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Mesdames et Messieurs, vos cœurs sont émus,et : sus admirez ce trait de charité vraiment dévoué, d’autant plus beau qu’il est l’acte d’un indigent. Ces exemples ne sont pas aussi rares que vous croyez. C’est en général chez les pauvres qu'ils se rencontrent. Dans une certaine mesure la société Saint-Vincent de Paul, dont je plaide en ce moment la cause, a fait de cet acte de charité un devoir journalier pour chacun de ses membres. Chaque membre en effet a deux familles, la sienne et celle d’un pauvre, qu’il est chargé d’éclairer, de visiter, de diriger, et d’assister avec les ressources de la société.
Et si vous entendiez tous ces chefs de familles, tous ces pères adoptifs, lorsque la conférence distribue ses ressources ! C’est une chambre siégant en comité des subsides, et dans laquelle chaque membre fait valoir le titre de ses protégés, avec une éloquence qui résonne mieux à l'oreille de Dieu que le plaidoyer Pro domo de Cicéron.
Hélas! les ressources ne suffisent pas aux besoins : chaque conférence accuse un déficit, et c’est notre faute.
Ne nous faisons pas d'illusions sur ce point. La société Saint-Vincent de Paul est incapable de suffire à sa tâche, elle est impuissante à remplir sa noble mission, et c’est notre faute à tous, faute grave dont nous rendrons compte non seulement à Dieu, mais à la société ! Car je crois vous l’avoir démontré en quelques mots, la charité est une œuvre éminemment
sociale, qui seule peut contenir dans la paix, le respect et le devoir les classes inférieures de la société.
Et ce qui démontre mieux l’admirable économie de la Providence, la charité, œuvre de salut pour les peuples, est aussi l’œuvre de salut par excellence des individus.
Il y a eu 1846 ans jeudi dernier, pendant une nuit terrible où le ciel se voila de ténèbres sans nom, pour ne pas voir le drame sanglant qui s’apprêtait à Jérusalem, des ouvriers travaillaient à la lueur des torches, dans la cour du grand prêtre Caïphe, à joindre ensemble quelques pièces de bois, et ils maudissaient ce travail pénible auquel les prêtres les contraignaïent pendant la nuit. Les pauvres malheureux ! ils fabriquaient la croix sur laquelle allait mourir, le lendemain, Jésus de Nazareth, et ils maudissaient ce bois qui devait être l'instrument de leur salut, et qu’ils auraient dû baiser avec amour!
Cette erreur inconsciente chez eux, nous chrétiens, la commettons tous les jours de notre vie. Les douleurs, les afflictions qui nous accablent, nous et nos frères, au milieu de cette nuit terrestre que nous traversons, c’est notre croix qui doit nous sauver, que nous devrions embrasser avec respect, porter avec amour, mais que nous repoussons avec colère pour nous-mêmes, et que nous refusons de porter avec les malheureux.
Catherine Emmerich raconte que l'arbre dont on fit la croix du Sauveur avait poussé sur les bords du
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torrent de Cédron, puis avait été renversé, et avait servi à traverser le torrent qui séparait Jérusalem de la vallée de Josaphat,.
Quel symbolisme étonnant dans la destinée de cet arbre! En devenant croix, n’allait-il pas être en effet un pont mystique reliant la vallée de Josaphat où nous mourons, à la Jérusalem céleste où nous irons vivre ?
Ainsi en est-il de la douleur, de la pauvreté, et de toutes les souffrances que la croix symbolise. C’est le pont mystique, c’est l'échelle merveilleuse dans laquelle l'humanité monte de la terre au ciel. Et n'oublions pas que ceux qui la gravissent ne sont pas seulement les souffrants, mais encore ceux qui les assistent.
Il n’est pas. douteux que Simon le Cyrénéen, qui porta la croix du Sauveur malgré lui, fut converti au contact de ce bois sacré, et devint un saint. De même le contact des souffrances du pauvre est salutaire, et produit l'effet d’une rosée sur les germes de vertu que Dieu a déposés au fond de chacun de nous, et que nous laissons dépérir faute de culture.
Que de consciences glacées, ou tièdes, ce qui ne vaut guère mieux, se sont soudainement réchauffées, illuminées au soleil de la charité ! Que de vies saintes ont commencé par une humble aumône!
C’est vous, Mesdames, vous surtout qui avez le don de consolation, qui devez organiser, développer les œuvres du bien. L'homme a le courage physique parce qu’il a la force; mais la femme a le courage moral parce qu’elle a la vertu; et c’est elle qui est la
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plus apte à remplir le rôle de Simon le Cyrénéen dans la société, parce qu'elle en prend l'habitude dans le mariage.
Le mari est obligé de soutenir la famille, il porte le travail, les inquiétudes, les affaires extérieures, les luttes inévitables de la vie sociale et les soucis de l’avenir domestique. La femme (je parle de celle qui comprend son devoir et qui n’est pas une croix de plus à porter), la femme soutient le mari dans ses rudes labeurs ; elle ranime son courage, le relève dans ses défaillances, lui montre le but de la vie, quand il le perd de vue; et elle se tient à ses côtés, le sourire aux lèvres, comme une statue vivante de l’espérance.
Voilà le rôle de la femme dans le ménage, voilà sa mission et la nôtre à l'égard du pauvre. Soyons les consolateurs des masures désolées, en faisant luire l’espérance parmi les pauvres réduits qu'habite le désespoir. Il y a, me direz-vous, des pauvres qui sont aussi vicieux qu’ils sont malheureux. Sans doute, et ce sont précisément ceux-là qui ont besoin de nos secours. Il faut les convertir, les rendre dignes d’assistance ; il faut qu’ils ne connaissent pas seulement le son de notre argent, ce qui est beaucoup, mais qu’ils connaissent surtout le son de notre voix, la bonté de nos regards et la compassion de nos cœurs.
Mais, objecterez-vous, pour suffire à toutes les œuvres qu’on nous recommande, il faudrait plus d’argent, et nous n’en avons pas assez.
Eh bien! imposez-vous des taxes si les bonnes
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