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l’avilit en ne célébrant que ses beautés bestiales et charnelles.
Afin de vous montrer mieux la profondeur de son aberration et l’énormité de son crime, revenons à la fable de Pygmalion. Vous vous rappelez que l'artiste grec avait demandé la vie pour Galatée au souverain des dieux. Maïs quelle était cette vie que l'artiste voulait voir communiquer à son œuvre ?
Etait-ce cette expression païfaite de l'idéal qui est la véritable vie des œuvres artistiques? Non, Messieurs, ce qu'il voula;s c'était la vie du corps et non la vie de l’âme; ce qu’il voulait c'était que le marbre devint chair, et le malheureux artiste fut exaucé. Galatée, ce chef-d'œuvre de marbre, cette forme immortelle de l'idéal primitif de la femme qui n'avait pas encore touché au fruit défendu, Galatée devint un composé de chair et d’os comme la première verue des courtisanes.
Cette Galatée de chair, c’est l’œuvre de l’école réaliste, c’est la nature sans voile, c’est le réel sans idéal.
Mais l'artiste grec,qui avait sans doute plus de génie que nos artistes modernes, fut saisi d’une douleur sans nom lorsqu'il vit Galatée vivante ! car il constata bientôt, à son grand désespoir, qu’elle n'avait pas de cœur, et qu’elle était en conséquence incapable d'amour.
Nous, chrétiens, n’en sommes pas étonnés, parce que nous savons que le paganisme a ignoré le véritable amour, et que la charité, mère de tous les amours, n’a été apportée sur la terre que par Jésus-Christ.
Mais Pygmalion était païen et ne possédait pas nos iumières, lumières que l’art moderne s'efforce d'éteindre; et cependant, il était tellement artiste, il avait une telle notion de l’art, qu’il ne pouvait reconnaître son idéal dans cette belle statue de chair qui avait le mouvement et tout l’organisme de la vie charnelle,mais dont l'expression ne reflétait ni l'amour qui se sacrifie À {objet aimé, ni les nobles aspirations qui élèvent l’âme, ni les tendresses qui enfantent les grands dévouements,
Quand elle était fille de son ciseau elle avait au moins la vie de l’art ; mais maintenant elle était devenue bloc, bloc de chair, plus réel que le marbre.
Accablé de chagrin, Pyginalion se retourna vers le souverain des dieux, et le supplia de donner à Galatée l'idéal surnaturel qui lui manquait.
Mais Jupiter refusa, cette fois.
Ecoutez la réponse éloquente qu’un excellent poète a mise dans la bouche du dieu :
QUE 0 CL CPI M I I “ Veut de loin apparaître à l’humaine espérance.
“# Auteur de la nature il en est la beauté;
“ Pour révéler ce trait de la Divinité
‘ Il a formé l’artiste et les âmes choisies
‘ Qui portent le flambeau sacré des poésies.
‘# Doux à ces grands mortels, il fit grande leur part: ‘ 11 donne à leur esprit des ailes ; leur regard
‘“ Va partout s'enivrer de visions sublimes ;
“ L'harmonie en leur cœur descend dos hautes cimes, “ Dans les confusions ils trouvent des accords,
“ Ils ont des rêves saints qu’ils revêtent d’un cor s ;
ip 84 CONFÉRENCES ET DISCOURS
‘Ils créent, ils font renaître, et de lours mains mortelles “Ils jettent dans le temps des choses éternelles, 4 “ D'invincibles vivants que le monde enchanté ‘ Couronne de leur nom par la mort respecté.
‘ Mais Dieu veut qu’à son plan leur travail so ramène : “ Ils doivent enrichir de Dieu l'espèce humaine, Le ‘ Et se rendre avec lui sobres et généreux. | “ Ils lui volent ses dons s'ils les gardent pour eux ; | ‘“ Ils dérobent à l’homme exilé sur la terre 4 “ Lo bienfait qu’il attend, l’adorable mystère | ‘ Qui, lui montrant le vrai rovêtu de splendeur, Lr ; ‘“ Met la joie en ses yeux et l’amour dans son cœur. # ô ‘“ Or quel esi ton péché? Le voilà! Ta statue Lo us “ Etait ce beau que l’art devine ot restitue. ik ‘“ C'était le corps parfait, Dans un ravissoment À ‘€ Diou te l'avait montré, tel qu’au commencement À * Lui-même il le créa, noble et digne d'hommage ; À “ Et lui-même guidant ta main en cet ouvrago, | ‘“ Comme à l'heure clémente où naquit la Beauté, ï ‘# Y versa toute grâce et toute chasteté.
‘ Par ce présent divin, en sa candeur première “ Il révélait la vierge, ornement de la terre, EE. à + ‘ Et la belle innocence et l’amour épuré. Got 1 ‘ Ce don fait aux mortels, tu l’as déshonoré, “ Tu l'as anéanti! Ta fureur égoïste D.
‘6 A trahi, d’un seul coup, l’œuvre, l’art et lartiste. “4 Qu’attends-tu maintenant, quand ton lâche larein | ‘# Du Créateur suprême a brisé le dessein ? Fr ‘“ Sa justice, exauçant ta prière parjure, ‘ A changé le saint marbre en une chair impure, pe “ Tu l'as voulu? C’est fait. N'embrasse plus nos pieds, | | “Tes vœux sont accomplis, c’est-à-dire expiés :1
‘Tu demandais la mort, te devait-on la vie? ;
‘ Au genre humain, pour toi, Galatée est ravie : | ‘“ Les siècles n'auront pas ce poème d'amour ; ‘ Tu le leur as volé pour le lire un seul jour. “ Mais le larcin ne livre à ta main adultère,
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| ‘ Au lieu du chant divin, qu’un alphabet vulgaire. 7. “ La chair n’est que jolie et le marbre était beau, ne: | Il était im mortel! A la chair le tombeau ! We.
‘ Et pour te montrer mieux ta sacrilège injure, “ Le marbre était l'amour, la chair est la luxure! “ Prends-la donc cette chair; omporte ce butin. “ Parricide de l’art, fais ton digne festin ;
“ Assouvis-toi. Tu perds à cette ignominie
“Ta gloire, ton amour, ton uvre et ton génie.”
Vos applaudissements témoignent de la beauté magistrale de ces vers, et cependant celui qui les a faits n’est pas un versificateur habile, mais c’est un grand prosateur poète. Il «se nomme Louis Veuillot. Je n’ajouterai qu'un mot qui résumera pour ainsi dire cette longue conférence.
Je me suis souvent demandé pourquoi sainte Cécile est la patronne des artistes, et, en lisant l’admirable histoire de son mariage, j’ai cru y voir une illustration frappante de la mission de l’Art. Cette beauté si pure, en effet, qui devient épouse et qui reste vierge, qui participe à la vie réelle dans ce qu’elle a de plus matériel, mais qui ne consomme que l'union des cœurs et des âmes, et qui d’un coup d’aile remonte de la terre aux cieux, entraînant après elle l’homme prédestiné qu’elle a choisi pour époux, n’enseigne-t-elle pas éloquemment à l’artiste qu’il ne doit s’unir à la nature que pour la spiritualiser et la réunir à son Créateur ?
L'œuvre de l’art, c’est l'inverse de l'opération divine dans l’étonnant mystère de l’Incarnation. Ce n’est plus un Dieu qui descend du ciel en terre, et qui se cache dans un corps mortel, c’est un homme qui
entreprit nemtittene entente 86 CONFÉRENCES ET DISCOURS
s'élève de la terre au ciel, qui s’absorbe dans la contemplation de la perfection infinie, et qui s'efforce de revêtir son œuvre matérielle d’une forme divine et
immortelle.
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