EMINENCE
Quand la première nouvelle de votre élévation à la très haute dignité de Cardinal de la sainte Eglise Romaine, s’est répandue dans la vieille cité de Champlain, tous ses habitants, qui sont vos enfants dévoués, ont tressailli d’allégresse.
Tous les cœurs se sont dilatés, et la fibre nationale a vibré dans toutes les classes de la société, parce que les citoyens de Québec ont compris que l'éclat de l’inappréciable honneur qui vous est conféré, rejaillit sur eux-mêmes, sur leur ville et sur leur patrie.
Ils ont senti l’irrésistible besoin de donner immédiatement une première expression à la spontanéité de leurs sentiments, et ils viennent aujourd’hui manifester leur joie de voir leur vénérable Archevêque grandir toujours en dignité, témoigner leur reconnaissance au chef vénéré de l'Eglise, qui a daigné vous choisir, et vous offrir leurs plus sincères félicitations.
Oui, Votre Eminence le comprendra, non seulement nous nous réjouissons de cet événement, qui fera époque dans l’histoire de l'Eglise du Canada, mais nous bénissons le Pontife illustre qui gouverne en ce inoment l'Eglise, de s'être souvenu du petit peuple catholique qui habite les bords du Saint-Laurent.
Nous le bénissons de s'être rappelé que l'Eglise canadienne fut la première régulièrement organisée dans l’Amérique du Nord, et d’avoir jugé notre société religieuse, restée fidèle aux traditions et aux croyances de ses glorieux ancêtres, digne d’avoir à sa tête un chef revêtu de la pourpre cardinalice. L’auguste Pontife connaît Votre Eminence depuis plusieurs années, et il a vu briller à votre front la triple majesté qui convient à votre nouvelle dignité: la vertu, la science, et les cheveux blancs.
Quelle gloire pour vous, et quel honneur pour nous tous! Après quinze années d’un épiscopat laborieux et plein de mérite, vous entrez dans la glorieuse famille royale qui depuis dix-neuf siècles a donné près de trois cents souverains à la catholicité, et vous devenez un des héritiers présomptifs de cette triple couronne que la mort seule peut enlever.
Dorénavant, vous ferez partie d’un gouvernement qui existait hier, qui subsistera demain, et qui n’est pas sujet aux fluctuations des popularités éphémères
et des suffrages de la multitude.
Déjà, comme archevêque de Québec, vous pouviez,
en tournant vos regards vers le passé, compter une
suite glorieuse d’ancêtres spirituels. Maïs combien plus longue et plus glorieuse encore est la liste de vos aïeux dans la nouvelle famille où vous êtes entré! Quel arbre généalogique peut être comparé à celui d’une dynastie qui doit remonter le cours de dix-huit siècles pour retrouver ses souvenirs d’enfance ?
Héritier d’un titre qui occupe le premier rang parmi les plus illustres, vous vivrez dorénavant dans le culte de vos devanciers, et vous continuerez leur vie et leurs œuvres, pour être continué vous-même, plus tard, par vos successeurs. Efflorescence toujours nouvelle d’une vie mystique, que Dieu a marquée du sceau de l’immortalité !
Le Canada ne jouissant que d’une mi-souveraineté, et n'ayant pas encore pris rang parmi les Etats, n’a pas droit de se faire représenter par des ambassadeurs auprès des souverains de ce monde. Mais, grâce à la faveur signalée de Sa Sainteté, notre pays sera dorénavant représenté dans la plus haute cour souveraine de l’univers. Quel magnifique couronnement de la hiérarchie ecclésiastique dans notre belle patrie!
Par Votre Eminence, nous nous sentirons plus rapprochés du Père commun des fidèles, et plus assurés de suivre ses enseignements et de réaliser ce qu’il attend de nous.
Jusque sur les marches du trône papal, nos sentiments respectueux et dévoués vous accompagneront ; mais nous faisons des vœux, égoïstes peut-être, pour que Sa Sainteté vous permette de continuer de vivre par-
mi vos ouailles de l'Eglise métropolitaine de Québec.
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CONFÉRENCES ET DISCOURS 249 ni | oo ne
DISCOURS il i} PRONONCÉ AU FESTIVAL DONNÉ AU PATINOIR DE QUÉBEC, ;
EN L'HONNEUR DE SON EMINENCE LE CARDINAL, TASCHEREAU, LE 20 AOUT 1586.* FRE
EMINENCE, Fi EXCELLENCE, !} MESSEIGNEURS, MEsDAMES, MESsIEURS, fl [l Parmi les voix multiples et sonores qui s'élèvent de la création au Créateur, il en est une qui est l’interprète de toutes les autres, et qui traduit leurs à chants et leurs acclamations dans une langue que le j | ciel comprend: c’est la voix de l’homme. ñ | Le merveilleux et perpétuel concert que tous les ik êtres créés s’en vont répétant sous toutes les zones de fi la sphère terrestre, et dans lequel des millions d'artistes, depuis le brin d’herbe jusqu’au chêne, depuis le | ruisseau jusqu’à l'Océan, depuis le rossignol jusqu’au lion, mêlent leurs accords, ne devient un hymne d’adoration et d’amour pour Dieu que par l'intermédiaire de la parole humaine. 1]
* On a caulculé’que l’auditoire réuni dans cette occasion ge composait de 5,000 personnes, comprenant un grand nombre de prêtres et vingt-trois évêques.
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De même, Mesdames et Messieurs, les organisateurs de cette fête incomparable ont voulu que ma parole traduise, en quelque sorte, en langue vulgaire l'hymne d’allégresse, de reconnaissance et de filial 2mour que des artistes d’élite font entendre ce soir en l’honneur de Son Eminence le cardinal archevêque de Québec. Ils ont voulu que le Canada, si brillamment représenté dans cet immense auditoire, prît une voix, et mêlât ses accents aux flots d'harmonie qui débordent de cette salle.
Pour l’honneur de mon pays je voudrais qu’il eût en ce moment, pour exprimer ce qu'il ressent, une autre voix que la mienne, et je regrette de ne pouvoir être qu’un faible écho des sentiments et des acclamations de tout un peuple.
Mais il est une chose qui suppléera à l’impuissance de ma parole, et qui témoignera mieux de notre respect, de notre affection et de notre dévouement, c’est le spectacle magnifique qui se déroule en ce moment sous nos regards :
Toutes les classes de la société se pressant sous les arcades de cette vaste enceinte pour acclamer un frère devenu l’un des princes du sang royal de l'Eglise de Rome ; les plus hauts fonctionnaires de l’Etat assis côte à côte avec les plus hauts dignitaires de l'Eglise, et formant la représentation visible d’un idéal qu’on ne rencontre plus assez dans ce monde: l’union harmonieuse des deux souverainetés, la souveraineté religieuse et la souveraineté politique; et,
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