‹ Conférences et discours [microforme] (volume 3)Chapitre 34 sur 63 · TE LA · texte numérisé non relu

TE LA

CONFÉRENCES ET DISCOURS 209 mains qui communiquent avec nous, nous guident et nous inspirent, ce sont nos anges gardiens, Et ce centre infini des infinis où Dieu réside, ce sont les sphères inconnues que l'Eglise catholique appelle les cieux des cieux, cœli cœlorum.

Est-ce donc la peine de démolir le temple de marbre du christianisme pour lui substituer une mauvaise imitation en carton ?

La seule nouveauté de cette religion, c’est la pluralité des mondes habités ; mais il n’y a là rien de contraire au dogme catholique, et si la science peut jamais en faire une démonstration irréfutable, l'Eglise pourra accepter cette théorie sans avoir rien à changer à ses dogmes.

Cet essai religieux de la science contemporaine me rappelle une église que j'ai vue à Ferney, que Voltaire fit construire, et dont la façade porte cette inscription : Me erexit Voltaire. Voltaire offrant un temple à la divinité, n’était-ce pas une dérision ?

Aussi Dieu n’a pas voulu de cet hommage, et l'église du patriarche de Ferney est devenue un grenier à foin!

Eh bien ! Messieurs, le même sort attend le nouveau temple que la science est en voie de construire. Il ne sera bientôt plus qu’un grenier à foin, et la colère divine y mettra le feu.

Il en restera des pierres, quelques-unes précieuses,

(l dont les ouvriers chrétiens se serviront pour ajouter 1! de nouveaux ornements au temple magnifique que le 1! divin architecte a bâti sur Pierre.

1! Quand le Vésuve en éruption a vomi ses torrents de lave, et promené la destruction dans les campagnes qui l’environnent, savez-vous ce qui arrive ? il | La solitude se fait pendant quelque temps au pied !l Îl de la terrible montagne ; mais bientôt de hardis l constructeurs se présentent, et sur la lave à peine | refroidie ils élèvent de nouveaux édifices. C’est ainsi : que Résina est bâtie au-dessus d’'Herculanum ense- : velie sous la lave, et que d’autres villes s'étendent sur | | le rivage, de Portici à Pompéi, sans autres assises que f | ER les pierres et les cendres vomies par le Vésuve. 1 | nl Ainsi en arrive-t-il de tous les systèmes philosoil ; phiques proposés à l'humanité, depuis les sages de la Grèce jusqu’à nos jours. Leurs ruines servent successivement de fondements à de nouvelles constructions | qui s’écroulent à leur tour, et l'Eglise, restée seule | debout au milieu d’elles, ramasse les diamants qui gisent au milieu des cendres et les ajoute à sa cou-

Ah ! Messieurs, le génie humain aura beau tenter À ë de nouveaux efforts, il ne réussira jamais à bâtir un HE temple aussi digne de l’homme et de Dieu que l'Eglise catholique, et s’il ne fermait pas obstinément les yeux, il serait forcé d’en admirer les splendides pro-

É à LORIE :

il ronne.

portions.

En dépit de ses aberrations il ne faut pourtant pas

CONFÉRENCES ET DISCOURS 211 désespérer de la science contemporaine. Le retour de plusieurs savants au spiritualisme est un gage d'espoir, un prélude peut-être à la conversion de la science ellemême.

Ah ! quelle ère de bonheur se lèverait sur l'humanité si la science contemporaine, au lieu de travailler à démolir le temple chrétien, entrait la tête inclinée sous ses majestueux portiques, et rouvrait ses lèvres pour prier ! Qui sait si le siècle à venir ne verra pas ce prodige ?

Comme le proclamait, il y a quinze ans, M. Schtrer, qui n’est pourtant pas un catholique, ‘le matérialisme n’est pas le dernier mot du genre humain. Corrompue et affaiblie, la société s'écroule dans d’immenses catastrophes : la herse de fer des révolutions brise les hommes comme les mottes d’un champ. Dans les sillons sanglants germent des générations nouvelles ; les âmes éplorées croient de nouveau, elles regardent vers le ciel, elles retrouvent la langue de la prière, l'humanité se relève pour recommencer.”

Tout récemment, dans un congrès de jurisconsultes catholiques tenu à Dijon, M. Lucien Brun terminait un admirable discours en disant: ‘ Dans je ne sais quel rêve ambitieux j'ai vu, sur l'édifice restauré de la constitution française, la croix debout. J'ai lu sur la première page d’un code de législation chrétienne le fier commandement de l'officier du Roi: la France ordonne que la croix règne ici!

‘ Ce n’est qu’un rève, je le sais, mais c’est aussi une espérance.”

enter :

Messieurs, grâce à la Providence des nations, ce qui n’est présentement qu’un rêve pour la France est une réalité pour nous. Nous pouvons le proclamer avec fierté, la croix règne ici, et il dépend de nous qu’elle puisse:y régner toujours.

Depuis que les représentants de la France très chrétienne sont venus la planter sur les bords du Saint- Laurent, elle y à pris racine et c’est à son ombre que nous avons grandi.

Non seulement elle est debout partout dans nos campagnes ; non seulement elle orne les murs de nos riches maisons et de nos chaumières ; non seulement elle couronne nos églises et tous nos édifices religieux ; mais elle étend ses bras sur nos maisons d’enseignement, non pas comme un vain symbole, mais pour les diriger.

Certains esprits forts d'outre-mer ont dit que l’en-

seignement ecclésiastique enraye ici la marche du

progrès. Mais ne redoutons pas l'avenir sous ce rapport. Ce que l'Eglise a fait dans le passé, elle peut le faire encore, et il est incontestable que la civilisation européenne est son œuvre.

Tout ce qui a été fait de plus grand et de plus beau dans les sciences, les lettres et les arts, l’a été sous l'inspiration de la foi, et son admirable fécondité n’est pas épuisée, parce qu’elle a sa source en Dieu même,

Laissons dire que nous sommes un peuple d'illettrés (je dis illettrés et non ignorants); mieux vaut être illettré que demi-savant,.

pale ee

La demi-science est très en vogue en Eurcne, mais elle fait les peuples ingouvernables. Sans doute, notre science est modeste et moins avancée que la science européenne ; mais elle est chrétienne et sûre; sans doute les Européens savent mieux que nous écrire et parler; ils connaissent mieux que nous la chimie, la physique, l’astronomie, la physiologie comparée, les mouvements des astres et les distances qui séparent les soleils dans l’immensité des sphères célestes ; mais nous savons mieux qu'eux d’où vient l’homme, où il va et par quel chemin il peut arriver à ses immortelles destinées.

C’est Ià la vraie science que nous possédons, et qui ne nous empêchera pas d'acquérir avec le temps toutes les connaissances qui composent aujourd’hui le domaine scientifique.

Chaque peuple a son heure à l’horloge de l’humanité, et le jour viendra où nous prendrons notre place au milieu du monde savant.

Quand cette heure sonnera, il faut que nous soyons les champions de la foi catholiqne en Amérique.

Le spectacle des sociétés modernes semble indiquer qu'il se prépare un nouvel ordre de choses pour le vingtième siècle. Les folies du temps présent ne peuvent pas durer, et bientôt elles iront rejoindre les ruines du passé. De ce chaos sortira une création nouvelle, et quand le souffle de Dieu, aujourd’hui porté sur les eaux, técondera dans une germination mystérieuse les semences antiques maïs toujours jeunes que

le Christ a répandues dans les sillons humains, il faut que nous soyons prêts à remplir la mission que la Providence nous réserve.

C’est en prévision de cette floraison nouvelle que le grand Pontife qui gouverne aujourd’hui l'Eglise, travaille avec tant de zèle à concilier tous les éléments chrétiens épars dans le monde, et à réunir dans la paix du Christ les hommes de bonne volonté.

Prenons garde, Messieurs—ct cet avertissement sera mon dernier mot—prenons garde d’être un obstacle à cette œuvre de pacification universelle, et une voix discordante dans le grand concert d'harmonies chrétiennes que prépare le chef inspiré de l'Eglise.

Encore un mot, et j'ai fini.

Sur les confins du grand désert de Sahara, où la civilisation romaine avait pénétré et dont on retrouve aujourd’hui avec étonnement les imposants vestiges, j'ai visité les ruines de Lambessa, qui était jadis uno grande ville romaine et qui n’est plus qu’une bourgade habitée par des Arabes.

Au milieu de ces ruines magnifiques j'ai lu au frontispice d’un temple écroulé ces quatre mots: Bonus

intra, melior exi, entre bon et sors meilleur. Je propose ces mots comme devise à tous ceux qui É veulent pénétrer dans le temple de la science. Qu'ils y entrent bons, c’est-à-dire avec un désir sincère de connaître la vérité et une juste défiance de leurs forces, et ils en sortiront meilleurs, c’est-à-dire avec une foi plus solide et plus éclairée,

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