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parce qu’il la porte en lui-même. Comme l’a dit quelqu’un, il n’y a pas de grands génies sans mélancolie; et pour l’artiste, c’est plus que de la mélancolie: c'est un mal incurable, une nostalgie profonde. La vraie patrie de l’artiste est ce monde idéal dont je vous parlais au commencement, que ses regards d’aigle entrevoient et loin duquel il languit. Que d’illustres malheureux, que de génies souffrants ont traversé les siècles depuis Homère jusqu’à Milton, et de Dante à Chateaubriand !
Dans not:e siècle positiviste on les appelle les incompris, avec une pointe d’ironie et d’incrédulité ; mais je vous dis qu’au fond de ces cœurs ardents il y avait un vide immense que l’idéal seul eût pu remplir!
Tous ne l'ont pas compris, hélas ! et de nos jours combien ne le comprennent pas encore |
Un immense ennui les travaille, et ils cherchent la jouissance en bas au lieu de la chercher en haut. Ils prostituent leur génie à matérialiser l’esprit au lieu de spiritualiser la matière, ce qui est la propre fonction de l’art.
De cette aberration est né le réalisme, qui n’a peutêtre jamais été poussé aussi loin, je devrais dire aussi bas qu’à notre époque.
Cette malheureuse esthétique de l’art moderne n’est pas nouvelle, et ceux qui la professent en font remonter l’origine à l’art païen de la Grèce. Or comme cet art antique a produit des chefs-d'œuvre sans avoir connu la vérité chrétienne, ils en concluent que la
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beauté de l’art est toute entière dans la forme et que le Vrai n’a rien de commun avec le Beau. Jour cette école, l’idée que la forme représente n’est rien, et la notion de l’art est indépendante du vrai. Toute source de beauté est dans la nature, et il n’y a rien au delà,
Cette fausse théorie, on tente de la justifier par l’histoire. Ainsi cette école vous dira que l’époque la plus glorieuse de l’histoire de l’Art est celle qui a précédé Jésus-Christ; que les quinze premiers siècles du christianisme ont été une éclipse totale et que le seizième siècle, c’est-à-dire la Renaissance, a été une aurore radieuse, parce que l’art y est retourné à l'étude de l'antique.
‘ Le christianisme, dit M. Michelet, eat l’Anti-nature, et pendant quinze siècles l'humanité a fait une halte dans la barbarie. La Renaissance a été un retour à la nature, à la lumière, au mouvement, à la vie.” Et M. Taine, autre chef de la même école, ajoute: ‘ Par-dessus la procession des scolastiques encapuchonnés, des disputeurs crasseux, ces deux âges adultes et pensants (l'antiquité et la renaissance) se rejoignent... Après l’affreuse nuit du moyen âge, c’est un charme que de revoir l’Olyrmpe rayonnant de la Grèce. Ses dieux héroïques et beaux ravissent encore une fois le cœur des hommes.”
Puis le critique naturaliste se moque du Christ maigre du moyen âge, de la Vierge livide et laide, des martyrs hâves et desséchés par le jeûne, des saintes à la poitrine plate, et il applaudit aux corps florissants, à la
charpente osseuse qui s’emmanche, aux tendons qui se tiennent, aux cuisses qui vont dresser le tronc, et surtout à la nudité. Qu'il fait bon d’être nu! s’écrie-t-il.
Tel est le résumé théorique et historique de l’école de M. Taine.
Pour démontrer sa double erreur, il nous suffira, Messieurs, de jeter un coup d'œil rétrospectif et rapide sur l’histoire de l'Art, et nous y verrons 1° que l’art grec n’est pas un argument que l’on puisse invoquer en faveur du réalisme, et 2° que c’est le christianisme qui a donné au monde le véritable idéal de l’Art.