ont traversé, aucun n’est jamais revenu nous raconter ses aventures.

“ Pourtant, que d'appels fous, longs et désespérés,

Nous poussons jour et nuit vers tous nos enterrés!

Quels flots de questions coulent avec nos larmes!

Mais toujours à travers ses plaintes, ses remords,

Ses prières, ses deuils, ses pleurs, et ses alarmes,

L'homme attend vainement la réponse des morts.”

Interrogez les savants qui prétendent tout savoir, et demandez-leur ce que devient l’homme après sa mort. Tous les vrais savants, ceux qui ont le respect de la vérité et le souci de leur réputation, vous répondront: “Nous n’en savons rien.”

Ils l’ont pourtant bien étudiée cette nature humaine à laquelle ils appartiennent. Ils l’ont bien des fois disséqué, analysé, dissout ce corps matériel qui vivait bier, et qui est mort tout à coup.

Pendant qu'il vivait, ils en ont compté les pulsations et les souffles, les nerfs et les muscles, les cellules et les atomes; et maintenant qu'il est mort, ils en ont

défait pièce à pièce toute l’ad mirable mécanique, espérant toujours y découvrir le principe qui le faisait vivre, le verbequi le faisait parler, l'esprit qui pensait en lui.

Vains efforts. La matière transformée, volatilisée, débris, atôme, gaz, est restée muette. Ni le scalpel, ni la cornue n’ont pu lui arracher son secret, et le li. vre de vie est resté scellé.

Sans doute, les savants pourront vous décrire le travail de décomposition du corps. Ils vous diront que les éléments qui le composent entrent en fermentation, se dissolvent et se volatilisent selon les lois chimiques. Ils vous diront que les gaz, les acides et les sels qui s’en dégagent rentrent dans le tourbillon vital, et vont former d’autres corps, bruts ou organisés.

Mais l'âme, que devient-elle ? Aucun d'eux ne pourra vous le dire,

Et pourquoi la science est-elle impuissante à résoudre ce grand problème? Parce que la science humaine ne connait que la nature, et que ce problème est en dehors et au-dessus de la nature.

N'y a-t-il donc absolument personne qui puisse nous apprendre les mystères de “ l’au-delà ” ? N'y a-til vraiment aucun Christophe Colomb qui ait traversé l’immensurable océan, qui sépare la terre du ciel, et qui en soit revenu pour nous apprendre la route ?

Oui, Mesdames et Messieurs, ce Colomb a existé. 1l est un homme qui est descendu du‘ciel en terre, qui a vécu parmi les hommes, qui a traversé la nuit du tombeau, qui en est sorti vivant, et qui est remonté

ER tee lu rh à

au ciel après nous avoir enseigné par quel chemin nous pouvons le suivre.

Mais cet homme était Dieu, et c'est de lui que nous est venue la science de “* l’au-deià ”, qu’un Dieu seul pouvait enseigner à l'humanité.

Non seulement, il s’est fait personnellement le professeur du genre humain, mais il s’est choisi des successeurs, et il a fondé une chaire qui transmettra ses enseignements à la terre, pendant les siècles des siècles. .

C'est là qu'il faut aller chercher cet enseignement religieux sans lequel l’homme ne peut rien connaitre de ses immortelles destinées.

Toutes les autres chaires, si savantes et si brillantes que vous puissiez les supposer, ne peuvent suppléer à celle-là, et ne pourront jamais lui être comparées, ni en gloire, ni en durée.

Ilya, Mesdames et Messieurs, parmi les grands bois de la Chine un arbre gigantesque qu’on appelle “l'arbre de l'Empereur”, et dont le principal caractère est de s’élever toujours au-dessus des hautes futaies qui l’entourent. Et quand il les domine, son feuillage prend la forme d’une cuuronne pour affirmer son empire, et pour les abriter en même temps de son ombre.

L'enseignement de Jésus- Christ :essemble à cet arbre impérial. Vainement les autres chaires dressent à ses côtés leurs têtes orgueilleuses et s'efforcent de le jeter dans l'ombre, il poursuit sans cesse sa croissance merveilleuse et dominatrice; il s'élève, il s'illumine,

CONFÉRENCES Er DISCOURS 255

il grandit avec les siècles, rieuse transformée en cour.

son influence bienfaisante,

ettoujours sa cime victoonne répand autour de lui

ee CONFÉRENCES ET DISCOURS a

Page 1