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cette créature déchue qu’il avait sous les yeux; c'était un type supérieur, idéal, qui avait existé au commencement et qui existerait encore à la fin des temps, si l'humanité voulait courageusement remonter la montagne de la perfection, d’où sa chute l’avait précipitée.
Je parle ici de l’art grec dans ses plus beaux jours, c’est-à-dire à l’époque de Phidias, qui a été sa gloire
la plus pure. Car il ne faut pas s’y tromper, l’art grec a passé par différentes phases qui ne sont pas toutes glorieuses, et ce n’est pas nous qui admirons l’époque où il ne représentait plus que des Vénus sans voile et des bacchantes contorsionnées.
Phidias aurait rougi de ses successeurs s’il avait pu voir leurs œuvres ; car il avait la vraie noti n de l’art, et il plaçait son idéal au-dessus de la nature et de la volupté. Aussi quels furent les types favoris de ses compositions? Son type masculin fut Jupiter, et il voulut témoigner, par là, de ce que l’art devait au Créateur de toutes choses.
Son type féminin ne fut pas Vénus, mais Minerve,la déesse de la sagesse, celle qui dans sa croyance devait régénérer l'homme. Comment ne pas voir encore ici un écho affaibli et bien imparfait des traditions primitives ? Cette déesse Minerve qui, soustraite aux lois de la génération, sortit miraculeusement et toute armée du cerveau de Jupiter,qui personnifiait non seulement la sagesse mais la chasteté, et qui triompha de la Gorgone, espèce d’incarnation de Satan, n'est-elle pas une image ou plutôt une figure, très imparfaite si l’on
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‘veut, mais cependant caractéristique, de la femme
bénie enire toutes les femmes, qui fut promise À l’homme immédiatement après sa chute, qui, échappant à la loi universelle, fut conçue sans péché, et qui enfin écrasa la tête du serpent ?
Ce rapprochement avait sans doute frappé les premiers chrétiens; car les artistes byzantins en peignant la sainte Vierge ont souvent pris pour type la Minerve de Phidias ; et, chose remarquable, l’immortelle création de ce grand artiste, le Parthénon, qui était un temple de Minerve, fut consacré au culte de la sainte Vierge par la Grèce devenue chrétienne.
Malheureusement l’art grec, après Phidias, abandonna le type idéal de Minerve et prit celui de Vénus, déesse de l’amour. Cependant, dans les commencements de cette décadence, il habillait encore sa Vénus, et le siècle de Périclès était fini lorsque les artistes obtinrent leurs premiers succès de nudité.
Bien loin d’être un argument en faveur du naturalisme dans l’art, la brillante époque de Périclès prouve donc que l’art n’est vraiment grand que lorsqu'il choisit un idéal au-dessus de la nature.
Faisons maintenant un pas de plus.
Est-il vrai, comme le prétend l’école réaliste, que la décadence de l’art date du christianisme ?
Non, Messieurs, la décadence était commencée trois siècles avant l’ère chrétienne, et elle a coincidé avec
le développement du culte de Vénus, et l’affaiblissement de la foi des Grecs dans les dieux supérieurs. Accuser le christianisme de cette décadence,c'est donc dénaturer l’histoire et faire injure à la raison humaine ; car il suffit de connaître un peu le christianisme, ses doctrines, ses mystères, son culte et ses bienfaits, pour comprendre qu’au lieu d’être un éteignoir de Part, il doit être son étoile polaire et la source inépuisable de ses inspirations.
Lorsque M. Renan a osé dire ‘qu’il y avait antagonisme absolu entre l’art et le christianisme qui substitue à la beauté idéale du corps humain la maigre image d’un supplicié tiraillé par quatre clous,” il n’a pas seulement prononcé un blasphème, mais il a sciemment menti à l’histoire et même à la raison philosophique.
Mais, me direz-vous peut-être, n'est-il pas étrange que la décadence de l’art commencée avant le christianisme, se soit continuée depuis, et que plusieurs siècles se soient écoulés avant que le christianisme ait donné à l’art une efflorescence nouvelle ?
Il me semble facile de répondre à cette objection en jetant un simple coup d'œil sur les premiers siècles de l'Eglise.
Il y a dans l’histoire de tout peuple, comme dans celle de toute institution, différentes phases par lesquelles il leur faut nécessairement passer. Il y a la période de formation, la période d’agrandissement, celle des luttes, et enfin celle du triomphe et de la gloire,
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Etudiez l’histoire, et vous verrez que c’est généralement dans cette dernière période seulement que l’art prend son essor et produit des chefs-d'œuvre.
Il est évident en effet qu'avant de créer le beau, il faut commencer par produire le nécessaire, il faut assurer son existence présente, puis son existence future, se développer, grandir, arriver à l’âge de virilité.
Le christianisme est d'institution divine, mais il règne par les hommes et parmi les hommes ; il a dû passer par ces différentes phases avant d'arriver à son complet épanouissement.
IT serait absurde de vouloir que les premiers chrétiens fussent des artistes, eux qui appartenaient en très grande partie au bas peuple, et que la persécution contraignait à vivre sous terre.
D'ailleurs Jésus-Christ n’était pas venu sur la terre pour leur enseigner la sculpture et la peinture, et ce n’était pas non plus la mission qu’il avait confiée à ses apôtres, quand il leur avait dit: Allez, enseignez toutes les nations. Les âmes étaient dégradées et perdues ; il fallait les sauver. L'erreur et la corruption régnaient sur les intelligences et sur les corps; il fallait les en affranchir, et leur faire connaître la vérité ct la vertu : il fallait à la fois se défendre et conquérir, accroître le nombre des fidèles, propager jusqu'aux confins du monde alors connu la foi nouvelle qui devait régénérer l'humanité.
Or ce n'était ni le pinceau ni le ciseau qui pouvaient
accomplir cette œuvre. Un art cependant pouvait dès lors exercer son empire, et devenir un objet d'étude pour les chrétiens: c'était l’éloquence ; aussi fut-elle florissante dès les premiers siècles du christianisme ; et tout le monde devr: admettre que saint Paul et les évangélistes, que Tertullien, Origène et Clément d’Alexandrie, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostome, saint Jérôme et saint Augustin n'étaient pas des orateurs ordinaires.
Lorsque le nombre des chrétiens se fut accru, et que la persécution eut pris fin, lorsque la conversion de Constantin et son avènement au premier trône du monde eurent permis au christianisme de sortir des catacombes, et de s'affirmer au grand jour, le temple chrétien éleva dans les cieux la croix victorieuse, et l’architecture prit place à côté de l’éloquence.
Byzance, devenue alors capitale de l’empire, acquit un luxe extraordinaire et prit une telle extension, que peu d’années y virent s'élever plus de quatre cents églises.
Ces églises, une fois construites, il fallut les décorer, et des peintures murales ainsi que des sculptures y furent exécutées par des artistes que les écoles de la Grèce avait sans doute formés, et dont les œuvres malheureusement ont été détruites.
C’est à cette époque que la mosaïque prit aussi naissance, et qu’elle produisit tant à Rome qu’à Byzance des compositions remarquables.
Ah ! Messieurs, si nous pouvions suivre ainsi pas à
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pas l'Eglise à travers les siècles, nous verrions tous les arts fleurir successivement sous son égide. Tous les pays de l’Europe vous montreraient les impérissables monuments d'architecture byzantine, romaine, grecque et gothique qu'elle a élevés, et les œuvres de science, de poésie, d’éloquence que ses enfants ont produites. Et quand elle ne produisait ni poètes, ni orateurs, ni architectes, ni sculpteurs, elle faisait des moines dont la science et la sainteté émerveillaient et civilisaient les peuples!
Elle créait des chevaliers qui consacraient leur vie à combattre les ennemis du Christ, et dont l'épée sainte accomplissait des exploits qu’on regarde aujourd’hui comme des fables! Quand elle ne bâtissait pas d’églises, ou ne civilisait pas les barbares, elle faisait les croisades, ces immenses mouvements d’héroïsme chevaleresque et de foi qui ont sauvé l'Europe de la domination d’Islam.
Quand on considère un peu ce que l'Eglise a fait pour la morale, pour l’ordre social, pour les peuples, pour les rois, pour la civilisation, on ne s’étonne pas que les arts aient semblé stationnaires à certaines époques; mais on s'étonne avec plus de raison que l'Eglise ait eu le temps de les favoriser, lorqu’elle avait à lutter successivement contre les persécuteurs, contre les hérétiques, contre les barbares, contre les princes en faveur des peuples, et contre les peuples en faveur des souverains,
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Rendons meilleure justice à l'Eglise, Messieurs, et reconnaissons que c’est elle qui a non seulement répandu dans le monde mais vulgarisé le culte de l’'Idéal. Cet idéal a changé de langage, mais son objet, toujours le même, a été l'éternelle vérité dont le Beau est la splendeur.
Nos ancêtres dans la foi ont embrassé, d’abord l'idéal ascétique, puis l’idéal artistique sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations.
Y a-t-il un peuple, y a-t-il une civilisation qui puisse comparer ses gloires aux nôtres ?
Quels sont les monuments, épars sur toute la surface du globe, qui ne doivent pas de près ou de loin leur existence au christianisme ?
Il n’y a, Messieurs, que les ignorants volontaires, les ennemis déclarés, qui ne sachent pas trouver dans l’histoire que l’art doit à notre religion ses destinées les plus glorieuses, et ses plus remarquables chefsd'œuvre.
En vérité, c’est Jésus-Christ qui a apporté le véritable idéal à l'humanité, et qui a ouvert à l’art des horizons infinis.
On peut dire sans exagération que le domaine de l’art chrétien est une mer sans rivages, et les artistes pourront jusqu’à la fin des temps exploiter cet immense
domaine, sans jamais réussir à en découvrir toutes les beautés,
Phidias, épris de l'idéal, ne put trouver dans le paganisme que ces deux types imparfaits : Jupiter et Minerve. Combien plus heureux est l'artiste chré. tien, puisqu'il a pour types éternels de ses conceptions Jésus-Christ et la très sainte Vierge; Jésus- Christ qui des hauteurs des cieux descend sur la terre et se fait homme; Jésus-Christ qui est enflammé d'amour pour l’homme et que l’homme persécute, qui vient sauver l’homme et que l’homme fait mourir, mais dont la glorieuse humanité ressuscite et remonte aux cieux, entraînant après elle l'humanité qui l’a méconnue; Jésus-Christ, le plus beau des enfants des
hommes, le type le plus parfait de la beauté physique et morale, figure humaine qui n’est pas seulement illuminée par l’âme la plus parfaite qui soit sortie des mains du Créateur, maisque l’auréole de la divinité a transfigurée !
Messieurs, je ne suis pas un artiste, mais si je l’étais
et si j'avais à peindre la tête du Christ, il me paraît que je serais pris de désespoir, tant cet iuéal me semble 4 au-dessus de toute conception humaine. C’est ce à qu'éprouva Léonard de Vinci lorsqu'il fit ce tableau qui l’a rendu illustre, la Cène. Il avait peint tous les apôtres, mais il avait esquissé seulement la figure du Christ et le chef-d'œuvre resta longtemps inachevé. A ceux qui le pressaient de finir il répondait : “Je désespère de réaliser mon rêve; ce n’est pas sur la terre que je trouverai ce type! ”
Et la Vierge Marie, quel type de femme fut jamais
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plus digne des nobles efforts de l’art ? Quel idéal que cette fleur de la maison de David, que l'humanité déchue n’a pu produire qu'après quarante siècles de purification, qui est apparue dans le monde comme un soleil, pure de toutes taches, qui a été épouse et mère sans cesser d’être vierge, et qui a donné au monde un homme qui était Dieu!
Voilà les types primordiaux de l’art chrétien. Mais combien de types inférieurs à ceux-là l'Eglise a produits depuis, et dont la beauté est incomparable ! Que de saints, que de martyrs, que de vierges ont tenté la main des artistes ! Quelles ressources pour l’art chrétien que nos églises, nos monastères, nos thébaïdes, nos chevaliers et nos héros chrétiens! Quelles mines inépuisables que nos légendes et nos poèmes, le symbolisme de notre culte, et la mystérieuse communion de ce monde avec les mondes surnaturels !
Et maintenant, comptez, si vous le pouvez, les chefsd'œuvre que tous les arts ont créés pour manifester l'idéal chrétien sous toutes les formes!
Mais ici l’école réaliste va nous opposer la Renaissance, et nous dire: ces chefs-d'œuvre que vous vous appropriez datent du seizième siècle, c’est-à-dire du retour au paganisme, et conséquemment ce ne sont pas des productions de l’art chrétien, mais de l’école naturaliste,
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