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pas ces aspirations élevées. Ce qu’ils veulent c’est de fixer au-dessus de leurs têtes une voûte de séparation entre le ciel et la terre, et ils semblent dire à Dieu: “le ciel est à vous, mais la terre est à nous.” Eh bien, non, Messieurs, la terre n’est pas à nous, et le gouvernement de ce monde comme celui de l’autre appartient à Dieu.
La royauté sociale de Jésus-Christ est à la fois une doctrine et un fait historique; une doctrine qui est l’élément vital par excellence de tout corps social, aussi nécessaire à sa vie que l’air est indispensable à la vie de l'individu ; un fait historique sans lequel le monde n’aurait pas connu la civilisation chrétienne.
Il faut que le Christ ait sa place en ce monde, et quand les hommes la lui ont refusée, il a bien su la prendre quand il a voulu. Il est entré dans le monde malgré eux ; il y a établi son règne malgré eux, et il l’y maintiendra en dépit de toutes les trahisons, de toutes les haines, de tous les intérêts, de toutes les lâchetés !
Lorsqu'il n’y a plus de place pour lui dans un pays, il n’y a plus de place pour d’autres royautés. Souvent chassé, il revient avec une persévérance qui ressemble à de l’entêtement ; mais il arrive un jour funeste où il s'éloigne pour ne plus revenir, et alors, malheur
aux nations qui le laissent partir !
Avez-vous jamais réfléchi, Messieurs, aux mysté-
rieuses circonstances qui firent naître le Christ dans une étable? Le récit biblique dont la sublime sobriété étonne toujours, dit simplement qu’il n’y avait point de place dans l’hôtellerie. Méditons un instant sur ce fait étrange.
Reportons-nous à cette heure solennelle et unique que l'humanité attend depuis 4000 ans, et qui va lui
donner un Rédempteur.
La Vierge incomparable que la race humaine déchue n'a pu engendrer qu'après quarante siècles de purification est sur le point de devenir mère, et l’enfant qu’elle va mettre au monde, n’est pas seulement un homme, c’est un Dieu, un Dieu dont le nom va remplir l’univers et à qui la terre entière appartient. Où donc est le palais préparé pour le recevoir ? Où donc sent les somptueux appartements que le Roi du ciel et de la terre honorera de sa présence ?
Non, Dieu n’a pas ces prétentions de l’ostentation humaine. Tout ce qu’il va demander à Bethléem qui en ce moment représente la Judée, c’est une pauvre chambre d’auberge—et Bethléem va refuser : il n’y a pas de place dans l'hôtellerie.
Ah! Messieurs, que de peuples depuis lors ont fait comme Bethléem, et dit au Christ: il n’y a plus de place pour vous dans cette hôtellerie |
Mais si vous étudiez attentivement l’histoire, vous serez étonnés de voir avec quelle rigoureuse ponctualité cet ostracisme du Christ a toujours été puni.
Voyez, par exemple, la suite du récit biblique.
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Bethléem n’a pas eu de place pour l'Enfant divin ! Eh bien ! il n’y a plus de place dans toute la Judée pour les enfants des hommes, et le glaive du cruel Hérode va les égorger pendant que le divin proscrit s’en va dans la terre d'Egypte! C’est alors que l’on entendit dans Rama tant de pleurs et de gémissements, et que Rachel pleurant ses enfants ne voulut pas être consolée!
Trente-trois ans après, les Juifs ameutés, pris de cette haine du divin qui possède tant d'hommes de nos jours, osent dire au Christ qu’il n’y a plus de place pour lui dans la Judée. Otez-le, crient-ils 4 Pilate, et le conduisant hors de leur ville, ils le erucifient, afin que la Judée et toute la terre en soient débarrassées.
Or, à dater de ce jour, il n’y a plus de place sur terre pour le peuple juif. Jérusalem est détruite et ses enfants s’en vont errant de rivages en rivages, sans chef, sans drapeau, sans patrie, attendant toujours un messie auquel ils ne pourraient plus même offrir la pauvre hôtellerie de Bethléem !
Messieurs, si nous avions le temps de feuilleter un peu l’histoire de l’Europe depuis l'établissement du christianisme, vous y verriez resplendir cette vérité : que les gouvernements sans foi et les peuples sans Dieu sont voués à la mort.
Jetons seulement un coup d'œil sur notre ancienne mère patrie, dont les malheurs sont autant de leçons que la Providence veut donner à sa fille.
A la fin du siècle dernier, la France a repoussé la royauté sociale de Jésus-Christ. Elle a dit comme le peuple juif: nous ne voulons pas que celui-là règne sur nous.
Or, depuis cette époque il n’y a plus eu de gouvernement stable en France. Où Jésus-Christ n'avait plus de place, ni le Tiers-État, ni la Constituante, ni la Convention, ni les Clubs, ni le Directoire, ni le Consulat, ni l’Empire, ni la Royauté, ni la République n’ont pu se maintenir, et ceux qui avaient banni le Christ de la France, n’y trouvèrent plus pour reposer leurs têtes que ce monstrueux oreiller qu’on nomme la guillotine !
Après ces proscripteurs, un homme plus fort qu'eux, doué d’un génie étonnant, se leva, et sa voix retentissante dit: Place à Dieu! Place à la religion catholique, apostolique et rmaine!
Et lui-même alors trouva place sur le premier trône de l’univers. Malheureusement, quelques années après, la place que Dieu lui laissait parut trop étroite à son ambition. Il voulut l'agrandir aux dépens du Christ et de son vicaire qui le gênaient. Mais tout à coup cet homme prodigieux qui avait tenu l’Europe dans sa main, s’y trouva de trop, et Les rois furent unanimes À proclamer qu’il n’y avait plus de place pour lui dans aucun pays de l’Europe, et qu’il devait être relégué dans une île perdue de l'Atlantique.
D'autres souverains lui succédèrent, et se mon-
trèrent mieux disposés à accepter la royauté sociale
DNn-
CONFÉRENCES ET DISCOURS 19 du Christ; mais la nation elle-même n’en voulait pas, et elle n’en veut pas encore. Dans cette belle et grande hôtellerie de France, il n’y a pas de place pour le divin proscrit, et l’amnistie qui protège aujourd’hui tant de criminels n’a pas été étendue jusqu’à Lui!
C’est pourquoi les trônes ont croulé les uns après les autres ; et—soyez-en convaincus—la France n’aura pas un gouvernement stable tant qu’elle n’aura pas rappelé de l’exil le divin condamné qui est la pierre angulaire des trônes.
Je demande pardon à nos hôtes éminents d’insister sur la situation malheureuse de leur patrie. Si je les aflige, qu’ils veuillent bien croire que nous en souffrons nous-mêmes, que la France a été notre mère, que nous l’aimons toujours, et que c’est naturellement dans son histoire que nous cherchons des enseignements, suivant la grande parole que nous rappelait hier un prince de l’Eglise: Znterroga majores tuos ct dicent tibi.
Permettez-moi donc encore quelques mots sur l’état social de notre première mère patrie.
Pendant mon séjour à Paris, un soir du mois de mars 1876, je m’arrêtai sur le pont de la Concorde, et voici le spectacle que je contemplai.
En face de moi, dans un lointain sombre, j’apercevais au fond de la rue Royale la belle et grande église de la Madeleine. Derrière moi, tout près de la Seine, le Corps législatif dressait ses lourdes colonnes. A droite, au-dessus des grands arbres, surgissaient les
Tuileries abandonnées et partiellement démolies; à gauche le palais de l'Industrie où se faisait une exposition industrielle.
Ce qui animait ce tableau, c'était la multitude de lumières qui scintillaient partout. Les unes s’allongeaient en lignes symétriques à perte de vue de l’île de la Cité jusque sur les hauteurs de Passy; d’autres s'étendaient en groupes épars sur la place de la Concorde et dans les Champs-Elysées. Les unes étaient immobiles comme les étoiles fixes du firmament, les autres marchaient, couraient, se croisaient dans toutes les directions et sillonnaient l’obscurité de leurs rayons rouges, bleus, verts ou blancs.
Il me sembla que ce tableau était une image parfaite de la position du peuple français et de presque toutes les nations modernes.
La Madeleine, c'était l'Eglise catholique; le corps législatif, c'était l'Etat. Les deux pouvoirs étaient en face l’un de l’autre, mais au lieu d’être unis comme ils devraient l’être dans une société bien organisée, je les voyais séparés par un fleuve, que les préjugés, les passions et les vices avaient creusé. La séparation, pourtant, n’était pas complète, et le pont jeté sur le fleuve pour les réunir me rappela le concordat: il en portait presque le nom.
Les réverbères immobiles symbolisaient les vérités de la foi, les dogmes catholiques, qui, sans varier, éclairent toujours ceux qui ne ferment pas obstinément les yeux.
ités ier, né-
Les fanaux ambulants et de couleurs diverses, c’é-
taient les opinions des hommes, leurs systèmes, leurs utopies, leurs programmes. C’étaient les politiques arborant pour parvenir à leur but, tantôt une couleur, tantôt une autre, et tantôt plusieurs couleurs à la fois.
La place de la Concorde, c'était bien l’endroit où ils devaient se rencontrer. Mais qu’ils étaient loin de s'entendre, et que leurs langages étaient différents ! La concorde! j'en voyais bien la place, mais je cherchaït vainement la chose.
Je ne la trouvais ni entre l'Eglise et l'Etat, ni entre les gouvernants et les gouvernés, les classes dirigeantes et les classes ouvrières, que les Tuileries et le palais de l'Industrie me semblaient représenter !
Puis au milieu de cette grande place vide.…..de concorde, j’apercevais à l’endroit même où s’éleva la guillotine en 93, l’obélisque de Louqsor, placé là on ne sait pourquoi, peut-être pour cacher l’ineffaçable tache de sang du régicide, et pour représenter le doigt vengeur des victimes, dressé vers le ciel pour en faire descendre la foudre!
Messieurs, ce tableau peu flatteur, mais sincère, doit nous apprendre que pour avoir la paix sociale et la stabilité des pouvoirs, il faut faire à Dieu une place proportionnée à sa grandeur, et non pas le reléguer dans un petit coin de la patrie.
Donc, Messieurs, place à Dieu dans nos institutions et dans nos lois! Place à Dieu dans nos codes, dans nos mœurs et dans nos sphères politiques, et notre pays sera paisible et grandira dans l'harmonie,
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Tout ce que je viens de vous dire, Messieurs, est vrai pour toutes les nations et applicable à chacune d'elles. Mais il y a des peuples auxquels Dieu impose une obligation plus rigoureuse de rester étroitement attachés à la foi. Il y a des peuples qu’il ge choisit lui-même, qu’il forme pour ainsi dire avec plus de soin, sur lesquels il veille avec une sollicitude plus paternelle et auxquels il assigne une mission spéciale.
Tel a été le peuple juif, telle fut la nation française, et tel est le peuple canadien-français.
Il est le Benjamin de la grande famille humaine, et si vous étudiez attentivement son origine et son histoire, vous y verrez qu’il a été l’objet des prédilections de Dieu. Je n’hésite pas à dire qu’il n’y a pas une nation qui puisse montrer à son origine des gloires aussi pures que celles qui entourent notre berceau.
Pourrait-on nommer un marin d’une foi plus vivace, d'un caractère plus élevé, d’un génie plus pénétré de sa mission que l’admirable Jacques Cartier? Pourraiton citer un découvreur qui ait pris possession d’une terre nouvelle d’une manière plus chrétienne, et qui ait plus clairement manifesté sa volonté de la donner à son roi et au Christ ?
Y a-t-il un fondateur de ville dont la vie soit plus irréprochable, dont l’âme soit plus noble et plus éclairée que le fondateur de Québec, qui avait l'énergie
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CONFÉRENCES ET DISCOURS 23 d’un marin, le courage d’un soldat, le génie d’un chef de peuple et, avec cela, la chasteté d’une vierge ?
Quel chevalier fut jamais choisi d’une manière plus providentielle et se montra plus digne de sa mission que le chevalier de Dieu qui fonda Ville-Marie ?
Où trouverons-nous un évêque plus illustre par sa naissance et sa distinction, par ses talents et ses vertus, par son zèle apostolique et ses bienfaits, que Mgr de Montmorency-Laval, dont l’espritet le génie survivent dans les continuateurs de sa mission, et dont l’œuvre monumentale se déploie sous vos yeux et promet d’être immortelle ?
Et si, à côté des fondateurs de villes et de séminaires, je voul, s ranger les fondatrices de monastères et de couvents, quelles vertus célestes n’aurais-je pas à vous faire admirer dans ces femmes courageuses, qui venaient réclamer leur part de la moisson des ânes dans cette vigne nouvelle que la France et l'Eglise avaient plantée aux bords du Saint-Laurent.
Mais toutes ces origines de notre pays vous sont connues, et personne n’oserait maintenant révoquer en doute leur caractère profondément religieux. C’est au soleil de la foi que le lis a fleuri sur les bords du Saint-Laurent, et c’est à l'ombre des autels que notre nationalité s’est formée.
Les rois très chrétiens et leurs envoyés, Jacques Cartier, Samuel de Champlain, M. de Maisonneuve, Mgr de Laval, les fils de Loyola, et les saintes femmes auxiliatrices de ces grands hommes, tous n'avaient
qu’un but éminemment religieux dans l’établissement de la Nouvelle-France : ils voulaient convertir et civiliser les tribus sauvages, et former sur les bords du Saint-Laurent une nation catholique.
Non seulement la Providence a présidé à notre naissance, et nous a montré dès lors le chemin que nous devions suivre; mais elle nous a protégés contre les ennemis à l’extérieur et à l’intérieur, et quand elle a prévu que notre mère elle-même allait devenir la cause de notre perte, elle nous a violemment arrachés de ses bras, et c’est quand nous pleurions d’être orphelins qu’elle assurait notre salut !
Etrange dérision des événements de ce monde! La France riait alors pendant que nos aïeux versaient des larmes amères mêlées avec leur sang, et cependant c’est la France qui eût dû pleurer parce qu'elle perdait la fille la plus dévouée, la plus noble et la plus attachée à son prince et à son Dieu, tandis que cette fille en étant séparée de sa mère, avait le rare bonheur d'échapper à la Révolution.
Mais laissez-moi vous raconter plus longuement cette époque lugubre de notre vie, et vous montrer ce que la Providence des nations sait accomplir par la seule voix de ses prêtres et de ses pontifes.
Laissez-moi vous démontrer, en mettant en regard cette page douloureuse de notre histoire, et un chapitre de celle du peuple juif, que les prêtres du vrai Dieu ne sont pas seulement les protecteurs et les défenseurs de la nationalité, mais qu’ils la sauvent encore
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lorsque les autres hommes sont impuissants, et la voient s’éteindre dans une suprême agonie !
Il n’y a probablement pas un peuple qui ait été plus coupable que le peuple juif ; mais il n’y en a pas non plus qui ait été plus châtié !
Aussi, son histoire est-elle la plus terrible et la plus dramatique qui existe. L’on frémit et l’on s’indigne en parcourant cette longue série de crimes et de châtiments, dont la monotonie devient irritante.
La page qui raconte l’offense est immédiatement suivie de celle qui raconte la punition, et les deux acteurs de ce drame palpitant, Israël et Dieu, ne se lassent pas, le premier de pécher et de se repentir, le second de punir et de pardonner.
Un jour vient, cependant, où la miséricorde divine paraît être lasse, où la justice semble frapper ses derniers coups.
Achab et Jézabel règnent dans Israël. Achab, plus méchant que tous ceux qui furent avant lui, et Jézabel plus méchante qu'Achab |
Ils ont abandonné les commandements du Seigneur et ils servent Baal. Ils tuent les prophètes du vrai Dieu, et bientôt il ne reste plus en face d'Achab et de ses 450 prorhètes de Baal, en face de l’infâme Jézabel et de ses 400 prophètes des bois sacrés, il ne reste plus qu’un seul homme, Elie !
Et ce seul prêtre du vrai Dieu est plus puissant qu'eux tous |
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Mais, Ô mystère de la faiblesse humaine, voilà que tout à coup le grand prophète lui-même paraît faiblir devant Jézabel. Cet homme qui ressemble à un Dieu, qui vient de ressusciter un mort, qui a fait descendre du ciel le feu et la pluie, qui n’a pas craint la colère d’Achab et qui a tué ses prophètes de Baal, cet homme tremble et fuit devant une femme!
Il s’en va dans le désert, Il marche pendant quarante jours et quarante nuits, jusqu’à Horeb, la montagne de Dieu, et il veut mourir.
Alors la terre tremble, un vent impétueux renverse les montagnes et brise les rochers, un feu dévorant court sur la terre, et soudain, dans le souffle d’une brise légère la voix du Seigneur se fait entendre!
‘ Que fais-tu ici, Elie ? Retourne à Damas, va sacrer Hazaël roi de Syrie, et Jéhu roi d'Israël, va sacrer Elisée prophète en ta place. ”
Elie se ranime à cette parole. Il reprend sa mission, et le peuple d'Israël, dont il n'avait plus qu’à régler les funérailles, est encore une fois sauvé, parce qu’il lui reste un prêtre pour lui sacrer un roi et un prophète !
Ouvrons maintenant notre propre histoire, et retournons un peu plus d’un siècle en arrière.
Quel spectacle de désolation et de deuil s'offre à nos regards !
Cette belle colonie française fondée par une population d'élite est passée sous le joug de l'étranger. Son fier Montcalm est mort. Son illustre général de Lévis
CONFÉRENCES ET DISCOURS a
[ue à qui ne fut jamais vaincu, est parti pour la France avec lir ; ses braves officiers et ses troupes valeureuses. Son eu; à gouverneur, ses administrateurs, sa noblesse, tous Lre À ses citoyens les plus marquants l’ont abandonnée. Ses ère villes sont désertes. Les rues de Québec pleurent m- ‘ comme celles de Sion, parce qu’elle n’est plus qu’un
amas de ruines et de cendres, et les campagnes envi-
aA- + ronnantes sont horriblement dévastées. Les emplois on- Le publics sont distribués à une nuée d’aventuriers
incapables et de spoliateurs tyranniques. La persécu-
rse à tion est commencée ; les familles ruinées et décimées ant À par la guerre gémissent sous Le joug de leurs nouveaux ine à maîtres. Il ne reste plus avec le clergé, ferme à son
? poste, que quelques milliers d'agriculteurs disséminés rer : dans les campagnes où règnent la misère et la consrer ù ternation.
Sans doute, on avait eu déjà des jours mauvais,
on, : mais au-dessus des nuages brillait toujours l’astre ler : de l’espérance, et l'aurore se levait pleine de proil messes. La gloire militaire illuminait l'horizon, les sos lauriers remplaçaient les moissons dévastées sur les
champs de bataille, et lorsque l’on voyait aux créneaux de la citadelle flotter le vieux drapeau blanc,
4 revenu de Carillon criblé de balles, on se disait qu’un
à jour ce glorieux étendard se promènerait vainqueur de l’Atlantique au Pacifique.
ne Hélas ! ces espoirs chimériques sont désormais éva-
hé nouis. La France a abandonné le champ de bataille ;
les chefs sont partis pour ne plus revenir, et la victoire
elle-même, au moment décisif, a trahi le vieux drapeau. La gloire est défaillante et l'espérance est morte !
O ma patrie! Est-ce bien toi que je vois ainsi réduite? N'y a-t-il plus vraiment aucun espoir, et le tombeau est-il à jamais scellé sur ton existence ?
Non; car au fond du sépulcre où tu pleures tes chefs absents et tes enfants massacrés, la voix du prêtre s’est fait entendre, et elle t’a dit, comme Île Christ à Béthanie : ‘ Lazare, lève-toi et marche.”
Et tu t’es levée, et tu as regardé l’horizon, et la voix consolatrice a continué :
‘Si tu ne vis plus pour la France, tu vivras pour Dieu! Tu ne verras plus sur tes murs le drapeau fleurdelisé, mais tu gardes tes autels: j’y baptiserai tes enfants, jy marierai tes fils et tes filles, et le Ciel bénira et multipliera ‘a postérité.”
Voilà, Messieurs, ce que la religion peut faire et ce qu'elle a fait.
Elle ressuscite les peuples morts! Elle transforme les vaincus en vainqueurs ! A l’heure où tout semble perdu, elle met sur leurslèvres un hymne d’espérance et ils reprennent leur marche vers le but divin.
I1 n’y a que Satan et ceux qui le suivent qui soient d’éternels vaincus ! Le Christ et ses frères sont vainqueurs pour l'éternité! Ils montent au Calvaire, on les croit morts, et ils vivent !
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Quelle conclusion tirerons-nous maintenant de tout ce que je viens de dire.
Je vous ai montré l’action de Dieu à notre berceau, la Providence choisissant au milieu d’un peuple choisi, des âmes d’élite et leur inspirant la vocation de fonder ici une France nouvelle, entièrement et uniquement dévouée à la foi catholique.
Je vous ai dit comment l'Eglise avait veillé sur ce peuple naïssant et l'avait préservé de mille dangers, et comment enfin son clergé, toujours vigilant et dévoué, était resté seul à son chevet de mourant, dans les grands jours d’épreuve, et l'avait arraché à la mort.
De ces prémisses qui sont inébranlables au point de vue historique, je conclus que Dieu a vraiment fait alliance avec nous en Amérique, comme il l’a faite en Europe avec la France et comme il la fit avec le peuple juif avant l’ère chrétienne.
De ce pacte mystérieux mais réel découlent des obligations pour les deux parties contractantes. De la part de Dieu, c’est l’assistance, la protection et toutes les garanties de stabilité, de bien-être social et de gloire. De notre part, c’est l'attachement inébranlable à notre foi, la docilité aux enseignements de l'Eglise, l'union et l'harmonie entre les pouvoirs ecclésiastique et civil.
La France avait un autre devoir découlant de son alliance: c'était de défendre l'Eglise lorsqu'elle était attaquée, et vous savez que lorsqu'elle y a manqué,
elle a toujours senti le contrecoup des malheurs de l'Eglise. Il est possible que Dieu nous destine à ce rôle dans l’avenir comme notre ancienne mère patrie, et c’est un des événements les plus glorieux de notre histoire d’avoir pu déjà figurer à côté de la France dans les armées de l'Eglise.
Il y a dix ans que le pontife de Rome a vu ce spectacle magnifique: la mère et la fille unies dans le même amour et le même dévouement, traversant les mers pour la défense de la même cause et devenant toutes deux sentinelles du Vatican ! La mère enseignant à sa fille le dur métier des armes qu’elle a pratiqué pendant tant de siècles, et la fille rappelant à sa mère la foi ardente de ses jeunes années !
Ce souvenir vous fait tressaillir et produit sans doute un gonflement d’orgueil dans vos poitrines. C’est un bonheur pour moi de vous le rappeler en ce moment où j’aperçois réunis nos excellents zouaves. Honneur à eux puisqu’en offrant généreusement leur vie à l'Eglise de Dieu, ils ont ratifié et sanctionné de nouveau le pacte sacré qui nous unit à elle.
Fils d’un peuple qui, plus qu'aucun autre, a gardé le sentiment de l'honneur, respectons toujours les engagements pris par nos pères |
Ne commettons jamais la faute de déchirer ce pacte divin qu’ils ont signé de leur sang, et soyons assurés qu’il entretiendra toujours au fond de nos cœurs cette pure flamme du patriotisme qui, comme le feu sacré des vestales antiques, présage, quand elle ne s'éteint pas, le bonheur et la gloire des nations!
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n ce ves. S'il est vrai de dire que la vie humaine est un déleur sert que nous traversons pour arriver à la véritable ; de Jérusalem, il faut convenir que nous noustrouvons en
ce moment dans une oasis charmante, et que les carardé vanes qui y sont accourues de tous les côtés ne se
les composent pas d'étrangers, moins encore d’ennemis.
Il n’y à pas de Bédouins parmi nous.
acte La source auprès de laquelle nous nous rencontrons urés est en outre admirablement choisie: c’est la source de ette science et de vertu que le Moïse du Canada, notre 1oté premier et notre plus grand évêque, Mgr de Laval, a eit fait jaillir du rocher de Québec, il y a deux siècles!
La colonne lumineuse qui éclaire notre marche, c’est l'Eglise catholique, aux pieds de laquelle nous nous sommes prosternés hier, qui nous a bénis, et qui nous a relevés avec cette parole que nous répétait l’éloquent évêque de Sherbrooke: Memento dierum antiquorum.
Messieurs, la fête qui nous rassemble en ces jours est vraiment bien belle. Elle est touchante et suave comme une fête de famille, imposante et solennelle comme une fête de l’Eglise; et dans la réalité la grande famille canadienne et l'Eglise se réunissent dans cette fête de la patrie.
Mais qu’est-ce donc que la patrie canadienne ?
Hier, Messieurs, au moment le plus solennel de cette mémorable journée, elle s’est montrée toute entière à nos regards.
Devant nous s'élevait un autel sur lequel le chef vénéré de l’Eglise du Canada offrait la Victime sans tache, symbole d'amour et gage de paix!
Derrière nous, se dressaient les sombres murailles de la vieille citadelle, calme au milieu de ses terrassements énormes, comme un volcan qui sommeille, symbole de force et de colère, mais aussi gage de paix, comme l’autel!
D'un côté la première ligne des maisons de la ville découpait l'horizon, et de l’autre, l’œil apercevait au pied des grandes falaises le fleuve majestueux roulant
ses eaux profondes.
Sur nos têtes, le ciel étendant les frontières infinies
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de la patrie universelle; sous nos pieds le sol sacré qui, aux grands jours de batailles, s’est imprégné du sang de nos aïeux, et sur lequel le doigt de Dieu écrivit un jour nos destinées |
4 Puis enfin, autour de nous, ondulant comme les
vagues du grand fleuve, la nation entière, représentée par son clergé, sa magistrature, ses militaires, ses députés, ses artistes, ses professions libérales, ses agriculteurs, ses artisans, groupée en un faisceau vivant qui semblait n’avoir qu’un cœur et qu’une âme.
Ce spectacle immense et splendide, c'était celui de la Patrie. L’autel, la forteresse, la cité, l'Eglise, l'Etat, le sol, le foyer, la famille, les gouvernants, les gouvernés, tout ce qui constitue la patrie était là, et nous avions le droit de la contempler avec un peu d’orgueil national.
Mais pourquoi la nation s’est-elle ainsi réunie? Et pourquoi nous-mêmes sommes-nous en ce moment rassemblés dans cette enceinte ?
Messieurs, laissez-moi répondre par un souvenir de voyage qui donnera à ma pensée une expression imagée et facile à saisir.
Un jour, en Italie, je gravissais les montagnes de la Sabine, sur les penchants desquelles sont échelonnées les antiques villes d’Albano, Grotta-Ferrata, Frascati et Tivoli. J'avais laissé derrière moi les vicilles maisons de Frascati et la superbe villa Aldobrandini, et je montais lentement les hauteurs de Tusculum,