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œuvres réclament davantage. Que les hommes taxent leur tabac, leur vin; que les femmes taxent leurs chapeaux, leurs robes de bal.
Vous, Messieurs, qui prenez deux ou trois sortes de vin à votre dîner, une fois la semaine retranchez un de ces vins ou supprimez-les tous pour un dîner, et donnez-en le prix aux pauvres.
Vous, Mesdames, qui irez demain dans quelques riches boutiques de la rue Fabrique acheter une toilette de printemps, vous en verrez deux qui vous conviendront; l’une plus dispendieuse vous plaira davantage, vous pourriez la choisir, mais vous prendrez l’autre, et vous donncrez la différence à la société Saint-Vincent de Paul.
Vous vous taxez hien pour jouer aux cartes ou pour d’autres plaisirs aussi minces. Et, puisque nous parlons des cartes, pourquoi, par exemple, chaque joueur gagnant ne donnerait-il pas chaque semaine aux pauvres les quelques chelins gagnés ?
Ne dites pas qu’il n’y a pas d'argent, il y en a, et c’est précisément quand il s’agit de charité que le mot impossible n’est pas français. On peut ce que l’on veut, si l’on veut ardemment, énergiquement.
Saint Vincent de Paul n'avait pas de richesses, et il entreprenait des œuvres de millionnaire. Il se jouait de l'impossible, et quand il le voulait, l’invraisemblable devenait fait accompli. Aussi est-il la plus pure figure du XVII: siècle. La plupart des gloires de ce grand siècle ont eu des défaillances ; mais la
gloire de saint Vincent de Paul est sans tache, et elle grandit en traversant les âges.
Les germes qu’il a semés ont produit des récoltes innombrables, et dont l’abondance défie tous les calculs. Porté sur les ailes de la charité, comme le grain de sénevé sur les ailes du vent, ces germes ont jeté racine dans tous les pays du monde et peuplé les villes de bienfaiteurs de l'humanité. Et puisque ce grand nom s’est trouvé sur mes lèvres, permettez-moi de vous lire une légende dont il est le héros:
Monsieur Vincent de Paule, aumônier des galères, Vieux prêtre humble de cœur et de mœurs populaires, Quand il vient à Paris, demeure à l’hôpital
Du couvent qu’a fondé Madame de Chantal.
Sa chambre n’a qu’un lit et deux chaises de paille, Et l’unique tableau pendu sur la muraille, Représente la Vierge avec l'enfant Jésus.
Tout entier aux projets pieux qu’il a conçus,
Le saint prêtre est toujours en course et se prodigue, Et revient tous les soirs épuisé de fatigue.
Le zèle ne s’est pas un instant refroidi
De l’ancien précepteur des enfants de Gondi; Quand il a visité la mansarde indigente,
Il s’en va demander l’aumône à la régente,
Il sollicite, il prie, il insiste, emporté
Par son infatigable et forte charité,
Recevant de la gauche et donnant de la droite, Pourtant il est malade et vieux, et son pied boite, Car, afin d’obtenir la grâce qu’il voulait,
Il a traîné six mois la chaine et le boulet
D'un forçat innocent dont il a pris la place.
Déjà dans les faubourgs la pauvre populace,
Qui connaît bien son nom et qui le voit passer
Le long des murs, alors qu’il vient de ramasser
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Un nouveau-né jeté sur la borne, et qu’il sauve, Commence à saluer ce bonhomme au front chauve Et le suit en chemin d’un œil reconnaissant,
Mais, ce soir vers minuit, le bon monsieur Vincent, Regagnant son logis chez les Visjtandines,
Au moment où les sœurs sont à chanter matines, Traîne son pied boiteux d’un air découragé :
Tout le jour, bien qu'il soit souffrant, qu'il soit Agé, Sous une froide pluie il a couru lu ville.
Certes on l’a reçu d’une façon civile,
Mais il demande trop, même aux meilleurs chrétiens, Pour ses enfants trouvés et ses galériens :
Et plus d’un, poliment déjà s’en débarrasse.
Tout l'argent de la reine est pour le Val-de-Grâce,
Et Mazarin si fort pour dire :—Je promets,
Devient en vieillissant plus ladre que jamais,
C'est done un mauvais jour; mais enfin le pauvre homme Revient en se disant qu’il va faire un bon somme, Et se hâte parmi la bruine et le vent,
Lorsqu’arrivé devant la porte du couvent,
Il aperçoit par terre et couché dans la boue
Un garçon d’environ dix ans; il le secoue, L’interroge ; l’enfant depuis l’aube est à jeun,
N’a ni père, ni mère, est sans asile aucun,
Et répond au vieillard d’une voix basse et dure. —Viens, dit Vincent, mettant la clef dans la serrure. Et prenant dans ses bras l’enfant qui le salit,
Il monte en sa cellule et le couche en son lit;
Puis, songeant qu’à minuit, en janvier, le froid pince Et que sa courte-pointe est peut-être bien mince,
Il ôte son manteau tout froid du vent du nord
Et l’étend sur les pieds du petit qui s’endort.