‹ Conférences et discours [microforme] (volume 3)Chapitre 33 sur 63 · HEC · texte numérisé non relu

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les accents d’un prophète. Quel avenir glorieux s’ouvrait devant ses pas! Quel sillon de luniière il allait tracer au milieu des ténèbres de notre époque !

Mais les armes de son blason représentaient un chêne brisé par la foudre, et il avait cette orgueilleuse devise: ‘‘ Je romps et ne plie pas.”

Hélas ! il voulut tenir à sa devise en face de Rome elle-même, et les foudres de Rome le brisèrent.

Ce prêtre se nommait Lamennais, et vous connaissez sa lamentable histoire. Voilà ce que devient le génie livré à ses seules forces ; et quand c’est un prêtre qui tombe, il me fait toujours penser à la chute des anges ; car je me représente le prêtre comme un être transfiguré par le surnaturel, et planant au-dessus de la terre sur les ailes de la vertu et de la foi.

Il me semble que le chrétien laïque est comme un ballon captif. Il s'élève à une certaine hauteur, mais tant de liens le retiennent à la terre! En le faisant prêtre, l'Eglise coupe ces liens, et le ballon s'envole. Quand il retombe, c’est très bas, parce qu’il revient de très haut. Et la cause de sa chute, c’est toujours cet orgueil de nos premiers parents voulant être comme

des dieux, et acquérir par eux-mêmes la science du bien et du mal.

Elle est bien grande l'erreur des savants qui préludent à leurs recherches de la vérité, dans l’ordre métaphysique, en s’affranchissant de tout joug, de

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tout enseignement, de toutes croyances, et qui ne demandent des lumières qu’à la seule nature.

Je comprends très bien leurs procédés tant qu’ils ne sortent pas du monde matériel, et je suis bien prêt à m'incliner avec respect et même avec admiration devant leurs découvertes:et leurs progrès.

Je ne nie pas les faits bien constatés, je ne repousse pas les phénomènes scientifiquement observés, pourvu que ces observations ne s'étendent pas au delà de la puissance des sens et des instruments que les savants ont à leur disposition.

Lors même que les découvertes et les constatations de la science semblent contredire mes croyances, je ne veux pas les rejeter sans examen, et c’est mon ignorance que j’accuse si je ne puis concilier avec la foi certains enseignements indubitables de la science ; car je suis profondément convaincu que l’une et l’autre ne peuvent pas se contredire.

Mais les savants ne bornent pas leurs études à la nature. Poussés par un besoin de l’élément surnaturel qui est dans l’homme, et armés de la seule méthode expérimentale, ils prétendent escalader le ciel comme les ouvriers de la tour de Babel, et ils entassent systèmes Sur systèmes qui aboutissent à la confusion des langues.

Ils ne se contentent pas d'étudier les corps et d’en observer les lois, ils veulent aller au delà du monde visible ; et oubliant qu’ils font profession de ne croire qu’à ce qui tombe sous les sens, ils donnent leur avis

inde oire avis

sur l’âme, sur Dieu, sur la vie future, et sur mille autres choses que leurs expériences scientifiques ne sauraient leur enseigner.

Cette contradictior est étonnante ; maïs ce qui doit nous étonner davantage, c’est que parmi les savants il y en ait encore un certain nombre qui après une course extravagante dans le champ de la science positive arrivent soudainement, et comme malgré eux, à la connaissance plus ou moins imparfaite de Dieu.

Oui, voilà ce qui semble prodigieux, et ce qui démontre en même temps la grandeur de l'homme; car de toutes les créatures terrestres lui seul peut ainsi s'élever au-dessus du monde matériel, et franchir par la pensée les limites du fini, parce que lui seul est doué d’une âme immortelle, Mais ce qui fait sa grandeur fait aussi sa misère.

Dans son drame incohérent de Faust, Gœthe conduit Méphistophélès jusqu’au pied du trône du Tout- Puissant, et Satan dit à Dieu : ‘ L'homme serait moins misérable, si tu ne lui avais frappé le cerveau d’un rayon de ta lumière céleste.”

Cette parole est vraie, Messieurs ; sans doute l’homme serait moins misérable si un rayon divin n'avait pas traversé son être: mais aussi il serait moins grand, et rien ne le distinguerait plus de la brute. Mieux vaut la misère, mieux vaut la souffrance avec des aspirations insatiables vers l’idéal infini, que les satisfactions stupides des appétits sensuels. O homme!

relève la tête, car si tu es un être déchu, tu n’as pas complètement oublié ta première grandeur, et le poète a eu raison de t’appeler ‘“ un dieu tombé qui se souvient des cieux ! ”

Voyez ce savant génie à l’œuvre. La soif de connaître le tourmente, mais il répudie toute croyance, toute vérité révélée, tout dogme et toute religion. C’est à son propre témoignage seul qu’il veut ajouter foi, c’est au seul flambeau de sa raison qu’il veut marcher. Pour lui, les religions ne sont que des systèmes inventés par les hommes pour conduire leurs semblables et les asservir. Pour lui, Dieu est un mythe qui n'existe que dans l’imagination de l’homme, et qu’il est bien sûr de ne pas rencontrer dans ses explorations scientifiques.

Il scrute donc le monde visible et le parcourt en tout sens ; il en observe les phénomènes, il en étudie les lois, il en suit les progrès et les évolutions. Tantôt il approfondit l’histoire de l’humanité, tantôt il découvre les forces de la nature et calcule leur action. Des entrailles de la terre son esprit s’élance au-dessus des planètes et des soleils; des infiniment petits il s'élève à la contemplation des infiniment grands.

Enfin, réalisant le rêve exprimé par un maniaque de la science moderne, il va crever la voûte du ciel, et démontrer aux humains qu’il n’y a rien au delà.

Mais voilà que soudainement la peur du vide s’empare de lui. L’au delà lui apparaît, il s’ouvre devant lui comme un abîme effrayant, et dans les profon-

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deurs de l’espace infini qui lui donnent le vertige, il voit se dresser vaguement une ombre gigantesque.

Au premier abord il lui semble que ce n’est qu’un grand fantôme; mais bientôt la vision se dessine, s’éclaire, se rapproche, prend une figure, des yeux, une voix: c’est la vision de Dieu!

Il a tout fait pour y échapper, le matheureux! et voilà que la vision qu’il fuyait lui est apparue.

C’est que l’idée de Dieu est comme une sphère lumineuse qui enveloppe le monde, et tous les efforts de l’homme pour en sortir sont impuissants.

Au bout de tous les chemins qu’il ouvre, à l’extrémité de toutes les issues par lesquelles il s’élance, il va se heurter à la sphère divine, comme le voyageur qui fait son tour du monde voit toujours briller sur sa tête le même firmament bleu constellé d’innombrables soleils !

Hélas ! tous les savants impies n'arrivent pas ainsi irrésistiblement à la croyance en Dieu ; mais le nombre de ceux que cette croyance finit par gagner de nos jours est plus grand qu’on ne le croit, et les chemins les plus divers les y conduisent. Pour les uns c’est un malheur imprévu, une espérance flétrie, un grand bonheur évanoui, qui déchirent le voile qui leur cachait la divinité. Pour les autres, ce sont les pures jouissances d’un amour légitime, les beautés et les harmonies de ce monde, les saintes allégresses d’un grand devoir rempli, qui leur révèlent l’existence de la bonté infinie. Pour ceux-ci la vie est un banquet

joyeux et pacifique, et s'ils ne sont pas des ingrats, leur voix monte en actions de grâces vers le ciel; pour ceux-là la salle du banquet est vide, les lumières sont éteintes, ils sont restés seuls dans le deuil et la solitude, et leur parole est devenue une plainte et une supplication.

Or les chants comme les soupirs, les sourires comme les larmes montent également vers Dieu, et il entend aussi bien les cantiques de Salomon que les lamentations de Jérémie.

Parmi les savants du jour il y a des heureux, comme Flammarion et Renan, que les grands spectacles de la nature ravissent, et aux yeux desquels la beauté et le bonheur apparaissent comme des traits de la divinité. C’est leur félicité qui les fait croire en Dieu.

Louis Figuier appartenait à cette même catégorie de savants qui voient tout en rose ; mais, un jour, un coup terrible l’a frappé dans ses plus chères affections: un fils qu’il adorait, qui était l’espoir et l’orgueil de sa vie, lui fut enlevé, et quand son esprit entraîné par son cœur a voulu le suivre au delà du tombeau, il s’est trouvé en face de Dieu.

Lachelier, l’un des plus grands penseurs de ce temps, Hartmann, Aviel, et avant eux, Maine de Biran, génie hors ligne, ont été ramenés à la croyance divine par le douloureux spectacle des maux incalculables et inguérissables de l'humanité.

Mais tous, heureux et malheureux, ont vainement cherché dans les profondeurs de la science humaine

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le dernier mot de tout, ils n’ont pu en trouver d’autre que Dieu. C’est à lui qu’il leur a fallu revenir comme réponse à toutes les énigmes, comme solution de tous les problèmes, et ils ont dit: sans doute ce nom est encore un mystère, mais c’est le mystère qui explique tous les autres.

Hélas ! Messieurs, le malheur est que tous ces savants s’imaginent rendre un grand service à Dieu en proclamant son existence. Le malheur est que l’orgueil et l’ambition sont le mobile de leurs recherches et de leurs travaux.

C’est pourquoi Dieu, qui se revèle aux humbles, ne se montre pas tout entier à leurs regards. C’est pourquoi ils ne voient pas la seconde personne de la sainte Trinité en Jésus. C’est pourquoi ils ne croient pas à l'Eglise qu’il est venu établir sur terre.

Aussi cherchent-ils eux-mêmes à instituer une religion nouvelle, fondée non pas sur la révélation et la tradition, mais sur la science.

Et savez-vous ce qu’il ont trouvé? Voulez-vous connaître les nouveaux dogmes que leur science propose à notre croyance ?

I1 serait curieux et amusant C vous en faire un exposé un peu complet; mais le cadre restreint de ce discours ne me permet que de jeter un coup d’œil en passant sur le temple nouveau dont Flammarion et Figuier sont les principaux architectes.

Et d’abord, dans l'opinion de ces savants, toutes les religions sont bonnes : le christianisme, le judaïsme,

le mahométisme, le boudhisme sont bons, par le seul fait que ce sont des religions. Avec cet argument les savants sont sûrs de faire eux-mêmes une bonne religion.

Ce raisonnement a surtout cela de commode, qu’il les dispense de faire une morale, et de tracer des règles de conduite à l’homme en ce monde. Ces Messieurs n’ont plus à s'occuper que de l’autre vie, et dès lors leur travail devient des plus faciles. Ils peuvent donner libre cours à leur imagination, sûrs qu'aucun revenant ne viendra les contredire.

Donc, l’homme qui s’est conduit en ce monde suivant les enseignements de sa religion, quelle qu’elle soit, mérite une récompense, et celui qui a agi autrement n’en mérite pas.

Que vont donc devenir leurs âmes à la mort?

Voici:

’âme du méchant va passer dans un nouveau-né, et recommencer une vie humaine, et elle devra recommencer ainsi tant qu’elle n'aura pas fait mieux.

J'avoue que ce nouveau dogme est fort consolant pour les méchants, mais je ne crois pas qu’il ait chance de s’accréditer auprès des pères et mères de famille. Car ils ne seraient pas flattés de penser que le cher petit être auquel ils viennent de donner le jour a peut-être reçu en partage l’Âme d’un scélérat dont les crimes ont épouvanté l'humanité.

Quant à l'homme de bien, son âme va s’incarner de nouveau, peut-être dans un homme planétaire,

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plus parfait que nous, qui habite une planète quelconque, ou bien dans un être surhumain qui flotte duns l’éther planétaire, et qui y voltige léger et vaporeux, comme la libellule que vous voyez s'envoler à travers l’espace, après être née dans les eaux et avoir rampé dans la fange à l’état de vermisseau.

Cet être surhumain a des sens qui nous sont inconnus... naturellement, mais perfectionnés. Il peut se transporter sans fatigue à toutes distances, sans avoir besoin de steamer ni de ballon; il a une vue prodigieuse, une ouïe étonnante et une intelligence telle qu’il doit nous considérer tous comme des imbéciles,

Car il peut entrer en communication avec nous, nous éclairer, nous guider, nous inspirer. Mais il est mortel comme nous.

Et quand son existence prend fin au sein des espaces éthérés, son âme entre dans un être archihumain, c’est-à-dire, plus spirituel et qui n’a presque plus de corps.

Combien de fois l’homme doit-il se réincarner ainsi avant d'arriver jusqu’à Dieu ? C’est ce que la science n’a pas encore pu déterminer d’une manière certaine. Mais les savants semblent croire que l'échelle hiérarchique de ces êtres archi-humains est immense.

Enfin, quand cet être est arrivé au dernier échelon de cette sublime hiérarchie, il n’a plus de corps, c’est un pur esprit et il s’élance dans le soleil, d’où ses émanations, qui sont autant de germes animés, s’en vont, portés sur les rayons du soleil, distribuer la vie,

l’organisation, la pensée et le sentiment dans toutes les planètes de notre monde solaire.

| Et Dieu, me demanderez-vous peut-être, où est-il ? est-il dans le soleil ?

Non, ce soleil qui nous éclaire et autour duquel nous gravitons, c’est notre soleil à nous, hommes terrestres et planétaires .Maiïs il y a des millions d’autres soleils, centres autour desquels gravitent des millions | de mondes planétaires. Or il y a dans l'infini des infinis un centre unique et commun aux millions de mondes solaires, et c'est dans ce centre que Dieu réside.

Voilà, Messieurs, le résumé des nouveaux dogmes que les savants du jour proposent à notre foi. Je ne puis pas vous dire sur quel fondement ils s'appuient : il n’y en a aucun. Ce sont des hypothèses et rien que des hypothèses. Dès lors nous avons bien le droit de nous étonner de les voir répudier l’enseignement de dix-huit siècles de christianisme et de civilisation pour s'attacher à des chimères, qui, dans le fond, n’ont pas même le mérite de la nouveauté.

Car, en réalité, tout ce credo prétendu scientifique n’est qu'un mauvais plagiat. La métempsycose est aussi vieille que le livre des Védas chez les Hindous.

La croyance au perfectionnement et à la spiritualisation de l’homme, c’est la croyance chrétienne. La

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Dieu, c’est le dogme catholique. Et ces êtres surhu-

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