NEST MAIN STREET
ciences WEBSTER, N.Y. 14580
Les conquérants illustres, les rois, leshommes d'Etat, les politiques sont bien vite cubliés, et leurs œuvres tombent en ruines; mais les grands écrivains, les grands poètes, les grands orateurs parlent encore à l’humanité du fond de leurs tombeaux, et leurs œuvres sont immortelles.
Il enest même qui, après des milliers d'années, resplendissent d’un lustre toujours plus éclatant, et l’on serait tenté de comparer leurs tombes à des vases précieux d’où s’exhalent d’inépuisables parfums qui embaument les siècles !
O jeunesse de mon pays, c’est à toi surtout que je m'adresse en ce moment, à toi dont la vie pleine de sève, de promesses, d’aspirations généreuses et de nobles ambitions, est la plus ferme espérance de la patrie!
Ecoutez-moi, jeunes gens que j’aperçois dans cette enceinte : Vous avez la passion de la gloire, vous avez le désir de jouir; l'avenir est pour vous une arène inconnue dans laquelle vous vous élancez sur les ailes du rêve et de l'illusion; vous voulez devenir grands; vous aspirez à la puissance; vous vous épuisez à la recherche du bonheur. Eh bien ! Messieurs, sachez-le : la science, c’est la grandeur ! la science, c’est la puissance ! la science, c’est la plus pure jouissance que la vie de ce monde puisse donner!
Mais prenez garde, Messieurs, la science, c’est aussi le danger !
A votre âge, on marche la tête levée, les yeux errant
sur des mondes qui sont encore des livres fermés, : mais que l’on croit pouvoir ouvrir, et l’on ne regarde pas à ses pieds les précipices qui bordent la route. On se croit plus ou moins des Prométhées, et l’on s’élance vers les cieux pour en dérober le feu sacré! Mais cette course vertigineuse à travers les vastes domaines de la pensée est pleine de périls pour l’esprit enthousiaste et présomptueux.
Vous ne l’ignorez pas, c’est la soif de savoir qui perdit le premier homme, et elle en perd encore des milliers. Comment cela, Messieurs? Comment la science qui éclaire peut-elle égarer ceux qui deviennent ses disciples? C’est qu’il y a des savants qui, comme nos premiers parents, se laissent aller à la passion de connaître le bien et le mal, surtout le mal!
Il y aurait beaucoup à dire sur cet écueil du mal où la science vient trop souvent se briser, et sur l'erreur de ceux qui soutiennent que pour être vraiment savant il faut étudier le mal comme le bien.
Mais ces considérations m'’entraîneraient trop loin, etje dois me borner à vous redire pourquoi vous devez vous appliquer aux travaux de l’esprit dans la mesure de vos aptitudes, de vos loisirs, et des conditions d'existence qui vous sont faites.
Les motifs que je vous ai exposés jusqu'ici touchent à votre intérêt personnel, et me paraissent bien puissants; mais il en est un autre qui a sa source dans l'intérêt national, et qui devra nécessairement enflammer vos cœurs patriotiques : c’est la gloire de la patrie!
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Je ne vous ferai pas l’injure de vous dire comment et pourquoi vous devez chérir votre pays, parce que ce serait douter de votre patriotisme. Non, je sais combien le nom du Canada est doux à votre oreille, et avec quelle ardeur vous souhaitez que ce nom grandisse et devienne célèbre dans le monde! Eh bien! Messieurs, je ne connais aucun progrès qui serve autant à la glorification d’un peuple que celui des sciences, des lettres et des arts!
Ah! Messieurs, quand je songe à cette Franceillustre qui nous a enfantés à la vie des peuples; quand je me reporte surtout à cette époque glorieuse de notre naïissance, où, portant le sceptre du génie et du savoir, notre mère patrie s’avançait majestueusement en tête de la civilisation européenne, ayant à son côté sa flamboyante épée, et sur son front le rayonnement de la science pour éclairer les peuples qui marchaient à sa suite, je me dis que les fils d’une telle mère ne peuvent pas être condamnés à l'ignorance et à l’obscurité !
Noblesse et naissance obligent, et nous ne devons pas permettre qu’on puisse jamais dire de nous: Ce sont les enfants dégénérés de la France.
Je ne l’ignore pas, Messieurs, dans les sphères immenses où gravitent les astres des nations, nous ne sommes encore qu’un satellite à peine visible ; mais en accomplissant son évolution ce satellite grandira,
deviendra plus brillant, et occupera un jour une place importante au ciel de l’histoire. Telle doit être notre
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ambition ; telle doit être notre plus chère espérance, et il dépend de nous de la réaliser.
Vous le savez, on porte souvent contre nous, Canadiens-Français, l’accusation d’ignorance et d’obscu” rantisme. C’est le cri du préjugé et de la haine, et nos accusateurs ne tiennent aucun compte des conditions difficiles de notre existence nationale. Ils ont oublié, peut-être même ne l’ont-ils jamais su, que nos pères maniaient la charrue et l'épée, et que si le plus grand nombre n’ont pas su tenir la plume, ils n’en ont pas moins laissé leurs traces sur le sol de la patrie, et si profondément imprimées que tous les efforts des conquérants n’ont pu les en effacer.
Ils ne considèrent pas qu'aujourd'hui encore nous sommes tous obligés d'exercer des professions, ou des emplois, pour gagner le pain quotidien de nos familles, et que c’est à peine s’il reste à quelques-uns de rares loisirs consacrés à l’étude.
Ce sont là des désavantages insurmontables qui pendant longtemps encore nous rendront impossible toute concurrence avec les Européens.
Ne nous décourageons pas cependant, et si nous y mettons de l'énergie et du travail persévérant, le jour viendra où nous ferons rougir nos accusateurs, où nous les forcerons à nous rendre justice, où l'éclat de nos progrès intellectuels sera assez vif pour percer l’épais bandeau qui recouvre leurs yeux.
Parmi ceux qui nous méprisent se trouvent quelques visiteurs européens. Ils appartiennent à cette classe de
savants qui accusent l'Eglise d’être l’ennemie de la science, et ils prétendent trouver en nous un exemple au soutien de leur thèse. Ils rendent justice à nos sentiments religieux ; ils s’en moquent même, et ils rejettent sur la religion la responsabilité de ce qu’ils appellent notre ignorance primitive.
Cette injure doit nous être doublement sensible, et provoquer chez nous la plus active émulation; car elle nous blesse dans notre orgueil national et dans nos croyances religieuses.
Comme Canadiens-Français et comme catholiques, nous devons donc avoir à cœur de prouver au monde ce que d’autres peuples ont d’ailleurs prouvé avant nous, et ce que Monseigneur l’Archevêque vient encore de nous démontrer: que non seulement la science et la foi ne sont pas ennemies, mais qu’elles se prêtent au contraire un mutuel secours, et qu’un peuple doit être d'autant plus éclairé qu’il est plus religieux!
Et comment en pourrait-il être autrement ? Je viens de vous faire de la science un éloge assez pompeux, il me semble; mais toutes ses plus belles découvertes ne sont-elles pas obscurité quand nous les comparons aux flots de lumière qui rayonnent de notre sainte religion ?
Les jets de gaz qui éclairent les grands édifices, la lumière électrique, dont les rayons inondent les boulevards des grandes villes, sont très brillants sans doute et font honneur aux sciences naturelles ; mais vous les voyez pâlir devant un rayon de soleil,
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Eh bien ! Messieurs, l’imperfection de la science est aussi manifeste dans l’ordre moral.
Vainement fait-elle des découvertes qui agrandissent le cercle des idées; vainement creuse-t-elle les problèmes qui enveloppent la vie humaine, et muitipliet-elle les formules de ses théories plus ou moins ingénieuses ; vainement réunit-elle en faisceau toutes ses clartés pour éclairer l'esprit humain, il y a une incomparable lumière qui l’éclipsera toujours : c’est celle qui nous vient du Soleil de justice, et dont l'Eglise est sur terre l’indéfectible et inaltérable réverbère !
Donc, Messieurs, ne craignons pas que la religion nous tienne dans les ténèbres, puisqu'elle est plus lumineuse que la science ; mais en même temps ne négligeons pas la science, puisqu'elle est aussi une lumière, et l’auxiliaire naturel de la religion.
Faisons en sorte que les lettres et les sciences en Canada ne se placent jamais aux antipodes de la foi, comme elles font trop souvent en Europe. Evitons toujours cet antagonisme fatal. Ayons de la science l’idée qu’en avait le célèbre Linné, quand il la saluait en disant: J’ai vu passer l'ombre du Dieu vivant !
Sans doute, il nous faudra lutter pour arriver à ces glorieuses destinées, Il est rare que le sentier du devoir ne soit pas traversé par quelque fossé profond, ou quelque haie d’épines qu’il faut franchir. Mais, à vaincre sans péril on triomphe sans gloire, et si l’on veut être à l'honneur il faut être à la peine.
Je me souviens d’avoir vu à Londres, dans la Gale-
rie Nationale, un tableau de Raphaël, très petit, mais très beau, représentant le Rêve du chevalier.
Un chevalier, armé de pied en cap, s’est laissé tomber sur un gazon moelleux, au bord d’une eau limpide qui serpente dans la vallée. Quelques arbres verts lui prêtent leur ombrage, et les oiseaux chantent au-dessus de sa tête. A distance, et comme arrière-plan, un château-fort flanqué de bastions crénelés et d’un donjon formidable, se dresse au sommet d’une montagne.
Le chevalier s’est endormi, et dans son rêve deux dames lui apparaissent.
L'une, au maintien grave, aux traits nobles et fiers, prenant une attitude pleine de dignité, lui montre d’une main la forteresse à conquérir, et de l’autre tient une couronne qu'elle élève au-dessus de sa tête.
L'autre apparition, légère et souriante, à peine vêtue de dentelle et de gaze, effleurant la pointe des gazons de la pointe de ses pieds, lui fait signe de la suivre à travers les prés fleuris, au bord des étangs d’azur, dans ces jardins enchantés d’Armide où l’attendent le repos et la mollesse.
Messieurs, il n’est pas nécessaire d’être chevalier | pour avoir fait ce rêve. Tous, nous avons eu, à certai-
1 nes époques de la vie, la vision de ces deux dames dont l’une s'appelle le Devoir et prêche le travail, et dont l’autre se nomme Volupté et conseille la jouissance. Les peuples eux-mêmes voient souvent cette double apparitiou se dresser sur leur chemin ; et je u’ai pas besoin de vous dire laquelle des deux nous devons
suivre, si nous voulons arriver à cet avenir glorieux que nous ambitionnons pour nous-mêmes et pour la patrie,
Encore un mot, et j’ai fini.
Je vous ai dit le devoir des travailleurs intellectuels ; mais c’est le petit nombre qui ont vraiment cette vocation. Que doivent faire les autres, c’est-à-dire le grand nombre, auxquels la carrière littéraire ou scientifique est fermée ?
Je l’ai dit, et je le répète, ils doivent encourager, protéger le travailleur de la pensée. J’ai été bien heureux d'apprendre ce soir par le discours de M. le Président, que les Mécènes sont moins rares en Canada que je ne pensais. Maïs c’est le public qui devrait prendre ce beau rôle de protecteur des lettres, et j'ajoute que souvent l’encouragement aux productions de l'esprit est un devoir aussi impératif que l’aumône.
Si ce langage vous paraît étrange, écoutez cette histoire que raconte un grand penseur de nos jours.
Un jeune peintre, encore inconnu, avait fait un tableau qui était un chef-d'œuvre. Dans son extrême pauvreté, il cherchait à le vendre pour un prix très modique; mais tous les acheteurs qui se présentaient comptaient sur la gêne de l’artiste pour acquérir sa toile à vil prix, et s’en allaient après l’avoir admirée.
Un millionnaire vint à son tour et marchanda le tableau; puis, il s’en retourna comme les autres sans l'acheter, après avoir dit au jeune artiste : Je m’y connais en art, et votre peinture est un chef-d'œuvre ; mais
vous n'êtes pas connu, et dès lors votre tableau n’a pas de valeur sur le marché; faites-vous un nom, une réputation, et je vous l’achèterai.
Quelques jours après, le millionnaire lut dans un journal que le jeune peintre, ayant perdu l’espérance, cette richesse de ceux qui n’ont rien, s'était jeté dans la Seine. Il fut soudainement frappé de l’idée qu’il était la cause du désespoir qui avait amené cesuicide. Le remords s’empara de son cœur et le déchira. Son esprit se troubla profondément. I] lui semblait qu’une voix lui répétait sans cesse : ‘ Caïn, qu’as-tu fait deton frère ? ” Quand il se promenait dans la rue, et même dans ses appartements, il croyait toujours entendre derrière lui un pas qui le suivait, et quand il apprenait qu’un meurtre avait été commis et que la police cherchait l’assassin, il s’imaginait qu’elle était à sa poursuite. Un jour, il apprit qu’un tableau du jeune peintre était exposé en vente. Espérant réparer sa faute et tranquilliser sa conscience, il courut l’acheter. Mais en l’apercevant, il tomba comme foudroyé. Le tableau était son portrait frappant; en même temps il était horrible, et il avait pour titre: Cuin après son crime.
Messieurs, cette histoire n’est pas authentique ; mais elle renferme une leçon bonne à méditer.
Je ne veux exagérer la responsabilité de personne; mais je n’hésite pas à dire qu’elle est plus étendue qu’on ne le croit, et je vous adjure, Messieurs, au nom de la patrie qui nous est chère, d'aider, dans la
mesure qui vous est permise, aux progrès de toute science digne de ce nom, c’est-à-dire de toute science qui tend à faire mieux connaître le triple objet des connaissances humaines: Dieu. l’homme et la nature!
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PRONONCÉ A L’'INAUGURATION DU NOUVEAU SÉMINAIRE DE SAINTE-THÉRÈSE, EN JUIN 1883.
MESSEIGNEURS, MESDAMES, Messieurs,
Le premier sentiment que je veux exprimer, et qui est partagé, sans doute, par tous le: :ncieus élèves ici présents, c’est ma jois de me retrouver encore une fois auprès de mon Alma Muter.
Comme vous l’a dit Mgr l’évêque de Cythère dans un langage différent, il y a trois maisons que l’on revoit toujours avec un nouveau bonheur, parce que l’on a reçu de chacune une part de ce qui constitue la vie humaine: la muison paternelle, parce qu’on y a reçu la vie du corps ; la maison de Dieu, l’église paroissiale, parce qu’on y a reçu la vie de l'âme ; le collège, parce qu'on y a reçu la vie de l’intelligence.
Voilà, Messieurs, la source de notre joie en ce jour ; voilà pourquoi nous tressaillons d’allégresse dans cette maison où nous sommes nés à la vie intellectuelle.
Mais quand je lève les yeux, quand je contemple ce bel édifice, je ne reconnais plus mon Alma Mater ; et,
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chose étrange, je me réjouis, je me sens tout heureux de ne pas la reconnaître ! C'est que je la trouve changée pour le mieux ; c’est qu’elle m’apparaît grandie, embellie, rajeunie ! Je vieillis, et ma mère rajeunit, tant mieux ! Mes yeux ne la reconnaissent plus, mais mon cœur la reconnaît, et la joie qu’il ressent me le dit assez : c’est elle! Ses traits extérieurs sont changés, mais sa tendresse et sa sollicitude sont les mêmes, et je les retrouve dans sa cordiale et généreuse hospitalité.
Ah ! Messieurs, l’on se demande souvent pourquoi Dieu permet tel malheur, telle catastrophe. Tantôt c’est pour châtier, ou éprouver ; tantôt c’est pour détruire une œuvre mauvaise; mais quelquefois aussi (nous en avons ici la preuve) c’est pour faire plus beau ; c’est pour réédifier avec des proportions plus grandioses ; c’est pour renouveler le phénomène perpétuellement visible de la résurrection de toutes choses ; c’est pour accomplir sous nos yeux et dans tous les ordres d'idées l’admirable mystère de la semence que l’on jette en terre, qui y pourrit, et de la pourriture de laquelle s’élance une moisson toujours plus abondante et plus belle.
Certes, nos félicitations sont bien dues ( et nous les offrons de grand cœur ) à ceux qui ont su conduire à bonne fin cette glorieuse résurrection de notre Alma Mater. Elles sont dues à l’éminent Supérieur et aux Directeurs de cette maison qui ont pris l’initiative et les charges de cette grande entreprise. Elles sont dues aux élèves actuels de Sainte-Thérèse qui sont restés
fidèles dans la mauvaise fortune; elles sont dues aux anciens élèves et aux bienfaiteurs généreux qui ont contribué si largement à cette réédification.
Joffre aussi mes félicitations sincères aux élèves et aux maîtres pour le succès qu’ils ont obtenus, et pour la belle fête qu’ils nous donnent aujourd’hui. Ne soyez pas étonnés de me voir les confondre dans un même éloge ; c’est que leur œuvre est commune, et que le succès de l'élève est toujours le succès du professeur.
A mes félicitations je voudrais joindre quelques considérations d’une portée générale que j’adresserais à toutes les classes, et surtout à la classe dirigeante de la nation ; mais l’heure est avancée, et vous êtes fatigués, sans doute. Je vais résumer aussi brièvement que possible ce que je me proposais de vous dire.
N'oublions jamais, Messieurs, que nous sommes Canadiens-Français et catholiques, et que pour rester ce que nous sommes, ii ne faut négliger ni l'étude du passé, ni le soin de l’avenir. Ne perdons jamais de vue, ni les glorieux ancêtres afin de les imiter, ni la postérité afin de lui laisser de nobles exemples.
Le naufragé que la vague a jeté sur une rive inconnue, le voyageur qui s’est égaré dans une forêt, éprouvent une joie indicible, quand ils découvrent tout à coup des traces humaines dans la solitude qui les entoure. ‘“ Des hommes ont passé dans ce lieu, s’écrient-ils ; les habitations doivent être proches, et nous les trouverons en suivant ces vestiges.”
Eh bien ! Messieurs, voilà ce qui nous arrive dans le
désert de la vie que nous traversons. Nos ancêtres y ont laissé des traces que nous devons suivre, et nous devons, à notre tour, imprimer dans le sol des empreintes profondes, afin que nos descendants ne s’égarent pas hors du droit chemin.
Les sphères d'action dans lesquelles notre génie national peut s’exercer sont nombreuses, et je ne veux assigner à nos efforts aucune limite. Notre position au milieu de nationalités différentes pousse naturellement à l’'émulation. Mais je n’hésite pas à dire que si nous pouvons rivaliser avec elles dans le commerce et l’industrie, nous devrions les surpasser dans l’agriculture et dans les travaux de l'esprit. Nous sommes doués pour cela, et ce n’est pas une ambition exagérée que de rêver pour notre race le premier rang dans l’agriculture, et dans les sciences et les lettres.
Messieurs, il y a un siècle que nous sommes un peuple vaincu, et cependant que de progrès ont été réalisés pendant cette période ! Comparez ce que nous étions après la conquête à ce que nous sommes aujourd’hui, et dites-moi si nous n'avons pas raison d’être fiers du chemin parcouru.
Or, je vous le demande, est-ce par les armes ou par la richesse que nous avons triomphé des obstacles qui s'opposaient à notre avancement? Non, c’est par le développement progressif de la colonisation, et par les luttes pacifiques de l’esprit que nous avons fait des conquêtes. C’est aux lumières intellectuelles de notre clergé, de nos hommes politiques, de nos orateurs, de
nos écrivains, que nous devons notre position comparativement prospère et pleine de promesses.
Eh bien ! Messieurs, il faut poursuivre cette voie où nous sommes entrés et que nos ancêtres nous ont tracée. Il faut que nous soyons surtout un peuple d’agriculteurs et de lettrés.
C’est à la jeunesse des collèges, c’est à vous, Messieurs les élèves de Sainte-Thérèse, qu’il appartient de réaliser la seconde partie de ce programme; et si vous laissez les Anglais à la tête du commerce, de l’industrie, de la finance, soyez au moins les premiers comme écrivains, comme orateurs, comme hommes d'Etat.
Et savez-vous quel sera le résultat des succès que vous pourrez obtenir dans ce vaste domaine des sciences et des lettres? C’est que nos frères d’origine anglaise auront d’abord plus de respect pour nous, et qu'ils finiront par apprendre eux-mêmes notre belle
langue française.
Voyez en Angleterre. Toute l'aristocratie anglaise apprend et parle le français. Pourquoi? Parce que la littérature française s’est imposée à leur admiration, parce qu’en ignorant le français ils ignoreraient une multitude de chefs-d’œuvre. De même, il faudrait que notre littérature eût à son front une auréole assez brillante pour frapper les regards des nationalités étrangères, et les forcer à nous mieux connaître.
C’est vers ce noble but que doivent tendre vos efforts, jeunes gens. Mais si vous voulez l’atteindre, il ne faut pas vous contenter de marcher sur nos traces ; ce n’est
pas assez, il faut faire mieux que nous, il faut aspirer plus haut.
Vous connaissez la belle poésie de Longfellow, qui décrit sous une forme allégorique le mouvement ascensionnel de l'esprit humain, et que le poète a intitulée Exlsior. Que ce mot soit dorénavant votre devise. Monter plus haut, toujours plus haut, telle est la véritable évolution de l'esprit humain.
La science est semblable à un fleuve dont les bords, très rapprochés à sa source, s'éloignent à mesure qu’il avance, et qui va toujours s'élargissant jusqu’à ce qu’il se perde dans l'Océan.
Mais il y a pour les savants, comme pour les navires, deux manières d’être perdus sur l'Océan. Le vaisseau naufragé par la tempête est irrévocablement et douloureusement perdu; mais on dit aussi du navire voguant seul, atôme imperceptible au milieu d’horizons infinis, qu’il est perdu sur la vaste mer.
Ainsi, Messieurs, la science incrédule se perd dans le plus lamentable des naufrages, aussitôt qu’elle arrive à l’Océan sans limites de la Divinité; tandis que la science chrétienne, quoique entourée d’ombres et perdue dans l’immensité divine, y vogue cependant en sécurité, tendant ses voiles au souffle de la foi, et docile aux ordres de son céleste pilote.
Voulez-vous savoir où peut conduire la science purement humaine? Ecoutez cette parole profondément décourageante de Newton : ‘Je ne veux plus m'occuper de philosophie; j’ai eu tort d'abandonner
l’inépuisable trésor de ma tranquillité pour courir après une ombre | ” |
C’est qu'en réalité, Messieurs, tout ce qui tient à l’homme, tout ce qui vient de l’homme, tout ce qui a vie en ce monde est ombre et mystère. Comme le jour, qui commence et finit dans la nuit, nous naissons et nous mourons dans les ténèbres. Au midi de la vie, il semble parfois que l’on voit clair; puis le soleil décline, et nous entrons bientôt dans le crépuscule qui précède la nuit.
L'homme même qui fut Dieu, le Christ, a subi ce sort commun. Bethléem était une grotte pleine d'ombre où ne pénétraient pas les rayons du soleil. Nazareth était une bourgade obscure, et l’on ne sait rien de la vie que Jésus y mena. Le Calvaire fut enveloppé de nuages épais qui obscurcirent jusqu’au soleil. Il ne fit clair que sur le Thabor, mais c’est parce que le ciel y était descendu.
C’est de là seulement que vient la vraie lumière; et quelque pâle que soit le rayon qui en descend pour éclairer nos âmes, le génie de l’homme, malgré la grandeur de ses travaux et la beauté de ses découvertes, ne le remplacera jamais.
Il aura beau faire, multiplier les jets de gaz et les feux électriques, il y a un astre qu’il ne remplacera pas, c’est le soleil. Or le soleil des intelligences, c’est le Christ, et le miroir qui en réfléchit les rayons sur la terre, c’est l'Eglise.
Donc, Messieurs, le premier et le dernier acte de la
TR SRE À OR AC eu À à + a Et et In A
science, c’est la foi. Ne l’oubliez jamais. Il faut croire d’abord, et travailler ensuite à justifier sa foi par la raison. Si vous pouvez la justifier, tant mieux! Si vous ne le pouvez pas, tant pis! Mais croyez encore, croyez toujours |
Sans doute, la science même croyante n’est encore qu’une ombre. Mais, suivant une grande parole que je me plais à citer, c’est l'ombre du Dieu vivant, et la lumière qui s’en dégage suffit à guider l’homme vers ses éternelles destinées.