‹ Conférences et discours [microforme] (volume 3)Chapitre 12 sur 63 · ITI · texte numérisé non relu

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Et d’abord, Messieurs, remarquons bien un fait historique important : c’est que l’art dans lequel les Grecs ont surtout excellé est la statuaire. Car l'architecture et la peinture chrétiennes sont sans contredit supérieures à tout ce que la Grèce a jamais produit. Or la statuaire est le plus plastique de tous les arts, celui qui exige le moins de connaissances méthaphysiques, et que l’étude seule de la nature peut faire parvenir à 4 une haute perfection. Il ne répugne donc pas à notre # théorie de l’art, ni à notre foi, que les païens aient pu | y exceller.

En second lieu, il ne faut pas reconnaître à l’art ra grec autant de perfection qu’on lui en a complaisamment prêté. Sans aller aussi loin que M. de Maistre, nous devons admettre qu en matière d’art la convt

tion joue un grand rôle, et que des statues méd

passeraient pour des chefs-d’œuvre, si l'artiste allait les enterrer en Grèce, et, les déterrant un bon matin, les attribuait à Phidias. D'autre part, je suis bien prêt à confesser que l'exécution technique de l’art grec était admirable; mais il me semble que ses formes plastiques manquaient de vie, et la légende de Pygmalion le fait suffisamment comprendre. Vous connaissez cette fable, dont on a fait un drame un peu burlesque et cependant émouvant, et vous savez que l'artiste devint amoureux de son œuvre. Hélas! qui de nous n’est pas un peu beaucoup admirateur de ce qu’il fait.

Toute belle, toute admirable qu'était la statue de Pygmalion, son ciseau n'avait pu changer la nature du marbre, et l'artiste supplia Jupiter de lui donner la vie,

De ce fait étrange se déduisent logiquement deux grandes vérités. La première c’est que l’art grec, tout parfait qu’il était, n’était pas vivant, et que par luimême il était impuissant à communiquer à ses œuvres ce principe de vie qu’il demandait à Jupiter. La seconde vérité, c’est que la source de toute vie est au ciel, et que l'artiste doit y chercher ses inspirations pour accomplir des œuvres vraiment vivantes et immortelles.

En troisième lieu, constatons, Messieurs, que ln période la plus brillante de l’art grec remonte à quatre siècles avant Jésus-Christ, qu’elle coïncide avec une époque glorieuse de l’histoire de la Grèce, ce qui favorisa le développement des arts, et qu’elle s'inspire de

| Di croyances religieuses sincères, dont plusieurs étaient | ni pour ainsi dire le crépuscule de la religion primitive jl | il révélée, et un commencement d’aurore de la nouil Î | velle ère religieuse qui allait se lever sur le monde, et que les Grecs eux-mêmes attendaient.

Il x a surtout deux dogmes de la religion primitive (l que les Grecs du siècle de Périclès croyaient fermeji À ment. C'étaient la chute originelle, et l'espérance fl | d’une future réhabilitation de l’homme. Or nulles h | croyances n'étaient plus propres à favoriser le déve- ‘ loppement des arts. à ‘4! L'artiste grec croyait que l’homme avait jadis été E. parfait; qu’à une certaine date de son existence, il É ‘ avait péché, et que la dégradation avait été le châti- À 14 ment de sa chute. La fable de Prométhée dérobant le 4 feu du ciel n’est pas autre chose que l’histoire d'Adam voulant acquérir la science du bien et du mal. Or le crime et lechâtiment de Promethée ont servi de thème Îl î aux compositions de l’art grec dans tous les genres. E. | L L'artiste antique croyait de plus que l’homme devait ] : être racheté. Le poète Eschyle se faisait l'écho de * cette croyance, quand il annonçuit dans sa tragédie de

Ù Prométhée, qu'un Dieu nouveau, encore inconnu, vien- À

nn 1 drait forcer Jupiter à lui accorder son pardon. N’est- 1: : il pas merveilleux cet accent prophétique d’Eschyle, NL À promettant un Dieu nouveau qui obtiendrait de Jupi- | ter, c'est-à-dire de Dieu le Père, le pardon de Prométhée, c'est-à-dire la rédemption de l’homme ?

L'homme véritable pour l’art grec n’était donc pas

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