‹ Conférences et discours [microforme] (volume 3)Chapitre 41 sur 63 · MONSEIGNEUR, MESDAMES, MESSIEURS · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR, MESDAMES, MESSIEURS

Il y avait autrefois un grand roi et une grande reine, qui habitaient un très beau pays, et qui avaient un grand nombre d'enfants. L'un de ces enfants, poussé par la généreuse ambition d'agrandir le royaume des ancûtres, partit un jour pour des contrées inconnues et y fonda un établissement. Son absence ayant duré longtemps, son père l’oublia. Mais lui se souvenait toujours, et il revint visiter sa famille.

‘Hélas ! il y trouva bien des changements qui l’afiligèrent. À la suite de malheurs et d'épreuves prolongés, une partie du domaine de ses pères était passée en mains étrangères. Mais il y avait quelque chose de plus triste encore: au foyer domestique, la reine sa mère n'occupait plus le rang auquel elle avait droit, et la mésintelligence régnait entre les enfants ; car les cadets n'avaient plus les mêmes croyances que les aînés, et ils voulaient proclamer reine une autre femme qu’ils avpelaient leur mère.

‘ Vous avez deviné, Mesdames et Messieurs, que ce conte est une allégorie, et vous en avez compris le sens.

‘ Le grand roi, c’est un peuple-roi, ou plutôt c’est le roi des peuples, et le beau pays qu’il habite s'appelle

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la France. La grande reine, qui est la véritable mère de tous les enfants, c’est l'Eglise. L'autre femme dont les cadets se disent les fils, plusieurs en se calomniant eux-mêmes, c’est la Révolution impie. Quant à l’enfant longtemps absent et maintenant de retour, c’est le Canada, qui, depuis quelques années, renoue des relations avec la France.

Il me semblerait cruel pour vous, affligeant pour moi, d’insister sur les infortunes de cette grande famille éprouvée, à laquelle nous appartenons tous ; et je me hâte de vous dire que c'est en vous surtout, catholiques de France, que les Canadiens reconnaissent leurs véritables frères.

‘ Après cet épanchement fraternel, je comprends que vous désirez m'interroger, et savoir ce qu'est devenu votre frère d'Amérique. Je viens vous le dire, et, pour ne pas m'écarter du programme de votre congrès, je me contenterai de vous démontrer qu’en fondant une colonie sur les bords de Saint-Laurent, la France «à fait une œuvre de foi, que cette œuvre a été sauvée des plus graves dangers par sa foi, et que c’est encore sur la foi qu’elle appuie ses espérances d'avenir.

‘ C’est donc au point de vue presque exclusivement religieux que je vous montrerai ce vaste pays qu’on appelait jadis la Nouvelle-France, et qu'on nommera peut-être plus tard la France d'Amérique, tant elle ressemblera à la France d'Europe, à cette vieille France qui lui a donné le jour. Car, pour nous, la France est toujours un soleil dont le Canada est le satellite, et autour duquel il gravite.

‘Si cette comparaison peut vous donner quelque orgueil, veuillez vous rappeler que la science contemporaine a découvert des taches dans le soleil. Je ne suis pas assez savant, et je suis trop Français, pour vous montrer ces taches-là. Mais, quant au satellite, je l’admire et l'aime tellement que je vais essayer de vous faire croire qu’il est sans tache ”.…

Après cet exorde, M. Routhier évoque les grandes figures historiques de son pays, particulièrement celles qui témoignent davantage de son caractère religieux. Il nous montre Jacques Cartier, Champlain, Maisonneuve, plaçant toujours sous la double protection des armes de France et de la croix du Christ leurs découvertes et leurs fondations. Au premier rang des fondateurs, il place Mgr de Montmorency-Laval, le premier évêque de Québec. Il nous représente les Jésuites arrosant de leur sang le grain de sénevé jeté dans le sol par la France, afin que l’on pût dire de ce pays naissant ce que l’ona dit de l'Eglise primitive, ‘‘que ni les lis ni les roses n’ont manqué à sa couror ..”

A côté des martyrs qui mouraient pour la foi, il range les preux chevaliers qui mouraient pour la patrie; les braves du régiment de Carignan, qui couvraient leurs poitrines de scapulaires en guise de

boucliers, et marchaient contre les terribles Troquois

le fusil dans une main etle chapelet dans l’autre; Daulac et ses compagnons, qui, après avoir fait leurs testaments et reçu la communion, s’en allaient, au nombre de dix-sept, combattre 1,500 Iroquois, et se faisaient tuer jusqu’au dernier. ‘ Sacrifice inutile! direz-vous peut-être. Eh bien, non, ajoutait l’orateur ; leurs dix-sept cadavres, entassés eur le grand nombre d’ennemis qu’ils avaient abattus, formaient un rempart assez puissant pour siuver la patrie.”

Il rappelle l’héroïsme des femmes canadiennes, et après avoir raconté l'exploit de Mlle de Verchères: Voilà, Mesdames, dit-il, la seule égalité que les femmes réclament au Canada : le droit de sauver leur

pays quand les hommes n’y suffisent plus.”

‘Que dirai-je de Montcalm ? poursuit M. Routhier. Voilà un nom qui devrait figurer parmi les plus illustres dans les fastes militaires ; malheureusement, ce grand homme de guerre accomplissait ses hauts faits dans un pays éloigné, sur un théâtre obscur, où n'arrivaient pas les regards de l’Europe; et la gloire ressiuble au soleil couchant, elle ne dore que les somracts. C’est pourquoi la mémoire de Montcalm n'o vas été entourée en France de l’auréole de gloire qu'il avait méritée.

‘“ L'Angleterre fut plus juste à l'égard de son rival,

et si vous allez à Londres, vous pourrez voir dans la

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splendide abbaye de Westminster un superbe mausolée élevé en l'honneur de Wolfe; tandis que Paris, qui a tout un peuple de marbres dans ses jardins, sur ses places publiques et au fronton de ses édifices, n’a pas une statue à la gloire de Montcalm!

“Il en était pourtant bien digne! C'est lui qui écri-

rait à son gouvernement: ‘Je sauverai cette malheureuse colonie, ou je mourrai.” Certes, il ne manque pas de généraux qui prennent de tels engagements, mais ils sont bien rares ceux qui les tiennent. Montcalm fut de ces derniers, et quand il vit sa chère colonie perdue, il sut mourir.

T1 mourut en héros; il mourut en Français passionné d'amour pour son pays; et quand le chirurgien qui sondait sa blessure lui déclara qu’il n'avait plus que quelques heures à vivre, il s’écria: “Tant mieux! Je ne verrai pas les Anglais entrer dans Québec.”

Il mourut en carétien; et, après avoir écrit au général anglais pour iui recommander d'être humain et miséricordieux à l'égard de ses infortunés compatriotes, il se tourna vers Dieu, reçut les derniers sacrements et expira.

‘ Ah! ce ne sont pas les héros qui nous manquèrent alors. Lévis, Bougainville, Bourlamaque, même à côté de Montcalm, brillent encore d’un vif éclat. Et remarquez bien que tous ces hommes n'étaient pas seulement de vaillants capitaines, mais qu'ils étaient ausei de vrais patriotes. Ils n'étaient pas de ces ci-

CONFÉRENCES ET DISCOURS 271 toyens qui se font de leur patrie un piédestal sur lequel ils posent pour l'admiration de leurs contemporains; c’étaient eux-mêmes qui formaient le piédestal, et c'était la patrie qui était la statue aimée, vivante, immortelle.

‘Mais le plus pur sang des héros devint un jour inutile. Abandonné par la mère patrie, le Canada dut se résigner à subir le joug de l'étranger. Lévis, une dernière fois vainqueur sous les murs de Québec, qu’il espérait reprendre, dut abandonner le siège de cette ville quand, au lieu des secours attendus de France, il vit arriver des navires angliis.

‘Quelques semaines après, la capitulation était signée, Le gouverneur et les administrateurs de la colonie, la noblesse, les officiers et les restes de l’armée, les citoyens les plus marquants, ne voulant pas devenir sujets de l'Angleterre, partirent pour la France, laisgant derrière eux des villes en cendres, des campagnes dévastées et quelques familles ruines, disséminées sur un vaste territoire.

Vous le savez, Messieurs, il est dans l’histoire des nations des pages lugubres; il est des époques néfastes où la force règne en souveraine, sans contrôle, et va même jusqu’à la persécution. Notre pays passa par une de ces périodes douloureuses.

Mais, tant qu'ils conservent la foi, les peuples chrétiens ne meurent pas. Car la foi, c’est leur âme, et cette Âme ressemble au diamant qui brille même

dans la nuit, et dont lo moindre reflet fait jaillir des

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étincelles. Or, jamais peuple n’eut une foi plus vive que le nôtre, et quand son père l’abandonna, l'Eglise, ga mère, lui resta fidèle. Elle releva son courage et ranima son espoir. Elle communiqua à nos pères cette patience héroïque qui courbe les fronts sans amollir ni refroidir les cœurs, et qui attend en disant : le présent est à la force, mais l’avenir est au droit.

‘ Certes, la patience et la sagesse politiques sont des vertus difficiles au tempérament français; nos pères cependant surent les pratiquer, et ils attendirent, confiants dans la justice, confiants dans leur vitalité, confiants dans cette loi divine — crescite et multiplicamini — qui est en même temps une bénédiction que Dieu accorde aux races morales et chastes.”

M. Routhier raconte alors comment le Canada français a réussi, après bien des luttes constitutionnelles, à conquérir toutes les libertés intérieures dont il jouit maintenant. La souveraineté extérieure est la seule qui lui manque, mais il n’aspire pas encore à

l'indépendance. Tout au plus pourrait-il désirer une extension de liberté au point de vue de ses relations

commerciales avec les autres peuples.

La reine d'Angleterre règne sur lui, mais ne le gouverne pas. Il fait lui-même ses lois : il fait son tarif, et pour protéger ses industries nationales il impose

même les marchandises anglaises. Quand il trouve

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quelque chose à réformer, il réforme, mais il ne révolutionne pas. C’?st ainsi qu'il a mis fin au régime féodal que nous avait légué la France, sans secousse, et de manière à satisfaire à la fois les seigneurs et les vassaux.

Il a conservé la langue française, et lui a conquis le droit de cité tant dans le parlement provincial que dans le parlement fédéral, ayant son siège à Ottawa. Il a conservé ses vieilles lois françaises, et il en a fait un code qui, sans être parfait, est bien supérieur au code Napoléon. Son enseignement est libre à tous les degrés, et la constitution garantit le libre exercice

du culte catholique.

Après ce tableau séduisant, l’orateur continue :

“Il fut grand l’étonnement des Français qui, il y a quelque vingt-cinq ans, ont découvert le Canada enseveli dans la poussière de l’oubli, comme Pompéi sous les cendres du Vésuve. La France avait bien gardé un vague souvenir qu'autrefois elle avait fondé une colonie sur les bords du Saint-Laurent ; mais elle se souvenait aussi que plus tard elle l'avait cédée à l'Angleterre et qu’il n'y était resté que quelques milliers de ses enfants. Sans doute ces malheureux exilés l'avaient depuis longtemps oubliée ; car, selon la loi

de nature, les enfants sont plus oublieux que les

mères; sans doute ils étaient devenus Anglais et

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n'avaient rien gardé de leur origine. Or, lorsque les Marmier, les Rameau, et d’autres depuis, débarquèrent sur les bords du Saint-Laurent, ils y retrouvèrent imprimé dans les cœurs le nom de la France, comme ces caractères que l’on trouve après plusieurs années gravés dans l'écorce d’un arbre, et qui, au lieu ce s’effacer, s’élargissent à mesure que l’arbre grandit.

‘Mais qui donc a pu opérer ce prodige ? car il est prodigieux que quelques milliers d'individus, placés comme l’étaient nos pères, aient pu résister à la fois aux persécutions de l'Angleterre et aux séductions des Etats-Unis, qui leur offraient la liberté et l’indépendance. A cette question il n’y a qu’une réponse, et ceux mêmes qui n’ont pas la foi, mais qui ont quelque intelligence et qui ont visité notre pays, sont obligés de le reconnaître : c’est l'Eglise qui a fait ce prodige ; c’est la religion qui a été la grande école et le soutien de notre patriotisme; c’est la Providence qui a été pour nous le grand facteur des événements, et qui nous a donné cet accroissement merveilleux qui fait l’étonnement des autres peuples.

“Il y a dans mon pays une espèce particulière de peuplier qu’on appelle le peuplier canadien. Cet arbre n’a pas une grande valeur, mais il a des qualités remarquables. Il prend racine dans le sol le plus ingrat, il se développe rapidement, et se multiplie d’une façon merveilleuse. Vous plantez un de ces arbres auprès de votre maison, et au bout de quelques années il. produit tout un bocage. Or, cet arbre se

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reproduit de deux manières, par la fleur et par les racines ; la fleur, qui contient le germe, a des ailes ; au moindre souffle elle prend son vol, elle franchit les espaces et, sans que personne la voie, elle va s’implanter sur une terre plus ou moins lointaine, et elle y croît. En même temps, les racines courent sous terre, très loin, et lancent à la surface du sol, de distance en distance, des rejetons qui deviennent des arbres.

Eh bien! Messieurs, notre nationalité paraît avoir emprunté à cet arbre du sol canadien son double mode d’accroissement.

“ Hardi, aventureux, confiant dans son énergie et dans sa force, convaincu qu'il a des ailes parce que les distances ne sont rien pour lui, le Canadien-Français prend son vol à chaque crise économique ; il va s'implanter tantôt dans un désert, au milieu d’une forêt, tantôt au sein d’une ville étrangère, et il y fait souche. Puis ses racines s'étendent sous le sol dans toutes les directions, trouvant leur vie où les autres plantes s’étiolent et meurent, et quand sa multiple germination attire enfin l’attention, elle a acquis une force indestructible.

‘ C’est ainsi, Messieurs, que nos compatriotes se sont implantés et multipliés dans la Nouvelle-Angleterre, dans l’ouest des Etats-Unis, dans la province d'Ontario, au Manitoba et dans le Far-West canadien. Il y a aujourd'hui dans l'Ouest américain de grandes cités qui reconnaissent comme fondateurs des pionniers canadiens-français.

‘ Sa tendance à émigrer a été naturellement préjudiciable au développement de notre race en Canada, mais j’incline à voir dans ce mouvement migratoire un mystérieux dessein de la Providence, dont nous recueillerons peut-être un jour des fruits inattendus.

‘ Quoi qu’il en soit, nous sommes aujourd’hui plus de deux millions sur l’une et l’autre rive du fleuve St-Laurent, et je ne crois pas qu’il soit dorénavant possible d’arrêter notre développement.

‘ Je ne ferme pas les yeux sur les dangers futurs. Le plus grave peut-être, à l’intérieur, c’est la désunion. Sous ce rapport, nous sommes bien Français: nous nous querellons beaucoup, et notre parlement ressemble quelquefois au Palais-Bourbon. Toutefois cette désunion n’est pas profonde, et disparaîtra quand le péril extérieur deviendra menaçant.

‘ Le grand danger extérieur, ce sont les Etats-Unis, qui voudront peut-être un jour, au nom de nos intérêts économiques, nous imposer l'annexion. Mais, supposé qu'ils le veuillent, et que nous soyons forcés de subir l'annexion, je suis convaincu qu’elle serait impuissante à nous absorber.

‘ Nous persistons donc à rêver un brillant avenir, et nous aspirons aux plus hautes destinées nationales.

‘ Nous croyons que ce n’est pas en vain que la France et l'Eglise nous ont engendrés à la vie des peuples, et que nous avons à remplir en Amérique une mission digne de notre illustre origine.

* Ce n’est pas en vain que les rayons de la gloire

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chrétienne la plus pure ont couronné le berceau de la Nouvelle-France, comme les feux de l’aurore caressent l’arbuste naissant. Une fleur si belle ne se fanera pas sans donner son fruit. Car, dans. la rosée qui l’a fécondée, il y avait une sève sacrée, un sang de héros et de martyrs, et les germinations qui naissent de tels holocaustes ont droit à des siècles de vie.

‘Non seulement les Canadiens vivront, mais ils grandiront, et ils accompliront leurs destinées malgré leur apparente faiblesse et les dangers qui les entourent.

‘ Comme les grands fleuves, les petits ruisseaux s’en vont à la mer, et ils y arrivent. Ils franchissent les vallées et les montagnes, ils se cachent dans les plis des rochers et sous le feuillage des bois; tantôt ils bondissent dans les cascades ensoleillées, tantôt ils se brisent sur les cailloux ou filtrent sous le sol, mais ils poursuivent leur route sans s'arrêter. Bientôt ils se jettent dans la rivière, de la rivière ils s’élancent dans le fleuve, et enfin ils échangent avec l'Océan leurs produits et leurs richesses.

‘ Messieurs, le Canada n’est encore qu’un ruisseau, mais ce ruisseau deviendra fleuve, et les digues que les Américains pourraient opposer à sa course, ne l’empêcheront pas d’aller porter ses ondes jusque dans la haute mer, où flottent les pavillons des grandes nations.” (Longue explosion d'enthousiasme.)

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| A | PRONONCÉ A L'UNIVERSITÉ LAVAL, A L'OCCASION DE LA Je DÉMONSTRATION DES CITOYENS DE QUÉBEC EN FAVEUR ï DU POUVOIR TEMPOREL DES PAPES, EN MAI 1889.

EMINENCE, MONSIEUR LE PRO-RECTEUR, Messieurs, F4 J'ai l'honneur de proposer qu’il soit résolu : “Que le pouvoir temporel de la Papauté est également néces- HA saire aux intérêts matériels, à la paix et à la prospéri- | | té des Etats, et qu’en travaillant à son rétablissement, les souverains et les peuples assureraient leur propre

bonheur.”

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Après plusieurs jours de traversée, en allant de Le

New-York au Havre, le voyageur aperçoit à l'horizon,

j avant que la terre européenne ne surgisse de l’onde,

un phare gigantesque qui semble perdu en plein Océan.

Il y avait là jadis, sous les vagues mugissantes, au |

milieu de courants perfides, un terrible écueil qui fai- ri

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sait l’effroi des marins, et sur lequel venaient se briser les navires qu’il semblait guetter et attirer dans la nuit.

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Un jour, une simple barque, montée par un nautonnier intrépide et quelques ouvriers, est venur aborder ce rocher, et ces hommes y ont allumé un réverbère; mais, pour que le rayonnement de ce réverbère pût embrasser un plus vaste horizon, ils ont bâti une tour très haute et placé le réverbère à son sommet.

Et maintenant l'écueii qui était l’épouvantail des voyageurs, porte sur sa tête un flambeau: il éclaire les profondeurs de l’abîme, il en montre les dangers, il est devenu le guide bienfaisant et sûr des flottes qu’il détruisait jadis.

Messieurs, il y a dans ce tableau une image fidèle de l'institution de la Papauté, et de la transformation qu’elle a opérée dans Rome et dans l’univers.

Au milieu de cet océan tumultueux qui fut le monde païen, Rome était l’écueil redoutable vers lequel tous les peuples semblaient attirés, et sur lequel ils se brisaient. Un jour, la pauvre barque d’un pêcheur est venue s’cchouer sur cet écueil, et le pêcheur en a fait un

phare si lumineux que ses rayons, comme ceux du

soleil au printemps, ont régénéré la terre.

Mais pour que sa lumière pût éclairer librement et toujours tous les peuples, il fallait la placer au-dessus des atteintes des malfaiteurs, et des hommes providentiels vinrent, et ils la fixèrent au sommet d’une forteresse qui s’appela le pouvoir temporel des Papes.

Depuis lors, Rome, cet écueil où tant de races étaient venues se briser dans la nuit, est devenue un port de salut où les peuples viennent chercher le

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